samedi 10 janvier 2015

La langue française

Les Gaulois s’adaptent à la civilisation romaine et apprennent le latin. Des siècles plus tard, ils mélangent le latin avec les langues saxonnes. Ainsi à la fin du Ve siècle, le latin se transforme de diverses façons suivant les régions correspondantes aux royaumes barbares. Nous devons la disparition des voyelles latines finales et la combinaison de deux voyelles en une seule aux peuples germaniques. Les prémices du français moderne s'élaborent sur la base de ce latin germanisé. La France se divise en deux parties : au Sud, le domaine d’Oc où les dialectes demeurent proches du latin, et au Nord, le domaine d’Oïl où le latin subit les influences germaniques.

L’Eglise est une institution qui dépasse les frontières des royaumes. Aussi, elle conserve le latin comme langue et l’emploie comme outil de diffusion à l’échelle de l’Europe. De même, Charlemagne privilégie le latin comme un outil de cohésion de son empire. Il invite à sa cour des savants, qui rédigent des glossaires, véritables dictionnaires latin-roman. L’empereur impose l’usage de la caroline, une écriture cursive minuscule. Cependant, la restauration du latin ne touche que l’écrit et ne concerne que les élites. Le fossé se creuse entre le latin et les langues romanes. Hors des influences politiques, ces langues romanes continuent d’évoluer librement. Au milieu du Moyen-âge, le pouvoir royal s’affirme. Parallèlement, la langue employée en Ile-de-France, le francien, prend de l’importance. A la cour, toutes les personnes de qualité souhaitent parler la même langue que le roi. Sa mise par écrit au IXe siècle coïncide avec la prise de conscience de sa spécificité. Le français est désormais perçu comme une langue distincte du latin. Les clercs bricolent l’orthographe pour retranscrire les nouveaux sons des mots. Ainsi pour prononcer le « u » ils conservent la lettre « u » et ajoutent la lettre « o » devant pour produire le son « ou » du « u » latin. Au XIIe siècle, les déclinaisons sont abandonnées au profit de la syntaxe. Désormais, la place des mots détermine leur fonction. La Guerre de cent ans opère un premier mouvement d’uniformisation des langues romanes pour se différencier de l’ennemi Anglais. Il en va de même outre Manche. En accédant au trône d’Angleterre, Guillaume le Conquérant, duc de Normandie parle français. Sa langue d’origine devient la langue de la cour jusqu’à la Guerre de Cent ans où l’anglais la supplante.

L’Epoque moderne correspond à l’affirmation du pouvoir royal. Ce processus transparaît d’une part au travers de langue. Le roi s’attaque au monopole du latin pour affaiblir les contre pouvoirs que sont l’Université de Paris et les Parlements de province. En 1530, François Ier fonde le Collège de France. A la différence de la Sorbonne, les cours sont dispensés en langue romane. En 1539, l’Edit de Villers-Cotterêts portant sur la justice stipule que le français devient la langue de l’administration et des tribunaux. Les érudits élaborent la grammaire, simplifient l’orthographe et enrichissent le vocabulaire par de nombreux emprunts d’autres langues. Les accents apparaissent pour distinguer plus facilement les sons en les lisant. Au XVIIe siècle, le temps est à la rationalisation. Les érudits, dont Malherbe, codifient la langue et raccourcirent les phrases par des points. En 1635, Richelieu fonde l’Académie française dont le travail est de fournir un dictionnaire faisant autorité. Celui-ci parait en 1694. .Au XVIIIe siècle, les scientifiques abandonnent le latin pour le français. Ils inventent plein de mots pour les notions scientifiques et techniques. Le français est la langue d’un pays possédant une grande culture. La France associée à Versailles incarne l'excellence du raffinement et de la civilisation. L’Europe envie la vie mondaine des salons parisiens. La langue française se confond avec l’idée de progrès et le monde des Lumières. Elle incarne la raison et l'élégance. Elle est la langue de la diplomatie européenne en profitant d’une perte de vitesse du latin dont seuls les ecclésiastiques et quelques érudits la pratiquent encore.


La Ière République affirme que la France est une république une et indivisible. La langue doit être une. La variété des langues est un aspect d’un fédéralisme qui ne convient pas à la vision jacobiniste de la république. Le français devient la langue de la nation et un outil d’union. De plus, la République impliquant la participation de tous aux affaires publiques, il est indispensable de se comprendre. Si la République ne déclare pas la guerre aux langues régionales. En 1790, l’Abbé Grégoire constate que seuls 3 millions d’habitants sur 28 millions savent parler correctement français. La langue s’apprenant à l’école qui demeure accessible aux seules classes aisées. Un décret de 1793 ordonne la construction de 23.000 écoles pour l’enseignement du français. La Ière République, luttant pour sa survie, n’a pas le temps de mener à bien ce projet. La IIIe République le poursuit. L’éducation doit consolider la république et la nation. 
La Première Guerre mondiale marque une rupture. Les hommes sont incorporés sans tenir compte de leur provenance géographique. Pour se comprendre entre eux, ils doivent parler français et non plus dans leur patois. En 1919, Clemenceau doit accepter d’accoler l’anglais au français lors de la rédaction du traité de Versailles car des nations non européennes se trouvaient à la table des négociations, notamment les États-Unis qui refusent de discuter autrement qu’en anglais. En 1945, les Étasuniens manquent de peu d’exclure le français des langues diplomatiques internationales.
Aujourd’hui le français est l’une des six langues officielles de l’ONU et l’une des deux langues officielles des Jeux Olympiques. Il recule face à l’anglais dans les instances internationales et européennes. La francophonie regroupe plus de 200 millions de personnes dans le monde présents sur tous les continents et se classe à la 9e place des langues parlées dans le monde.

Sources
Texte : « Les origines de la France et de la langue française », Les cahiers de sciences et vie, n°149, novembre 2014, 90p.
Image : lewebpedagogique.com

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