L'expédition La Pérouse

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Louis XVI donnant ses instructions à La Pérouse, peinture de Nicolas-André Monsiau.

Découvrez l'expédition de La Pérouse, l'un des plus grands voyages scientifiques français du XVIIIe siècle et le mystère de sa disparition dans le Pacifique.

Le saviez-vous ?

Après avoir quitté le Kamtchatka, Barthélémy de Lesseps rejoignit Paris en traversant toute la Russie, emportant les journaux et les documents de l'expédition. Sans cette décision, une grande partie des travaux scientifiques de La Pérouse aurait disparu avec les navires.

Le contexte de l'expédition

En montant sur l’échafaud, Louis XVI demande à son bourreau : « A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? » Cette phrase légendaire est fausse, mais a le mérite de montrer le vif intérêt du roi pour les découvertes et la navigation, ainsi que la situation tragique du navigateur français. L’Astrolabe et la Boussole, les deux navires de l’expédition, ont été aperçus pour la dernière fois en 1788 à Botany Bay en Australie. Depuis, il n’y a plus de nouvelle. En 1791, Louis XVI dépêche deux frégates pour mener des recherches. L’expédition ne retrouve aucune trace et rentre bredouille.

Les débuts de Jean-François de La Pérouse

Jean-François de La Pérouse nait le 23 août 1741 au château du Gô près d’Albi dans le Tarn. Son oncle est officier de marine. Suivant ses traces, il s’engage à l’âge de quinze ans comme second du chevalier d’Arsac de Ternay. Il combat les Britanniques au Canada, en Bretagne, dans les Caraïbes et aux Etats-Unis, durant la Guerre de sept ans, puis lors de la Guerre d’Indépendance américaine. Au fil des ans, il navigue dans l’Océan indien et atlantique et gravit les échelons de la hiérarchie militaire.

La grande expédition de Louis XVI

Dans la lignée des grandes expéditions maritimes du XVIIIe siècle, telle celle de James Cook, Louis XVI organise une mission de découverte de l’Océan pacifique. Le marquis de Castries, ministre de la Marine, nomme La Pérouse au poste de commandant de l’expédition, en raison de sa grande expérience et de ses qualités humaines. Lors de cette expédition, l’équipe de La Pérouse doit effectuer des relevés des côtes, cartographier avec précision les différentes découvertes et étudier les populations, la faune et la flore. Cette expédition mêle des intérêts scientifiques et économiques. La Pérouse doit répertorier les richesses exploitables et déterminer les endroits propices à l’implantation de comptoirs commerciaux. L’expédition comprend dix savants, deux ingénieurs, un jardinier, un horloger, un interprète, deux aumôniers et 220 hommes d’équipage.

L’expédition composée des frégates l’Astrolabe et la Boussole, quitte Brest le 1er août 1785. Les navires descendent l’Océan atlantique, longent le Cap Vert et le Brésil pour passer le Cap Horn au mois de janvier 1786. Le 23 février 1786, les deux navires mouillent au port de la Concepción sur la côte chilienne pour une escale d’un mois. Le 9 avril, La Pérouse débarque sur l’île de Pâques. Son équipe y séjourne plusieurs jours pour effectuer des relevés topographiques et astronomiques et étudier la population et ses monuments. Le 29 mai, La Pérouse découvre l’île Maui dans l’archipel d’Hawaï.

Des côtes chiliennes à l'Amérique du Nord

A la fin du mois de juin 1786, ils arrivent au mont Saint-Elie en Alaska. Les savants de l’expédition se livrent à une étude anthropologique des indigènes. Durant leur séjour, deux chaloupes transportant 21 hommes décèdent dans les courants violents de la baie Lituya. Parmi ces hommes, se trouve Joseph de Raxi de Flassan commandant de l'Astrolabe. La Pérouse longe ensuite les côtes d’Amérique du Nord jusqu’à Monterey en Californie. Il observe les missions franciscaines et critique le traitement réservé aux Amérindiens de la région.

Vers l'Asie et le Pacifique

L’expédition traverse le Pacifique et entre dans le port de Macao, le 3 janvier 1787. Les fourrures achetées en Alaska son revendues. Le naturaliste Jean-Nicolas Dufresne quitte l’expédition pour rapporter en France le journal, des mémoires et divers documents. En avril, des réparations sont effectuées à Manille. L’expédition reprend la mer le 10 avril 1787 en direction du Japon et de la Tartarie. Cette zone demeure très méconnue des Européens. La Pérouse entre en contact avec les Tartares et les habitants d’Hokkaido. En septembre, il fait une halte d’un mois au Kamtchatka. Barthélémy de Lesseps quitte La Pérouse pour regagner Paris en traversant toute la Russie, ramenant dans ses bagages de nombreux documents.

Début octobre, l’expédition redescend le Pacifique. Aux iles Samoa, ses hommes sont attaqués par les indigènes. Naviguant entre les Tonga, il rejoint l’Australie le 26 janvier 1788. L’expédition est ravitaillée en bois et en eau. La Pérouse dépêche l’un de ses hommes pour ramener en France d’autres documents, puis reprend la mer en mars.

Le mystère de la disparition

En juin 1787, l’expédition explore l’archipel de Santa Cruz. Pris dans un cyclone, les deux navires sombrent avec leur équipage près de l’île de Vanikoro appartenant à l’archipel des Vanuatu. C’est une île longue de 25km avec un volcan culminant à 800m, présentant un climat équatorial avec des pluies très abondantes. La chaleur et l’humidité favorisent la malaria. Elle est habitée par des indigènes.

Les recherches de l'expédition

En 1791, l’Assemblée constituante vote l’organisation d’une mission de recherche dirigée par l’amiral Antoine Bruny d’Entrecasteaux. L’Assemblée profite de cette expédition pour réaliser un voyage d’étude des côtes australiennes, néo-zélandaises et des îles du Pacifique sud. Les impératifs des savants ne sont pas toujours compatibles avec ceux de l’amiral. En mai 1793, d’Entrecasteaux meurt du scorbut durant l’expédition, qui ne parvient pas à retrouver des traces des survivants, même si elle est passée à proximité de Vanikoro. L’équipage est d’ailleurs attaqué par des indigènes dans l’archipel de Santa Cruz. L’expédition est davantage un succès sur le plan géographique et botanique.

L’affaire sombre dans l’oubli, jusqu’à la fin des années 1820. En 1826, une rumeur court en France, selon laquelle un baleinier américain aurait retrouvé des rescapés de l’expédition. Le capitaine de ce navire a aperçu sur l’île de Vanikoro une croix de Saint Louis et a trouvé des médailles françaises. Le 25 avril 1826, Jules Dumont d’Urville quitte le port de Toulon pour une mission d’exploration et d’étude. Il doit en profiter pour rechercher des traces de l’expédition de La Pérouse. A la même période, un capitaine marchand irlandais, Peter Dillon, prétend posséder l’épée de La Pérouse. Dillon connait bien l’histoire de ce dernier. Il a troqué avec des indigènes des objets français. Mandaté par la couronne britannique, il part de Calcutta le 22 janvier 1827. Après de nombreux déboires techniques et juridiques avec son équipage, il arrive sur l’île de Vanikoro en septembre avant Dumont d’Urville. Il recueille le témoignage des indigènes sur la vie des naufragés. Le dernier est décédé quelques temps avant son arrivée. Il retrouve l’épave de l’Astrolabe. Il ramène des preuves de sa découverte et publie ses récits de voyage en France. Dumont d’Urville débarque sur l’île de Vanikoro en 1828. Des indigènes lui montrent le lieu du naufrage de l’Astrolabe, dont il récupère les ancres. L’épave de la Boussole sur laquelle se trouvait La Pérouse demeure introuvable.

La découverte des épaves

En 1962, les recherches sont relancées. Les études réalisées en plongée permettent de localiser une seconde épave et déterminer de manière certaine qu’il s’agit bien de La Boussole. En 1981, Alain Conan fonde l’association Salomon, afin de mener des expéditions dans le but de percer le mystère du naufrage et du sort des survivants. Plusieurs campagnes de fouilles sont menées avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Marine Nationale. En 1999, les chercheurs découvrent enfin les restes du camp des réfugiés sur Vanikoro.

En 2005, les études réalisées permettent de reconstituer le drame. La Boussole s’est fracassée contre les récifs. Tous les occupants y compris La Pérouse sont morts noyés sur le coup. L’Astrolabe s’est échouée dans une passe. Les marins ont eu le temps d’évacuer avec des vivres et du matériel et sont parvenus à rejoindre l’île de Vanikoro. Il est probable que l’épave de l’Astrolabe a été très largement démantelée pour construire le camp fortifié et un radeau. Les campagnes successives ont permis de mettre au jour plus de 2.000 objets et d’éclaircir le mystère de la disparition de l’un des plus célèbres marins français.

À retenir

  • La Pérouse dirige une grande expédition scientifique française lancée par Louis XVI en 1785.
  • La mission explore le Pacifique tout en réalisant des observations géographiques, scientifiques et ethnographiques.
  • Les deux navires disparaissent près de Vanikoro après leur départ d'Australie.
  • Plusieurs expéditions tenteront de retrouver les naufragés au cours du XIXe siècle.
  • Les fouilles modernes permettront finalement d'expliquer le naufrage et le destin des survivants.

Dates clés

  • 23 août 1741 : naissance de Jean-François de La Pérouse.
  • 1er août 1785 : départ de l'expédition de Brest.
  • 26 janvier 1788 : arrivée en Australie avant la disparition.
  • 1791 : première mission officielle de recherche.
  • 2005 : les recherches permettent de reconstituer le déroulement du naufrage.

Sources

Texte : LE BRUN Dominique, La Malédiction Lapérouse 1785-2008, France Loisirs, Paris, 2012, 1118 p.

Image : Louis XVI donnant ses instruction à La Pérouse, de Nicolas-André Monsiau, herodote.net.

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