Histoire du turf anglais : des rois de Newmarket aux origines des grandes courses de chevaux

Origines du turf en Angleterre, Newmarket et la royauté britannique
Gravure ancienne représentant une scène de course hippique en Angleterre

Découvrez l’histoire du turf anglais, des premières courses médiévales à l’essor de Newmarket sous les rois Stuart.

Les origines médiévales du turf

La généralisation des courses de chevaux en Angleterre remonte au XVII° siècle, mais elles n'étaient pas inconnues aux périodes précédentes, puisqu'il y en avait depuis longtemps dans diverses régions du pays. Sous le règne d'Henri II, au XII° siècle, des courses avaient lieu les jours de fête à Smithfield, qui était alors le grand marché aux chevaux de Londres. Des documents anciens mentionnent des courses tenues à Chester, dans le nord-ouest, le jour du Mardi-Gras, le prix en étant une boule de bois décorée de fleurs. So British, déjà!

Ces premières courses avaient un caractère primitif et sans façon. Elles consistaient en des compétitions organisées par les nobles et les gentilshommes des environs. Les chevaux étaient montés par leurs propriétaires ou leurs palefreniers et il n'y avait pas de prix en argent. L'on gagnait de simples trophées sans valeur.

Jacques Ier et la naissance de Newmarket

C'est sous le règne de Jacques Ier que les courses commencèrent réellement à être un sport public organisé. Le roi lui-même se prit à aimer Newmarket, localité située dans le comté de Suffolk, qui était alors un obscur petit village composé de huttes de bois, destiné à devenir plus tard le quartier général des courses de plat anglaises. Quel destin! Jacques Ier séjourna pour la première fois à Newmarket en 1605; il aima tant l’endroit que très vite, il décida d'y faire construire un palais avec écuries, chenils et jeu de paume. Comme beaucoup de membres de son entourage suivirent son exemple et y construisirent des maisons, Newmarket se développa rapidement. Aux courses de chevaux, Jacques Ier en fait préférait la chasse à courre et la chasse au faucon, mais de nombreux Ecossais de sa cour étaient fanatiques de courses, ce sport étant alors très populaire au nord de la frontière, et ils s'empressèrent d'en organiser à Newmarket.

Charles Ier et les débuts du prestige

Les rencontres de printemps et d'été de Newmarket s'établirent sous le règne de Charles Ier. A certains moments, non seulement toute la cour était à Newmarket, mais aussi tous les services administratifs, y compris les lords de l'Amirauté qui, sans doute, se trouvaient un peu loin de la mer ! Rubens et van Dyck firent tous deux des portraits du roi à Newmarket et c'est là, alors qu'il remplissait ses fonctions de médecin royal, que le docteur William Harvey confirma sa découverte de la circulation sanguine dans le corps humain. Décidément! Newmarket était the place to be.

Son successeur et fils Charles Ier, cavalier accompli, était également amoureux de Newmarket. En 1617, il donna un grand diner d'anniversaire pour lequel chaque convive fut invité à fournir un plat. La contribution de sir Georges Goring consista en quatre porcs énormes et charnus, bridés comme des chevaux et harnachés de chaînes de saucisses, enveloppés dans d'immenses sacs à pudding. Une fois encore, la cuisine anglaise ne rat pas l’occasion d’émerveiller les papilles.

Le Commonwealth et la restauration

Durant le sévère régime de Commonwealth, sous Cromwell, toutes les courses furent interdites moins en raison de scrupules moraux que par peur de voir lesdites courses attirer de larges assemblées de partisans royalistes. Heureusement pour les amateurs des équidés, à la restauration, les courses reprirent.

Charles II, lui aussi aimait les courses. II lui arrivait de monter lui-même les concurrents et il fonda la compétition connue sous le nom de « Royal plates ». La fameuse course, dite « Rowley Mile » à Newmarket, porte son nom ou plutôt son surnom. Car on l'appelait familièrement le « vieux Rowley », du nom de sa monture favorite. C'est pendant cette période que les paris sur les courses s'accrurent considérablement. Du fait que d'importantes sommes d'argent étaient mises en jeu, il y avait inévitablement des querelles, des disputes et évidemment des tricheries.

Jacques II ne s'intéressa guère au « turf ». mais c'est sous son règne que les professionnels commencèrent à apparaître dans certaines courses. Guillaume III, ou Guillaume d'Orange, améliora le palais de Newmarket et fonda le Haras royal de Hampton Court, dans le Middlesex. Guillaume III lui-même pariait énormément et pouvait placer d’énormes sommes sur son cheval favori, Stiff Dick. L'entraîneur du roi était le fameux Tregonwell Frampton, parfois surnommé le père du turf, qui avait une connaissance inégalée des chevaux. Il perfectionna l'art de l'entraînement et jeta les fondations des règles de ce sport.

L'essor sous Anne Stuart et les grandes courses

La reine Anne Stuart favorisa beaucoup le turf. Elle allait fréquemment aux courses de Newmarket et de York, dans le nord, mais elle s'assura une place dans l'histoire du turf, comme fondatrice du champ de course d'Ascot, dans le Berkshire, près du château de Windsor, où la première rencontre eut lieu en 1711. A ce stade, les matchs étaient encore la forme la plus populaire des courses et se couraient habituellement sur de grandes distances pouvant varier de 6 à 20 kilomètres.

Au XVIIe siècle, l'on commença à donner des nouvelles des courses dans les quotidiens. En fait, les courses devinrent si populaires que le Parlement essaya de les restreindre. Il fut décrété que les prix devraient se monter à 50 livres au moins, pour mettre fin aux petites rencontres de campagne où tricheries et fraudes n'étaient que trop communes, apportant son lot de représailles et de conflits locaux.

Le Jockey Club et la professionnalisation

L'année 1752 marque une étape dans l'histoire du sport hippique, car c'est la date à laquelle le « jockey Club », corps gouvernant des courses anglaises, fut mentionné pour la première fois dans la presse. Personne ne sait exactement comment, quand et pourquoi le « Jockey Club » fut fondé. Rien n'indique qu'il fut formé avec l'intention de gouverner le turf. Son but original était sans doute de promouvoir une bonne camaraderie entre gentilshommes cavaliers et éleveurs dans tout le pays. Comme les personnes possédant le plus d'argent et le plus d'influence étaient membres du club, l'organisation acquit rapidement autorité et prestige. Il est important de se rappeler qu'alors le terme de jockey s'appliquait au propriétaire et non au cavalier. C'est en 1752 donc, que le « Jockey Club » acheta des terrains à Newmarket et construisit les bâtiments qui sont toujours son siège.

La race des pur-sang fut rapidement développée et améliorée; leur vitesse en particulier fut augmentée. Les anciennes courses de longue distance disparurent et les matchs perdirent leur popularité antérieure. Les terrains avaient tendance à devenir plus grands, les épreuves plus courtes et les chevaux eux-mêmes étaient mis en course plus jeunes.

Les grandes courses classiques et la montée du turf

Sous le régime de Bunbury, les cinq courses dites « classiques » furent créées, toutes pour trois ans. La première fut le « Saint-Léger » (1778), ainsi nommée en l'honneur du général Anthony Saint-Léger, de Doncaster, dans le nord. « The Oaks » (1779) porte le nom de la résidence de campagne de lord Derby, à Epsom dans le Surrey, et le « Derby » reçut son nom d'un groupe de joyeux turfistes descendus chez lord Derby, à la maison des « Chênes ». En 1809, furent créées les « Deux mille guinées » et cinq ans plus tard, les « Mille guinées ». Bunbury remporta le premier Derby sur Diomed qui, dans sa vieillesse, fut exporté en Amérique où il fonda une dynastie de pur-sang. En 1827, le duc de Portland, grâce à une action en violation de propriété contre un certain M. Hawkins, aux assises de Cambridge, établit le droit pour le « Jockey Club » de bannir du terrain de Newmarket tout individu jugé indésirable par lui.

Les paris continuèrent d'augmenter et au tout début du XIXe siècle, l'on vit apparaitre les premiers « bookmakers ».

Lord Bentinck, réformateur du turf

Le successeur de Bunbury au titre de dictateur du turf fut lord Georges Bentinck. Homme hardi, impulsif et arrogant, qui était rarement tolérant sauf lorsque son intérêt personnel s'accommodait d'un relâchement de son code moral. II apporta un semblant d'ordre et de discipline dans le domaine des courses. C'est lui qui mit au point le principe des différents enclos offrant des possibilités variées suivant le prix. II exigea la ponctualité - qui jusqu'alors était entièrement négligée - numérota chaque cheval et veilla à ce que tous les partants soient inscrits. Il ordonna que l'on sella les chevaux dans un endroit spécial et les fit parader devant les stands avant la course. Il mit fin également à la coutume selon laquelle le propriétaire gagnant donnait un cadeau au commissaire à l'arrivée et il améliora grandement les départs de courses ainsi que la compétence et l'intégrité de tous les officiels. Il fit de Goodwood, dans le Surrey, l'un des meilleurs champs de courses du pays.

Surtout, lord Bentinck fit la guerre à tous les fripons et escrocs qui menaçaient de jeter le discrédit sur ce sport. Sa plus notable victoire fut remportée en 1844, lorsqu'il rendit publique une fraude impudente au cours du Derby : le cheval Running Rein, de M. A.W. Wood, était en réalité un très bon quatre ans nommé Maccabeux. Le « dictateur » avait ses défauts, mais c'est grâce à lui que le turf anglais n'est pas mort prématurément, suite du manque de scrupules de ceux qui le pratiquaient.

Voilà comme le turf prit de l’envergure et devint une véritable institution, traversant les frontières et les époques. 

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