Gaston d'Orléans : frère turbulent de Louis XIII
L’enfance
(1608-1620)
Gaston
nait le 25 avril 1608. Il est le cinquième enfant d’Henri IV et de Marie de
Médicis. Son prénom est un hommage à Gaston de Foix, valeureux ancêtre de la
maison de Navarre. C’est un enfant très vif et très actif, qui adore le grand
air. Il est intrépide, affectueux et curieux. Son caractère séduit Marie de
Médicis qui le préfère à Louis. Il est âgé de deux ans lorsque son père est
assassiné. L’année suivante son grand-frère Nicolas succombe à une maladie.
Son
autre grand frère, Louis, devient roi, mais la régence est assurée par sa mère.
Gaston est l’héritier du trône tant qu’il n’a pas de neveu. Âgé d’à peine trois
ans, Gaston doit assister aux cérémonies officielles. A 6 ans, il est promis à
Marie de Montpensier, une des plus riches héritière du royaume. A 7 ans, il est
confié à François Savary de Brèves pour faire son éducation. Dans ses
apprentissages, Gaston est intelligent, mais éprouve des difficultés à se
focaliser longtemps sur une tâche. Il possède une bonne mémoire et de
l’imagination. Il aime l’histoire romaine et la géographie. Il joue à recréer
des batailles de l’antiquité et écoute les récits de voyage de son précepteur.
Ce dernier organise des rencontres avec des explorateurs et des savants.
En
1617, Louis XIII fait exécuter le couple Concini, favoris de la
reine-mère. Il exile cette dernière à Blois. Désormais, il entend exercer
lui-même le pouvoir. L’entourage de Marie de Médicis doit quitter le Louvre,
dont le précepteur de Gaston.
Un
frère turbulent (1621-1634)
Après
une lutte armée, Marie de Médicis et Louis XIII se réconcilie. Gaston revient
également aux affaires. En 1621, il accompagne son frère dans la guerre contre
les protestants. Néanmoins doutant des capacités militaires de son frère, Louis
le renvoie assez vite à Paris en lui confiant des tâches de représentation
durant son absence. Gaston s’entend bien avec sa belle-sœur. Anne d’Autriche
apprécie sa culture et son humour. Ce caractère la change de l’austérité de son
mari. En 1621, Gaston prend part à une cabale contre le nouveau favori du roi,
le cardinal de Richelieu.
Le
5 aout 1626, Gaston se marie avec Marie de Montpensier. Il a 18 ans. Il passe
plus de temps à sortir le soir avec ses amis incognito dans les rues de Paris
qu’avec son épouse. Il joue et batifole. Le 27 mai 1627, son épouse donne
naissance à une fille Anne-Marie Louise d’Orléans,
celle qu’on connait sous le nom de Grande Demoiselle. Marie meurt le 4 juin des
suites de l’accouchement. L’année suivante, il s’amourache de Marie-Louise de
Gonzague, fille du duc de Mantoue. Marie de Médicis ne consent pas à cette
union pour des raisons personnelles. En effet, le duc l’avait critiqué durant
la régence.
Au
siège de la Rochelle, il remplace le roi. Il s’illustre par l’opération de
ravitaillement des troupes du fort de Saint-Martin-en-Ré en évitant qu’il ne
tombe aux mains des Anglais. Louis XIII fait la guerre en Italie pour secourir
le duché de Mantoue face aux Espagnols. Durant son absence, Gaston assure le
gouvernement. Il reste en retrait lors de la journée des dupes attendant de
voir qui de Richelieu ou de Marie de Médicis remportera la lutte.
En
1631, la tension au sein de la famille royale est affreuse. Marie de Médicis et
Anne d’Autriche boudent Richelieu. Louis XIII garde de la rancœur contre sa
mère. Gaston va mettre le feu aux poudres. Le 30 janvier, il se rend au Palais
Royal pour invectiver Richelieu avant de regagner Orléans. L’altercation
parvient aux oreilles du roi. La foudre retombe sur la reine-mère qui est
consignée à Moulins. Cette dernière s’échappe et gagne la Belgique. De son
côté, Gaston quitte aussi le royaume pour se réfugier en Lorraine. Depuis
Nancy, il publie un manifeste dans lequel il critique Richelieu. Selon lui, le
cardinal asservit le peuple pour assouvir sa soif de pouvoir. Furieux, Louis
XIII confisque les biens de son frère qu’il suspecte d’avoir aidé leur mère à
s’échapper. Le 3 janvier 1632, Gaston épouse Marguerite de Lorraine.
Considérant ce mariage comme illégal, Louis XIII marche avec son armée. Gaston
quitte le duché, délaissant sa femme, pour se réfugier auprès de sa mère à
Bruxelles. Heureux d’avoir l’héritier du trône de France sur ses terres, le roi
d’Espagne le traite avec de grandes faveurs. Il lui propose des hommes et du
matériel militaire pour rentrer en France. Néanmoins, Gaston est timoré
vis-à-vis d’un tel projet. Il espère encore pouvoir se réconcilier avec son
frère et éviter d’être considéré comme un rebelle. Rapidement, Madrid ne veut
plus de cet hôte encombrant. Il est prié de quitter la Belgique. Il retourne à
Nancy.
Au
printemps 1632, Gaston se dirige vers le Languedoc en pleine révolte. Sur son
trajet, il espérait que les villes le soutiendraient. Le 14 septembre lâché par
le roi d’Espagne, il essuie une défaite contre les troupes royales à
Castelnaudary. Las, il préfère négocier avec son frère. En échange de son
pardon et de sa réintégration dans ses titres et fonctions, Louis XIII
l’assigne en résidence à Tours. En novembre, il s’échappe pour retourner à
Bruxelles. Il oublie ses échecs grâce à des nuits d’ivresse et de débauches. En
janvier 1634, il fait venir sa femme à Bruxelles craignant qu’elle soit capturée
par les troupes royales. Les négociations reprennent entre les deux frères.
Louis XIII assouplit ses exigences, mais refuse catégoriquement de reconnaitre
le mariage. Gaston peut rentrer en France, mais sans son épouse et au grand
désarroi de sa mère. Il retrouve sa fille et s’installe à Blois.
Retraite
à Blois (1635-1642)
En
tant que frère du roi et héritier de la couronne, Gaston est pratiquement
intouchable. Richelieu le sait et tente de se faire apprécier de l’homme.
Néanmoins, les deux hommes possèdent des idées politiques opposées. Gaston ne
conçoit pas la politique à l’échelle européenne. Il conserve une vision
traditionnelle de l’aristocratie, à savoir des gentilshommes libres qui servent
leur roi en combattant sur les champs de batailles. Cette vision est aux
antipodes de la noblesse de cour que Richelieu commence à instaurer.
Parallèlement, le cardinal fait arrêter ou exécuter nombre de courtisans de la
maison d’Orléans pour trahison envers l’État.
Dès
son arrivée à Blois, Gaston entreprend la réfection du château. Il charge
François Mansart des travaux. Sa fille le rejoint. Ils passent d’agréables
moments ensemble alternant entre Blois et Chambord. S’il est très attaché à son
épouse, celle-ci est toujours exilée à Bruxelles. Par conséquent, ils ne se
voient pas. Gaston courtise de nombreuses jeunes femmes. En 1637, il tombe
amoureux de Louison de la Marbellière appartenant à la haute bourgeoisie de
Tours. Rien n’est trop beau pour elle, d’autant plus qu’elle joue sur ses
sentiments pour se refuser à lui le plus longtemps possible. En 1639, Gaston
apprend que Louison a couché avec l’un de ses courtisans. Déçu et meurtri, il
rompt et chasse le courtisan qui se réfugie en Hollande. De son côté, Louise
accouche d’un fils. Gaston ne reconnaitra pas cet enfant, dont il doute être le
père.
En
1636, la France déclare la guerre à l’Espagne. Les Espagnols envahissent le
royaume par le Nord jusqu’à la vallée de la Somme. Louis XIII octroie à son
frère le commandement d’une armée. Il réussit à contenir l’avancée ennemie. Le
roi reprend la direction des opérations. Gaston doit rentrer à Blois en
contenant sa rage. Le 5 septembre 1638, Anne d’Autriche donne naissance au futur Louis XIV. Cet
évènement porte un coup fatal aux espoirs de Gaston d’accéder au trône de
France. En 1642, grâce à ses contacts en Espagne et en Lorraine, Gaston appui
la conjuration de Cinq Mars, favori de Louis XIII, visant à faire tomber
Richelieu. Cependant, le cardinal a vent de l’opération. Un ami proche de Cinq
Mars, François de Thou avertit Gaston. Il s’enfuit en Savoie, tandis que Cinq
Mars et de Thou sont exécutés. Louis XIII autorise son frère à rentrer à Blois
en échange de la déchéance de ses droits sur la couronne.
Lieutenant
général du royaume (1643-1647)
Le
3 juillet 1642, Marie de Médicis meurt, suivi de Richelieu le 4 décembre. Le 14
mai 1643, Louis XIII décède à son tour. Dans son testament, il confie le
pouvoir à un conseil de régence présidé par Anne d’Autriche. Le commandement
des armées est confié à Gaston. Marguerite de Lorraine est autorisée à le
rejoindre en France. L’archevêque de Paris effectue une cérémonie pour valider
le mariage. Le couple s’installe au palais du Luxembourg. Son épouse lui
donnera quatre filles. Gaston se sent proche de son neveu Philippe (frère de
Louis XIV et futur régent). Sans doute, se reconnait-il dans cet enfant appeler
à vivre dans l’ombre d’un frère royal. Il apprécie Mazarin, même s’il est
parfois en désaccord avec la politique menée. Il se satisfait d’avoir enfin un
rôle important à jouer dans les affaires d’État.
Durant
l’année 1645, Gaston part dans les Flandres combattre les Espagnols. Il prend
plusieurs villes dont Gravelines. Grâce à ses victoires, il conquiert l’estime
de la reine, de Mazarin et du peuple. En juin 1646, il s’empare de Courtrai,
puis repousse l’armée de son beau-père.
La
Fronde (1648-1652)
La
guerre contre l’Espagne coûte cher. La pression fiscale sur le peuple est
forte. La monarchie vit à crédit. Les recettes de l’aristocratie s’amenuisent.
Les charges administratives se multiplient, faisant perdre de leur valeur, ce
qui mécontente les juristes. Le parlement de Paris rechigne à enregistrer les
édits. Mazarin ordonne l’arrestation de plusieurs d’entre eux. L’insurrection
gagne la capitale. Pour apaiser les esprits, les parlementaires sont libérés.
Cette décision produit l’effet inverse. Elle est perçue comme un aveu de
faiblesse. Anne d’Autriche craint pour sa sécurité. En pleine nuit, elle quitte
le Louvre avec son fils. Gaston et Condé demeurent à Paris. Grâce à ses
relations avec les juristes, Gaston obtient gain de cause. Son succès lui vaut
le soutien du peuple et la jalousie de Mazarin.
A
l’été 1651, Mazarin préfère s’installer à Saint-Germain-en-Laye. Le conseil de
régence est disputé entre Gaston et Condé. Le 7 septembre, Louis XIV est enfin
majeur. Il règne personnellement. Gaston perd sa charge de lieutenant général
du royaume. Condé est écarté du pouvoir. Il lève une armée depuis Bordeaux. A
Paris, le parlement bloque l’administration et réclame le retour de Gaston. Ce
dernier hésite. Sa fille soutient les frondeurs. Elle se rend à Orléans pour se
joindre à l’armée de Condé. Ce dernier repousse l’armée royale commandée par
Turenne et s’empare de Paris. Gaston s’affaire à apaiser les Parisiens pour
préparer le retour du roi, quitte à trahir ses anciens complices, dont sa
fille.
Fin
de vie (1652-1660)
Après
la Fronde, Gaston est de nouveau exilé à Blois. Il ne se rendra plus jamais à
la cour. Il n’assiste pas au sacre de Louis XIV. Gaston intervient une dernière
pour négocier une sortie de crise lors de la révolte des sabotiers de Sologne
en 1658. Il termine ses jours à Blois. Il mène une vie moins libertine, réduit
son train de vie et se consacre à ses collections. Il lit énormément et
s’adonne à l’astronomie. Il meurt le 2 février 1660 à 52 ans.
De
son père, Gaston a hérité d’une bonne santé, de la simplicité, de l’attirance
pour les femmes et des plaisirs des banquets. Sa mère lui a inculqué l’orgueil
d’une origine aristocratique, le gout de la culture et des arts. Il possède une
belle éloquence et un vocabulaire riche. C’est un charmeur et bon orateur, qui
cherche à tenir son rang royal par la gloire des armes et l’éclat des arts. Ses
rêves se sont brisés face à un frère jaloux de ses prérogatives et en conflit permanent avec leur mère. Gaston ressemble davantage à cette dernière. Il n’a
pas su ou voulu s’adapter aux transformations de la monarchie. Désormais, le
roi n’est plus le premier aristocrate de la noblesse, mais un chef d’État à la
tête d’une administration dirigée par une main de fer par Richelieu. Le
cardinal conçoit le destin de la France à l’échelle européenne et sur du long
terme. Longtemps héritier de la couronne, Gaston a essayé d’exister face à son
frère et au monstre politique qu’est Richelieu, via des complots hasardeux. Il
a toujours manqué de finesse, sans doute parce qu’il était tiraillé entre son
devoir envers la couronne et ses aspérités. C’était un sentimental, croquant la
vie à pleine dents, sensible aux arts et aux lettres. Plus Médicis que Bourbon,
il était un prince de la Renaissance vivant au XVIIe siècle.
Sources
Texte :
BOUYER Christian, Gaston d’Orléans : séducteur, frondeur et mécène, Albin
Michel, Paris, 1999, 332p.
Image :
wikipédia.fr
Pour approfondir :
L’exécution
de Concini
https://lesitedelhistoire.blogspot.com/2025/08/concini-assassinat-pont-neuf-1617-louis-xiii.html
La
naissance de Louis XIV
https://lesitedelhistoire.blogspot.com/2025/06/nuit-conception-louis-xiv-roi-soleil.html
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