Les chars d'assauts


 
Char Schneider exposé au musée des blindés de Saumur, l’un des premiers modèles de chars d’assaut conçus durant la Première Guerre mondiale.

De la Première Guerre mondiale aux conflits contemporains, les chars d’assaut ont profondément transformé la stratégie militaire et les champs de bataille.

14-18 : la naissance des blindés

La nécessité de percer le front

La Première guerre mondiale est une guerre de position. La situation sur le front est bloquée. Les tranchées, les barbelés et les mitrailleuses empêchent les percées sauf au prix d’un coût humain élevé. En 1915, le général Jean Estienne favorise et promeut les travaux des ingénieurs de l’entreprise Schneider pour la conception de chars d’assaut. Parallèlement, les Britanniques font de même sans communiquer avec leurs alliés. Ils appellent cette nouvelle arme un tank, « réservoir » en anglais, afin que les ennemis ne comprennent pas la véritable nature de cette nouvelle arme.

Les premiers modèles de chars

Les premiers modèles consistent à assembler deux tracteurs, à les recouvrir de blindage et à les équiper de mitrailleuses ou de petits canons. Pesant 20 tonnes, ils se déplacent à 4 km/h. Le moteur se situe à dans l’habitacle. La température intérieure est élevée et l’air peut devenir suffocant. Néanmoins, cette position permet les réparations ou les redémarrage en plein combat. Très vite, Renault construit et perfectionne les modèles. Ses ingénieurs mettent au point des petits chars. Prévu pour deux personnes, ils sont dotés d’une tourelle rotative armée d’un canon ou d’une mitrailleuse. L’objectif est d’amener des canons près des tranchées adverses. En ce sens, les canons des chars d’assaut sont courts, afin d’obtenir un mouvement de cloche des obus.

Les premiers tankistes sont des anciens cavaliers. En effet, la cavalerie a disparu des combats suite aux évolutions de l’armement et à l’emploi des tranchées et barbelés. Durant tout le conflit, les tankistes éprouvent une fierté d’appartenance à ce nouveau corps. En effet, ils sont dispensés de patauger dans la boue et leur chance de survie sont supérieures à celle des fantassins. D’ailleurs, l’emploi combiné chars, artillerie, et fantassins réduit les pertes.

Un atout décisifs pour l’Entente

Lorsque les tanks et chars d’assaut arrivent sur les champs de bataille en 1916, ils sèment la terreur parmi les troupes allemandes. L’état-major allemand réagit en employant des mines et en élargissant les tranchées. Les canons d’artillerie sont positionnés plus près des combats, afin de détruire les blindés à vue.

La Seconde guerre mondiale : la course aux armements

Panzers et blitzkrieg : le rattrapage allemand

Durant l’entre deux guerre, les Allemands ont compris la leçon et vite rattrapé leur retard dans ce domaine. Ils fabriquent les fameux Panzer. Ces derniers possèdent un blindage de 3 cm d’épaisseur et tirent des obus pesant 750 grammes. Ils se déplacent à une vitesse comprise entre 20 et 40km/h. Ils sont peints en gris acier jusqu’en 1941. Après, ils seront peints en camouflage, soit en vert-gris, soit en sable, en fonction du théâtre des opérations. En face, les Français alignent notamment des chars B1 de chez Renault. Ces véhicules dotés d’un blindage de 6 cm d’épaisseur tirent des obus d’un kilo. En 1940, l’armée allemande, d’un effectif équivalent à celle de la France, possèdent des chars moins performants. Néanmoins, les Allemands maitrisent la coordination interarmées. Selon la stratégie de la blitzkrieg, ils concentrent leurs forces sur les points faibles tout en les contournant pour couper les lignes de ravitaillement. Cette coordination est en partie assurée par la présence systématique d’une radio dans les panzers, à la différence de leurs homologues français.

Lors du déclenchement de l’opération Barbarossa en 1941, les Allemands réemploie la même technique. En face, les chars soviétiques (K-V7 et T-34) possèdent des blindages plus épais que les chars français déjà supérieurs aux Allemands. Moscou peut aligner 27000 véhicules blindés alors que les Allemands n’en dispose que de 4000. Néanmoins en 1941, l’armée rouge n’est pas prête. Elle se remet à peine des purges staliniennes. Les membres du haut commandement sont récents. Les pilotes ne sont pas encore formés. L’intendance n’est pas encore en place. Par conséquent, le début des hostilités tourne à l’avantage des Allemands.

Compenser l’infériorité numérique par la puissance

Toutefois, la machine de guerre allemande s’enraie à moyen terme. En effet, l’armée soviétique possède des capacités en hommes et en matériel supérieures. De plus, le terrain à couvrir est important ce qui disperse les forces allemandes déjà inférieures. L’armée allemande envoi un nombre limité d’unités en renfort, car elle combat simultanément sur d’autres fronts, notamment en Afrique du Nord. Dans cette région, les Allemands sont aidés par les Italiens. L’armée de Mussolini possèdent des petits chars, rapides et assez bas. Ainsi, ils sont difficilement repérables et abattables. Néanmoins, l’Italie n’a pas les moyens de fabriquer beaucoup de chars, ni de mettre en place la logistique adéquate.

A partir de 1942, les Allemands cherchent à compenser leur infériorité numérique par la puissance de leur armement. Il faut des chars avec de plus gros canons et de plus gros blindages. Les Allemands mettent au point les chars Tigre. Le Tigre 2 pèse 70 tonnes, possède un blindage de 18 cm, tire des obus de 10kg. Néanmoins, il comporte plusieurs défauts. Il consomme 600 litres de carburant pour 100km, à une époque où le carburant manque. Son poids est trop important pour franchir certains ponts. Le moteur de 700 cv peine à déplacer cette masse d’acier. En face, les Américains compte sur leur appareil industriel pour contrer le Tigre. Berlin produit à peine 500 exemplaires du Tigre, lorsque Washington produit 50 000 chars Sherman. A l’Est, Moscou dote ses anciens chars de canons plus gros, tirant des obus de 15kg.

Construire des chars plus imposant est à la fois, un égo politique (le Reich ne peut pas avoir des chars moins performants que les autres), un outil de propagande (le Reich possède encore les moyens de se défendre) et de survie (il faut compenser l’infériorité numérique par la puissance).

La défaite inéluctable de l’Allemagne

Cependant, les Allemands gèrent des pénuries de carburant et de matières premières de plus en plus importantes. La qualité de l’essence et des blindages s’amoindrit. Les usines de montages sont bombardées. Il n’y a plus assez de main d’œuvre pour le montage des pièces, là où les Alliés automatisent leurs chaines de montage. En d’autres termes, les Allemands n’ont jamais eu les moyens de gagner la guerre. Ils ont remporté des succès en un contre un, mais n’avait aucune chance contre des Alliés coordonnées et performants. Durant la seconde guerre mondiale, l’Allemagne a aligné 50 000 véhicules blindés contre 216 000 pour les Alliés.

La guerre froide : l’ère des colosses

Une arme incontournable des champs de bataille

La période de la guerre froide connait une multitude de conflits locaux, durant lesquels les chars d’assaut sont largement employés. Ceux-ci se diversifient pour répondre aux besoins stratégiques et d’adaptabilité au terrain. Les guerres de Corée et du Viêt-Nam sont le théâtre de déploiement de chars amphibies.

Des véhicules de plus en plus massifs

Les canons sont plus imposants pour tirer des obus pesant jusqu’à 45 kilos. A la fin des années 1950, un nouveau type d’obus à charge creuse permet de faire fondre le blindage. Il peut percer jusqu’à 36 cm d’acier. De plus, les armes antichars, dont les missiles, se développent. Les blindages s’épaississent pour répondre à cette nouvelle force de frappe. Certains modèles sont même dotés de leurs propres armes antichars. Par conséquent, les tanks deviennent colossaux, à l’instar des modèles soviétiques pesant jusqu’à 50 tonnes. Néanmoins ou bout d’un moment, il n’est plus possible d’augmenter l’épaisseur du blindage. Le véhicule devient difficile à déplacer et à manœuvrer, sans parler de son coût de production.

Les chars français AMX : le pari de la mobilité

La France exporte beaucoup de chars d’assaut, dont le AMX-13 (AMX = Ateliers d’Issy-les-Moulineaux), puis à partir du milieu des années 1960, l’AMX-30. Le char français mise sur la mobilité. Son blindage mesure 8cm d’épaisseur, mince par rapport à ses homologues étrangers, mais suffisant pour résister aux petits obus et aux mitrailleuses. Il peut se déplacer jusqu’à 60km/h. A la pointe de la technologie, il possède des filtres de purification de l’air, pour contrer les menaces toxiques et bactériologique, ainsi que des visions nocturne et thermique. L’AMX-30 sera en service jusqu’à la première guerre du Golfe.

Les chars d’aujourd’hui

Le char d’assaut évolue en fonction des besoins et de l’armement. Les blindages sont constitués de matériaux composites : acier, titane et caoutchouc. Ils allient résistance et malléabilité pour amortir les impacts.

Les chars sont multi-usages à l’instar du char français Leclerc. Ce modèle se déplace jusqu’à 70km/h. Il est équipé de capteurs électroniques (commande vocale, message d’alerte). Il permet de tirer au canon et à la mitrailleuse tout en se déplaçant.

Les prochaines transformations portent sur des armes anti-drones et l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Sources

Texte : Musée des blindés et de la cavalerie de Saumur

Image : https://www.defnat.com/e-RDN/vue-article.php?carticle=22339

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