samedi 7 avril 2018

Les Kurdes


Les Kurdes apparaissent dans l’histoire au XIe siècle. Il s’agit d’un peuple de guerriers, habitant les montagnes à la frontière des empires byzantin, perse et arabe. Cet espace se constitue d’un ensemble de tribus disparates comportant de traits communs : la religion musulmane, une langue proche du perse et des valeurs guerrières. Son centre est une bande montagneuse s’étirant de la chaine de Zagros jusque dans le Taurus. L’espace s’étend ensuite au Sud et à l’Ouest jusqu’aux steppes de l’Iran, à l’Est jusqu’à l’Irak et au Nord-Est jusqu’à la Syrie. Trois pouvoirs se partagent ce territoire : l’empire byzantin, la Perse et l’Arménie. Les Kurdes servent les sultans arabes, perses, puis ottomans. Les princes kurdes sont vassaux des différents sultans. Aucun prince kurde ne parvient à prendre l’ascendant sur ses confrères.
Au début du XIIIe siècle, les sultans arabes recrutent des Kurdes à des postes administratifs et militaires. Les Kurdes jouent un rôle important lors des croisades. Les divers sultans contribuent à l’intégration des populations kurdes au sein des villes syriennes, égyptiennes et palestiniennes.
Un tournant s’opère au milieu du XIIIe siècle avec la prise de pouvoir des Mamelouks en Egypte. Marginalisés dans cette province, les Kurdes sont désormais employés dans les zones sous domination mongole (Iran, Turquie, Azerbaïdjan). Relégués à l’extérieur des centres de décision, remplacés par des Turcs dans le domaine militaire, il ne leur reste plus que des charges dans la magistrature. Les Mamelouks considèrent que les Kurdes doivent combattre les Mongols. Or, ces derniers jouent sur les deux tableaux. En effet, les Mongols les emploient aussi pour administrer la province d’Ilkanat. Ce territoire est désigné dans les textes comme le « pays des Kurdes » ou le « Kurdistan ». Les Mamelouks soutiennent la formation d’une principauté musulmane destinée à remplacer l’Ilkanat. Après la dislocation de l’empire mongol, les princes kurdes sont bien ancrés dans leurs territoires montagneux. Ils revendiquent le droit d’exercer une pleine souveraineté sur leurs terres.
Leur situation politique se dégrade davantage sous l’empire ottoman. Au XVIe siècle, Istanbul réprime toute tentative d’indépendance kurde, mais sans s’attaquer au groupe ethnique. Au milieu du siècle, le dernier prince kurde, Bedir Khan Rey, est renversé. Les pouvoirs aristocratiques sont remplacés par des confédérations tribales avec l’accord du sultan. Les anciens aristocrates kurdes sont déplacés à d’autres postes dans la capitale ou dans d’autres provinces. Du fait, ils restent attachés au système ottoman.


Au début du XXe siècle, les Kurdes citadins soutiennent les mouvements constitutionnels et œuvrent pour la modernisation de l’empire ottoman. Les tribus sont moins favorables à ces réformes basées sur le modèle occidental, prônant l’égalité entre toutes les communautés. Les chefs, en tant que défenseurs des frontières de l’empire, ont accaparé les terres des paysans arméniens. Si ces derniers obtiennent l’égalité, ils pourront revendiquer ces terrains. Les chefs kurdes s’allient aux Ottomans pour mener à bien la déportation des Arméniens.
La fin de la Première Guerre mondiale modifie la situation. Reprenant à leur compte le principe d’autodétermination pour les nations, les Kurdes revendiquent un Etat indépendant. Ils doivent au préalable définir les limites de leurs territoires et les critères de l’identité kurde. Le traité de Sèvres de 1920 instaure un Etat arménien et un Etat kurde. Néanmoins, les troupes menées par Mustapha Kemal reprennent l’avantage. Ce conflit aboutit à un nouveau traité signé à Lausanne en 1923, dans lequel la Turquie conserve l’intégralité de son territoire. Les Kurdes sont favorables à ce traité, car ils ne souhaitent pas la création d’un Etat arménien. Ils mettent en avant les liens religieux avec la Turquie. Les Kurdes se retrouvent répartis entre plusieurs Etats : la Turquie, l’Irak sous protectorat britannique, la Syrie sous protectorat français et l’Iran. Trop divisés et sans l’appui des puissances occidentales, le projet d’un Etat indépendant est enterré. Les indépendantistes kurdes sont considérés par leurs congénères comme des traitres œuvrant pour la création de l’Arménie et servant les intérêts des puissances occidentales. Le Royaume-Uni, qui possède des ports et des compagnies pétrolières en Mer noire, souhaite conserver de bonnes relations avec la Turquie.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Kurdes d’Iran et d’Irak se réunissent au sein du PDK, qui prône un Etat indépendant. En 1946, une république kurde est instaurée, mais aussitôt balayée dès que l’URSS retire son soutien. A partir des années 1950, les pays du Proche-Orient sont aidés financièrement par les puissances du bloc de l’Ouest. Les conditions de vie des populations s’améliorent.
En Iran, les revendications kurdes sont réprimées. Les Kurdes préfèrent se taire. En Irak, Barzani mène une guérilla de 1961 à 1975, soutenue en secret par l’URSS. Dans les années 1980, Saddam Hussein emploie des armes chimiques pour mater la guérilla. Le PKK s’exporte en Turquie suite à l’échec de Barzani. Ses membres sont en opposition avec les intellectuels kurdes. Ces derniers espèrent pouvoir régler la question dans le cadre institutionnel. Le PKK recrute parmi la jeunesse et les communistes. Il prône une vaste fédération regroupant tous les Kurdes. Il possède une organisation militaire dirigée par Abdullah Ocalan emprisonné depuis 1999.
Après la première guerre du Golfe, la France et les Etats-Unis plaident à l’ONU la création d’une zone protectrice des Kurdes en Irak. En 2014, le Kurdistan irakien dispose d’un gouvernement, d’un parlement, d’une administration, d’une armée, d’une capitale (Erbil) et d’un président en la personne de Massoud Barzani. En Syrie, la guerre civile fragilise le pouvoir et permet aux Kurdes de prendre le contrôle de leur zone de résidence. En Turquie, la répression est forte. Le président Erdogan prône un discours autoritaire et nationaliste. Conférer l’autonomie aux Kurdes équivaudrait à disloquer la Turquie. Les Kurdes n’ont jamais réussi à créer une structure unifiée dépassant les frontières nationales.


Sources
Texte : « Les Kurdes : 1000 ans d’histoire », L’Histoire, n°429, novembre 2016, pp32-57.
Image :http://geopolis.francetvinfo.fr/kurdes-dirak-de-syrie-de-turquie-diran-qui-sont-ils-41209 

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