La guerre de Vendée
Guerre de Vendée : causes, insurrection, armées vendéennes, répression, paix de 1795 et fin de la lutte en 1796.
Le saviez-vous ?
Entre 60 000 et 100 000 personnes partent pour la traversée de Galerne vers la Loire.
Table des matières
La grogne contre les décisions de la nouvelle République
En 1791, les paysans de l'Ouest sont mécontents de l'augmentation des impôts nouvellement créés. Ils espéraient bénéficier d’une partie de la confiscation des biens du clergé vendus au profit de l'Etat sous le nom de "biens nationaux". Néanmoins, les propriétaires urbains saisissent l'occasion pour accroitre leurs biens au détriment des paysans. Une seconde source de querelle concerne la question des prêtres réfractaires et prêtres jureurs, c’est-à-dire ayant prêté serment à la République. Les habitants des campagnes accueillent très mal ces nouveaux curés inconnus. Ceux-ci sont menacés et parfois violentés. La Révolution a provoqué une opposition particulièrement vive dans l'Ouest, d’autant que les élites urbaines et parisiennes méprisent ces paysans analphabètes parlant leur patois local.
En 1793, la France est en guerre contre l’Autriche. Le gouvernement recrute dans les campagnes plus de 300 000 hommes. L'effort demandé à chacune des communes n'est pas très important, mais il rappelle des procédés employés par la royauté. De plus, le choix s'effectue en priorité parmi ceux restés à l'écart de l'engouement révolutionnaire. Des émeutes éclatent partout en France. La politique de Robespierre apaise les tensions sauf dans l'Ouest. En Bretagne, des milliers de ruraux prennent les armes. Le général Conclaux dirige la répression. Il fait exécuter les meneurs et taxer les communes. L'ordre est rétabli en peu de temps, mais le mécontentement subsiste. En juillet 1793, une colonne de 3000 hommes se dirige vers Nantes. Les soldats sont écrasés. Face à cette défaite incompréhensive, toutes les thèses sont avancées. Soupçonné de trahison, Conclaux est guillotiné. Sa mort laisse le champ libre aux insurgés. La situation prend ainsi des proportions considérables. La région tend à échapper au contrôle du gouvernement.
L'armée vendéenne
Les armées insurgées se composent essentiellement de paysans. Lors des déplacements, un véritable roulement s’opère lors des déplacements entre ceux qui quittent leur village lorsque l'armée s’approche et ceux qui rentrent quand l'armée s'éloigne. Cependant, des soldats permanents constituent le noyau. Ces derniers sont soit des déserteurs, soit des membres de l'ancienne armée royale. Ils élisent leurs chefs selon les compétences militaires ou la vigueur de l’opposition au nouveau régime. Il s’agit en général d’anciens nobliaux. Parmi ceux-ci figurent: Cathelineau, Joly, Bonchamps, Sapinaud et Charrette. L'autorité des chefs est limitée. Ils ne sont jamais sûrs que leurs ordres soient exécutés. Par ailleurs, ils doivent accepter les capitaines qui sont élus par la troupe. Chaque chef doit constamment faire ses preuves pour garder la confiance de ses soldats et de ses pairs. De plus, il existe de fortes dissensions entre les nobles et les roturiers.
Les armées vendéennes jouent sur l'effet de masse. Elles utilisent des techniques de guérilla. Elles amènent les armées républicaines dans des traquenards pour les vaincre. Les petites villes tombent facilement aux mains des Vendéens. A l’inverse, les grandes villes résistent grâce à leurs fortifications et leurs garnisons. Dès le mois d'avril 1793, l'intérieur des terres, dont Saumur, La Flèche et Chinon, échappent à la République. Les paysans rentrent chez eux une fois la bataille finie. Les chefs vendéens peinent à conserver leurs conquêtes. Les victoires royalistes ne sont donc jamais définitives.
Les Vendéens instaurent des comités provisoires dans les communes. Ces derniers surveillent les récoltes, emprisonnent les républicains et organisent la défense des villages alentours. Pour coordonner leurs actions, les Vendéens instaurent un conseil supérieur siégeant à Chatillon dans les Deux Sèvres. Ses membres réorganisent le clergé, réinstaurent les lois en vigueur sous l’Ancien régime, émettent leur monnaie, spolient les biens appartenant à des républicains. La révolte, initiale hostile à la République pour des raisons sociales, religieuses et politiques, regroupe rapidement des individus clairement contre révolutionnaire et voulant restaurer l'Ancien Régime.
Le désarroi de l'armée républicaine
Pour reprendre le contrôle de la région, des soldats sont mobilisés dans toute la France Néanmoins, la plupart ne savent ni manœuvrer, ni utiliser d'armes de guerre. Leur équipement est médiocre. Les conditions de vie sont difficiles : pluie, vent, boue, manque de nourriture et un sentiment de peur lié au bocage. Dans de telles conditions, nombre de soldats tombent malades ou désertent. Les troupes républicaines possèdent une organisation similaire à celle des Vendéens. Les soldats élisent leurs officiers, contestent les ordres et rechignent à obéir aux généraux qui limitent les pillages.
Les commandements sont assurés soit par d’anciens officiers de l’armée royale, soit par des militaires ayant obtenu un grade avec la révolution. Des représentants du gouvernement les surveillent, avec pouvoir de les destituer. Les victoires vendéennes s’expliquent par l’impréparation des troupes et les rivalités au niveau du commandement. Néanmoins, le gouvernement perçoit chaque défaite comme une trahison
Brisez la Vendée !
L’assemblée vote le principe de destruction complète de la Vendée. Les habitants patriotes sont invités à se réfugier dans des zones favorables à la Révolution. Les Vendéens résistent difficilement à la pression qui s'exerce sur eux. Ils se replient au nord. Entre 60 000 et 100 000 personnes partent pour la traversée de Galerne vers la Loire. Ils sont défaits à Cholet le 17 octobre 1973. Les généraux vendéens envisagent de rejoindre la Bretagne pour s’emparer d’un port qui pourrait accueillir des troupes anglaises. Le 14 novembre, ils échouent à prendre Granville. Face à ces défaites, de nombreux combattant désirent regagner leur foyer. Néanmoins, les troupes républicaines bloquent la retraite. Les Vendéens forcent le passage à Pontorson et à Antrain au prix de lourdes pertes. Suivis et harcelés par l'armée républicaine, les Vendéens repartent vers l'ouest en évitant les grandes villes trop bien défendues. Affaiblies par le départ des hommes, l'armée vendéenne subit une nouvelle défaite le 23 décembre 1793. Les prisonniers sont exécutés et les déserteurs traqués. En janvier 1794, le général Turreau reprend l'île de Noirmoutier, un des derniers grands bastions royalistes. En 1794, il ne reste plus d'armée, mais seulement des petites bandes organisées. Les républicains occupent toute la région.
La plupart des généraux tentent de ramener la paix en empêchant les exécutions sommaires et les pillages. Néanmoins, ce n’est pas la politique souhaitée par Paris. En octobre 1794, le représentant Carrier est envoyé à Nantes pour gérer les prisonniers vendéens. Il règle la question avec des exécutions par les armes et par noyade. Partout, des commissions militaires jugent les insurgés avec la même rigueur. Les soldats massacrent les habitants, brûlent les villages et les récoltes. Ils sont appelés "les colonnes infernales". La brutalité des troupes républicaines ne laisse pas le choix aux paysans. Il faut se battre ou mourir. La guérilla reprend, menée quatre généraux : Charrette, Stylet, Sapinaud et Marigny. La chute des Montagnards met fin à la politique de terreur. Le nouveau gouvernement désire ramener une paix véritable. Des négociations sont conduites. Les Vendéens doivent reconnaître la République. En échange, les Républicains s'engagent à laisser libre le culte des prêtres, à ne pas lever de soldats et d'impôts pendant dix ans. Un accord est conclu en mai 1795.
La reprise du conflit
La paix ne dure qu’un mois. Soutenu par les Anglais et le Comte d'Artois, futur Charles X, Charrette reprend la lutte. Il ne lève pas l’enthousiasme parmi les paysans, car il s’agit davantage d’une lutte politique avec des enjeux diplomatiques. Le général Hoche repousse le débarquement anglais. Ce dernier différencie entre les chefs vendéens, luttant pour le rétablissement de la monarchie, des paysans, souhaitant maintenir leurs traditions sociales et religieuses. En effet, une grande partie des Vendéens aspirent à la paix. Ils savent que la poursuite de la guerre est impossible.
Charrette et Stofflet sont les deux derniers chefs à résister. Abandonnés par la plupart de leurs hommes, ne disposant plus de cantonnement, errant de cache en cache, ils sont à la merci des embuscades et des dénonciations. Le premier est capturé en février 1796 et fusillé, le deuxième perd une bataille près de Nantes et subit le même sort le 29 mars.
La guerre est donc officiellement terminée. Toutefois, les populations ayant pris le parti des républicains sont mal acceptées et subissent des règlements de compte. La police surveille de près la population. En 1799, la situation est de nouveau tendue à cause de la religion. Napoléon Ier met fin à cette situation en signant le Concordat et abat la chouannerie en arrêtant Cadoudal. Le retour de Louis XVIII pacifie la région.
À retenir
- Les paysans de l'Ouest sont mécontents de l'augmentation des impôts et des conséquences de la confiscation des biens du clergé.
- En Vendée, l'insurrection prend une ampleur considérable et la région tend à échapper au contrôle du gouvernement.
- Les armées vendéennes sont essentiellement composées de paysans et utilisent notamment des techniques de guérilla.
- En 1794, les républicains occupent toute la région tandis que les violences et les exécutions se poursuivent.
- Un accord de paix est conclu en mai 1795, mais Charrette reprend ensuite la lutte avant la fin définitive de la guerre en 1796.
Dates clés
- 1791 : les paysans de l'Ouest sont mécontents de l'augmentation des impôts nouvellement créés.
- 1793 : la guerre contre l'Autriche entraîne le recrutement de plus de 300 000 hommes dans les campagnes.
- 17 octobre 1973 : les Vendéens sont défaits à Cholet.
- 23 décembre 1793 : l'armée vendéenne subit une nouvelle défaite.
- 29 mars 1796 : Stofflet est capturé après avoir perdu une bataille près de Nantes et subit le même sort que Charrette.
Sources
Texte :
- MARTIN. Jean Clément : Bleus et blancs dans la Vendée déchirée, Découvertes Gallimard, Paris, 2001, 160p
- NOTA BENE : « La révolution coupable de génocide ? : la guerre de Vendée », vidéo publié sur Youtube en 2020. https://www.youtube.com/watch?v=MAqlECcfzHY
Image : wikipedia.fr

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