vendredi 28 octobre 2016

Norton Ier, Empereur des Etats-Unis

 
C’est un principe que les institutions américaines ne pourraient acceptées. Après s’être battues pour obtenir une indépendance chèrement acquise aux prix de milliers de morts face au redoutable empire anglais, les Etats-uniens ne voudraient jamais d’un système monarchique ou dictatorial.

Et pourtant !

Vous ne le savez peut-être pas, mais les Etats-Unis ont eu un empereur ! Ce ne fut pas une idée fugace ou une invention à but humoristique, Joshua Abraham Norton fut Empereur des Etats-Unis et protecteur du Mexique de 1859 à 1880.

Mais quelle est cette histoire farfelue ? Il ne me viendrait pas à l’idée de vous raconter des salades ! Elle est bien sérieuse. A ceci près que l’empereur Norton Ier, s’est posé lui-même la couronne sur la tête. Plus fort que Napoléon, qui avait besoin du plébiscite des Français, Norton a décidé, par sa seule et unique volonté, de s’autoproclamer Empereur des Etats-Unis.

Mais comment ont réagi les Américains ? Ils ont dû s’offusquer, le dénoncer, lui couper la tête… Que nenni ! Il fut aimé ! Vous ne comprenez plus : comment un état construit sur la philosophie des Lumières, porteuse de valeurs républicaines et égalitaires, a-t-il pu accepter une telle hérésie politique ? D’autant qu’il a tout de même régner 21 ans !

Il faut commencer par ses débuts. Joshua était un brave homme, commerçant et homme d’affaire de son état. Ce fils d’expatrié anglais, avait quitté l’Afrique du Sud pour la jeune et riche Amérique où il espérait, comme tant d’autres qui ont entreprit ce périlleux voyage, faire fortune. Il pose ses valises à San Francisco. D’abord chanceux, il se fait un petit pécule avant de tout perdre après avoir tout misé sur un malheureux bateau de riz ! Le voilà ruiné et seul puisque la justice entérine sa faillite.

C’est l’épisode de trop !

Il vit une injustice et l’état est trop corrompu pour prendre en considération son cas personnel. Il se saisit alors sa plus belle plume, la trempe dans l’encre et écrit plusieurs dizaines de feuillets aux journaux où lui, Joshua Abraham Norton s’autoproclame « Empereur de ces Etats-Unis » (littéralement en anglais  Emperor of These United States) et réclame obéissance à ses nouveaux sujets et autorité sur les gouvernements en place. Ses feuillets resteront lettres mortes et Norton Ier va commencer son long règne dans une relative indifférence.

Relative ? Oui, car si l’Empereur réalise de nombreux décrets qui n’auront aucune incidence, il devient néanmoins une célébrité dans la ville qui va devenir son domaine. Ainsi, Louis XIV avait le domaine royal de Versailles, Norton Ier a eu San Francisco. Tous les jours, à l’instar de notre Grand Louis, l’Empereur avait un emploi du temps chargé et une véritable étiquette. Il inspectait les rues de la ville en vélo ou à pied et tout le monde lui montrait du respect à son passage. Norton pouvait même s’offrir le luxe de battre monnaie puisqu’il payait ses restaurants et autres condiments avec des billets au porteur que tout le monde acceptait de bonne grâce. Jamais un théâtre ne commençait son spectacle sans que l’Empereur ne soit présent à son balcon.

Comment expliquer un tel succès ? Probablement que la personne attachante qu’était devenu Joshua, alias Norton Ier, lui avait attiré une grande sympathie. Tout le monde savait que son cas relevait de la psychiatrie mais il ne faisait pas de mal. Au contraire : il s’enquérait de la vie de ses sujets et les décrets impériaux qu’il écrivait étaient souvent poussés par la volonté de se battre contre l’autoritarisme et les abus de la politique politicienne.

Un jour, un jeune policier l’arrête ! Surement nouveau et pas mis au courant, il tentait de le faire soigner de force. Consternation de la population, des médias et de la police elle-même. Il est aussitôt relâché. Maltraité un roi aurait valu la mort à se policier. Norton se montre magnanime et lui offre un Pardon Impérial. Par la suite, les officiers de police salueront sa majesté impériale à son passage comme pour montrer leur gratitude devant tant de bonté !

On doit aussi à Norton Ier des réalisations et des exploits. Il est à l’origine du pont reliant Oakland et San Francisco (malheureusement construit après sa mort) qu’il réclamait dans de nombreux décrets. Enfin, il fait cesser une révolte populaire en barrant la route des deux cortèges qui allaient en venir aux mains et aux armes ! Enfin, il eu une importante liaison épistolaire avec la reine Victoria, her-self !

Norton tombe dans la rue le 8 janvier 1880. Les secours arrivent… il est trop tard ! « Le roi est mort » titre les journaux en français dans le texte le lendemain. Son corbillard, financé par la population sera suivi par 30 000 personnes. Le lendemain de son inhumation, une éclipse solaire totale obscurcie la ville. Il repose aujourd’hui à l’extérieure de la ville de San Francisco qui fut pendant 21 ans son empire.

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