mardi 12 janvier 2016

McClellan réorganise l’armée fédérale


La défaite de Bull Run sème la panique dans l’Union. Les habitants de Washington pensent que les rebelles envahiront bientôt leurs rues. En réalité, même si les Confédérés ont progressé vers le Nord, ils n’ont pas les moyens de poursuivre sur leur lancée. L’administration Lincoln n’a plus qu’un seul objectif : écarter toute menace d’invasion et porter la guerre sur le territoire de la Confédération.

Lincoln, avec l’accord du général Scott, le chef des armées de l’Union, demande au général George McClellan de venir à Washington. Ce dernier se trouve en Virginie-Occidentale. Bien que mineures, celui-ci a remporté les seules victoires du Nord. George McClellan est issu d’une famille bourgeoise de Philadelphie. Il intègre West Point en 1842. C’est un élève énergique, ambitieux et passionné de stratégie. A sa sortie, il rejoint le corps des ingénieurs, puis participe à la guerre du Mexique, à des travaux de forts et des explorations en Alaska. Lors de la guerre de Crimée, il rejoint l’armée française en tant qu’observateur. A son retour, il rédige un manuel de cavalerie qui fait autorité. En 1857, il quitte l’armée pour devenir ingénieur dans les chemins de fer, puis président d’une compagnie ferroviaire. Parallèlement, il s’engage en politique du côté des démocrates. Au début de la guerre, il reçoit le grade de général et commande les troupes de l’Ohio. Il est envoyé sur le front de Virginie-Occidentale et remporte les premières batailles de l’Union.
McClellan voyage par train spécial jusqu’à Washington. A la gare, la foule se presse pour l’acclamer. Le 26 juillet 1861, Lincoln lui confie le commandement de l’armée du Potomac, la principale force militaire de l’Union, tirant son nom du fleuve passant à proximité de Washington. Elle est composée des unités de défense du District de Columbia et de plusieurs unités de Virginie venues avec McClellan. Le général devient l’homme providentiel, le héros de toute une nation, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Il écrit à sa femme Ellen : « Je me retrouvais là dans une situation étrange et inédite : le Président, le Cabinet, le Général Scott et tous les autres me montraient de la déférence (…), on aurait dit que j'étais devenu le pouvoir du pays (...) J'en arrive presque à penser qu'avec une victoire de plus, j'aurais pu devenir dictateur (…) ».
McClellan refuse de partager les détails de ses troupes et de sa stratégie. Il craint que les informations fuitent dans la presse et que l’ennemi en ait connaissance. De plus, à cause de ses sympathies pour le camp démocrate, il n’a confiance en personne dans l'administration et surtout pas dans le général Scott, avec lequel il est en désaccord sur la stratégie à conduire pour remporter la victoire. Le 10 août 1861, il écrit à sa femme : « Le général Scott est le grand obstacle. (…) C’est soit un incompétent soit un traitre ». Le 1er novembre, Lincoln accepte la démission de Scott qui, trop vieux pour remplir cette fonction, ne supporte plus le caractère et l’attitude de McClellan. Celui-ci surnommé le jeune Napoléon devient le général en chef des forces de l’Union en plus du commandant en chef de l’armée du Potomac.

La tâche de McClellan est de doter le Nord d’une armée digne de ses ambitions. En effet, l'armée fédérale est minuscule, car les Etats préfèrent créer leurs propres milices composées de volontaires. L'infanterie compte 17 régiments (un régiment regroupe environ 2500 hommes). La cavalerie totalise 5 régiments. L’artillerie compte 2280 canons, dont la plupart se trouve dans les forts. Seules 300 pièces sont mobilisables dans l’instant. L’Etat-major du Nord est réduit. Les officiers sont envoyés chez les volontaires pour améliorer la formation des recrues au détriment de l’encadrement des réguliers. De plus, de nombreux officiers se sont rangés du côté de la Confédération, car la plupart des écoles militaires se situent dans le Sud. Au début du conflit, Lincoln appelle 75.000 miliciens pour une durée de trois mois. Ajoutés aux troupes régulières, l'armée fédérale aligne 90.000 hommes. Le président retarde la mobilisation, afin de ne pas passer pour l’agresseur. Néanmoins dès le mois de mai 1861, il demande 42.000 volontaires supplémentaires et 18.000 marins et autorise la mobilisation d'un million d'hommes. Ainsi, l'armée du Potomac passe de 50.000 à 168.000 hommes et devient la plus importante unité militaire de son temps. De son côté, McClellan fait construire 48 forts autour de Washington pour en assurer la défense.
Après la défaite de Bull Run, les troupes sont dans un état de délabrement complet. Le moral est au plus bas. L’organisation est inexistante et les hommes sont juste des civils équipés de fusils. McClellan améliore l’entraînement des hommes pour en faire de véritables soldats. Il est très souvent sur le terrain au contact de ses hommes, ce qui contribue à améliorer le moral des troupes et à susciter l’admiration. Ses hommes le surnomment affectueusement « Little Mac ». Sa popularité auprès des soldats ne se ternira jamais durant toute la durée du conflit. Son nom est indissociable de celui de l’armée du Potomac.

Cependant, l’armée du Potomac n’est jamais assez prête pour McClellan. Il trouve toujours une excuse plus ou moins fondée : supériorité numérique de l’ennemi, approvisionnements pas encore totalement distribués aux unités ou son état de santé. Il est toujours persuadé que les Confédérés possèdent un nombre d’hommes beaucoup plus élevé. Malgré les renseignements fournis par le détective Allan Pinkerton son chef des services secrets, il surestime systématiquement son adversaire. Par exemple à l’automne, les forces confédérées comptent entre 35 et 60.0000 hommes en Virginie contre 122.000 pour l’armée du Potomac. La crainte de l’échec est aussi grande que l’ego de McClellan. L’inaction de l’armée du Potomac énerve la population et le gouvernement, qui ne supporte plus la présence des Sudistes à proximité de Washington. La popularité de McClellan en prend un coup, surtout après l’incident du canon factice. A la fin du mois de septembre, les Sudistes évacuent un avant-poste d’artillerie établi sur Munson’s Hill, une hauteur surplombant le Potomac. McClellan n’a pas attaqué cette position craignant la puissance de feu de la pièce d’artillerie qui s’y trouvait. Dès que les Nordistes prennent position du poste laissé à l’abandon, ils découvrent que les canons sont en fait des troncs d’arbres taillés et peints.
McClellan décide finalement de mettre en mouvement son armée. Il ordonne au général Charles Stone de prendre le contrôle de Leesburg en Virginie sur les rives Potomac tenues par le général Nathan Evans. L’affrontement se déroule sur l’île de Ball’s Bluff le 21 octobre 1861. Il s’agit d’une défaite pour le Nord qui perd près de 1000 hommes (tués, blessés ou disparus). Parmi les morts se trouve le colonel Edward Baker, sénateur de Californie et ami proche de Lincoln. Cette défaite n’a aucun impact d’un point de vue militaire, mais elle a un grand retentissement politique. Certains accusent les démocrates, dont McClellan de comploter avec le Sud. Le Congrès instaure une Commission d’enquête chargée de comprendre les raisons des défaites de Bull Run et de Ball’s Bluff. Accusé de trahison, le général Stone est incarcéré au fort de Lafayette jusqu’en septembre 1862. Entretemps, les Nordistes remportent la bataille de Dranesville en Virginie le 20 décembre 1861. Il ne s’agit que d’un engagement mineur dû à des déplacements de troupes.

A la fin de l’année 1861, la situation sur le front virginien est bloquée. Les milieux politiques, ainsi que la population s’angoissent et s’énervent. L’armée fédérale ne fait rien pour détruire la rébellion. De plus, le temps semble jouer en faveur de la Confédération tant du point de vue militaire que diplomatique. Lincoln se fait l’écho de la frustration du Nord en déclarant : « Si le général McClellan ne compte pas se servir de l'armée, je souhaiterais la lui emprunter pour un temps ». En effet, George McClellan est un formidable organisateur, qui a mis sur pied la machine de guerre la plus impressionnante de l’histoire des Etats-Unis du XIXe siècle. Il faut maintenant trouver l’homme capable de l’utiliser.

Source
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- DOOM Logan, « McClellan prépare l’armée du Potomac », 21 avril 2013 : https://laguerredesecession.wordpress.com/2013/04/21/506/
Image : wikipédia
De gauche à droite : le général George W. Morell, le lieutenant-colonel A.V. Colburn, le général McClellan, lieutenant-colonnel N.B. Sweitzer, le Prince de Joinville, et le Comte de Paris.

Des rondins de bois peints en noir pour ressembler à des canons et ainsi tromper l'ennemi, dans les anciennes fortifications confédérées à Manassas Junction.

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