L’expédition Magellan

  Carte illustrant l’expédition de Fernand de Magellan et le premier tour du monde.

Récit de l’expédition de Magellan, premier voyage autour du monde, depuis sa préparation jusqu’au retour en Espagne en 1522.

Je me nomme Antonio Pigafetta. Sur les recommandations du nonce apostolique, j’ai rejoint à Séville la flotte de Ferdinand Magellan, devant entreprendre le premier voyage autour du monde de l’histoire. Ma charge durant l’expédition a été de tenir le récit de cette extraordinaire aventure, dont je vous livre ici un résumé.

Contexte et préparation

Le traité de Tordesillas de 1494 scinde le monde en deux sphères d’appartenance entre l’Espagne et le Portugal. A ce titre, Lisbonne possède les terres orientales. Étant donné l'importance du commerce des épices dans l’économie, l’Espagne se devait de trouver une nouvelle route vers l'Asie, et notamment vers les Moluques où pousse la girofle. C’est ainsi que le projet de Fernand de Magellan, marin et militaire portugais, fut validé par l’empereur Charles Quint en 1516. L’explorateur proposait d’accéder aux Moluques par l'Ouest, sans affecter les relations politiques avec le Portugal.

Les deux années suivantes furent consacrées à l’organisation de l’expédition. Les équipages comprenaient 270 hommes, dont 139 Espagnols et 31 Portugais. Les autorités espagnoles, méfiantes à l'égard de Magellan, nommèrent un maximum de leurs compatriotes. A ce titre, les deux seconds du capitaine étaient Juan de Carthagène et Luis de Mendoza, imposés par la couronne. L’équipage se répartissait sur cinq vaisseaux emportant de l'approvisionnement pour deux ans.

Traversée de l'océan Atlantique

Nous quittâmes Séville le 10 août 1519. Nous demeurâmes encore un mois à l’embouchure du fleuve Guadalquivir, avant de quitter l’Espagne. Le 26 septembre, nous marquions une escale dans les Canaries pour un ravitaillement en produit frais. A cette occasion, Magellan eut connaissance, via un message de son beau-père, d’un projet de mutinerie au sein de sa flotte, ainsi que de l’émission par la couronne Portugaise, d’un ordre d’arrestation à son encontre.

Nous reprîmes la route le 3 octobre, naviguant au sud le long de la côte africaine.

Durant la traversée, un maître d'équipage fut surpris au cours d'un acte de sodomie avec un mousse. Le procès, présidé par Magellan, a conduit à l’exécution par strangulation de l’accusé. Le mousse disparut dans d’obscures circonstances. Nul doute que son corps gît à présent au fond des abîmes. Soit, il a été jeté par-dessus bord par représailles soit, il s’est lui-même donné la mort par honte. Le procès aviva des tensions déjà latentes. Juan de Carthagène remit en cause ouvertement le commandement de son supérieur. Magellan ordonna sa mise aux fers. Fort de l’appui de ses compatriotes, Cartagena évita un procès pour mutinerie et fut seulement relevé de son commandement.

Du Brésil à l’Argentine

Le 13 décembre 1519, nous atteignîmes Rio de Janeiro. Notre escale dura deux semaines, le temps de réparer diverses avaries et de reconstituer nos provisions d'eau et de nourriture. Nous reprîmes notre route deux jours après Noël. Nous naviguâmes vers le sud en longeant le littoral à la recherche d'el paso, le légendaire détroit, qui permettrait de rejoindre les Moluques.

Le 11 janvier 1520, la vigie repéra un cap non répertorié. Serions-nous enfin dans le détroit d’el paso ? Malheureusement, la non salinité de l’eau réduisit à néant nos espoirs. Il s’agissait de l’embouchure d’un vaste fleuve. Il nous fallut rebrousser chemin et poursuivre plus au sud. Durant des semaines, nous longeons les côtes sans trouver de passage. Nous risquions à tous moments de nous échouer sur des bancs de sable. Je ne développerais pas les tempêtes et la baisse des températures au fur et à mesure que nous naviguions vers le sud. Cependant vers la mi-mars, les conditions météorologiques devinrent si mauvaises, que Magellan décida de trouver un port adéquat pour y passer l'hiver.

Hivernage

Le 31 mars 1520, nous trouvâmes un port naturel pour abriter la flotte. Le lendemain, une mutinerie éclata, menée par Cartagena, Quesada et Mendoza. Aux environs de minuit accompagnés d’une trentaine d’hommes, ils s’emparèrent du San Antonio, après avoir poignardé le maitre d’équipage essayant de lancer l’alerte. Malgré tout informé de la situation, Magellan réagit avec ruse. Il confia à Espinosa, un marin de confiance, la mission de stopper la mutinerie.

mutinerie. Prétextant la remise d’une lettre confidentielle, Espinosa fut introduit auprès de Mendoza. Une fois face à face, le premier poignarda le second à la gorge. Ce fut le signal pour les marins, demeurés fidèles à Magellan, de monter à l’assaut des navires. Quesada fut stoppé dans sa fuite. Cartagena se rendit. Le procès qui s’en suivit dura cinq jours. Le 7 avril, Quesada fut exécuté par décapitation. Les mutins furent enchainés une grande partie de l’hivernage. Cartagena, condamné à être mis en marronnage, fut abandonné sur une petite île.

À la fin avril, Magellan chargea le Santiago d’une reconnaissance vers le sud à la recherche du détroit. Nous demeurâmes sans nouvelle de nos compagnons jusqu’à la mi-mai où deux d’entre eux arrivèrent à pied. Ils nous expliquèrent que leur navire s’était échoué sur un banc de sable lors d’une tempête. Une équipe de secours se chargea de les ramener. Ils avaient survécu en construisant des huttes et en se nourrissant de coquillages et de plantes.

Le détroit de Magellan

Nous reprîmes la mer le 18 octobre 1520, en direction du sud, toujours à la recherche du passage. Trois jours plus tard, nous découvrîmes une large baie menant à un passage étroit se prolongeant vers l'intérieur des terres. Cette fois, l’eau ne perdait pas sa salinité. Les sondages indiquaient une profondeur constante. Nous étions sur la bonne voie.

Notre flotte atteignit une île dans le détroit, connue désormais sous le nom d'île Isabelle ou île Dawson. Magellan sépara sa flotte pour tester deux chemins. Nous devions nous rejoindre de l’autre côté, mais nous ne revîmes jamais le San Antonio. Nous atteignîmes un nouvel océan le 20 novembre après avoir cherché durant des semaines le San Antonio. Magellan le nomme Pacifique pour son calme.

Traversée de l'océan Pacifique

Nous naviguâmes vers le nord en suivant la côte. Vers la mi-décembre, Magellan a mis le cap à l'ouest. Nous patientâmes trois mois, avant d’apercevoir deux petites îles. Ne nous attendions pas à un voyage si long, nous ne disposions pas suffisamment de nourriture et d'eau. La plupart des hommes soufrèrent du scorbut. Dix-neuf marins périrent de maladie et de sous-nutrition.

Début mars 1521, nous atteignîmes Guam où des dizaines de Chamarros se portèrent à notre rencontre. Ces derniers, sans aucune gêne, montèrent à bord de nos vaisseaux et s’emparèrent de divers objets. L’équipage riposta, causant la mort d’un indigène. Le jour suivant, Magellan organisa des représailles, envoyant ses hommes piller et brûler leur village.

Les Philippines

Le 16 mars 1521, nous atteignîmes l’archipel des Philippines. Pour la première fois de l'expédition, l'esclave de Magellan, Henrique de Malacca communiqua avec des indigènes en malais. Ceci indiquait que nous foulions des terres connues. Un sourire parcourt mon visage en songeant que cet esclave est le premier homme avoir accompli le tour du monde.

Nous fûmes introduits auprès du roi Kolambu. Ce dernier se lia d’amitié avec Magellan, partageant le rituel de pacte de sang. Les seigneurs Philippins disposent de parures en or et servent aussi la nourriture sur des plats en or. Il parait que ce minerai abonde dans leurs patries. Ils étaient disposés à échanger de l’or contre du fer et des armes. Le dimanche de Pâques 31 mars, Magellan participa à la première messe aux Philippines, donnée par l'aumônier de l'Armada. Kolambu et d'autres insulaires, rejoignirent la cérémonie. Après l’office, Magellan a déclaré formellement l'ensemble de l'archipel des Philippines possession de la Couronne d'Espagne. Nous apprîmes que l’archipel se compose en réalité d’une multitude de petits royaumes.

Mort de Magellan (1)

Quand Magellan fut informé que les habitants l'île de Mactan, dirigés par Lapu-Lapu, résistèrent à la conversion chrétienne, il ordonna de brûler leurs maisons. Comme ils persistèrent dans le dénégation, notre capitaine a dépêché une troupe. Devant le refus de Lapu-Lapu de reconnaitre l’autorité du roi, Magellan ordonna l’assaut. Bien que possédant la supériorité technologique, les forces tribales submergèrent nos hommes. Magellan mourût dans la bataille.

Duarte Barbosa, le beau-frère de Magellan, et Juan Serrano succédèrent à Magellan. Leur commandement fût bref. Dans son testament, Magellan souhaitait l’affranchissement de son esclave. Or les capitaines le retinrent contre son gré pour servir d’interprète. Henrique de Malacca se vengea en concluant un marché avec le seigneur Humabon. Le 1er mai, Humabon les invitèrent à un festin. Lors du banquet, les indigènes massacrèrent nos hommes. Nous quittâmes cette île dans la précipitation, sous les ordres de notre nouveau commandant João Carvalho. Nous atteignîmes finalement les Moluques, but de notre voyage, le 8 novembre 1521, soit plus de deux ans après notre départ.

Retour en Espagne

Le 15 décembre, nous reprîmes la mer, chargés de clous de girofle. Mais la Trinidad, endommagée, a pris l'eau. Après avoir effectué les réparations, il a été décidé que la Victoria prendrait la mer pour rejoindre l'Espagne par l'ouest et que la Trinidad resterait en arrière par l'est, avec une tentative de traverser le continent américain. Pour ma part, je demeurai sur la Victoria.

Nous traversâmes l’océan indien, franchîmes le cap de Bonne Espérance, avec du riz pour seule alimentation. Nous arrivâmes au Cap-Vert le 10 juillet 1522, soit un jour après celui que j’avais calculé. Encore aujourd’hui, je ne m’explique pas cette erreur. J’ai pourtant vérifié tous mes calculs. Apprenant que nous transportions des épices, les Portugais emprisonnèrent treize de nos hommes. Nous réussîmes à nous échapper en emportant 26 tonnes de clous de girofle et de cannelle). Nous regagnâmes l’Espagne en septembre 1522, trois ans après notre départ et en ayant accompli le tour du monde. Sur les 270 membres d’équipages, seuls 18 sont revenus.

Quelques temps après mon retour, j’appris que le San Antonio, dont nous avions perdu la trace dans le détroit, avait regagné l’Espagne. Les officiers du navire avaient dressé un portait à charge de Magellan, ruinant sa réputation et celle de sa famille. J’appris également que la Trinidad avait sombré en voulant échapper à la flotte portugaise.

1) Voir notre article sur la mort de Magellan

Sources

Texte : « Magellan : un voyage qui changea le monde », exposition au Musée National de la Marine, Paris, octobre 2025 - mars 2026.

Image : https://www.evasion-philippines.fr/fernand-magellan-lhistoire-de-son-expedition/

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