mercredi 27 septembre 2017

Le tsar Pierre Ier en visite en France



Bonjour chers amis lecteurs. En ce 20 juin 1717, je me trouve devant l’hôtel de Lesdiguières pour assister au départ de Pierre Ier de Russie, qui vient de passer presque deux mois dans notre royaume. En effet, le tsar a passé la frontière à la fin du mois d’avril. Le 7 mai 1717, il arrive aux abords de Beauvais. L’archevêque a préparé pour l’occasion de grandes festivités. Malheureusement pour lui, Pierre Ier traverse la ville sans s’arrêter. Ce ne sera pas la première fois que le monarque russe nous surprendra. Il rejoint Beaumont-sur-Oise. Le maréchal de Tessé est chargé d’aller l’accueillir et de l’accompagner jusqu’à Paris. Arrivé dans la capitale, Pierre Ier refuse les appartements mis à sa disposition au Louvre les trouvant trop fastueux. Il va loger à l’hôtel de Lesdiguières avec sa suite. Deuxième scène surprenante. La troisième se produira le 10 mai. Ce jour, notre jeune roi Louis XV vient saluer son hôte. Le tsar, du haut de ses deux mètres, a pris le tout jeune roi dans ses bras, puis l’a soulevé pour lui donner l’accolade.

Durant son séjour, le monarque russe n’a cessé d’intriguer la cour et les Parisiens qui se sont pressés à chacun de ces déplacements. Le duc de Saint-Simon le décrit comme, et je cite, « un homme aux mœurs simplistes, au regard majestueux et farouche, à l’habit fréquemment déboutonné et au chapeau plus souvent posé sur la table que sur sa tête. ». Sa majesté naturelle, sa parfaite simplicité, sa curiosité universelle ont fait forte impression sur les Français. Il faut dire que Pierre Ier est le premier monarque russe à sortir de son royaume et à voyager. Il a déjà voyagé en Europe en 1697-1698, notamment aux Pays-Bas et dans l’Empire. A cette époque, Louis XIV avait refusé de recevoir le roi de cette obscure province de Moscovie. Il recherche en Europe des modèles architecturaux pour bâtir sa nouvelle capitale Saint-Pétersbourg et pour assimiler les connaissances et les techniques nécessaires à la modernisation de son pays. A son retour, il se coupe la barbe et impose son style à l’aristocratie. Cet acte symbolique annonce la naissance de la Russie nouvelle et réformée sur le modèle européen. Pierre Ier a contribué à l’essor des échanges commerciaux avec l’Europe et l’Asie. Il a remporté plusieurs victoires éclatantes contre la Suède. Son royaume s’est agrandi et s’ouvre maintenant sur quatre mers. La Russie compte désormais parmi les grandes puissances.

La France entend bien se positionner auprès de ce nouveau voisin. Pour cette raison, elle a mis les petits plats dans les grands. A Fontainebleau, le comte de Toulouse a été chargé d’organiser une grande chasse à cour à Fontainebleau. A l’occasion du 45e anniversaire du tsar une grande fête est organisée à Marly avec un feu d’artifice. Le régent a profité de la venue du tsar pour conclure divers traités commerciaux et négocier une potentielle alliance contre la Suède. Les deux hommes se sont plutôt bien entendus. Ils ont presque le même âge, 45 ans pour l’un contre 43 pour l’autre, ils ont mené des batailles, aiment la bonne cuisine, sans parler de leurs mœurs libertines, mais ceci ne nous regarde pas. Outre des aspects économiques et politiques, la France entend briller par ses sciences et son art. Et c’est exactement ce que recherche le tsar. Les portes des instituts les plus prestigieux du royaume lui ont été ouvertes : l’observatoire de Paris, le jardin des plantes, l’imprimerie royale, l’Académie des sciences, la manufacture des Gobelins. A chaque visite, le tsar achète une multitude d’objets scientifiques, des instruments d’optique, de géométrie et de chirurgie, mais aussi des objets artistiques comme ces tapisseries que les domestiques sont en train de charger dans les voitures derrière moi. Le tsar a également visité le palais du Louvre. La machine de Marly alimentant en eau les fontaines de Versailles l’a beaucoup impressionné. L’agencement des jardins du château, avec ses statues et ses jets d’eau, l’a enchanté. En revanche, il n’a guère apprécié l’architecture du palais. Il la décrite comme, et je cite, « un pigeon avec des ailes d’aigle ».

Le tsar ne repart pas seul. Il emmène avec lui dans ses bagages, l’architecte Jean-Baptiste Alexandre Le Blade, le sculpteur Nicolas Pineau et le peintre Louis Caravaque, qui a déjà reçu des commandes pour peindre les victoires militaires du tsar. Pierre Ier aura laissé ici une grande impression. Tous saluent l’entreprise réformatrice de Pierre Ier. Les philosophes des Lumières parlent d’un despote éclairé. C’est un peu de la France qui s’exporte dans les lointaines contrées d’Europe orientale. Nous disons au tsar хорошая поездка (khoroshaya poyezdka) et moi je vous dis à bientôt pour un nouveau reportage.


Sources
Texte :
- COLONAT Adeline, « Un tsar à Paris : entre art et diplomatie », Les Cahiers de Science et Vie n°170, juillet 2017, pp90-92.
- SARIMANT Thierry, « Pierre le Grand : un tsar en France », Historia, n°846, juin 2017 pp56-61.
- Pierre le Grand : un tsar en France, Exposition au Château de Versailles, du 30 mai au 24 septembre 2017.

Image : http://presse.chateauversailles.fr/wp-content/uploads/2017/04/939827-500x432.jpg

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