vendredi 18 novembre 2016

Marie-Antoinette de Habsbourg, Reine de France, et ses enfants


En 1785, Marie-Antoinette incarne la débauche et la frivolité qui règnent à Versailles. Elle a l'image d'une femme superficielle, indifférente aux souffrances de ses sujets. La reine souhaite donner une autre image d'elle. Elle commande à Louise Elisabeth Vigiée Lebrun, sa peintre attitrée, un nouveau portrait d’elle. Vigiée Lebrun s'entretient de la commande avec son ami Louis David. Il lui conseille de reprendre la construction du tableau "La Sainte famille" de Raphaël, où la Vierge deviendra la reine, l'enfant Jésus le dauphin et Saint Jean la Princesse.

Louise Elisabeth Vigiée Lebrun, née en 1755, dessine dans l'atelier de son père dès le plus jeune âge. Elle reçoit les enseignements de Doyen et de Joseph Vernet. A 15 ans, elle réalise le portrait de sa mère. Cette toile lui vaut la renommée de Paris. Les aristocrates viennent lui rendre visite dans son atelier situé près du Palais Royal. On parle d'elle à la reine. En 1778, Marie-Antoinette la teste en lui commandant un portrait. Elle tombe sous le charme de traits de l'artiste. Les deux femmes du même âge s'entendent bien.

Le portrait représente Marie-Antoinette en mère attentive de ses enfants. La reine tient sur ses genoux Louis XVII. Sa fille aînée, Marie-Thérèse s'appuie avec tendresse, sa tête contre le bras de sa mère. Elle la regarde avec amour. A gauche, le dauphin montre un berceau vide. Il représente la disparition de Sophie Hélène Béatrice, décédée quelques semaines avant l'achèvement du tableau. Marie-Antoinette porte une robe identique à celle de Marie Leszczynska dans le portrait de Jean-Marc Nattier. Il s'agit d'un vêtement simple qui contraste avec les tenues extravagantes et insolites qu'apprécie la reine. Les vêtements des enfants traduisent les nouvelles modes vestimentaires du second XVIIIe siècle. Ils sont plus amples et moins stricts. Le regard sur les enfants change. Le cou de Marie-Antoinette est nu pour éviter toute référence à l'affaire du collier qui a éclaboussé la reine. Le meuble au fond à droite est un serre-bijoux. Il est dans l'ombre en retrait par rapport aux enfants qui, eux, sont en pleine lumière. Ce dispositif est une référence au mythe romain de Cornelia mère des Gracques, bien connu des aristocrates. Une amie de Cornelia lui montre tous ses bijoux les uns à la suite des autres. Cornelia lui présente ses enfants et rétorque : "Voici mes bijoux."

Le portrait ne contribue en rien à modifier l’image de la souveraine. Après l'exécution du couple royal en 1793, Vigiée Lebrun craint pour sa vie. Elle quitte la France déguisée en ouvrière et parcourt les cours européennes. Elle revient en 1802. Elle meurt le 30 mars 1842 à 87 ans. Sous la Restauration, les monarchistes utilisent son tableau comme propagande.


Sources :
Texte : COUTURIER Elisabeth, "Splendeur souveraine", L'Histoire, n°826, octobre 2015, pp18-19.

Image : Louise Elisabeth Vigiée Lebrun, Marie-Antoinette de Habsbourg Reine de France, et ses enfants, 1787, 275x215 cm, Château de Versailles.

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