mardi 26 juin 2012

L'attentat d'Anagni ou l'éveil patriotique français


L’Histoire Nationale et le patriotisme de notre beau pays, la France, ne date pas d’aujourd’hui. Mise à mal par la politique actuelle, celle-ci doit ses premières heures de noblesse aux rois Français du Moyen-Age et notamment à l’immense Philippe le Bel. Ce roi et son principal conseiller Guillaume de Nogaret, ont su exacerber un esprit national – peut-être pas encore citoyen – devant un péril considéré alors comme insurmontable : l’Eglise ! Attention, l’histoire que je vais vous conter maintenant n’est en rien le récit d’un conflit religieux mais bien celui d’une lutte de pouvoir intense entre les deux plus grandes forces de l’époque à savoir le royaume de France et la papauté, deux institutions qui se sont construites presque en même temps et parfois ensemble. Cette altercation marque le premier grand conflit entre les deux pouvoirs. Qui va gagner ?

Remontons à la fin du XIIIe siècle.

En cette fin de siècle, le roi de France, Philippe IV doit faire face à de nombreux périls. Il doit d’abord gérer son conflit avec la Flandre, qu’il a tenté d’envahir avec peu de succès, et sa rivalité avec l’Angleterre, sempiternelle alliée de tous ceux qui sont contre la France. Dans cette guerre, Philippe doit d’abord faire face à des défaites cinglantes (Bruges mai 1302 et bataille des Eperons d’or le 11 juillet 1302) avant de reprendre la main deux ans plus tard à Mons-en-Pévèle (18 aout 1804) et enfin annexer la Flandre « pacifié ». Mais voilà que dans ce conflit, un acteur inattendu veut avoir son mot à dire et user de son influence : le pape Boniface VIII. Ce dernier veut user de son pouvoir spirituel pour influencer la politique expansionniste française et trouver un compromis entre es différentes nations. Derrière cet acte louable et empli de paix, le roi de France voit, au contraire, une ingérence tout à fait regrettable du pouvoir romain. Dès 1297, Boniface VIII tente d’imposer sa politique, ce à quoi le roi lui répond qu’il est le chef :

« Votre sainteté n’a, ici, pas son mot à dire. Le gouvernement temporel de mon royaume appartient à moi seul ! Je ne reconnaît en cette matière aucun supérieur ; je ne me soumet pas à âme qui vive ! »

Voilà bien un « l’Etat c’est moi ! » avant l’heure !

Mais Boniface n’en démord pas et affirme dans une bulle (Unam Santorum) sa supériorité sur le roi. N’est-il pas le représentant de Dieu sur terre ? Philippe décide alors de passer à l’offensive. Mettant en suspend sa conquête des Flandres, il met tout son énergie contre le pouvoir autocratique et universel du pape. 


-       Mon bon Guillaume, nous décidons de lever de nouvelles taxes sur le clergé…
-       Mon roi, le pape vous répondra qu’il n’y a que lui qui peut décider de nouveaux impôts sur l’Eglise.
-       Mon vouloir est plus puissant que son pouvoir.
-      Il faut, votre majesté, que le royaume soit derrière son roi. Qu’il montre son attachement indéfectible à celui qui le gouverne. Le faire participer à votre décision peut accroitre votre popularité et atténuer la vaste politique calomnieuse qui sera pratiquée dans toutes les paroisses du royaume à votre encontre.
-       Et comment faire cela ?
-       Il faut faire juger ce pouvoir spirituel par un tribunal laïc dans lequel toutes les catégories sociales du royaume seront représentées.
-       Comme une assemblée ?
-       Oui, mon roi. Une assemblée nouvellement constituée où siègeront les différents états de la France : noblesse et bourgeois du peuple.
-      Nous ajouterons quelques membres du clergé hostiles au pape Boniface, ce qui ne manquera pas de dérision…

Et c’est ainsi qu’en 1302 est constituée la première réunion des Etats Généraux. En réponse à cette provocation, le pape convoque un concile à Rome pour allier toute la chrétienté – pour une croisade ? – contre Philippe le Bel et la France. Le roi furieux oppose à cette décision la volonté nationale de sa prédominance et interdit aux évêques Français de se rendre à Rome.

Nogaret, nouvellement nommé chancelier du roi, propose alors, contre toute attente, de faire juger le pape à un autre concile en 1303 à Lyon. Le but de ce jugement est bien évidemment d’y faire déposer Boniface VIII et ainsi d’affirmer que la volonté nationale et le pouvoir temporel peuvent dépasser l’aura du spirituelle. Nogaret prend le chemin de la résidence d’été du pape dans la petite cité d’Anagni pour lui signifier sa lettre d’accusation et son incitation à comparaitre. Et afin d’apporter plus de poids à sa démarche, il recrute à coup d’or et d’arguments le romain Sciarra Colonna ennemi intime du pape !

Le 7 septembre 1303, la petite troupe franco-italienne investie la ville et fond sortir de force le pape. Colonna est en ébullition, Nogaret tente de le calmer. Tous deux n’ont pas le même objectif :

-       Votre sainteté, argumente Nogaret, voici, au nom de mon souverain et seul maître le roi Philippe IV et du royaume de France, votre incitation à comparaitre au concile de Lyon.
-       Pourquoi attendre un concile alors qu’il peut déposer sa tiare immédiatement, bouillonne Colonna
-       Je n’ai pas à me soumettre à ton invitation ni même à me prêter à votre mascarade, répond Boniface, prend ici et maintenant ce que tu as à prendre ou va-t’en : voici mon coup, voici ma tête.

Colonna voit rouge. Voici que son pire ennemi le prend de haut et méprise tout ce pourquoi il a fait le chemin. L’homme lève alors la main et, de son gantelet de fer, assène au pape une terrible gifle. Le pape n’est plus sacré et ce coup montre l’éphémère de son pouvoir qui est plus relatif que réel. La population d’Anagni, le lendemain, se rebelle et chasse les Français mais le mal est fait. C’est un Boniface VIII hagard et absent qui rentre à Rome. Il ne se présentera pas à Lyon : il meurt un mois plus tard, à l’âge de 68 ans, après cette fameuse nuit d’Anagni non sans avoir préalablement excommunié Philippe IV et Nogaret, responsables selon lui de cette infamie… de cet attentat d’Anagni !

Que retenir de cette histoire. Primo : l’esprit national. C’est la première fois qu’une campagne de patriotisme de si grande ampleur voit le jour dans le royaume. Son aboutissement est la création du premier rassemblement « citoyen » en France avec la réunion des Etats Généraux. Secundo, l’indépendance du royaume sur le clergé. Par l’attentat d’Anagni, le roi montre qu’il peut attaquer et même « frapper » autant les intérêts du pape que son propre corps. Enfin tertio, la mise sous tutelle du pouvoir papal pendant les deux siècles à venir à Avignon.

Et Philippe le Bel et Guillaume de Nogaret ? Le nouveau souverain pontife Benoit XI lève l’excommunication du roi mais l’incite à comparaitre… le pape meurt avant. Clément V, pape Français, lève alors celle de Nogaret, à condition que ce dernier face un pèlerinage à Jérusalem… Qu’il ne fera jamais! Le temporel a pris le dessus sur le spirituel, du moins en France !

2 commentaires:

  1. Mousen-Pévèle (18 aout 1804)

    Attention aux erreurs de frappes^^

    Sinon Sur la fin tu aurais pu rajouter que la victoire est totale pour Philippe IV, Clément V qui succède a boniface XI est le 1er pape Français. Et il permettra l’excommunication des templiers.

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  2. Cette erreur est corrigée! Merci!

    Tu veux probablement parler de Boniface VIII?

    La victoire n'est pas totale - pour moi - car l’Église arrivera, après deux siècles, il est vrai, à sortir de la tutelle française, et après Grégoire XI (1329-1331) il n'y aura plus jamais de pape Français. Je pense qu'il existe une défiance - bien compréhensible - du religieux envers la France depuis. Une victoire totale aurait eu des conséquences plus remarquables comme l'anéantissement de la papauté ou bien une mise en tutelle plus longue voir définitive.

    En fait ce n'est qu'un point de vue. Je partage en parti le tiens aussi!

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