samedi 28 avril 2012

L'incendie de Persépolis par Alexandre le Grand


L’événement qui marqua durablement le Moyen-Orient du IVe siècle av. notre ère aux toutes dernières heures de l'Antiquité, au point même de faire trembler l'équilibre des forces de cette époque, fut la destruction de la grande capitale des invincibles, et néanmoins battus, Perses. Perséopolis, comme l'on nommé les Grecs, était, à l'instar de Babylone, la plus belle et la plus riche des cités de l'Empire perse. Construite sous l'impulsion du Grand Roi Darius Ier deux siècles auparavant, elle s'était installée parmi les plus belles cités de cet immense empire qui allait de l'Indus à l’Égypte. Alexandre, reprenant pour lui l'expédition tant rêvée par Isocrate et son père Philippe, s'était élancé vers l'Asie en 334 avec la ferme intention de détruire et de punir les Perses pour les envahissements successifs de la Grèce et le grand incendie d'Athènes par Xerxès en 480. Enfonçant par trois fois les armées ennemies au Granique, à Issos et à Gaugamèles, Alexandre se rue avec ses phalanges au cœur de l'Empire achéménide, bien décidé à lui infliger un châtiment, presque « corporel », à l'image de la destruction d'Athènes.

Il arrive en 330 devant l'antique capitale de Persépolis. Celle-ci est ouverte, abandonnée par ses garnisons et surtout son roi en fuite Darius III. Les soldats grecs rongent leur frein depuis des années. En effet, Alexandre refuse systématiquement que ses hommes saccagent, pillent et détruisent les villes permettant par là-même aux hommes et aux femmes d'éviter les viols et l'esclavage. Les cités Égyptiennes et surtout la luxurieuse Babylone étaient donc « indemnes ». Que faire devant Persépolis ? La cité est impressionnante et la ville lui ouvre ses portes ! Alexandre ordonne finalement de la saccager et, plus tard, il fera incendier l'admirable palais de l'Apadana, assez vaste disait-on, pour contenir cent mille personnes, en plus des fameux et célèbres Immortels de la garde impérial. Les somptueux plafonds de cèdre du Liban incrustés de pierre précieuses, la multitude de coffres à trésors, les tentures de soie et un incalculable et riche mobilier partent en fumée. Là où se déployaient auparavant d'immenses voûtes plaquées d'or, il ne subsiste plus que quelques colonnes éparses, dressées vers le ciel et un escalier où l'on distingue – encore de nos jours – une frise représentant une procession d'archers et de dignitaires allant vers le roi.

Persépolis est réduite au silence. Mais sa capture et son incendie retentissent déjà à travers tout l'Orient. Partout on déplore cette destruction... sauf en Grèce où, bien au contraire, on rend grâce aux dieux de cette vengeance. Longtemps on se demanda les raisons qui avaient poussé Alexandre à commettre cet acte d'un vandalisme tel qu'il nous ferait oublier tout l'humanisme avec lequel le roi macédonien traite les populations vaincus. A-t-il cédé à une de ces colères irraisonnées qui s'emparent parfois de lui ? A-t-il agi sous l'empire du vin, pour plaire à une courtisane du nom de Thaïs, comme le prétend Plutarque ? Croire en cet auteur, qui se révèle pourtant une autorité crédible quant à la biographie du conquérant, est rabaisser singulièrement un geste dont la portée est immense.

En réalité, Alexandre a agi en pleine connaissance de cause. Par son geste, il veut mettre fin, d'une façon définitive, à la soif de représailles que le souvenir douloureux des guerres médiques avait laissé aux Grecs. En incendiant la capitale des Perses, il entend effacer l'affront que Xerxès avait infligé à Athènes un siècle et demi plus tôt. Plus tard, à Suse, Alexandre a peut-être contemplé le magnifique code d'Hammurabi (XVIIIe siècle av.), ramené en trophée de Babylone par les Elamites, sur lequel on lisait ce célèbre adage que reprendrait la Bible et qui prend tout son sens ici : « œil pour œil ; dent pour dent ».

Devant les ruines encore fumantes, Héphestion demande à son ami intime ce qu'il pense de sa lourde décision :

« Justice est faite... et puis, les ruines de l'Apadana compensent bien celle du Parthénon ! »


Image: Apadana reconstituée

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