L'union barbare pour sauver l'Europe des sabots du cheval d'Attila



Les grandes vagues migratoires actuelles ne sont pas sans rappeler que l’Europe – avant qu’elle ne devienne une identité politique et géographique – a connu bon nombre de déplacement de population et d’envahissement. Certains peuples comme les Francs, les Wisigoths et les Celtes avant eux, sont sortis de la préhistoire pour se sédentariser – avec force ou pacifiquement – dans cette ère géographique avantageuse (couverte de forêts, de gibiers et d’eau). Mais d’autres, restés fidèle à la vie nomade, n’ont fait que passer, pillant ce dont ils avaient besoins pour vivre et s’enrichir. L’Empire Romain, au temps de l’ère chrétienne qui l’a vu défaillir pour enfin disparaître en 476, a connu de longues séries de vagues migratoires parfois constructives mais surtout désastreuses au cours de ce fatidique Ve siècle de notre ère.

L’épisode le plus célèbre est celui d’Attila. Mais autant savons-nous qu’il fut finalement défait mais peu savent les véritables raisons de sa chute.

Pendant plusieurs mois, les Huns, conduit par leur très charismatique roi Attila dévastent la Gaule, semant la terreur sur leur passage. Ne dit-on pas que là où les pas du cheval du roi des Huns passent, l’herbe ne repousse pas ? Mais d’où viennent-ils ces Huns ? De très loin ! Ce sont à l’origine des Mongols qui avaient été, au IVe siècle, chassés de Chine où ils étaient établis. Nomades ils avaient alors fuit vers l’Europe orientale où une fois encore ils semèrent la zizanie. L’Empire Romain, jadis si puissant, était à présent divisé et affaibli. Il ne pouvait plus se défendre. Mais si on ne pouvait les battre on pouvait encore les acheter. Détournés à prix d'or de l'Europe orientale par l'empereur de Constantinople, les Huns cherchaient maintenant à ravager les riches territoires d’Occident. Ils occupaient, au Ve siècle, la Panonnie, région comprise entre Don, les Tartras, les Alpes et le Danube, d'où ils lançaient de perpétuelles attaques contre les peuples voisins, sur les frontières de l'Empire Romain. Avec des forces considérables, Attila se jeta sur la Gaule vers 434, sous prétexte qu'elle était largement occupée par les Wisigoths, descendants d'anciens esclaves fugitifs.

Au printemps, il passe le Rhin avec ses guerriers, au nord de Coblence puis s'empare de Metz le 7 avril 451. Profitant des grandes voies romaines, Attila marche sur Reims, Châlons, Troyes. Les populations fuient, les autres sont massacrés. Il arrive enfin près de Lutèce, petite cité de maigre importance et dont les faibles garnisons sont incapables d'arrêter ses hordes. Là, la légende prend place : une pieuse bergère, la future patronne de la capitale de France, sainte Geneviève, réconforte alors les habitants: Dieu est avec eux. Elle se rend avec l'évêque sur les remparts et prie, guettant l’horizon. Soudain, un messager annonce que les Huns, épargnant Lutèce, traversent la Seine vers Nogent. Que s’est-il passé ? Pour la légende c’est Sainte Geneviève qui a sauvé la future capitale de Clovis par ses prières. La réalité ? Probablement que malgré sa position stratégique sur la Seine, la petite cité n’est qu’un carrefour de maigre importance, dont le siège aurait été long et difficile pour un maigre butin.

Attila descend alors vers Orléans qu'il assiège. L'évêque Saint Aignan exhorte la ville et ses habitants qui résistent plus d'un mois, permettant ainsi l'arrivée d'Aetius, généralissime de l'Empire d'Occident, qui était alors à Arles. Ce romain  expérimenté a déjà battu les Wisigoths, les Ripuaires et les Burgondes. Vaincus, ces peuples se soumettent et vivent dès-lors plus ou moins en harmonie. Outre les légions romaines, Aetius est parvenu à faire un consensus autour de sa personne. Son discours est simple : depuis plusieurs génération des barbares ont fuit l’est pour franchir le Limes – frontières de l’empire – et parviennent à vivre et à s’intégrer progressivement. De plus, il est lui-même issu d’un métissage puisque ses parents, bien que romains, étaient d’origine scythe et bulgare. L’arrivée des Huns, ennemi commun à pratiquement tous les peuples barbares, bouscule se fragile équilibre, notamment en Gaule, dont une brillante civilisation était née de se syncrétisme romain-barbare : la civilisation Gallo-Romaine. C’est donc une coalition, une union des peuples pour protéger ce fragile équilibre et d’entente dans la future Europe que réalise Aetius. Ses troupes sont renforcées par de nombreuses tribus venues de l’est, désireuses de s’intégrer durablement à l’ouest comme les Francs et surtout les Wisigoths commandés par leur roi Théodoric Ier.

Le 14 juin, Attila surpris par une telle alliance doit quitter Orléans précipitamment. A une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Troyes, au lieu dit Capus Mauriacus (ou champs Catalauniques), la bataille décisive s'engage vers 15h et dure jusqu'à la nuit. C'est une effroyable défaite pour Attila, dont on n'ose pourtant pas, le lendemain, forcer le camp. On se contente d'observer sa fuite. Le chef vaincu profite des dissensions entre les alliés pour s'éloigner en direction du nord. Il se réfugie en Pannonie, où il meurt deux ans plus tard, non s'en s'être attaqué auparavant, en 452, à l'Italie du nord et avoir saccagé Milan. Rome ne saura pas profiter de cette victoire, qui marque à la fois la fin de l'empire hunnique et le début de l’effondrement de l'autorité romaine en Gaule face aux rois barbares qui prendront progressivement le destin de l’Europe en main.  

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