La campagne d'Egypte de Bonaparte
La campagne d'Égypte de Napoléon Bonaparte entre stratégie militaire, choc culturel et naissance de l’égyptologie moderne.
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La campagne d’Égypte
En 1798, la jeune république française a réussi à tenir le coup face aux monarchies européennes. La paix est conclue avec l’Autriche. Cependant, le Royaume-Uni poursuit encore la lutte. Paris envisage un débarquement militaire, mais le projet est abandonné compte-tenu de l’état de la marine. Afin d’affaiblir la puissance de son ennemie, la France envisage de s’implanter en Afrique du Nord et au Proche-Orient pour contrebalancer la présence britannique en Inde. Elle jette son dévolu sur l’Égypte. Cette province, d’un empire ottoman en berne, constitue une proie facile. Par ailleurs terre des pharaons, l’Égypte fascinent les Européens. Paris envoie charge son meilleur général, Napoléon Bonaparte, de diriger l’expédition. Le Directoire entend aussi mettre à l’écart ce général prenant trop d’importance à leurs yeux.
Les opérations militaires
En juin 1798, Napoléon conquiert Malte, avant de se rendre en Égypte. Prise dans un orage au large de Corfou, la flotte française passe inaperçue. Les Britannique pensent que les Français voguent vers les Proche-Orient. L’armée d’Égypte se compose de 36 000 hommes aguerris par les victoires contre l’Autriche. Il s’agit de militaires d’Ancien régime, d’hommes issues des guerres révolutionnaires et de jeunes emprunts de patriotisme et de désirs d’aventures. Napoléon s’entoure de futurs maréchaux d’empire : Junot, Davout, Murat, Duroc, Kleber.
Les Français débarquent le 2 juillet et s’emparent d’Alexandrie. Le 19, ils arrivent à Gizeh pour affronter l’armée mamelouke lors de la fameuse bataille des pyramides (1). Le 25 juillet, Napoléon entre au Caire. Néanmoins au large d’Aboukir, les Britanniques ont infligé une lourde défaite à la marine française, coupant la retraite et le ravitaillement. En 1799 en Syrie, Napoléon repousse les Ottomans. En Égypte, les Français savent s’adapter. Ils emploient des techniques de guerre pour contrer les charges de cavalerie mamelouk. Ils reconfectionnent leurs uniformes pour les adapter au climat. Ils utilisent des dromadaires pour compenser les chevaux. Ils s’appuient sur les Grecs, les Coptes et les esclaves libérés afin de reconstituer les effectifs. Ils construisent des poudrières et des ateliers d’armement. Les maladies (syphilis, peste, lèpre, paludisme) constituent la première cause de mortalité des Français devant tués au combat. Le nombre de décès lié aux maladies est estimé à 4000, dont la moitié concerne la peste.
Côté égyptien, la résistance armée s’organise autour de Mourad Bey. Ses troupes, composé de 3000 cavaliers, sont inférieures aux effectifs de Desaix. Il s’appuie sur les bédouins et les paysans. Il noue également des alliances avec les tribus du Hedjaz situées de l’autre côté de la Mer rouge. Par deux fois en janvier 1799, les Français battent Mourad Bey à Sedimen et à Samanoud. Le 30, Desaix atteint Assouan, tandis que son adversaire se réfugie en Nubie. Les Français continuent de lutter contre les tribus du Hedjaz durant deux mois.
Les relations franco-égyptiennes
Napoléon se présente en libérateur des peuples égyptiens et en protecteur de l’Islam. Il considère les religions comme des manifestations utiles à la cohésion d’une société. En ce sens, il cherche à s’attirer le soutien des autorités religieuses. Il exhorte ses soldats à ne pas maltraiter la population. La psychologie des Égyptiens échappe aux Français, qui ont du mal à distinguer la sincérité des faux-semblants. Les Égyptiens jouent sur plusieurs tableaux. Ils changent de camps en fonction de leurs intérêts. Seule une élite francophile et la minorité copte admettent l’occupant. Toutes les mesures qui violent l’intimité de la famille, élément fondamental de la vie islamique confortent l’idée que la cohabitation avec les Français est impossible. Il en va de même avec les mesures d’hygiène, l’éclairage nocturne, la destruction des portes de quartier urbain. Le Caire se révoltent le 21 octobre 1798 causant plus de 3 000 morts.
A l’inverse, certaines us et coutumes des Égyptiens perturbent voire choquent les Français. Le point principal réside dans l’alimentation. Les Français ne retrouvent pas le pain dont ils sont accoutumés. De plus à cause de la religion, il n’y a pas de vin. Les mets sont cuisinés différemment. Les repas se composent de compotée de riz et de viande bouillie et de brochettes. Les poissons et les fruits sont appréciés. Enfin l’habitude des Égyptiens de manger assis par terre avec les doigts ne sied aux Français.
Les relations sociales constituent un autre point d’achoppement. En effet, les Égyptiens possèdent des esclaves. Les femmes sont voilées. Le comportement des occidentaux vis-à-vis des femmes choquent les musulmans.
Kleber gouverneur
Le 23 aout 1799, Napoléon repart en France en laissant le commandement à Kleber, qui était gouverneur d’Alexandrie. Le général ne souhaitait pas cette fonction qu’il juge ingrate. Il reproche à Napoléon de l’avoir abandonner en Égypte pour s’emparer du pouvoir en France. A partir du départ de Napoléon, deux visions s’affrontent. Certains pensent, comme Kleber, que la France ne peut pas s’implanter durablement et devra repartir. D’autres en revanche, comme Menou, envisagent de transformer l’Égypte en colonie.
Dès sa prise de fonction, Kleber change le discours napoléonien. Il mène une politique pragmatique : préserver l’armée avant que la situation ne dégénère. Il est convaincu que la France ne tiendra pas le pays sans contrôler la Méditerranée aux mains des Britanniques. Il sait que les Égyptiens ne sont pas acquis à leur cause. Les Mamelouks résistent encore. Les Ottomans persistent à envoyer des contingents militaires. Kleber négocie avec Istanbul la restitution de l’Égypte en échange du départ des troupes françaises et du versement d’un tribut. Un accord est conclu le 13 janvier 1800 que les Britanniques s’empressent de faire capoter. Les combats reprennent. Kebler repousse l’assaut des Ottomans. Le 14 juin 1800, il est assassiné par un étudiant kurde. Le général Menou lui succède.
Menou gouverneur
Le général Menou succède à Kleber. Ancien gouverneur de Rosette, il a épousé une égyptienne. Il s’est converti à l’Islam, dont il suit les préceptes avec rigueur. Néanmoins, sa pratique religieuse ne lui attire pas la sympathie des Égyptiens. Ces derniers pensent qu’il s’agit d’une façade. A l’inverse, elle le discrédite aux yeux de nombreux Français. Moins doué que ses prédécesseurs, Menou perd la bataille de Canopé contre les turco-britanniques le 21 mars 1803.
Sciences et égyptologie
L’expédition d’Égypte comporte également un corps scientifique, dirigé par le général Caffarelli. Des architectes, botanistes, astronomes, zoologistes, chimistes, géomètres, ingénieurs et antiquaires accompagnent les militaires. Parmi les plus célèbres citons le mathématicien Gaspard Monge et le chimiste Louis Bertholet. Tous deux repartiront avec Napoléon. La moitié des scientifiques sont des ingénieurs et des techniciens. Leurs motivations : gains financiers, expérience professionnelle, curiosité intellectuelle, goût de l’aventure, esprit de clientèle vis-à-vis de Napoléon.
A la différence des soldats, les scientifiques doivent se loger par leurs propres moyens. Les militaires n’apprécient pas la présence de ces civils à leurs côtés. Les ingénieurs sont souvent réquisitionnés pour des tâches militaires ou d’entretien des infrastructures civiles. Pour Napoléon, le travail des scientifiques doit porter sur des investigations précises apportant des solutions concrètes à un problème rencontré. Les Français développent l’imprimerie en Egypte, donnant naissance au premier journal égyptien.
Des ingénieurs étudient les dimensions et la composition des pyramides. Ces dernières avec le Sphinx constituent les attractions touristiques par excellence. Le rituel veut qu’on monte au sommet de la pyramide de Kheops, puis qu’on grave son nom et son unité sur une paroi ou à l’intérieur. Le capitaine Bouchard découvre à Rosette une pierre noire portant des inscriptions en grec, en démotique et en hiéroglyphe.
Départ des Français et conséquences de la campagne d’Égypte
Les Français abandonnent l’Égypte le 2 septembre 1801, laissent la place aux Britanniques. Seuls un corps diplomatique français demeure sur place. Londres profite des rivalités entre les Mamelouks et les Ottomans pour prendre le contrôle du pays. La mainmise britannique sur le pays s’appuie sur le volet économique et sur le rejet des Français considérés comme des colonisateurs.
Le nouveau souverain du payes, Mehmet Ali souhaite moderniser l’Égypte. Il s’inspire de la France pour forger son administration et développer un sentiment national égyptien. Il engage des instructeurs militaires français. Certains jeunes égyptiens partent en France pour étudier le droit, l’économie ou les sciences.
L’expédition d’Egypte a attisé l’attrait de nouveau de l’Orient chez les élites françaises. L’Égypte antique inspire les architectes, décorateurs et illustrateurs. Ces derniers offrent un Orient fantasmé faute de connaissances archéologiques. Ils se plient aux représentations et aux goûts de l’époque. Durant une bonne partie du XIXe siècle, la France domine l’égyptologie.
(1) Voir article sur les guerres napoléoniennes
Sources
Texte : BREGEON, Jean-Noël, L’Égypte de Bonaparte, Perrin, Paris, 2006, 430p.
Image : Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte, Jean-Léon Gérôme, 1867, wikipédia.fr

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