Où se trouve le livre d’Héraclite ? Enquête sur une œuvre perdue de l’Antiquité

Où se trouve le livre d’Héraclite ? Enquête sur son œuvre perdue, le temple d’Artémis, le papyrus de Derveni et ses fragments transmis jusqu’à nous.
Dans les ruines d’Éphèse, il ne reste presque rien du temple d’Artémis. Quelques pierres, une colonne relevée face au ciel, de l’eau et des herbes là où s’élevait autrefois l’une des merveilles du monde antique. Pourtant, quelque part dans ce sanctuaire aujourd’hui disparu, une tradition antique affirme qu’Héraclite aurait déposé un livre. Un livre que personne n’a jamais retrouvé.
Héraclite d’Éphèse, philosophe grec actif autour de 500 av. J.-C., a composé une œuvre aujourd’hui perdue, traditionnellement appelée De la nature. Diogène Laërce affirme plusieurs siècles plus tard que ce livre aurait été déposé dans le sanctuaire d’Artémis à Éphèse, mais nous ignorons ce qu’est devenu cet exemplaire et rien ne prouve qu’il ait brûlé avec le temple en 356 av. J.-C. L’œuvre d’Héraclite ne survit aujourd’hui que par des citations, des témoignages et quelques traces papyrologiques, notamment le papyrus de Derveni et P.Oxy. 3710. Retrouver le livre d’Héraclite signifie donc moins retrouver un objet perdu que reconstruire une œuvre dispersée pendant près de vingt-cinq siècles.
Un livre perdu quelque part entre Éphèse et nous
Il existe des livres que l’on perd dans une bibliothèque. Ils sont là, quelque part, dissimulés derrière une rangée mal classée, abandonnés dans un carton ou oubliés au fond d’un grenier. On sait qu’ils existent encore et, avec un peu de patience, il suffirait probablement de les retrouver. Et puis il existe d’autres livres qui semblent avoir été engloutis par l’Histoire elle-même. Aucun inventaire ne permet de les localiser, aucune bibliothèque ne les réclame, aucune fouille ne les a rendus. Ils ont existé, parfois influencé des générations entières, puis ils ont simplement cessé d’être visibles.
Quelque part à Éphèse, au tournant des VIe et Ve siècles avant notre ère, un homme composa un livre, probablement sous la forme d’un rouleau. Cet homme s’appelait Héraclite. Nous ne connaissons ni le visage qu’il avait lorsqu’il écrivait, ni la pièce dans laquelle il travaillait, ni le temps qu’il lui fallut pour composer son œuvre. Nous ignorons si son texte fut rédigé lentement, corrigé, repris, ou s’il prit la forme d’une succession de sentences composées au fil des années. Nous ne savons même pas avec certitude comment Héraclite lui-même appelait son ouvrage. Une chose, en revanche, ne fait guère de doute : le livre complet a disparu.
Pas un exemplaire intégral ne nous est parvenu. Pas une copie médiévale, pas un rouleau miraculeusement préservé dans les sables d’Égypte, pas même un fragment matériel que nous pourrions identifier avec certitude comme provenant de l’exemplaire original. Et pourtant, Héraclite n’a pas entièrement disparu. Ses phrases surgissent chez Aristote, Plutarque, Clément d’Alexandrie, Hippolyte et plusieurs autres auteurs. Elles apparaissent au détour de livres qui ne sont pas les siens, comme les pierres d’un monument antique réemployées dans des édifices plus tardifs.
Cette histoire me fascine parce qu’elle touche au cœur même du métier d’historien. Lorsque j’enseigne à mes élèves, j’essaie souvent de leur faire comprendre qu’un document n’arrive jamais jusqu’à nous par magie. Avant de se retrouver sous leurs yeux, il a fallu qu’il soit produit, conservé, copié, parfois traduit, parfois cité. Une génération aurait pu cesser de le recopier et toute la chaîne aurait alors été rompue. Derrière chaque texte antique encore lisible aujourd’hui se trouvent probablement des milliers d’autres voix auxquelles cette chance n’a pas été accordée.
Le livre d’Héraclite appartient à cet immense cimetière des œuvres perdues, mais avec une particularité : une tradition antique affirme que nous connaissons peut-être l’endroit où il fut autrefois déposé. Diogène Laërce raconte que le philosophe aurait confié son ouvrage au grand sanctuaire d’Artémis, à Éphèse. Dès lors, l’enquête devient presque irrésistible. Si ce livre a réellement existé, s’il a véritablement été placé dans le sanctuaire et si des générations de Grecs ont ensuite continué à lire Héraclite, que lui est-il arrivé ? Où se trouve aujourd’hui le livre du philosophe d’Éphèse ?
Héraclite avait-il vraiment écrit « un livre » ?
Un philosophe prisonnier des livres des autres
Héraclite appartient à cette génération extraordinaire de penseurs grecs que nous avons pris l’habitude d’appeler les Présocratiques. Thalès avait cherché dans l’eau le principe des choses ; Anaximandre avait imaginé l’apeiron, l’indéfini ; la tradition pythagoricienne allait faire des rapports numériques l’une des clefs de compréhension du cosmos, tandis que Parménide développait, au début du Ve siècle avant notre ère, une pensée radicale de l’être. Au milieu de cette effervescence intellectuelle apparaît Héraclite d’Éphèse, personnage déjà entouré d’une réputation singulière dans l’Antiquité.
On le surnomme volontiers « l’Obscur ». Ses phrases paraissent courtes, énigmatiques, parfois construites comme des énigmes que le lecteur doit déplier. Pourtant, nous ignorons dans quelle mesure cette impression correspond réellement à la forme de son ouvrage. Nous ne lisons plus Héraclite dans son propre livre : nous lisons les passages que d’autres auteurs ont décidé de conserver. Cela modifie profondément notre perception. Une phrase détachée d’un développement de plusieurs pages peut sembler mystérieuse alors qu’elle était peut-être parfaitement claire dans son contexte initial.
Pour comprendre le problème, imaginons qu’une catastrophe efface toute l’œuvre de Victor Hugo et qu’il ne reste, dans deux mille cinq cents ans, qu’une phrase des Misérables reproduite dans un manuel scolaire, quelques vers cités dans un discours politique et plusieurs extraits conservés par des critiques littéraires. Les chercheurs du futur pourraient reconstituer une partie de sa pensée, identifier son style et même reconnaître certaines de ses préoccupations. Mais pourraient-ils vraiment affirmer qu’ils possèdent encore Les Misérables ? Ils auraient Hugo par fragments, non son livre. C’est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons avec Héraclite.
De la nature : un titre qui n’était peut-être pas le sien
La tradition a souvent donné à l’œuvre d’Héraclite le titre Peri physeôs, généralement traduit par De la nature ou Sur la nature. Ce titre paraît si naturel pour un penseur présocratique qu’on serait tenté de le considérer comme certain. Pourtant, les choses sont moins simples. Les sources antiques transmettent plusieurs appellations, et de nombreux ouvrages philosophiques archaïques furent plus tard rangés sous des titres génériques qui ne correspondaient pas nécessairement à celui choisi par leur auteur.
Rien ne prouve donc qu’Héraclite se soit assis devant son rouleau en décidant qu’il écrirait un ouvrage intitulé De la nature. Cela peut sembler un détail de spécialiste, mais il révèle en réalité notre difficulté générale : nous projetons spontanément sur l’Antiquité notre conception moderne du livre, avec un titre fixé, un auteur parfaitement identifié, des chapitres ordonnés et une structure définitive. Or l’objet que nous recherchons appartenait à un univers intellectuel et matériel très différent du nôtre.
Un traité ou une constellation de sentences ?
La difficulté augmente encore lorsque l’on s’interroge sur l’organisation interne de l’œuvre. Héraclite développait-il un raisonnement continu ? Son livre comportait-il plusieurs grandes parties ? Avait-il au contraire rassemblé des sentences indépendantes, volontairement brèves, que ses lecteurs devaient méditer ? Diogène Laërce présente l’ouvrage comme divisé en trois ensembles consacrés au cosmos, à la politique et à la théologie, mais rien ne permet d’assurer que cette division remontait à Héraclite lui-même. Quant aux éditions modernes, elles donnent presque toujours à voir une succession de fragments numérotés, mais cette numérotation est le produit du travail philologique moderne et non celui du philosophe.
L’image archéologique me paraît ici particulièrement parlante. Nous sommes devant les vestiges d’un bâtiment dont toutes les pierres auraient été déplacées, réemployées et dispersées. Certaines conservent des éléments de décor ; d’autres permettent de deviner l’existence d’une corniche, d’un mur ou d’un seuil. Mais il manque le plan d’origine. Marcel Conche a tenté de retrouver derrière les fragments une cohérence philosophique générale, tandis que Jean Bollack et Heinz Wismann ont mis en garde contre les reconstructions trop séduisantes qui risqueraient de fabriquer un nouvel Héraclite à partir de nos propres attentes. Ainsi, avant même de chercher où le livre a disparu, nous devons accepter une première incertitude : nous ne savons pas exactement à quoi ressemblait ce que nous cherchons.
Le jour où Héraclite aurait confié son livre à Artémis
Quelques mots écrits plusieurs siècles plus tard
Notre enquête possède pourtant une piste, et elle se trouve chez Diogène Laërce. Cet auteur, qui écrit plusieurs siècles après Héraclite, probablement au IIIe siècle de notre ère, rassemble dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres des traditions, des anecdotes et des informations relatives aux grands penseurs grecs. À propos d’Héraclite, il rapporte que l’ouvrage concernait l’univers, la politique et la théologie. Il affirme ensuite que le philosophe déposa son livre dans le sanctuaire d’Artémis.
La phrase demande toutefois d’être lue avec beaucoup de précaution. Certaines traductions françaises anciennes rattachent l’expression « selon certains » au dépôt du livre dans le temple. Le texte grec et plusieurs éditions modernes conduisent plutôt à comprendre que Diogène présente le dépôt comme un fait transmis par sa tradition, puis ajoute que, selon certains, Héraclite aurait volontairement composé son livre de manière obscure afin de n’en permettre l’accès qu’aux lecteurs capables de le comprendre. Cette petite différence de ponctuation et d’interprétation est révélatrice : même une source antique apparemment simple peut demander plusieurs siècles plus tard un véritable travail philologique.
Cela ne rend pas le dépôt historiquement certain. Diogène écrit près de sept siècles après Héraclite et ne nous dit pas de quelle source ancienne il tire cette information. Son témoignage prouve donc au minimum qu’une tradition antique associait le livre d’Héraclite au sanctuaire d’Artémis ; il ne permet pas de transformer cette tradition en scène parfaitement documentée.
C’est exactement le genre de difficulté que j’aime faire remarquer en classe. Qui parle ? Quand parle-t-il ? Comment peut-il le savoir ? Les élèves voudraient parfois que l’Histoire fournisse toujours une réponse binaire, vraie ou fausse, certaine ou inventée. En réalité, notre discipline avance souvent entre plusieurs niveaux de probabilité. Ce qui est solide, c’est le témoignage de Diogène. La réalité précise de la scène qu’il décrit appartient déjà à un degré inférieur de certitude.
Pourquoi confier un livre à une déesse ?
Supposons pourtant que cette tradition repose sur un événement réel. Pourquoi Héraclite aurait-il choisi le sanctuaire d’Artémis ? Il faut ici se débarrasser de l’image d’une bibliothèque moderne. Le temple grec n’est pas seulement un lieu où l’on prie : il est aussi un espace de prestige, de mémoire, de dépôt et d’offrandes. On y consacre des statues, des armes, des objets précieux, des inscriptions et des richesses accumulées au fil des générations.
Placer un ouvrage dans l’Artémision pouvait donc constituer un geste religieux ou symbolique. Peut-être Héraclite souhaitait-il placer son texte sous la protection de la déesse. Peut-être entendait-il faire de son œuvre une offrande. Peut-être voulait-il l’associer à l’un des lieux les plus prestigieux d’Ionie. Les sources ne permettent pas de choisir. Diogène transmet en revanche une autre tradition selon laquelle l’obscurité du texte aurait été volontaire, destinée à tenir les lecteurs ordinaires à distance. Là encore, mieux vaut ne pas transformer une explication biographique tardive en confidence directe du philosophe.
L’ombre gigantesque de l’Artémision
Le décor, lui, est bien réel. À l’époque d’Héraclite, le sanctuaire d’Artémis était déjà l’un des plus grands centres religieux de l’Ionie. Le monde d’Éphèse regardait alors aussi bien vers les cités grecques que vers les royaumes d’Anatolie. Le roi lydien Crésus avait lui-même participé à l’embellissement du grand temple archaïque. Hérodote mentionne ses offrandes à Éphèse et lui attribue notamment la plupart des colonnes du sanctuaire, tandis que l’archéologie a retrouvé sur le site des éléments portant son nom.
Il faut essayer d’effacer un instant les photographies actuelles du site. Il faut rendre au paysage le marbre disparu, restituer l’ombre des colonnes et le mouvement des hommes. Des pèlerins arrivent de différentes cités, des marchands suivent les routes d’Anatolie, des prêtres administrent le sanctuaire, les offrandes témoignent de la puissance des familles et des souverains. Éphèse n’est pas alors cette ruine silencieuse parcourue par les visiteurs modernes : elle appartient à un monde de ports, de sanctuaires, de rivalités politiques et d’échanges entre la côte grecque et l’intérieur anatolien.
Si la tradition transmise par Diogène est exacte, un rouleau contenant l’œuvre d’Héraclite aurait trouvé place quelque part dans cet ensemble monumental. Peut-être aurait-il reposé parmi d’autres objets consacrés, dans un espace dont nous avons perdu jusqu’à l’organisation exacte. Ce simple détail change notre manière de regarder le livre : il ne serait plus seulement un texte philosophique, mais également un objet matériel inscrit dans un sanctuaire, exposé aux déplacements, aux destructions, aux reconstructions et aux hasards qui accompagnent tous les objets anciens.
Aujourd’hui, le contraste est presque cruel. Il ne reste du célèbre Artémision qu’un espace archéologique extrêmement dépouillé, quelques pierres et une colonne reconstruite. Ceux qui connaissent d’abord le temple à travers les livres doivent mentalement relever ce qui n’existe plus. C’est l’une des choses qui me touchent toujours sur un site antique. Nous arrivons avec des images grandioses dans la tête, puis nous trouvons des fondations, des pierres cassées et parfois presque rien. Le travail commence alors dans l’autre sens : il faut reconstruire par l’imagination ce que l’archéologie permet encore de comprendre. Le temple d’Artémis et le livre d’Héraclite semblent partager ce destin étrange : immensément présents dans la mémoire, presque absents dans la matière.

356 av. J.-C. : le livre d’Héraclite a-t-il brûlé avec le temple ?
Une histoire presque trop parfaite
Le feu entre ensuite dans notre enquête. En 356 avant notre ère, le temple d’Artémis est détruit par un incendie que la tradition attribue à Hérostrate. Celui-ci aurait volontairement provoqué la catastrophe afin que son nom survive à travers les siècles. L’histoire est déjà presque romanesque : un homme incapable de bâtir sa propre gloire aurait cherché l’immortalité en détruisant l’une des créations les plus prestigieuses de son temps.
Les auteurs antiques ont eux-mêmes contribué à envelopper cette nuit d’une atmosphère légendaire. La destruction du temple fut par la suite rapprochée de la naissance d’Alexandre le Grand, autre événement traditionnellement situé en 356 av. J.-C. De tels rapprochements montrent combien l’Antiquité aimait parfois faire dialoguer les événements et transformer les coïncidences en signes. Il faut donc distinguer, ici encore, l’incendie historique de tout ce que la mémoire antique construisit autour de lui.
Lorsqu’on rapproche cet épisode d’Héraclite, la coïncidence devient presque irrésistible. Héraclite est le philosophe auquel notre imaginaire associe volontiers le feu ; son livre aurait été déposé dans le temple ; le temple brûle. Il suffirait de quelques mots pour transformer cette succession en conclusion définitive : le livre du philosophe du feu aurait été consumé par les flammes. C’est une histoire si parfaite qu’elle semble demander à être racontée.
Justement, il faut s’en méfier.
Une belle histoire n’est pas nécessairement une histoire vraie
Nous ne possédons aucun témoignage antique affirmant que le manuscrit d’Héraclite se trouvait encore dans l’Artémision lorsque le temple brûla. Environ un siècle et demi sépare l’époque du philosophe de l’incendie de 356. L’ouvrage avait pu être déplacé, copié ou perdu entre-temps. Peut-être même le rouleau initial n’existait-il déjà plus depuis longtemps. Et puisque le dépôt lui-même nous est raconté par une source très tardive, il serait encore plus hasardeux de transformer sa destruction éventuelle en certitude.
Nous disposons donc de deux informations indépendantes : une tradition concernant un livre déposé dans le sanctuaire, et un incendie ayant détruit le temple au IVe siècle avant notre ère. Entre ces deux éléments demeure un espace vide que notre imagination est tentée de combler. Ce réflexe est humain, mais historiquement dangereux. C’est précisément une distinction que j’essaie de faire comprendre à mes élèves : la vraisemblance n’est pas la preuve, et une hypothèse séduisante ne devient pas vraie simplement parce qu’elle forme un beau récit.
Cette prudence ne rend d’ailleurs pas l’histoire moins intéressante. Elle la rend, à mes yeux, beaucoup plus humaine. Nous voyons presque le livre, nous connaissons un endroit où il aurait pu se trouver, puis la piste se brouille. L’Histoire ne nous offre pas toujours un dernier témoin ni une dernière date. Certains objets sortent simplement du champ documentaire et nous laissent devant une porte entrouverte.
Le livre avait probablement déjà quitté Éphèse
Il existe d’ailleurs de bonnes raisons de penser que l’histoire du texte ne dépendait déjà plus de son éventuel exemplaire déposé à Éphèse. Diogène Laërce affirme que l’œuvre connut une véritable réputation et que ses lecteurs donnèrent naissance à ceux que la tradition appelait les « héraclitéens ». Platon discute des positions héraclitéennes, notamment à travers la figure de Cratyle ; Aristote cite et examine Héraclite, tandis que Théophraste connaissait encore son œuvre ou, du moins, une tradition textuelle beaucoup plus complète que la nôtre.
Le texte ou certaines de ses formulations circulaient donc suffisamment pour avoir dépassé le cadre d’Éphèse. Un livre antique ne disposait évidemment pas d’un tirage comparable à celui d’un ouvrage moderne, mais la copie manuscrite suffisait à multiplier les destins possibles d’un texte. Une fois plusieurs exemplaires ou plusieurs extraits en circulation, la destruction d’un rouleau ne signifiait plus nécessairement la disparition de l’œuvre entière.
À partir de ce moment, notre enquête change de nature. Nous ne devons plus chercher un objet unique comme on chercherait un trésor perdu, mais suivre une lignée de copies, de citations et de réemplois. L’œuvre a commencé à vivre indépendamment de son support initial. Le livre matériel pouvait mourir ; ses phrases avaient déjà commencé une autre existence.
Le livre se brise : Héraclite survit dans les livres des autres
Une bibliothèque invisible
On peut tenter d’imaginer le processus. Un rouleau est copié, puis une copie en produit une autre. Un philosophe lit l’œuvre et note une phrase. Un grammairien conserve quelques mots pour illustrer une tournure inhabituelle. Un commentateur reprend une idée pour la discuter. Plusieurs siècles plus tard, un auteur chrétien cite Héraclite parce qu’il estime qu’une de ses formules peut servir son propre raisonnement. Pendant ce temps, les exemplaires complets disparaissent peu à peu.
Nous ignorons quand le dernier rouleau intégral s’est perdu. Peut-être dans l’Antiquité tardive, peut-être plus tôt encore. Peut-être dans un incendie, mais tout aussi probablement sans aucune catastrophe spectaculaire. Beaucoup de textes antiques sont morts beaucoup plus simplement : un jour, personne ne les a plus recopiés. Le support vieillit, se dégrade, puis disparaît. La véritable tragédie d’une bibliothèque ancienne n’est pas toujours le feu ; c’est parfois seulement l’indifférence d’une génération de copistes.
C’est une pensée assez vertigineuse lorsqu’on regarde nos propres bibliothèques. Nous choisissons presque instinctivement ce qui nous paraît digne d’être gardé, réédité ou transmis. Les Anciens faisaient de même, mais chaque choix était plus lourd de conséquences. Lorsqu’un texte n’était plus copié sur un support neuf, son existence matérielle entrait en sursis. Ce mécanisme suffit à expliquer une grande partie de ce que nous avons perdu de la littérature grecque et romaine.
Celui qui cite sauve et transforme
Celui qui cite Héraclite devient alors simultanément son sauveur et son interprète. Il choisit une phrase plutôt qu’une autre, détache quelques lignes de leur contexte, les insère dans une argumentation étrangère à l’œuvre originelle. Aristote ne cite pas Héraclite pour nous rendre son livre : il l’utilise pour réfléchir à ses propres problèmes philosophiques. Clément d’Alexandrie n’a pas pour objectif de devenir archiviste d’Héraclite : il conserve certaines paroles parce qu’elles prennent place dans une démonstration chrétienne.
Une citation ressemble à une pierre antique retirée d’un édifice pour être intégrée dans un autre bâtiment. La pierre a été sauvée, mais elle a changé de fonction et de contexte. Le travail des philologues modernes consiste donc en partie à essayer de la replacer mentalement dans un monument qui n’existe plus. Ils doivent déterminer quelles formulations appartiennent réellement à Héraclite, ce qui relève de la paraphrase du citateur, et quelle signification ces mots pouvaient avoir avant d’être détachés de leur environnement initial.
Il existe ici une autre difficulté : les auteurs anciens eux-mêmes pouvaient ne pas posséder exactement le même texte. Une citation pouvait avoir été recopiée d’une copie déjà fautive, citée de mémoire ou transmise par un intermédiaire. Au fil des siècles, un seul mot modifié peut déplacer toute une interprétation philosophique. L’historien des textes travaille donc parfois à une échelle presque microscopique, observant un terme, une construction grammaticale, un ordre des mots pour tenter de se rapprocher d’une phrase écrite deux millénaires auparavant.
Peut-on reconstruire un texte avec ses ruines ?
Depuis le XIXe siècle, les savants réunissent, classent et confrontent les fragments. Le problème est que le puzzle n’a plus ses contours. Nous ignorons l’ordre primitif de nombreux passages, et même leur proximité dans l’œuvre originelle. Deux phrases que les éditions modernes placent l’une à côté de l’autre pouvaient appartenir à des sections très éloignées ; inversement, des fragments transmis par deux auteurs différents pouvaient à l’origine se suivre.
Chaque édition moderne d’Héraclite est donc aussi une proposition intellectuelle. Marcel Conche cherche à retrouver une progression et une cohérence générales, allant jusqu’à présenter les fragments dans un ordre qu’il juge rationnel. Bollack et Wismann se méfient davantage des reconstructions trop harmonieuses. Jean-François Pradeau rappelle combien notre accès au philosophe dépend de témoins postérieurs. Nous ne possédons pas le livre : nous possédons plusieurs tentatives savantes pour rendre intelligible ce qu’il en reste.
Puis, au XXe siècle, un événement inattendu a fait entrer l’archéologie au cœur de cette enquête.

Un témoin carbonisé réapparaît en Macédoine
1962 : un rouleau dans les restes d’un bûcher
En 1962, près de Derveni, au nord de Thessalonique, des travaux permettent la découverte de tombes antiques. Parmi les vestiges d’un contexte funéraire apparaît un rouleau de papyrus presque entièrement carbonisé. Le paradoxe est remarquable : le feu qui aurait normalement dû détruire le document a contribué à sa conservation en transformant le papyrus en matière carbonisée moins vulnérable à certaines formes de décomposition.
Le travail nécessaire pour lire le texte est considérable. Les fragments noircis sont extrêmement fragiles ; il faut les séparer, les photographier, les examiner, puis tenter de reconstituer les lignes perdues. Chaque lambeau ressemble moins à une page qu’à une pellicule sombre pouvant se désagréger au moindre geste. Progressivement pourtant, sous le regard des spécialistes, réapparaît un texte philosophique et religieux exceptionnel, aujourd’hui connu sous le nom de papyrus de Derveni.
Le rouleau conservé fut copié vraisemblablement entre environ 340 et 320 avant notre ère, tandis que le texte dont il constitue une copie pourrait être sensiblement plus ancien, peut-être composé dès la fin du Ve siècle avant notre ère. Nous sommes donc à une distance chronologique bien moindre d’Héraclite que celle qui nous sépare des manuscrits médiévaux grâce auxquels une immense partie de la littérature antique nous est connue.
Ce rouleau n’est pas le livre d’Héraclite. Il faut le dire sans ambiguïté. Aucune fouille n’a miraculeusement rendu De la nature à notre bibliothèque. Pourtant, pour notre enquête, le papyrus de Derveni apporte quelque chose de presque aussi précieux : il contient le nom d’Héraclite et une citation qui lui est attribuée.
Quelqu’un connaissait encore Héraclite
Dans la quatrième colonne du papyrus, Héraclite est explicitement nommé. Plus remarquable encore, en dehors d’Orphée, il est le seul auteur nommé dans la partie conservée du texte. Le passage rapproche ce que les éditeurs modernes avaient longtemps connu séparément comme plusieurs fragments relatifs au soleil et à l’ordre du cosmos. Le papyrus donne ainsi un contexte ancien à des paroles héraclitéennes que les traditions manuscrites plus tardives avaient transmises autrement.
Nous ne pouvons pas savoir si l’auteur du texte de Derveni ou le copiste de l’exemplaire découvert possédait une copie complète du livre d’Héraclite. Nous ne pouvons pas davantage reconstruire l’itinéraire géographique suivi par cette citation depuis l’Ionie. En revanche, une chose apparaît nettement : au IVe siècle avant notre ère, une parole attribuée à Héraclite était suffisamment connue pour être citée dans un texte dont un exemplaire finit par être déposé dans une tombe macédonienne.
Cette distinction est importante. Elle nous interdit d’imaginer un rouleau quittant directement Éphèse pour gagner la Macédoine, scène séduisante mais impossible à documenter. Elle nous permet néanmoins de constater quelque chose de plus solide : à une époque relativement proche du philosophe, Héraclite faisait déjà partie d’une mémoire intellectuelle suffisamment large pour être repris dans d’autres textes.
Le feu qui détruit et le feu qui conserve
Cette découverte produit une ironie presque trop belle. Nous étions partis de l’hypothèse selon laquelle un incendie avait peut-être contribué à faire disparaître le livre d’Héraclite à Éphèse. Or l’un des plus anciens témoignages matériels de la circulation d’une parole héraclitéenne nous est précisément parvenu grâce à la carbonisation d’un autre rouleau.
À Éphèse, nous avions rencontré le feu comme une menace possible. À Derveni, il devient l’allié involontaire des archéologues. Sans la carbonisation, le papyrus aurait probablement été détruit par le temps et l’humidité comme tant d’autres matières organiques. Il fallut donc qu’un texte rencontre les flammes pour que certains de ses mots puissent encore être lus plus de deux millénaires plus tard.
Le feu apparaît ainsi sous deux visages. À Éphèse, il représente la destruction possible ; à Derveni, il est devenu involontairement un conservateur. Héraclite, dont la pensée a si souvent été associée aux transformations du monde, aurait peut-être apprécié cette contradiction.
Quand Héraclite ressurgit encore dans les sables d’Égypte
Le papyrus d’Oxyrhynque 3710
Derveni n’est pourtant pas le seul endroit où la terre a rendu quelques traces matérielles de la transmission d’Héraclite. L’Égypte offre une tout autre histoire. À Oxyrhynque, dans la vallée du Nil, des centaines de milliers de fragments de papyrus furent progressivement découverts à partir de la fin du XIXe siècle. Lettres privées, comptes, contrats, œuvres littéraires et commentaires scolaires avaient été conservés par les conditions particulières du sol égyptien. Au milieu de cette gigantesque bibliothèque déchirée, Héraclite allait lui aussi réapparaître.
Le papyrus connu sous le numéro P.Oxy. 3710, publié en 1986 et copié probablement dans la seconde moitié du IIe siècle de notre ère, contient un commentaire consacré à l’Odyssée d’Homère. À première vue, rien ne semblait donc devoir le conduire jusqu’à Héraclite. Pourtant, au milieu de ce commentaire apparaît un passage attribué au philosophe d’Éphèse concernant notamment les mois et les cycles lunaires. Les recherches de David Sider et de Walter Burkert ont montré l’importance de ce témoignage, qui offre un fragment nouveau, voire selon les analyses deux fragments, d’Héraclite. University of Illinois
La situation est presque exemplaire. Ce que nous cherchons n’est toujours pas le livre d’Héraclite. Nous trouvons un commentaire à Homère, écrit des siècles après sa mort, dans lequel quelqu’un a jugé utile de conserver quelques mots supplémentaires du philosophe. Une fois encore, Héraclite survit non pas parce que son livre a été préservé, mais parce qu’un autre texte avait besoin de lui.
Une œuvre qui réapparaît par éclats
Derveni et Oxyrhynque sont séparés par plusieurs siècles, des centaines de kilomètres et des contextes intellectuels très différents. Le premier témoin provient d’un rouleau philosophico-religieux carbonisé dans une nécropole macédonienne ; le second d’un papyrus égyptien transmettant un commentaire homérique. Ils n’appartiennent pas à une même copie du livre et ne permettent évidemment pas de reconstituer son histoire matérielle.
Mais ensemble, ils montrent quelque chose d’essentiel : l’œuvre d’Héraclite n’a pas seulement survécu dans les grands manuscrits littéraires transmis jusqu’au Moyen Âge. Des fragments de sa pensée ont également laissé des traces matérielles sur des papyrus antiques, parfois dans des textes dont le sujet principal n’était même pas Héraclite.
Il y a quelque chose de presque émouvant dans cette manière de retrouver un auteur. Nous aurions aimé découvrir un rouleau portant son œuvre entière, dérouler progressivement les colonnes et voir apparaître dans leur ordre originel les phrases que les philologues cherchent depuis des siècles à rapprocher. À la place, l’Histoire nous donne quelques mots dans une tombe macédonienne, quelques autres dans un commentaire homérique retrouvé en Égypte, puis des citations dispersées dans des auteurs qui n’écrivaient pas pour nous.
Notre bibliothèque invisible vient encore de s’agrandir.
Alors, où se trouve aujourd’hui le livre d’Héraclite ?
Nulle part, si nous cherchons un rouleau
Il est maintenant possible de répondre à la question initiale, mais la réponse la plus honnête demeure frustrante. Si nous cherchons l’objet matériel original, nous ne savons pas où se trouve le livre d’Héraclite. Aucun manuscrit complet n’est actuellement connu, aucun papyrus retrouvé en Égypte, en Grèce ou en Anatolie n’a rendu son œuvre intégrale, et nous ignorons à quel moment le dernier exemplaire complet a disparu.
Nous ne savons pas davantage ce qu’est devenu le rouleau qui, selon Diogène Laërce, aurait été déposé dans l’Artémision. Il a pu brûler, être déplacé, se décomposer lentement ou disparaître bien avant l’incendie de 356. La tradition même du dépôt nous est rapportée très tardivement. Parfois, l’enquête historique ne se termine pas par la découverte d’un coupable ou d’un trésor ; elle consiste à déterminer précisément jusqu’où les sources permettent d’aller, puis à accepter l’endroit où commence l’inconnu.
Il reste naturellement toujours la tentation d’espérer. L’archéologie nous a déjà habitués à rendre des textes dont personne n’attendait plus l’existence. Les papyrus d’Herculanum, les découvertes d’Oxyrhynque ou le papyrus de Derveni suffisent à rappeler combien notre bibliothèque de l’Antiquité demeure tributaire du hasard des découvertes. Rien ne permet cependant, aujourd’hui, d’affirmer qu’un exemplaire complet d’Héraclite attend quelque part d’être retrouvé. L’historien peut espérer. Il ne doit pas transformer cette espérance en hypothèse documentaire.
Partout, si nous cherchons le texte
La réponse devient pourtant tout autre si nous cessons de chercher uniquement un objet matériel. Une partie du livre se trouve chez Aristote, une autre chez Plutarque, d’autres passages encore chez Clément d’Alexandrie ou Hippolyte. Une citation très ancienne apparaît dans le papyrus de Derveni. Plusieurs siècles plus tard, quelques paroles supplémentaires surgissent dans le papyrus d’Oxyrhynque 3710. Puis viennent les manuscrits médiévaux qui transmettent les auteurs ayant eux-mêmes cité Héraclite, et enfin les éditions modernes qui rassemblent patiemment ces témoignages dispersés.
Le livre n’existe donc plus comme un objet unique. Il existe comme un réseau de transmissions. Il ressemble à un archipel dont chaque fragment constitue une île séparée, tandis que le continent auquel elles appartenaient autrefois a disparu sous les eaux. Le travail des historiens et des philologues consiste à reconnaître les formes encore visibles du relief englouti sans prétendre reconstruire chaque vallée et chaque rivage.
Cette situation oblige également à reconsidérer ce que nous appelons un « fragment ». Nous imaginons volontiers un morceau physique arraché à un livre, alors que la plupart des fragments d’Héraclite sont des fragments au sens intellectuel : des paroles conservées dans le texte d’un autre. Le support matériel d’origine a disparu depuis longtemps, mais la phrase a migré d’un ouvrage à l’autre jusqu’à atteindre les éditions modernes. Une œuvre perdue peut ainsi continuer d’exister pendant des siècles sans posséder elle-même de manuscrit.
Un livre peut-il survivre sans son corps ?
C’est finalement là que cette enquête quitte un instant la simple recherche documentaire pour rejoindre une question plus personnelle. Depuis que je suis professeur, une partie de mon existence est consacrée à transmettre. Bien sûr, il s’agit de transmettre des connaissances, des dates, des raisonnements, des méthodes. Mais lorsqu’on enseigne depuis suffisamment longtemps, on comprend que ce qui passe réellement d’une génération à l’autre est beaucoup plus difficile à mesurer. Une manière de poser une question, une curiosité, un réflexe critique ou le souvenir d’une histoire racontée en classe peuvent survivre là où le contenu exact d’un cours s’efface.
Depuis que je suis devenu père, cette question de la transmission a encore pris une autre profondeur. Nous aimerions croire que transmettre consiste à déposer quelque chose d’intact dans ceux qui viennent après nous. En réalité, tout ce que nous transmettons est reçu, transformé, oublié en partie, puis parfois redécouvert sous une autre forme. Les textes antiques connaissent une aventure semblable. Nous voudrions qu’ils arrivent jusqu’à nous tels que leur auteur les avait laissés ; ils nous parviennent couverts de cicatrices, déplacés, cités, amputés, parfois mal compris, mais encore capables de parler.
Héraclite a écrit dans une cité ionienne il y a environ deux mille cinq cents ans. Nous ignorons la forme exacte de son livre, son ordre, peut-être même son véritable titre. Le sanctuaire auquel la tradition rattache son œuvre n’est plus qu’une ruine et le rouleau original a disparu. Pourtant, quelque part dans le monde, un lecteur ouvre encore aujourd’hui une édition des fragments et rencontre une pensée née à Éphèse au début du Ve siècle avant notre ère.
Peut-être est-ce là le plus beau paradoxe de cette enquête. Les palais disparaissent, les temples s’effondrent, les matériaux retournent à la terre, mais quelques mots peuvent se glisser à travers les siècles en empruntant le livre d’un autre. Héraclite n’aurait probablement pas reconnu l’organisation des éditions modernes qui portent aujourd’hui son nom. Il aurait peut-être été étonné de voir quelles phrases furent sauvées et lesquelles disparurent. Pourtant, derrière la numérotation des fragments, les commentaires et les siècles de lectures accumulées, une voix venue d’Éphèse continue de se faire entendre.
C’est peut-être finalement la réponse la plus juste à notre enquête. Nous n’avons jamais retrouvé le livre d’Héraclite parce qu’il n’existe probablement plus comme un objet que l’on pourrait sortir d’une vitrine ou d’une réserve de musée. Il s’est dispersé dans la mémoire des autres, puis dans la nôtre.
Le rouleau est perdu, mais le livre, d’une certaine manière, n’a jamais complètement disparu.
À retenir
- Héraclite d’Éphèse, actif autour de 500 av. J.-C., a composé une œuvre aujourd’hui perdue, traditionnellement appelée De la nature ou Sur la nature.
- Diogène Laërce affirme plusieurs siècles plus tard qu’Héraclite déposa son livre dans le sanctuaire d’Artémis à Éphèse. Cette tradition est antique, mais elle ne constitue pas une preuve contemporaine du philosophe.
- Le temple d’Artémis brûla en 356 av. J.-C., mais aucune source ne permet d’affirmer que le livre d’Héraclite s’y trouvait encore. L’idée que l’œuvre ait disparu dans cet incendie reste donc une hypothèse.
- Le papyrus de Derveni, copié vers 340-320 av. J.-C., et P.Oxy. 3710, copié plusieurs siècles plus tard en Égypte, témoignent matériellement de la transmission de paroles attribuées à Héraclite.
- Le livre complet est perdu, mais la pensée d’Héraclite survit grâce aux citations d’auteurs antiques, aux papyrus et au travail des philologues modernes.
Sources
Ouvrages et sources anciennes
- Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, livre IX, IIIe siècle apr. J.-C., traduction française de Charles Zévort, Wikisource : lire en ligne.
- Héraclite, Fragments. Citations et témoignages, 2002, rééd. 2018, traduction et présentation Jean-François Pradeau, GF Flammarion : La Procure.
- Héraclite, Fragments, 1986, texte établi, traduit et commenté par Marcel Conche, Presses universitaires de France, coll. Épiméthée : Fnac.
- Jean Bollack et Heinz Wismann, Héraclite ou la séparation, 1972, Éditions de Minuit : Éditions de Minuit.
- Fabienne Jourdan, Le Papyrus de Derveni, 2003, Les Belles Lettres : Les Belles Lettres.
- Jean-François Pradeau, Héraclite, 2022, Éditions du Cerf : Éditions du Cerf.
Études et ressources en ligne
- Pierre Boyancé, « Remarques sur le papyrus de Derveni », 1974, Revue des Études Grecques, Persée : lire sur Persée.
- Walter Burkert, « Heraclitus and the Moon: The New Fragments in P.Oxy. 3710 », 1993, Illinois Classical Studies, vol. 18, University of Illinois : University of Illinois.
- UNESCO, « Le papyrus de Derveni : le plus ancien “livre” de l’Europe », Mémoire du monde, UNESCO : UNESCO.
- UNESCO, « Éphèse », Liste du patrimoine mondial, UNESCO : UNESCO.
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