Les routes de la soie façonnent-elles l’histoire mondiale ?
Découvrez comment les routes de la soie ont façonné les échanges, les empires, les religions et les rapports de puissance à travers l’histoire mondiale.
Le saviez-vous ?
Au Moyen âge, le christianisme côtoyait le judaïsme, le bouddhisme et l’hindouisme en Asie centrale, et il y avait un évêque à Samarkand et à Kashgar.
Table des matières
- Les routes de la soie et les empires
- Rome tournée bers l'Orient
- Les Mongols et la peste noire
- L’Orient attire l’Europe médiévale
- Venise et les grandes découvertes
- L’expansion européenne et les richesses mondiales
- Du commerce à la puissance politique et militaire
- Le pétrole et les grandes puissances
- La Chine, l’Inde et les nouvelles routes de la soie
- À retenir
- Dates clés
- Sources
Les routes de la soie et les empires
C’est la théorie développé par Peter Frankopan, professeur d’histoire mondiale à Oxford, notamment au travers d’un article publié en 2021 dans les cahiers d’histoire.
Le terme des « routes de la soie » a été popularisé dans les années 1870 par le géographe allemand Ferdinand Von Richthofen. Ce concept décrit les échanges entre la Chine et Rome. A de très rares exceptions, les gens ne voyagent pas sur de telles distances. Ce sont les produits (textiles, épices, céramiques, bijoux) qui s’échangent à travers les continents. L’auteur instaure les routes de la soie comme colonne vertébrale des empires asiatiques et comme aimant des états européens, puis conduisant la prééminence de ces derniers jusqu’à notre siècle.
Rome tournée vers l'Orient
A contrario de ce que nous apprenons, l’empire romain est tourné vers l’Orient. Une fois Carthage éliminée, la Perse demeure sa grande rivale. En effet, les routes commerciales les plus lucratives sont celles de la mer Rouge et du golfe persique. De fait, la métropole de Rome s’est déplacée vers l’est, plus proche des opportunités et des défis qui comptaient vraiment, ce qui a conduit à la création de Constantinople et de l’empire byzantin. Ce dernier demeure au contact des routes de la soie. A l’inverse, les peuples « barbares » ayant déferlé sur l’Europe apporte avec eux des systèmes sociaux, économiques et politiques nouveaux, qui deviennent les caractéristiques de l’Europe médiévale : féodalité, chevalerie. La nouvelle aristocratie tire son pouvoir et sa richesse des campagnes et la préservation de l’alphabétisation pour les moines et les élites.
Les routes de la soie sont également un vecteur de transmission de courants de pensées. En effet, les grandes religions naissent en Asie et se propagent le long des routes commerciales et de communication. Jésus-Christ ne parle, ni latin, ni grec, mais araméen, une lange du Moyen-Orient. Ses enseignements se répandent dans les deux directions. Il y a un évêque à Samarkand et à Kashgar. Dans ces régions d’Asie centrale, le christianisme côtoie le judaïsme, le bouddhisme et l’hindouisme, puis l’islam. Au Moyen âge, les meilleures universités du monde se situent à Bagdad, Damas, Samarkand et Khiva.
Les Mongols et la peste noire
Au Moyen-âge, les Mongols englobent les routes de la soie dans un vaste empire. Celui-ci résulte d’une expansion rapide et violente fondée sur des succès militaires. Néanmoins, il est très sophistiqué, administré par des bureaucrates habiles qui gèrent des peuples divers sur de très longues distances. Sa politique encourage le commerce en réduisant les obstacles à la circulation des personnes et des biens, à tel point que les maladies circulent également, notamment en Afrique et au Moyen-Orient. C’est ainsi que la peste noire arrive en Europe au milieu du XIVe siècle par le biais de navires marchands. Elle s’est propagée si vite, comme la COVID, parce que les régions et les peuples étaient connectés les uns aux autres. Elle constitue une preuve de l’interconnexion des peuples à cette époque.
L’Orient attire l’Europe médiévale
L’Orient attire l’Europe médiévale. A la fin du XIe siècle, des chevaliers de toute l’Europe répondent à l’appel du Pape pour défendre les chrétiens en Terre Sainte. La première croisade s’achève avec la prise de Jérusalem. Elle marque le début d’une longue histoire de relations entre la France et le Proche-Orient. Les liens tissés à l’époque médiévale perdurent toujours. Les entreprises françaises ont construit des positions importantes au Liban et en Syrie. Les croisades n’ont pas créé que des liens économiques. L’architecture gothique porte des empreintes du Moyen-Orient. Les cathédrales et les palais se sont érigés grâce aux échanges méditerranéens. Les cités italiennes, dont Venise et Gênes, constituent un point d’entrée pour l’Europe via à vis des richesses de l’Orient. Les connaissances médicales, scientifiques arrivent par le biais du monde musulman. Les idées à propos de la chevalerie, sur le rôle de l’Eglise et sur ceux idéalisés des Hommes sont des réponses à l’expansion des horizons géographiques, religieux, culturels au Moyen Age.
Venise et les grandes découvertes
Au XVe siècle, les Etats les plus prospères sont ceux ayant les meilleures relations avec les marchés d’Afrique du Nord, de la mer noire et du Moyen-Orient. A ce titre, Venise constitue une superpuissance économique et politique. La cité des doges s’avère impitoyable lorsqu’il s’agit de construire et de protéger ses intérêts commerciaux. Le Portugal et l’Espagne cherchent de nouvelles voies de communication pour passer outre l’intermédiaire vénitien. C’est ainsi que Vasco de Gama a rejoint les Indes en contournant l’Afrique. Ces nouvelles routes commerciales sont un désastre à long terme pour Venise. Le chargement de gros navires océaniques signifie que des expéditions plus importantes peuvent être livrées directement vers de nouveaux marchés et à moindre coût. Tous les marchands européens se rendant à Venise passent désormais par Lisbonne. Au même titre, Christophe Colomb et Magellan (1) ne cherchent pas à découvrir de nouvelles terres à exploiter, mais à relier l’Espagne aux routes de la soie en évitant les sphères vénitiennes et portugaises.
L’expansion européenne et les richesses mondiales
Au fil du temps, les nouvelles routes vers l’Asie et les Amériques se fiabilisent. L’Europe se retrouve au centre du monde et non plus à sa périphérie. L’or et l’argent s’entassent sur les quais de Séville. A l’inverse, les peuples précolombiens souffrent de maladies, de malnutrition, de surmenage et d’esclavage (2). Par la suite, des millions d’hommes sont asservis, déportés à travers l’Atlantique pour travailler dans des plantations, en vue de générer des profits pour leurs propriétaires, sans égard pour le bien-être de ceux qui contribuaient à les produire. Cette situation crée d’énormes niveaux de richesse en Europe. Les aristocraties ont pu construire de vastes palais et payer les meilleurs architectes, artistes, musiciens et écrivains pour créer des chefs d’œuvre dédiés au plaisir. L’extraction des ressources conduit à une rivalité intense engendrant des guerres stimulant la recherche scientifique. L’extraction impitoyable des ressources américaines profite également à l’Asie. L’or et l’argent est en partie investi à l’Est pour répondre à la demande croissante de tissus, textiles (3), épices, céramiques, produits exotiques, connectant plus intensément les régions du globe.
Du commerce à la puissance politique et militaire
Pour contrôler le commerce, les Européens construisent des entrepôts et des casernes militaires le long des routes commerciales. Ils interviennent dans les affaires locales, souvent à la demande des chefs locaux. Ce n’est donc pas un hasard, si la France a commencé à transformer sa position commerciale en une position de puissance politique et militaire en Inde, dans le Pacifique et en Indochine. Les Français devaient soumettre les populations locales, mais aussi affronter la concurrence d’autres européens aux ambitions similaires. La rivalité avec le Royaume-Uni, l’Espagne, les Pays-Bas et le Portugal, s’est jouée à l’échelle mondiale. Le prix en était les échanges et les marchandises importées à Paris depuis des espaces lointains. La compétition pour l’influence s’est jouée au Proche-Orient, en Asie Centrale, où la Grande Bretagne essaye de contrecarrer l’expansion russe.
Le pétrole et les grandes puissances
L’objectif des grandes puissances demeure le contrôle des approvisionnements en pétrole au Moyen-Orient. Cette question est au cœur des origines de la Première guerre mondiale et joue un rôle essentiel dans le déroulement de la Seconde guerre mondiale, en particulier lors de l’invasion allemande de l’URSS en 1941. La question du pétrole domine les affaires mondiales. Les États-Unis ont dépensé 6000 milliards de dollars pour maintenir un équilibre favorable en Irak et dans les pays voisins.
La Chine, l’Inde et les nouvelles routes de la soie
En Asie, la croissance économique de la Chine et de l’Inde a été époustouflante ces trente dernières années. La Chine est redevenue une puissance économique, politique et militaire qui pèse sur la scène internationale. Les économies des pays des routes de la soie sont en croissance rapide. A ce titre, Xi Jiping a lancé le projet de nouvelles routes de la soie. A l’inverse, l’Europe est confrontée à une réalité où les enfants ne seront pas aussi riches et chanceux que leurs parents et grands-parents. La pandémie de COVID a accéléré des thématiques, comme les technologies numériques, mais aussi la manière dont les États-Unis et l’Union Européenne se sont soudain réveillés pour considérer la Chine comme un problème. De l’autre côté de l’Atlantique, la question est de savoir comment les États-Unis se positionneront. Est-ce qu’ils demeureront une société ouverte ou repliée sur elle-même, respecteront-ils les règles mondiales ou s’en affranchiront pour en inventer de nouvelles ? Pour notre historien une chose est sûre : les routes de la soie ont toujours fait partie de l’histoire mondiale et cela ne va pas changer de sitôt.
À retenir
- Depuis l'antiquité, les routes de la soie relient la Chine, l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Europe par des échanges commerciaux.
- Les marchandises, les religions et les connaissances ont circulé le long de ces routes commerciales.
- Les Mongols ont favorisé la circulation des personnes et des biens, ce qui a aussi facilité la propagation des maladies.
- Les nouvelles routes maritimes ont transformé les rapports de force commerciaux et renforcé la position de l’Europe.
- La Chine, l’Inde et les nouvelles routes de la soie occupent une place importante dans les équilibres mondiaux contemporains.
Dates clés
- Années 1870 : le géographe allemand Ferdinand Von Richthofen popularise le terme « routes de la soie ».
- Fin du XIe siècle : la première croisade conduit à la prise de Jérusalem.
- Milieu du XIVe siècle : la peste noire arrive en Europe par des navires marchands.
- XVᵉ siècle : Venise est une grande puissance économique et politique liée aux marchés orientaux.
- 1941 : l’invasion allemande de l’URSS s’inscrit dans les enjeux stratégiques liés notamment au pétrole.
Sources
Texte : FRANKOPAN. Peter : « les routes de la soie : entre réalités et imaginaires, réflexion d’un historien de la mondialisation et de l’histoire globale », in Cahiers d’histoire : revue d’histoire critique, n°151, octobre-décembre 2021, pp99-113.
Image : https://www.nationalgeographic.fr/histoire/les-origines-fascinantes-de-la-route-de-la-soie
1) Retrouvez notre article sur l’expédition Magellan
2) Retrouvez notre article sur la traite négrière
3) Retrouver notre article sur les textiles indien

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