Carsten Niebuhr, survivant de l’expédition danoise en Arabie : une odyssée des Lumières

Carsten Niebuhr au Yémen : expédition danoise (1761-1767), aumône dans un village — exploration scientifique en Arabie
Carsten Niebuhr au Yémen : aumône dans un village, au cœur de l’expédition danoise (1761-1767).

De la Frise aux déserts d’Arabie, l’extraordinaire odyssée du jeune paysans autodidacte Carsten Niebuhr, seul survivant d’une expédition scientifique décimée par la malaria.

L’appel de l’Orient : du paysan à l’expédition royale

Né en 1733 dans un petit village de ce qui est alors le duché de Bremen-Verden, Carsten Niebuhr grandit dans une famille paysanne. Loin des salons littéraires de l’Europe du XVIIIᵉ siècle, il découvre pourtant très tôt une fascination pour les mathématiques et la mesure — des disciplines rustiques, mais pour lui, porteuses de sens. Par son talent et sa détermination, il devient arpenteur-géomètre : un virage qui, sans qu’il le sache encore, le destinera à l’une des plus grandes aventures scientifiques de son temps.

Dans la campagne de la basse Allemagne, l’horizon de Niebuhr se limite d’abord aux champs, aux saisons et aux travaux agricoles, sans aucune promesse apparente d’évasion. Pourtant, l’enfant se distingue déjà par une curiosité tenace : il observe les cycles de la lune, les variations du temps, les distances entre les fermes comme s’il cherchait instinctivement à mesurer le monde. Lorsqu’il découvre que les mathématiques peuvent transformer ces observations en langage universel, quelque chose se cristallise en lui, comme une vocation tardive mais irréversible. Il finit par suivre une formation plus poussée à la prestigieuse université de Göttingen, où il devient l’élève de l’astronome Tobias Mayer, l’un des grands esprits scientifiques du temps. Dans cette ville universitaire, il découvre un autre univers : celui des débats savants, des instruments de précision, des cartes du ciel et des globes terrestres où l’Arabie n’est encore qu’une tache mal définie. Peu à peu, l’ancien paysan se métamorphose en géomètre, puis en cartographe en devenir, apprenant à manier boussole, sextant et tables astronomiques comme d’autres manient la charrue. Rien ne laissait prévoir, dans son enfance, qu’il partagerait un jour les mêmes routes que les caravanes d’Arabie ; et c’est précisément cette improbabilité qui donne à son destin une dimension presque romanesque.

À cette époque, l’Europe des Lumières s’interroge sur le monde, l’Orient biblique, les terres lointaines évoquées dans les récits religieux et anciens. Le roi de Danemark, Frederik V, souhaite lever le voile sur l’inconnu : il finance une expédition vers l’Arabie, l’Égypte, le Yémen et le Moyen-Orient — un projet savant, ambitieux, presque fou. Dans les cercles savants de Göttingen, de Copenhague ou de Stockholm, on débat avec passion de la manière de confronter les récits bibliques à la réalité observée sur le terrain. L’Orient n’est plus seulement le décor lointain des prophètes et des marchands de soie : il devient un véritable laboratoire où tester les hypothèses philologiques, géographiques et naturalistes. C’est dans ce contexte que l’orientaliste Johann David Michaelis propose de financer une expédition qui irait vérifier sur place le sens de certains mots hébreux liés aux plantes, aux animaux, aux objets du quotidien. Le projet séduit le roi Frederik V de Danemark, qui y voit à la fois un geste de prestige intellectuel et une contribution à la grande entreprise de classification du monde engagée par les savants européens.

Quand on repense à ce qu’était Niebuhr — humble, autodidacte, sans fortune, sans réseau aristocratique — choisir de lui confier une telle mission semble presque un coup de dés. Et pourtant : c’est bien lui qu’on sélectionne comme arpenteur-géomètre. Pourquoi ? Peut-être parce que sa modestie, sa rigueur et son talent le prédisposaient à une exploration exigeante, loin des flatteries mais proche de la vérité. Le lecteur s’interroge alors : qu’allait devenir cet homme simple face à l’immensité de l’Orient ? Dans la hiérarchie sociale de l’époque, un fils de fermier, même talentueux, reste en principe à sa place ; être invité à participer à une expédition royale équivaut à franchir un mur invisible. Niebuhr n’est ni un grand orateur, ni un philosophe flamboyant : ce qui le distingue, c’est une capacité peu commune à travailler sans relâche, à répéter les calculs jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement exacts. Aux yeux de ses protecteurs, cette obstination tranquille constitue une garantie : sur le terrain, il ne se laissera pas distraire par le confort, les intrigues ou l’orgueil. On lui confie donc la tâche ingrate et essentielle de mesurer, de noter les coordonnées, d’établir des cartes fiables là où les Européens ne possèdent encore que des tracés approximatifs. À la veille du départ, il sait qu’il ne sera probablement jamais la figure la plus brillante de l’expédition, mais cela ne l’inquiète pas : il se conçoit d’abord comme un artisan du savoir. Dans ses carnets, il n’écrit pas des maximes philosophiques, mais des notes laconiques sur les instruments, les méthodes, la manière de corriger les erreurs. Cette modestie méthodique, presque austère, explique en partie pourquoi ses travaux resteront lisibles et utilisables longtemps après sa mort. Sans le savoir encore, Niebuhr s’apprête à incarner un modèle nouveau d’explorateur : non plus le conquérant ou le missionnaire, mais le technicien de l’observation précise. Et c’est précisément ce profil discret qui fera de lui, plus tard, le seul membre de l’expédition dont la voix survivra intacte jusqu’à nous.

L’appel est lancé, le pari est fou — l’aventure peut commencer.

Départ de Copenhague en 1761 : expédition danoise vers l’Arabie, Carsten Niebuhr à bord du navire Grønland
Départ de Copenhague en 1761 : l’expédition danoise vers l’Arabie.

Une caravelle vers l’inconnu : départ, espoirs et premiers dangers

Une mission scientifique pour décrypter l’Orient

Début 1761, Niebuhr et ses cinq compagnons — savants, érudits, dessinateur, médecin, serviteur — embarquent à Copenhague sur le navire « Grønland ». L’objectif n’est pas l’aventure romantique, mais la science. Géographie, cartographie, botanique, ethnographie, linguistique : tout est réfléchi pour apporter des données solides, fiables, sur des terres que l’Occident connaît mal. Le projet est soutenu par des intellectuels influents : des orientalistes, des philosophes, des savants désireux de confronter textes anciens et observation directe — en somme, de mettre l’esprit des Lumières en pratique. Pour Niebuhr, c’est l’opportunité d’un destin hors de sa condition.

À bord du navire de guerre « Grønland », l’atmosphère est un mélange de discipline militaire et d’excitation scientifique : les savants installent leurs instruments au milieu des canons et des cordages. L’équipage observe avec curiosité ce petit groupe de lettrés qui parle de manuscrits, d’herbiers et de coordonnées célestes, bien loin des préoccupations habituelles des marins. L’expédition compte, entre autres, le philologue Frederik Christian von Haven, chargé d’acquérir des manuscrits orientaux, et le naturaliste Peter Forsskål, élève de Linné, promis à une brillante carrière. S’y ajoutent l’artiste Georg Wilhelm Baurenfeind, le médecin Christian Carl Cramer et le serviteur Lars Berggren, indispensables à l’intendance comme aux interactions avec les populations locales. Chacun embarque avec ses espoirs : découvrir des espèces inconnues, rapporter des manuscrits rares, prouver une théorie, gagner une réputation dans les académies d’Europe. Pour Niebuhr, le voyage représente surtout l’occasion de tester à grande échelle les méthodes de détermination de la longitude par les distances lunaires, au cœur des préoccupations géographiques du siècle. Au moment où le navire quitte Copenhague, nul ne se doute que, six ans plus tard, un seul de ces hommes reviendra vivant.

Le projet est soutenu par des intellectuels influents : des orientalistes, des philosophes, des savants désireux de confronter textes anciens et observation directe — en somme, de mettre l’esprit des Lumières en pratique. Pour Niebuhr, c’est l’opportunité d’un destin hors de sa condition. Les lettres de recommandation circulent entre Göttingen, Copenhague et d’autres centres académiques, dessinant un réseau savant européen où chacun espère bénéficier des fruits de l’expédition. Certains espèrent y trouver la confirmation de leurs hypothèses sur le climat, d’autres sur la diffusion des espèces végétales, d’autres encore sur la proximité entre l’arabe et l’hébreu biblique. L’expédition n’est donc pas seulement danoise : elle est, à bien des égards, un projet collectif de la République des Lettres, cet espace intellectuel transnational propre aux Lumières. Dans ce vaste dispositif, Niebuhr incarne l’œil et la main de ceux qui, restés en Europe, rêvent de voir enfin l’Arabie autrement que par les récits de seconde main.

Première étape : l’Égypte, le Sinaï, la traversée vers l’Arabie

La route les mène d’abord à Constantinople, puis au Caire, en Égypte. Là, pendant près d’un an, l’expédition cartographie le delta du Nil, mesure les pyramides, recopie d’anciennes inscriptions, explore la presqu’île du Sinaï. À chaque lever de soleil, à chaque dune, à chaque ruine, Niebuhr note, calcule, dessine — le regard européen s’ouvre à un Orient concret, tangible, terrestre. En remontant la côte de la mer Rouge, direction Jeddah puis le Yémen, l’équipe s’enfonce dans l’inconnu. Le climat, la chaleur, l’air moite du littoral, tout change. Pour la première fois, l’expédition ressent les dangers d’un voyage qui ne sera pas seulement intellectuel, mais physique.

À Constantinople, les savants découvrent une ville-frontière, à la fois européenne et orientale, où les minarets se dressent au-dessus des quais encombrés de navires venus de toutes les mers. Niebuhr profite de cette escale pour tester ses instruments, mesurer certaines distances, comparer ses données aux cartes existantes et en repérer immédiatement les imprécisions. Au Caire, la délégation est fascinée par le contraste entre l’animation des bazars et la majesté silencieuse des pyramides, dont ils relèvent les dimensions avec un sérieux presque obsessionnel. Les notes de Niebuhr montrent qu’il ne se contente pas d’admirer : il calcule les angles, estime les hauteurs, corrige des chiffres transmis depuis des siècles par des auteurs européens. La visite du Sinaï, longtemps chargé de symboles bibliques, prend sous sa plume un aspect concret : pistes pierreuses, sources rares, monastères isolés, conditions de vie des moines et des bédouins. Chaque jour apporte son lot de défis logistiques : trouver des guides fiables, négocier des bêtes de somme, garantir la sécurité des instruments fragiles sur des routes accidentées. Les tensions internes ne tardent pas à apparaître entre certains savants au tempérament plus ombrageux, que les lenteurs administratives ou les frustrations scientifiques rendent nerveux. Niebuhr, lui, se tient en retrait, notant davantage les faits que les querelles, et laissant aux archives le soin de juger plus tard de la justesse des uns et des autres. Déjà, pourtant, il comprend que l’unité de l’expédition est fragile, et que la réussite dépendra de leur capacité à surmonter les rivalités autant que les obstacles géographiques.

En remontant la côte de la mer Rouge, direction Jeddah puis le Yémen, l’équipe s’enfonce dans l’inconnu. Le climat, la chaleur, l’air moite du littoral, tout change. Pour la première fois, l’expédition ressent les dangers d’un voyage qui ne sera pas seulement intellectuel, mais physique. La navigation en mer Rouge expose l’expédition à des vents capricieux, des récifs mal cartographiés et des chaleurs étouffantes qui épuisent les hommes comme les animaux. Les conditions d’hygiène à bord ne sont guère idéales : l’eau commence à croupir, les vivres se gâtent, et les moustiques prolifèrent dans les zones marécageuses du littoral. Les fièvres qui apparaissent chez certains membres ne sont pas encore clairement identifiées ; on les attribue tantôt à l’air malsain, tantôt à une simple « indisposition ». Niebuhr commence à noter méthodiquement les symptômes, les moments d’apparition, les changements de régime alimentaire, comme s’il pressentait que la maladie jouerait un rôle central dans l’histoire de leur voyage. Les nuits, sous un ciel d’une pureté inouïe, il poursuit néanmoins ses observations astronomiques, cherchant à affiner les tables de longitude par la méthode des distances lunaires. Cette persévérance scientifique, au milieu d’un environnement de plus en plus hostile, préfigure déjà le type de survivant qu’il va devenir. Quand enfin la côte arabique se dessine à l’horizon, l’expédition croit toucher son but, sans deviner que c’est justement là que le pire l’attend.

L’enfer de l’Arabie Heureuse : de Mocha à Sanaʽa

Le Yémen, la chaleur, les épreuves, la mort des compagnons

Quand l’équipe atteint le Yémen, la réalité les frappe de plein fouet. Chaleur écrasante, humidité, maladies tropicales — l’expédition est loin des salons feutrés de Copenhague. Très vite, les premiers malades sont signalés. L’un de leurs philologues, Frederik Christian von Haven, tombe malade et meurt à Mocha le 25 mai 1763. Peu après, un autre — le naturaliste Peter Forsskål —, succombe le 11 juillet 1763 à la malaria. La maladie, invisible mais tenace, s’invite comme un personnage de tragédie dans le récit. La navigation, les mesures, la philologie, tout passe au second plan devant l’urgence de la survie. Les jours s’égrènent, rythmés par les crises de fièvre, les vomissements, les délires, les enterrements précipités dans une terre étrangère. Peu à peu, Niebuhr comprend qu’il ne s’agit plus seulement de mener à bien une mission scientifique, mais de savoir qui, parmi eux, verra encore l’Europe.

Mocha, port animé célèbre pour son café, apparaît d’abord comme une promesse d’accueil et de repos, avec ses maisons blanches et ses ruelles étroites où se croisent marchands et marins de tout l’océan Indien. Mais très vite, la chaleur humide, les eaux stagnantes et les insectes révèlent l’envers du décor : le Yémen n’est pas seulement un pays de légende, c’est aussi un foyer de maladies redoutables. Les Européens, souvent trop couverts, continuent de porter des vêtements lourds et des habitudes alimentaires inadaptées à ce climat, ce qui fragilise leur organisme. Niebuhr, lui, commence à observer avec attention la manière dont les habitants se vêtent, boivent, se déplacent, et il note que ceux qui s’adaptent le mieux sont ceux qui imitent les usages locaux.

La maladie frappe durement. Le climat, le manque d’immunité, des erreurs d’apparence — la malaria est souvent prise pour une simple fièvre ou un refroidissement. Mais c’est un ennemi silencieux et implacable. Dans les récits de l’époque, l’atmosphère se fait pesante : des espoirs naufragés, des corps qui tombent, la peur qui grandit. Le médecin, l’artiste, les savants, tous ont conscience de ne pas lutter à armes égales. Les théories médicales européennes se brisent contre une réalité tropicale mal comprise. Les remèdes qu’ils emportent — saignées, purgatifs, décoctions — s’avèrent inefficaces, voire aggravent l’état des malades. Niebuhr voit se répéter, presque à intervalles réguliers, le même scénario : une fièvre négligée, puis des crises de plus en plus intenses, avant la chute finale. Peu à peu, ses compagnons de départ disparaissent du groupe, remplacés dans les rangs par le silence et le vide. Dans son esprit, une idée s’impose : pour ne pas être, lui aussi, emporté par la fièvre, il devra accepter de changer radicalement sa manière de vivre.

Les premiers symptômes — frissons, sueurs nocturnes, maux de tête violents — sont pris pour une fièvre passagère, et von Haven continue un temps à travailler sur ses manuscrits malgré son état. Forsskål, pourtant familier des questions de santé en milieu tropical, ne parvient pas davantage à identifier la nature exacte du mal qui le terrasse en quelques semaines. Ce n’est que bien plus tard que la communauté scientifique reconnaîtra que la malaria, transmise par les moustiques, fut la grande meurtrière silencieuse de l’expédition. Les récits ultérieurs soulignent la violence du choc pour Niebuhr, qui voit disparaître en quelques mois ceux avec qui il avait partagé des années de préparation. La mort de Forsskål, en particulier, prive l’expédition d’un naturaliste exceptionnel, dont les observations sur la flore et la faune d’Arabie auraient pu changer durablement l’état des connaissances européennes. Les corps affaiblis par le climat et les privations résistent mal ; certains membres tentent de maintenir un mode de vie « à l’européenne » qui s’avère fatal dans ces conditions extrêmes. Niebuhr comprend progressivement que cette obstination à refuser l’adaptation est une forme d’orgueil culturel : croire que l’on peut imposer au désert les habitudes des salons de Copenhague. Ses propres notes révèlent une leçon plus amère : dans ce monde, celui qui survit n’est pas forcément le plus savant, mais celui qui accepte le plus vite de se transformer. C’est en adoptant les vêtements légers, le régime alimentaire local et le rythme de vie des habitants qu’il parvient à préserver sa santé et à échapper au sort de ses compagnons, notamment à la malaria qui les a frappés, jusqu’à devenir le seul survivant de l’expédition.

Un travail de précision : la cartographie, l’ethnographie, l’archéologie naissante

Malgré tout, et même lorsque ses compagnons tombent un à un, Carsten Niebuhr ne se replie pas. Au contraire. Il reprend — seul — la plupart des tâches : relevés géographiques, plans de villes, descriptions topographiques, observations ethnographiques, dessins, notes sur les habitudes, mœurs, langues, monnaies, objets, paysages. L’Orient cesse d’être un fantasme pour devenir un territoire tangible, documenté, décrit dans ses moindres détails. Il gravit les ruines, arpente les plaines côtières, observe les cultures, copie des inscriptions, note des coutumes, tout en luttant contre la maladie, la fatigue, le deuil, l’isolement. Son travail devient un trésor de savoir pour l’Europe — une documentation concrète, rigoureuse, fondatrice. Dans les villes et villages qu’il traverse, Niebuhr prend le temps de dessiner les plans des rues, la position des mosquées, des marchés, des puits, comme s’il voulait fixer pour toujours un monde susceptible de disparaître. Il décrit les systèmes d’irrigation, les cultures en terrasses du Yémen, les techniques agricoles adaptées à un relief escarpé, offrant ainsi un tableau rare de l’économie rurale de la région. Ses observations ne se limitent pas aux paysages : il note les structures tribales, les systèmes d’alliance, les tensions politiques entre l’imam du Yémen et les pouvoirs locaux. Tout en luttant contre la fatigue, il interroge les habitants sur les distances, les toponymes, les noms de montagnes et de vallées, afin de corriger les cartes occidentales trop approximatives. Il consigne aussi les usages religieux, les rituels quotidiens, la manière dont l’islam structure le temps, l’espace, les relations sociales. Cette attention simultanée aux détails concrets et aux structures d’ensemble fait de son témoignage l’une des premières tentatives européennes d’« ethnographie » de l’Arabie. Ce n’est donc pas seulement un voyage d’exploration, mais une immersion lente, méthodique, dans une société que l’Europe ne connaissait jusque-là qu’à travers les filtres de la théologie et du commerce.

En pleine tragédie, l’émerveillement persiste. Niebuhr voyait l’Orient non comme un spectacle exotique, mais comme un monde vivant, plein de complexité, d’humanité, d’histoire. Un regard différent — empathique, respectueux, attentif — loin des clichés. Il décrit avec un respect manifeste l’hospitalité des familles qui l’accueillent, la générosité de certains notables qui lui permettent de voyager plus loin, de visiter des lieux habituellement fermés aux étrangers. Il s’efforce de restituer les coutumes sans les ridiculiser, en évitant les caricatures qui abondent alors dans la littérature européenne sur l’Orient. Cette posture, rare pour son époque, lui vaut parfois la méfiance de certains contemporains, qui jugent qu’il « flatte » trop les peuples qu’il décrit. Mais elle fait aussi de son œuvre un témoignage d’une grande valeur, précisément parce qu’elle ne réduit pas les hommes croisés en route à de simples figures de décor.

Carsten Niebuhr et la cartographie de l’Arabie : désert, guides arabes et relevés géographiques pendant l’expédition danoise
Carsten Niebuhr au désert : cartographier l’Arabie avec des guides arabes.

Seul contre tous : le retour épique de Bombay à Copenhague

Bombay : refuge, isolement, 14 mois d’attente

Après la débâcle au Yémen, l’expédition — presque détruite — réussit à gagner Bombay (aujourd’hui Mumbai), en Inde. Deux des membres morts — le dessinateur et un serviteur — ont été enterrés en mer lors de la traversée. Peu après l’arrivée, le médecin également succombe. Le seul survivant : Carsten Niebuhr. Sur place, il passe quatorze mois en isolement, avec peu de perspectives de retour immédiat. Mais — et c’est ici que le récit devient encore plus poignant — il décide de ne pas abandonner. Il conserve les manuscrits, les notes, les dessins, les cartes, les observations. Il prépare le retour de toute une mémoire de l’Orient. Une mémoire qui aurait pu être perdue.

La traversée vers l’Inde est marquée par de nouveaux drames : Baurenfeind et Berggren meurent à bord, et leurs corps sont confiés à la mer, selon la triste coutume des marins. Niebuhr se retrouve, à l’arrivée à Bombay, dans une situation presque absurde : il est l’unique gardien d’un projet qui avait mobilisé une demi-douzaine de savants et le soutien d’un royaume. Loin de Copenhague et de Göttingen, il ne peut plus compter que sur ses propres forces et sur la solidité de ses carnets, qu’il protège avec un soin jaloux. La mort du médecin Cramer peu après leur arrivée achève de le placer dans une solitude totale, sans aucun compagnon avec lequel partager le fardeau de la mémoire. Pourtant, il ne se résigne pas à rentrer immédiatement : il sait que précipiter le voyage serait mettre en danger à la fois sa santé et la conservation de ses notes. Il choisit donc de demeurer à Bombay, d’observer, de se reposer, de mettre en ordre ses relevés, comme un archiviste travaillant dans une chambre d’hôpital. Cette longue halte lui permet aussi d’observer une autre grande interface du monde indien, avec ses marchands, ses innombrables langues, ses temples, ses quartiers européens déjà solidement installés. Les pages consacrées à Bombay témoignent de ce moment liminaire où l’Inde vient à peine d’entrer dans le champ d’observation systématique des puissances européennes. Niebuhr y apparaît à la fois comme un survivant endeuillé et comme un observateur lucide d’un monde en train de basculer vers une nouvelle ère coloniale.

Sur place, il passe quatorze mois en isolement, avec peu de perspectives de retour immédiat. Mais — et c’est ici que le récit devient encore plus poignant — il décide de ne pas abandonner. Il conserve les manuscrits, les notes, les dessins, les cartes, les observations. Il prépare le retour de toute une mémoire de l’Orient. Une mémoire qui aurait pu être perdue. Quatorze mois, à l’échelle d’un voyage de six ans, représentent une parenthèse étrange, presque suspendue dans le temps, où le mouvement cède la place à la rumination. Niebuhr relit les carnets de ses compagnons disparus, recopie certains passages, annote d’autres où il juge nécessaire de préciser les coordonnées ou les descriptions. Il met de l’ordre dans les cartes, les croquis, les listes d’objets et de mots, sachant que l’avenir de l’expédition se joue désormais dans la qualité de cette documentation. Il sait qu’en Europe, beaucoup considèrent déjà l’entreprise comme un échec tragique, une folie coûteuse ; il entend prouver, en rentrant, que ce sacrifice n’a pas été vain. Sa solitude prend alors une dimension quasi monastique : il vit dans un monde de papiers, de chiffres et de souvenirs, où les voix de ses compagnons résonnent encore au fil des pages. Cette expérience forge en lui une responsabilité nouvelle : il ne se voit plus seulement comme l’auteur de ses propres observations, mais comme le dépositaire d’une mémoire collective. Le survivant comprend qu’il lui faudra être, à lui seul, l’expédition entière.

Le retour par la terre : Mascate, Perse, Mésopotamie, Syrie, Turquie, Constantinople, puis Copenhague

Quand enfin la route du retour s’ouvre, Niebuhr l’emprunte avec prudence. Il traverse Mascate, le golfe Persique, la Perse, visite les ruines de Persépolis, recopie des inscriptions cunéiformes. Il monte vers la Mésopotamie, traverse la Syrie, passe par Chypre, puis la Turquie, les monts Taurus, pour atteindre Constantinople en 1767. Puis Copenhague, quelques mois plus tard — fatigué, marqué, seul, mais porteur d’une œuvre immense. En quittant Bombay, il renonce à l’option d’un retour rapide par la mer Rouge, trop incertaine, et choisit un itinéraire terrestre plus long mais plus riche en possibilités d’observation. Son passage par Mascate, le golfe Persique, puis Bushehr et Shiraz, lui permet de dresser un tableau rare des routes commerciales reliant l’Inde au Proche-Orient. À Persépolis, il copie avec une rigueur exceptionnelle les inscriptions cunéiformes, ignorant encore qu’elles serviraient, des décennies plus tard, à en percer le secret. Ce détour archéologique fait de lui, presque malgré lui, un acteur clé de la future naissance de l’assyriologie européenne.

À ses yeux, ce retour n’est pas un repli mais l’achèvement d’une mission. Il ramène des cartes, des carnets, des dessins, des manuscrits, des relevés astronomiques, des transcriptions de pierres anciennes. Grâce à lui, l’Orient cesse d’être mythique : il devient réel, mesurable, compréhensible. À mesure qu’il remonte vers Alep, puis Chypre et enfin Constantinople, Niebuhr mesure l’écart entre les cartes qu’il consulte encore et ce qu’il vient de parcourir réellement. Il constate combien les distances ont été sous-estimées, les reliefs mal représentés, les toponymes déformés par des oreilles peu habituées aux langues sémitiques. Dans ses carnets, il accumule des corrections, rature certains noms, en ajoute d’autres, dessine dans les marges des profils de montagnes, des tracés de côtes. Lorsqu’il atteint enfin Copenhague, il porte sur ses épaules non seulement un amas de papier, mais tout un monde d’expériences, de morts, de paysages, de langues, d’odeurs. Le Danemark découvre, à travers ses récits, un Orient débarrassé de ses voiles mythologiques, mais n’en demeurant pas moins fascinant par sa complexité. Il ne revient pas en conquérant, mais en témoin : il n’a pris aucune terre, imposé aucune domination, seulement recueilli des traces, des chiffres, des croquis. Cette absence de geste spectaculaire explique peut-être pourquoi son voyage reste moins célèbre que d’autres expéditions plus bruyantes, alors qu’il a eu un impact scientifique supérieur. Mais c’est justement ce caractère peu spectaculaire qui confère à son œuvre une solidité durable : elle repose sur l’accumulation patiente de faits, et non sur la mise en scène de soi. Dans une Europe fascinée par les héros romanesques, Niebuhr apparaît comme une figure à contre-courant : le survivant discret d’une aventure intellectuelle colossale.

Les œuvres d’un survivant : publier l’Orient et révolutionner la science géographique

Description de l’Arabie et récits de voyage : restituer l’Orient aux Européens

De retour en Europe, Carsten Niebuhr publie ses récits et ses observations. Parmi eux, son ouvrage le plus célèbre, Description de l'Arabie, traduit en français, devient une source essentielle pour comprendre l’Arabie, le Yémen et plus largement le Moyen-Orient du XVIIIᵉ siècle. À travers ses pages, on trouve des cartes, des descriptions topographiques, des plans de villes, des analyses de mœurs, des études de monnaies, des observations ethnographiques, des récits de voyages, des descriptions de paysages, de cultures, de peuples — un travail encyclopédique, le fruit d’une aventure humaine et intellectuelle sans précédent. La mise en forme de ses notes demande plusieurs années de travail, financées en partie par le gouvernement danois, soucieux de rentabiliser symboliquement une expédition frappée par le deuil. La Description de l’Arabie, publiée en 1772, se distingue par sa structure méthodique : Niebuhr y organise l’espace en provinces, en villes, en routes, en systèmes politiques et économiques. Loin de se contenter d’anecdotes, il fournit des tableaux de mesures, des listes de monnaies, des lexiques sommaires, une foule de détails concrets qui en font un outil de travail plutôt qu’un simple récit d’aventures. La traduction française élargit considérablement le public potentiel de l’ouvrage, l’inscrivant dans le circuit des érudits francophones qui dominent alors une large part de la vie intellectuelle européenne. Les lecteurs découvrent une Arabie qui n’est ni le simple décor des Mille et Une Nuits, ni seulement le théâtre des récits bibliques, mais un ensemble de sociétés organisées, dotées de hiérarchies, de lois et de traditions propres. Niebuhr insiste sur la diversité des régions, refusant de parler de « l’Arabe » comme d’un type unique, et distinguant les populations du Hedjaz, du Yémen, du Najd, des côtes du golfe Persique. Cette insistance sur la variété interne de l’Arabie constitue, en soi, un contre-discours aux généralisations hâtives qui dominent encore la plupart des textes européens sur le sujet.

À travers ses pages, on trouve des cartes, des descriptions topographiques, des plans de villes, des analyses de mœurs, des études de monnaies, des observations ethnographiques, des récits de voyages, des descriptions de paysages, de cultures, de peuples — un travail encyclopédique, le fruit d’une aventure humaine et intellectuelle sans précédent. Les cartes de Niebuhr, par exemple celles du Yémen et des côtes de la mer Rouge, sont d’une précision remarquable pour l’époque : elles indiquent des ports, des villages, des reliefs absents des cartes antérieures. Ses descriptions des vents, des saisons, des modes de navigation montrent une attention fine aux contraintes naturelles qui pèsent sur la vie des populations locales. En consignant les modes de gouvernement, la fiscalité, les rapports de force entre tribus et pouvoirs centraux, il fournit des clés essentielles pour comprendre la stabilité ou l’instabilité politique de la région. L’ensemble compose une véritable géographie humaine avant la lettre, où l’espace physique et l’organisation sociale sont toujours pensés ensemble.

Un héritage scientifique : cartographie, ethnologie, archéologie, compréhension de l’Orient

Les cartes tracées par Niebuhr servirent de référence pendant plus d’un siècle aux explorateurs, géographes et naturalistes. Ses transcriptions d’inscriptions cunéiformes à Persépolis deviendront un point de départ essentiel pour le déchiffrement des écritures anciennes — un des jalons de la future assyriologie. Mais au-delà de la science, c’est un pont entre cultures qu’il a bâti : en observant l’Orient avec respect, curiosité, empathie, il a donné à l’Europe non pas un Orient fantasmé, mais un Orient humain, vivant — un Orient qu’on pouvait comprendre, mesurer, documenter. De nombreux voyageurs du XIXᵉ siècle, qu’ils soient militaires, diplomates ou missionnaires, partiront avec ses cartes dans leurs bagages, reconnaissant parfois sur le terrain des reliefs qu’il avait dessinés. Les copies d’inscriptions cunéiformes réalisées à Persépolis seront utilisées par des savants dans le lent processus de déchiffrement des écritures anciennes. L’exactitude graphique de Niebuhr est telle que, même plusieurs décennies après sa mort, ses planches demeurent un modèle d’observation rigoureuse. Dans les académies, on cite son nom comme celui d’un homme qui n’a jamais sacrifié la vérité des faits à l’effet littéraire ou au désir de plaire. Il a également contribué à diffuser la méthode des distances lunaires sur le continent, prouvant qu’elle pouvait être appliquée avec succès loin des côtes européennes. Ses travaux montrent comment la géographie, l’astronomie et la philologie peuvent se renforcer mutuellement lorsqu’elles sont pratiquées avec un même souci d’exactitude. Par contraste, certaines relations de voyage plus romanesques de son temps paraissent aujourd’hui datées, alors que les siennes restent exploitables comme sources primaires. On pourrait dire que l’héritage de Niebuhr n’est pas seulement ce qu’il a vu, mais la manière dont il a appris aux autres à regarder. À travers lui, l’Orient devient pour l’Europe un espace d’enquête, et non plus seulement un décor d’émerveillement ou de mystère.

Mais au-delà de la science, c’est un pont entre cultures qu’il a bâti : en observant l’Orient avec respect, curiosité, empathie, il a donné à l’Europe non pas un Orient fantasmé, mais un Orient humain, vivant — un Orient qu’on pouvait comprendre, mesurer, documenter. Là où beaucoup de voyageurs de son époque insistent sur l’exotisme, Niebuhr souligne parfois des ressemblances inattendues entre les pratiques européennes et orientales. Il note, par exemple, des formes de politesse, de négociation, d’hospitalité qui lui rappellent des usages du nord de l’Allemagne, même si les codes et les signes extérieurs diffèrent. Cette manière de chercher des points communs au lieu d’ériger des barrières culturelles fait de lui un précurseur des échanges interculturels modernes. Ses descriptions nuancées de l’islam contrastent avec les discours polémiques répandus dans certaines brochures européennes du XVIIIᵉ siècle. Il ne nie pas les différences doctrinales, mais il s’attache à comprendre ce que la religion signifie pour ceux qui la pratiquent au quotidien. De ce fait, son œuvre est autant un miroir tendu à l’Europe qu’un portrait de l’Orient : elle invite ses lecteurs à interroger leurs propres préjugés. En cela, la Description de l’Arabie est aussi, en filigrane, une description des limites du regard européen et des efforts nécessaires pour les dépasser.

Conclusion : quand la quête de vérité transforme l’histoire

L’histoire de Carsten Niebuhr est d’une intensité rare : un homme simple, paysan de naissance, devenu arpenteur, puis explorateur — envoyé au bout du monde — qui survit quand ses compagnons tombent, non grâce à la chance seule, mais par sa capacité à s’adapter, à observer, à s’immerger, à respecter. Il incarne l’esprit des Lumières : curiosité, rigueur, humilité. Mais aussi le courage brutal — affronter l’inconnu, la maladie, la mort, la solitude. Au retour, plutôt que la gloire facile, il choisit la modeste honnêteté. Mais son legs, immense, continue de façonner notre compréhension de l’Orient. On pourrait la raconter comme un drame en plusieurs actes : l’appel inattendu, la préparation, l’enthousiasme du départ, l’enfer du Yémen, la solitude de Bombay, l’errance savante du retour. Chaque étape lui arrache quelque chose — des amis, des illusions, parfois la santé — mais lui donne en échange une compréhension plus profonde du monde et de lui-même. La malaria, qui emporte plusieurs de ses compagnons, lui rappelle de manière brutale la vulnérabilité des corps européens dans des environnements pour lesquels ils ne sont pas préparés. Son salut tient en partie à sa faculté d’observation : c’est en remarquant ce qui maintient les habitants en vie qu’il ajuste son propre comportement. Il découvre ainsi que la connaissance n’est pas qu’affaire de livres ou d’instruments, mais aussi d’attention aux gestes, aux habits, à la nourriture, au rythme des journées. La survie devient chez lui une forme de savoir pratique, indissociable de la science la plus abstraite. C’est cette union entre l’expérience vécue et la rigueur des mesures qui donne à son œuvre une profondeur singulière. Là où d’autres auraient écrit un récit d’épreuves miraculeusement surmontées, lui laisse un document qui permet de reconstituer, pas à pas, le chemin parcouru. En cela, sa vie et son travail racontent comment la quête de vérité peut naître d’une suite de crises et de deuils, sans jamais s’y laisser engloutir.

Il incarne l’esprit des Lumières : curiosité, rigueur, humilité. Mais aussi le courage brutal — affronter l’inconnu, la maladie, la mort, la solitude. Au retour, plutôt que la gloire facile, il choisit la modeste honnêteté. Mais son legs, immense, continue de façonner notre compréhension de l’Orient. Loin des caricatures qui réduisent parfois les Lumières à un optimisme naïf, Niebuhr en représente la face plus sombre et plus exigeante : celle qui accepte de se confronter à l’inconfort, au danger, à la remise en question des certitudes. Il ne se contente pas d’affirmer que la raison doit régner ; il l’exerce là où la peur, la fatigue et la maladie pourraient facilement la faire vaciller. La rigueur qu’il applique à ses cartes, il l’applique aussi à son regard sur les autres peuples : il refuse de les juger trop vite, de les enfermer dans des stéréotypes. L’humilité se manifeste chez lui non par des déclarations, mais par la manière de reconnaître ce qu’il ne sait pas, de signaler les incertitudes, les lacunes de ses observations. Cette attitude, dans un siècle où la tentation de l’affirmation dogmatique reste forte, apparaît comme un signe de véritable courage intellectuel. Niebuhr ne prétend pas apporter la vérité définitive sur l’Arabie : il propose des matériaux, soigneusement vérifiés, sur lesquels d’autres pourront bâtir. C’est peut-être là, finalement, la plus belle définition de l’esprit des Lumières : accepter que le savoir se construise comme une œuvre collective, au-delà des vies individuelles.

En lisant ses récits, en regardant ses cartes, on ne voyage plus seulement à travers le temps — on voyage à travers l’humanité, les cultures, les paysages, les peurs, les espérances. On découvre un Orient réel — avec ses beautés, ses dangers, son histoire — vu par un Européen du XVIIIᵉ, mais raconté avec le regard d’un homme devenu plus qu’un simple voyageur : un témoin. Le lecteur moderne peut suivre pas à pas ses itinéraires, comparer les villes qu’il décrit à celles d’aujourd’hui, mesurer ce qui a changé et ce qui demeure. Il peut aussi percevoir, entre les lignes, les tensions de son temps : rivalités impériales, curiosité savante, recherche de prestige, mais aussi désir sincère de comprendre l’autre. En se laissant guider par la voix calme de Niebuhr, il découvre un Orient complexe, ni idéalisé ni diabolisé, que l’on peut encore interroger pour penser les relations contemporaines entre l’Europe et le monde arabe. Ainsi, les cartes et les pages du « survivant » continuent d’ouvrir des chemins, non plus dans les déserts d’Arabie, mais dans notre manière de regarder l’histoire et l’altérité.

Sources 

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Les illustrations ont été générées par intelligence artificielle pour servir le propos historique et afin d’aider à l’immersion. Elles ont été réalisées par l’auteur et sont la propriété du Site de l’Histoire. Toute reproduction nécessite une autorisation préalable par e-mail.

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