Philippe III de Macédoine : dans l'Ombre d'Alexandre le Grand

Dans les annales de l’histoire de la Macédoine, le nom de Philippe III résonne moins fort que celui de son père Alexandre le Grand. Pourtant, son règne, aussi bref que tumultueux, est une mosaïque d’intrigues, de luttes pour le pouvoir, et d’une tragédie humaine poignante. Philippe III, né Arrhidée vers 352 avant Jésus Christ, était le fils d'union légitime entre Philippe II et Philinna de Larissa. 


Dès son enfance, il était évident qu’Arrhidée n'était pas destiné à la grandeur de son demi-frère, Alexandre. Il avait une déficience intellectuelle marquée, une condition qui, selon les historiens, était probablement due à une maladie congénitale ou à un traumatisme subi dans son jeune âge. Cette déficience fit de lui un pion dans le jeu impitoyable du pouvoir macédonien.


Arrhidée grandit dans l’ombre imposante de son père Philippe II et plus tard de son demi-frère, Alexandre. Sa mère, Philinna, bien que d’une lignée noble, était une figure moins influente à la cour. Dans les jardins et les palais de Pella, la capitale de la Macédoine, Arrhidée se mêlait peu aux autres enfants royaux. Sa déficience mentale le mettait à l’écart, suscitant la compassion chez certains, mais le mépris et la moquerie chez d'autres. Philippe II, conscient des limitations de son fils, veilla à ce qu'Arrhidée reçoive des soins et une éducation adaptée à ses capacités. Il était entouré de tuteurs et de serviteurs dévoués, chargés de lui enseigner les rudiments de la vie royale et de veiller à son bien-être. Cependant, cette protection excessive l'isola davantage du monde extérieur et de la réalité brutale de la cour. L'arrivée d'Olympias, la mère d'Alexandre, ajouta une nouvelle couche de complexité à la vie d'Arrhidée. Olympias, une femme ambitieuse et redoutable, voyait en lui un obstacle potentiel à l’ascension de son propre fils. Les récits suggèrent qu’elle aurait pu contribuer à l’aggravation de l’état de santé d’Arrhidée, peut-être par empoisonnement ou par d’autres moyens insidieux, afin de garantir la suprématie d'Alexandre.

À la mort d'Alexandre le Grand en 323 avant J.-C., le vaste empire qu’il avait créé menaçait de s'effondrer sous les forces centrifuges des ambitions personnelles des Diadoques, les généraux d'Alexandre. Ce contexte de fragmentation et de rivalité intense nécessitait une figure d’unité, même si cette figure n’était qu’un symbole. C’est dans ce chaos que le fragile Philippe III fut placé sur le trône. Philippe III, avec sa déficience intellectuelle, était perçu comme une figure inoffensive qui pouvait servir de symbole de continuité dynastique. Il était le lien tangible entre le glorieux passé de Philippe II et d'Alexandre le Grand et l'avenir incertain de la Macédoine. En l’installant sur le trône, les régents espéraient apaiser les factions rivales en maintenant une façade d’unité impériale. Les régents, tels qu'Antipater et plus tard Polyperchon, voyaient en Philippe III un roi marionnette. Sa déficience intellectuelle signifiait qu'il ne pouvait pas prendre de décisions par lui-même, laissant ainsi le pouvoir réel entre les mains des régents. Cela leur permettait de gouverner sans opposition interne sérieuse tout en utilisant le nom de Philippe pour légitimer leurs actions. En nommant Philippe III roi, les régents ont temporairement neutralisé les ambitions des autres prétendants au trône. Tout en sachant que son règne ne pouvait être que transitoire, ils gagnaient ainsi du temps pour consolider leur propre pouvoir et se préparer aux affrontements inévitables entre les factions des Diadoques.


Cependant, dans cette sombre période, une figure lumineuse émergea pour Philippe III : sa femme, Adéa (1), connue sous le nom d'Eurydice. Adéa n’était pas une simple épouse royale ; elle était une femme de caractère, formée à l'art de la guerre et à la politique par sa mère Cynane, fille de Philippe II et demi-sœur d’Alexandre. Adéa épousa Philippe en 322 avant J.-C., et dès leur union, elle se battit pour affirmer son influence et celle de son mari sur le royaume. Elle voyait au-delà des limitations de Philippe, cherchant à utiliser sa position pour défendre leurs intérêts contre les ambitions démesurées des régents. Courageuse et déterminée, elle ne reculait devant aucune confrontation.


La lutte pour le pouvoir atteignit son apogée lorsque Polyperchon, un autre régent, prit le parti de Philippe et Adéa contre Cassandre, fils d’Antipater. Adéa, se dressant en véritable stratège militaire, rassembla des troupes et s'engagea dans une guerre civile contre Cassandre. Ses efforts étaient titanesques, mais les forces en jeu étaient contre elle. En 317 avant J.-C., après une série de batailles éprouvantes, Adéa et Philippe furent capturés par les forces de Cassandre. Le destin de Philippe III et d’Adéa se scella dans la trahison et le sang. Cassandre, désireux d'éliminer toute menace potentielle à son autorité, fit exécuter Philippe. Adéa, fidèle jusqu’à la fin, tenta de sauver son mari mais fut finalement forcée de se suicider. Leur mort marqua la fin de l’espoir de voir la lignée royale macédonienne survivre intacte à travers Philippe.


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