lundi 6 juillet 2015

Stanislas Leszczyński : Roi de Pologne, Duc de Lorraine et de Bar, beau-père de Louis XV


Stanislas est issu d’une importante famille de la noblesse polonaise. Il reçoit une éducation à la fois intellectuellement poussée prodiguée par les jésuites et physiquement rude. La noblesse polonaise souhaite endurcir le corps et l’esprit. A 21 ans, il épouse Catherine Opalinska, fille d’un grand aristocrate polonais. Le couple a deux filles Anne et Marie.

Un roi exilé
Au début du XVIIIe siècle, la Pologne d’Auguste II et la Russie de Pierre Ier sont en guerre contre la Suède de Charles XII. Les Suédois repoussent les Russes et envahissent la Pologne. Suite à la défaite de Fraustadt en 1706, Auguste II est obligé d’abdiquer. La diète se réunit et élit Stanislas au trône de Pologne. Stanislas Ier et Charles XII se connaissent et s’apprécient. En effet, Stanislas était l’ambassadeur de la Pologne auprès du roi suédois pour les négociations de paix. En 1709, l’armée suédoise est défaite à Poltava. Stanislas est chassé de son trône par Auguste II. Contraint à l’exil, il trouve refuge à la cour du sultan ottoman Ahmet III, également en guerre contre les Russes. Seulement, la guerre ne dure qu’un temps et la paix est signée. Stanislas ne se sent plus en sécurité à Istanbul. Il craint que le Sultan le livre aux Russes. Il quitte le pays.
En 1714, Charles XII donne à Stanislas le duché de Deux-Ponts en Allemagne. Loin des tumultes de la guerre et de la diplomatie, il s’adonne aux disciplines intellectuelles (sciences, littérature, musique, arts). Inspiré par l’architecture ottomane, il construit un palais baroque aux allures orientales. Il la baptise Tschifflick, ce qui signifie maison de plaisance en Turc. Sa fille Anne meurt. En 1718, son protecteur suédois décède à son tour. Les Leszczyński se réfugient chez le duc de Lorraine Léopold Ier, puis chez le baron de Wissembourg en Alsace, sur les terres du roi de France. Ils vivent en dessous de leur rang entourés de quelques fidèles. Stanislas s’ennuie et sa femme Catherine se languit des fastes de la cour de Pologne.

Mariage royal
A Versailles, il est prévu de marier le jeune roi Louis XV à une infante d’Espagne. Seulement, le mariage ne peut avoir lieu dans l’immédiat compte tenu de l’âge précoce de la future épouse. Elle n’a que six ans. L’inquiétude grandit, car le roi est de santé fragile et on craint qu’il meure sans descendance. Le conseil du 31 mars 1725 décide de renvoyer l’Infante à Madrid et de trouver une nouvelle épouse. Après d’âpres discussions, le conseil opte pour Marie Leszczynska. Elle présente l’avantage d’avoir 22 ans, d’être catholique et d’une haute lignée. De plus, ce choix ne fâchera aucune puissance européenne sur le plan diplomatique. La princesse polonaise s’empresse d’accepter la demande. Le mariage est célébré le 15 août 1725 dans la cathédrale de Strasbourg sans Louis XV. Ils se mettent en route pour Fontainebleau où le roi les rejoint enfin en octobre. Les relations de Stanislas avec son gendre sont cordiales, mais froides. Le roi de Pologne laisse donc sa fille à Versailles et s’installe au château de Chambord. Il chasse, façonne ses projets de bibliothèque et d’académie et s’adjuge les services du compositeur parisien Louis Homet.

Guerre de succession de Pologne
Le 1er février 1733, Auguste II meurt. La diète se divise entre les partisans d’Auguste, fils du défunt roi et ceux de Stanislas. La Russie et l’Empereur germanique soutiennent Auguste, tandis que la France soutient le beau-père du roi. Le cardinal de Fleury, Premier ministre de Louis XV, espère ainsi se débarrasser d’un hôte couteux pour les finances royales. Stanislas, peu enthousiaste à l’idée de devoir une nouvelle fois guerroyer pour son trône, accepte tout de même de se rendre à la diète. Craignant pour sa vie, il part secrètement de Brest par la mer, tandis qu’un sosie emprunte la route officielle à travers l’Empire germanique. Le 12 septembre, il est à nouveau élu roi de Pologne. Cependant, Auguste III et ses partisans contestent l’élection. Soutenus par l’armée russe, ils acculent Stanislas et ses Partisans dans Dantzig (Gdansk). Pour la forme, Louis XV se contente d’envoyer une petite flotte de 2.000 hommes pour secourir Stanislas. A peine a-t-il foulé des pieds la Pologne que le contingent est réduit à néant. Stanislas sait qu’il sera exécuté dès que la ville tombera. Le 27 juin, avec l’aide du chevalier de Béla, un espion français, il s’échappe déguisé en marchand et gagne le château de Königsberg où le roi de Prusse l’accueille. Sans adversaire, Auguste III se fait élire roi. Le 30 septembre 1737, Stanislas abdique officiellement.

Duc de Lorraine et de Bar
Tandis que Stanislas s’installe à Meudon, l’empereur Charles VI souhaite négocier la paix. La France lorgne sur les duchés de Lorraine et de Bar qui empêchent la jonction avec l’Alsace devenue française. Au final, ses duchés reviendront à la France à la mort du duc François III et en compensation son fils recevra le duché de Toscane.
Louis XV donne à Stanislas les duchés de Lorraine et de Bar, mais le contraint à signer une déclaration dans laquelle il s’engage à laisser l’administration des finances et des revenus au représentant du roi de France. De plus, l’intendant en charge de la police et de la justice devra recevoir l’approbation du roi. Ce dernier, Antoine-Martin Chaumont de la Galaizière, prend possession du duché au nom de Stanislas le 8 février 1737. L’accueil des Nancéiens est glacial et Stanislas préfère emménager à Lunéville. 
Le nouveau duc n’a pas beaucoup de pouvoir, mais jouit de revenus confortables. Aussi, il souhaite rayonner par la culture et l’architecture. Il réunit autour de lui de nombreux artistes et lettrés. Il fonde la Bibliothèque royale et l’Académie de Nancy, dont le but est de diffuser les connaissances et promouvoir la langue française. Il finance des écoles, des hôpitaux et des bibliothèques. Avec les conseils de Voltaire, il rédige plusieurs essais philosophiques et politiques tel que Le Combat de la volonté et de la raison et Entretien d’un Européen avec un insulaire du royaume de Dumocala. 

Stanislas embellit la ville de Nancy. En 1757, il inaugure la place Stanislas construite par l’architecte Emmanuel Héré. Elle réunit la vieille ville à la ville neuve. Des immeubles et des grilles dorées, œuvres de Jean Lamour, l’entourent. Une statue de Louis XV trône au centre jusqu’à la Révolution. En 1831, la ville installe à l’emplacement laissé vide une statue de Stanislas. Il finance également la construction de l’église Notre-Dame de Bonsecours, l’hôtel des Missions royales, les places d’Alliance et de la Carrière, la pépinière et les portes Saint-Stanislas et Sainte-Catherine.

Stanislas aménage plusieurs résidences royales, Commercy, La Malgrange, Jolivet, Einville, et surtout Lunéville. Emmanuel Héré et le duc ornent le château de kiosques aux architectures exotiques : un kiosque turc, le pavillon du Trèfle au toit en forme de chapeau chinois, des théâtres de verdures, des cascades et un rocher avec des automates. La renommée du château de Lunéville dépasse les frontières du duché. Il est surnommé le Versailles lorrain.

Le 5 février 1766, la robe de chambre du duc s’embrase au moment où il ravivait les braises de sa cheminée. Grièvement brûlé et déjà très malade, Stanislas meurt dans son château de Lunéville le 23 février à l’âge de 88 ans. Il est inhumé dans l’église Notre-Dame de Bonsecours à Nancy.


 Sources
Texte : ROSSINOT André, Stanislas : Le roi philosophe, La Flèche, Michel Lafon, 1999, 302p.
Image : http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0017/m502004_96de19414_p.jpg

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