Louis-Joseph de Vendôme : général de Louis XIV
Biographie complète de Louis-Joseph de Vendôme, brillant général de Louis XIV, entre victoires militaires, rivalités politiques et destin tragique.
Table des matières
- Jeunesse (1654-1671)
- Formation militaire premiers faits d’armes (1672-1693)
- La guerre de Catalogne (1694-1701)
- La guerre en Italie et en Savoie (1702-1705)
- La guerre dans les Flandres et la rivalité avec le petit-fils du roi (1706-1708)
- Disgrâce et retrait (1709-1710)
- Au service du roi d’Espagne (1710-1712)
- Sources
Jeunesse (1654-1671)
Louis-Joseph de Vendôme nait le 1er juillet 1654 à Paris. Il est le fils Louis de Mercœur et de Laure Mancini, une nièce de Mazarin. Il descend en droite ligne de l’union entre Henri IV et Gabrielle d’Estrées. Il s’agit donc d’une branche bâtarde de la famille royale. Louis-Joseph est l’aîné d’une fratrie de trois frères. Sa mère meurt en 1657 des suites d’un accouchement. Son père est nommé gouverneur de Provence et réside la plupart du temps à Aix-en-Provence. Ses oncles périssent en combattant les Ottomans. Louis-Joseph vit donc chez sa tante qui tient salon littéraire. Il suit une formation militaire poussée, seule manière de s’élever à la cour pour un aristocrate. Grâce à sa tante, il acquiert le goût des arts et des lettres, même si ses capacités rédactionnelles et de jugement dans ces domaines demeurent limitées. En 1671, il voyage en Savoie et à Rome.
Vendôme est bisexuel avec une préférence pour le gente masculine. Vendôme a grandi dans un milieu libertin. La vie des camps militaires a accru ce trait de par la promiscuité masculine. C’est un aussi un épicurien. Il adore manger et jouer aux cartes tout en chiquant du tabac. Il parie énormément sur les courses équestres. Il accumule les dettes qui viennent s’ajouter à celles laissées par ses aïeux. Afin de les résorber en partie, il vend des biens immobiliers et des domaines, ce qui affaiblit la puissance de sa famille. Cette situation attire des familles de la haute bourgeoisie, souhaitant se hisser socialement en échange d’une dot bien garnie. Peu intéressé par les questions financières, Vendôme délègue la comptabilité à son intendant Rillier.
Formation militaire premiers faits d’armes (1672-1693)
Lorsque la guerre de Hollande éclate en 1672, Vendôme intègre l’armée. Etant trop jeune pour recevoir un commandement, il apprend la vie sur les champs de bataille. Il se perfectionne dans le maniement des armes et les tactiques militaires. Lors du siège de Maastricht, il sert sous les ordres du Grand Condé, puis sous les ordres de Louis XIV lors de la campagne de Franche-Comté et enfin sous ceux du Turenne en Alsace. Durant cette campagne, il se distingue à la bataille d’Altenheim en Alsace par la défense d’un pont. En 1678, il obtient le grade de maréchal de camp.
Le 10 janvier 1679, Vendôme est nommé gouverneur de Provence. Il ne s’y rend qu’une seule fois lors de son investiture. Il préfère demeurer non loin de la cour. Lorsqu’il n’est pas à Versailles, il réside au château d’Aneth. Il organise des fêtes, des chasses et des salons littéraires dans lesquels se réunissent La Fontaine et le poète toulousain Lampistron. Ce dernier devient son secrétaire particulier. En septembre 1686, il organise une fête somptueuse en l’honneur du Dauphin, dont il s’attire la sympathie. Il espère s’attirer les bonnes grâces du futur roi en cas de décès de Louis XIV. En 1688, il est promu lieutenant général des armées royales. Au moment de la guerre de la ligue d’Augsbourg, il sert en Allemagne sous les ordres de Condé, Conti, puis du Dauphin. Il se distingue en août 1692 à la bataille de Steinkerque. Il combat ensuite en Italie sous les ordres du maréchal de Catinat face aux Savoyards. Il se distingue à la bataille de la Marsaille en octobre 1693. En mai 1694, Louis XIV instaure un rang intermédiaire entre les princes du sang et les ducs-pairs pour les bâtards royaux. Vendôme intègre ce rang.
La guerre de Catalogne (1694-1701)
Louis XIV lui confie la direction de la flotte en Méditerranée, puis l’armée de Catalogne. Le voici enfin général d’armée ! Il est seul aux commandes. Les campagnes dans cette région lui permettent de se hisser parmi les meilleurs généraux de son temps. Il restaure la confiance des Catalans vis-à-vis des Français. Il repousse une flotte hollandaise et l’infanterie espagnole. Le 8 août 1697, il s’empare de Barcelone après deux mois de siège et un blocus maritime. L’Espagne signe la paix le 20 septembre. Les Français restitue Barcelone en échange de territoires situés dans l’actuelle Catalogne française. Grâce à ses qualités militaires et au lobbying de ses courtisans à Versailles, Vendôme acquiert une belle réputation à la cour. Il profite de la paix pour soigner sa syphilis. Les traitements au mercure affectent son physique et son tempérament.
Vendôme a un fort sentiment de l’honneur, car il est prince du sang. Il entend qu’on se conduise à la guerre dans les règles de l’art. Cette attitude lui attire la sympathie du peuple, élément indispensable en territoire conquis et frontalier. Il a compris l’importance de posséder une image prestigieuse et populaire. Il emploie des poètes et des libellistes pour faire passer le message à la cour et dans l’opinion publique. Il sait se faire aimer de ses soldats, avec lesquels il se montre simple et tolérant. Néanmoins, il a parfois recours à des méthodes brutales de répression. Impulsif, il ne parvient pas à prendre le recul nécessaire pour étudier une situation dans son ensemble et mener de vastes opérations militaires.
La guerre en Italie et en Savoie (1702-1705)
Le 9 février 1702, il se voit confier le commandement de l’armée d’Italie pour combattre les Autrichiens et les Impériaux. Il s’agit d’un théâtre secondaire de la guerre de Succession d’Espagne, car les principaux combats se déroulent en Alsace et en Flandre. L’objectif de Vendôme consiste à contenir les troupes ennemies. Vendôme est meilleur dans la guerre défensive. Il base sa stratégie sur des mouvements rapides pour contrecarrer les plans ennemis. Il n’aime pas assiéger des places fortes. Il sait remonter le moral des troupes et s’attirer la sympathie des édiles locaux. A la mi-août 1702, ses troupes affrontent celles du Prince Eugène à la bataille de Luzzara. Les combats sont sanglants et indécis, si bien que les deux camps revendiquent la victoire. Malgré une campagne en apparence heureuse, les critiques envers Vendôme fusent à Versailles. On lui reproche la mauvaise gestion des armées, l’absence de victoires décisives et de prises de citadelle. Le roi s’agace du manque de résultats probants, surtout que la Savoie a rejoint le camp adverse.
En 1704, Louis XIV dépêche le maréchal Tessé sur place. Vendôme ne peut pas commander des maréchaux. Seuls les princes de sang peuvent le faire. Il ne peut pas non être promu maréchal, car même issu d’une branche bâtarde, il possède trop de sang royal pour accéder à ce grade. Vendôme demande l’intervention du Dauphin. Il finit par obtenir une dérogation à titre exceptionnel pour commander aux maréchaux. Tessé retourne dans le Dauphiné, laissant Vendôme seul aux commandes. Afin d’accroître son prestige, il minimise ses pertes et gonfle celles des ennemis. Il s’empare de trois places fortes.
La guerre dans les Flandres et la rivalité avec le petit-fils du roi (1706-1708)
En 1706, le front en Belgique se détériore. Louis XIV affecte Vendôme en Flandre. Ainsi, ce dernier échappe de manière involontaire à la situation précaire de la France en Savoie. Le roi entend que Vendôme remonte le moral des troupes et qu’il contienne l’avancée ennemie, les deux domaines d’excellence de l’aristocrate. Vendôme instaure une stratégie défensive. Bien qu’il remplisse les objectifs du roi, son comportement est critiqué à la cour.
En 1708, Vendôme jouit d’une bonne réputation. Il joue un rôle dans les affaires militaires à défaut d’intervenir en politique. Il influence la nomination des maréchaux et se forge un réseau de clientèle. Louis XIV lui confie la formation de son petit-fils le duc de Bourgogne, qui le rejoint en Flandre. Ce dernier n’apprécie pas le caractère de son professeur, qu’il juge impétueux. De son côté, Vendôme rappelle au prince qu’il connaît mieux la guerre et le front que lui. Des divergences stratégiques naissent entre les deux hommes. Celles-ci se répercutent à Versailles dans le domaine politique. La France subit une défaite à Oudenaarde le 11 juillet 1708. Vendôme et Bourgogne règlent leurs comptes par courtisans interposés et directement auprès de Louis XIV. Le roi rappelle Vendôme à Versailles.
Disgrâce et retrait (1709-1710)
En 1709, Vendôme perd de nombreux soutiens à la cour. Louis XIV ne lui confie pas de commandement militaire. Il se retire à Aneth. Vendôme mange énormément et la nourriture de plus ou moins bonne qualité. Ce régime alimentaire lui procure des crampes d’estomac et des vomissements.
Le 13 mai 1710, il épouse la princesse d’Enghien, un mariage purement aristocratique. D’ailleurs une fois la cérémonie achevée, Vendôme repart à Aneth, tandis que son épouse demeure à Paris. Au vue de leur âge avancé et de leurs problèmes de santé, Louis XIV ne craint pas de voir cette branche familiale se renouvelé.
Au service du roi d’Espagne (1710-1712)
En 1710, Louis XIV autorise Vendôme à se mettre au service de Philippe V d’Espagne. De l’autre côté des Pyrénées, le duc conserve une réputation victorieuse depuis le siège de Barcelone. Tout le monde est gagnant. Louis XIV se débarrasse d’un parent trop encombrant. Vendôme s’éloigne d’une cour hostile.
Vendôme contribue à redonner confiance aux Espagnols face aux armées des Impériaux. Vendôme remporte la bataille de Villaviciosa. Ce succès permet à Philippe V de consolider son trône, sans pour autant regagner les faveurs de Versailles. Qu’à cela ne tienne. Vendôme demeure à Madrid et entend jouer un rôle politique. Il obtient du roi d’Espagne le titre d’Altesse et le rang de prince de sang. Il n’aurait jamais obtenu ces prééminences en France.
En 1712, il se trouve à Vinaros pour des préparatifs de guerre. Il est victime d’une indigestion après avoir mangé des fruits de mer. Ce mal accentue des calculs rénaux. Il ne parvient pas à se rétablir, car son organisme est affaibli par de nombreuses années de syphilis. Il décède le 11 juin 1712 à l’âge de 58 ans. Son corps demeure en Espagne. Son épouse meurt en 1718 des suites des ravages de l’alcool. Le mariage n’a pas donné d’enfant. Son frère décède à son tour en 1722 sans aucune descendance. Ainsi s’éteint la branche des Bourbon Vendôme.
Sources
Texte : EL HAGE Fadi, Vendôme : la gloire ou l’imposture, Belin, Paris, 2016, 331p.
Image : Portrait de Louis-Joseph, duc de Vendôme par Pedro Núñez de Villavicencio, XVIIIe siècle. Wikipédia.fr

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