samedi 18 janvier 2014

John Brown et le raid de Harper’s Ferry

John Brown naît le 9 mai 1800 à Torrington dans le Connecticut. La vie de John Brown s’explique en partie à cause de son père, Owen Brown. Ce dernier est un fervent calviniste et un abolitionniste convaincu. Il pense que l’esclavage est un acte commis contre Dieu. A l'âge de douze ans, il parcourt le Michigan. Séjournant chez un homme possédant des esclaves, les violences subies par les Noirs le choquent. Ses deux femmes, Dianthe Lusk et Mary Day, lui donnent vingt enfants. Ses fils seront ses plus fidèles lieutenants.
En 1836, John Brown et sa famille s’installent à Franklin Mills dans l’Ohio. Il emprunte de l’argent pour acheter des terres. Il ne parvient pas à rembourser ses dettes et doit rapidement les revendre. Il parcourt simultanément la Pennsylvanie, le Massachussetts et l’Etat de New York, exerçant divers métier : fermier, marchand de laine, tanneur, spéculateur terrien. A chaque fois, ses entreprises professionnelles échouent dans un contexte économique morose des années 1830.
Le 7 novembre 1837, son ami Elijah Lovejoy est assassiné, parce qu’il était éditeur d’un journal abolitionniste. A compter de ce jour, Brown jure de lutter contre l’esclavage par tous les moyens. En 1847, John Brown rencontre Frederick Douglass, ancien esclave noir devenu orateur et homme d'État, avec lequel il se lie d’amitié. Il s'installe en 1849 dans une communauté noire à Elba dans l'État de New York, créée par Gerrit Smith. Ce dernier a fait don de cinquante acres de terre à des familles noires, qui en échange doivent les défricher et les cultiver.

Le 30 mai 1854, la loi Nebraska-Kansas crée les Etats du Kansas et du Nebraska, jusque là considéré comme territoire américain non organisé. Cette nouvelle loi permet aux immigrants installés dans ces nouveaux territoires de décider s’ils souhaitent ou non introduire l’esclavage, au nom de la souveraineté populaire. Des conflits armés éclatent entre colons abolitionnistes et colons esclavagistes originaires du Missouri. John Brown décide de s’installer au Kansas. Avec ses fils, il fonde les légions de Galaad, un groupe d’action de défense armé composé de Noirs, qui combattent pour un Kansas non esclavagiste. Il faut combattre les esclavagistes et les terroriser. Il emploie des formules extraites de la Bible, telle que « œil pour œil » et un vocabulaire religieux, il exhorte à combattre les légions de Satan. En 1856, des milices armées du Missouri pillent la ville de Lawrence. Charles Summer, sénateur abolitionniste, est agressé. Le 25 mai 1856, lui et ses hommes enlèvent et exécutent cinq colons esclavagistes à Pottawatomie Creek. En guise de représailles, des bandes d’esclavagistes incendient des propriétés. En août à Osawatomie, sa milice combat une autre milice esclavagiste. La police et l’armée n’ont pas les moyens de juguler toute cette violence. Les journaux parlent d’une guerre civile au Kansas.

A partir de 1857, Brown a l’idée de combattre le mal directement à la source. Il commence à élaborer un projet de soulèvement d’esclaves dans les Etats du Sud. Il a besoin d’argent pour lever une armée. L’idée de combattre les esclavagistes par la force est partagée par de très nombreuses personnes. Il obtient des lettres de recommandation du gouverneur Charles Robinson. Brown trouve des financements parmi six bourgeois fortunés originaires de Boston, appelés les Six Secret. Ce cercle est composé du pasteur Thomas Higginson, de Théodore Parker, fondateur de l’église unitarienne de Boston, du médecin Samuel Howe, de l’homme d’affaire Georges Stearns et du professeur Franklin Sanborn.
Pour commencer, Brown ambitionne d’attaquer l’arsenal militaire de Harper’s Ferry en Virginie. La petite ville est située au confluent du Potomac et de la Shenandoah, à la frontière entre le Maryland et la Virginie. Elle tire son nom de Robert Harper qui y établit un ferry, permettant la traversée du Potomac, en 1761. En juillet 1859, Brown loue une ferme sur les rives du Potomac dans le Maryland. Le fleuve sépare les deux Etats. Il monte une équipe de 22 personnes, dont cinq noirs. Son objectif est de s’emparer d’un grand nombre d’armes et de provoquer une insurrection d’esclaves dans cet Etat. Pour la seconde partie de son plan, il compte sur le soutien de Frederik Douglass. Durant sa marche, les esclaves libérés viendraient gonfler ses rangs. Néanmoins, Douglass lui déconseille d’attaquer Harper’s Ferry. Pour lui, il s’agit d’une opération suicidaire, car Brown ne semble pas avoir de plan réellement précis. Il préfère se retirer du projet.

Dans la nuit du 16 octobre 1859, le commando Brown entre dans Harper’s Ferry et s’empare des entrepôts. Ironie de l’histoire, le seul homme tué dans l’assaut est un militaire noir en faction. Brown envoie des émissaires pour diffuser le succès de son entreprise. Il attendit toute la nuit. Aucun esclave ne le rejoignit.
Le 17, des habitants armés ouvrent le feu sur les hommes de Brown. Quelques heures plus tard, des bataillons militaires venus de Virginie et du Maryland arrivent sur les lieux. Le colonel Robert Lee, futur général en chef de la Confédération, ordonne l’assaut. Brown et ses hommes restants battent en retraite et trouvent refuge dans la caserne des pompiers. A la fin de la journée, Brown et ses hommes sont mis hors d’état de nuire. Ce raid a couté la vie à neuf personnes : huit rebelles dont les deux fils de Brown et le militaire noir. Sept membres du commando Brown ont réussi à s’échapper.
Le procès de Brown débute rapidement le 27 octobre 1859, afin d’éviter des émeutes en Virginie. Le 2 novembre, le tribunal rend son verdict. John Brown et ses complices sont condamnés à mort pour haute trahison, homicide et incitation à l’insurrection. La sentence est appliquée le 2 décembre. Des documents inculpant les Six Secret sont retrouvés et leurs noms dévoilés au public. Parker s’enfuit en Europe. Higginson nie tout en bloc. Steams, Howe et Sanborn gagnent le Canada. Smith est victime d’une dépression nerveuse et termine ses jours à l’asile d’Utica. La commission Marson, chargée d’enquêter sur eux, ne parvient pas à prouver leur responsabilité dans l’attaque de Harper’s Ferry. Les Six Secret sont disculpés. Une lettre de Brown est retrouvée. Elle semble avoir été rédigée avant la veille du raid. Dans ce document, il semble s’être résigné à mourir. A-t-il conscience que son martyr servirait davantage sa cause ?

Dans le Nord, quelques réprobations s’élèvent contre l’action de Brown. Le journal The Worcester Spy publie : « ce raid est l’une des entreprises les plus imprudentes et les plus folles qu’on ait jamais vues ». Néanmoins, la majorité des gens ont le sentiment que Brown est le martyr d’une noble cause. Comme il l’a dit lors de son procès, il n’a pas voulu pousser à l’insurrection, mais libérer des esclaves et les armer pour qu’ils puissent se défendre. Certes, John Brown a commis une erreur de jugement, mais celle-ci n’entache pas la noblesse de ses objectifs. Le jour de son exécution, des manifestations extraordinaires se déroulent, des salves de canons sont tirées, des commémorations religieuses sont organisées.
Dans le Sud, l’attaque de Brown déclenche un sentiment de peur. Les planteurs craignent des révoltes d’esclaves et d’autres invasions abolitionnistes. D’ailleurs, le Sud ne comprend la réaction du Nord, qui soutient un fou furieux ayant voulu soulevé des Noirs contres des Blancs. De nombreux propriétaires sont persuadés que d’autres John Brown peuvent descendre du Nord. Ils forment des milices armées pour se défendre. Les dirigeants politiques, craignant une désunion, désapprouvent Brown. Par exemple, Lincoln déclare : "Nous ne pouvons nous élever contre cette décision bien qu'il ait partagé notre conviction sur l'esclavage. Cela ne peut excuser la violence, l'effusion de sang et la trahison. Le fait qu'il pensait avoir raison ne l'excuse pas davantage".

La mort de John Brown est un prélude à la guerre de Sécession et creuse davantage le fossé entre le Nord et le Sud. Durant la guerre de Sécession, John Brown devient un symbole pour le Nord. Sur les champs de bataille résonne la chanson John Brown's Body (Le corps de John Brown) : "John Brown's body lies a-mold'ring in the grave ; His soul goes marching on  (Le corps de John Brown gît dans la tombe. ; Son âme, elle, marche parmi nous.)".


Sources
Texte :
MC PHERSON James, La Guerre de Sécession, Laffont, Paris, 1991, 973p.
http://laguerredesecession.wordpress.com
http://www.medarus.org

Image : wikipédia.fr

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