jeudi 16 octobre 2014

Les mythes

Le mot « mythe » vient du grec « misthos » signifiant le discours. Les mythes sont inscrits dans toutes les cultures et présentent un grand nombre de traits communs, tant par leurs thèmes que par leur trame narrative et leurs personnages. La structure de l’esprit humain facilite l’émergence de symboles, rêves et rites similaires. L’Homme a besoin d’histoires pour vivre. Il projette ce qui se passe après la mort, fantasme sur des héros et bâtit des légendes. Il est conscient du temps qui passe au travers de la mort, alors il se rassure en donnant du sens au temps. Il a un talent remarquable pour interpréter, imaginer, construire et donner du sens à ce qui l’entoure. Selon Umberto Eco, l’Homme modifie et façonne par ses créations intellectuelles un monde réel qui ne lui plait pas. Percer les mystères de la création du Ciel, de la Terre et de l’Homme, et définir sa place dans l’univers semblent être une préoccupation commune à l’humanité.

Les chercheurs se divisent sur la naissance des mythes. Faut-il y voir une prédisposition innée inscrite dans le cerveau humain ou une fonction sociale instaurant une mémoire collective construite sur des rites et des institutions ? La quête de sens est probablement à l’origine des mythes servant à expliquer des phénomènes que l’Homme ne comprend pas. Le mythe renvoie à une réalité abstraite, non représentable. Il implique d’avoir développé une aptitude à la pensée symbolique. Les mythes sont des histoires sacrées, car ils font interagir une force extérieure et sous-entendent un acte d’obéissance. Ils se développent en parallèle de la spiritualité.

Selon Michael Witzel, professeur de Sanskrit à Havard, tous les mythes auraient une origine commune vieille de 65.000 ans. Tous les mythes suivent le même enchaînement : création du monde, séparation du ciel et de la terre, création des hommes, orgueil des hommes, déluge, nouveau départ de l’humanité, fin du monde. Cette storyline est commune à toutes les mythologies américaines, européennes et asiatiques. Elle diffère de celles d’Afrique et d’Océanie. Cette différence serait due à la dérive des continents.
Les mêmes personnages se retrouvent dans tous les mythes. Le héros accomplit des exploits. Le guide enseigne des choses au héros. Des alliés l’aident. Ces derniers trouvent la mort ou sont en quête de rédemption. Les gardiens de seuils permettent au héros de voyager entre les mondes, les vies, les époques. Il s’agit d’une étape nécessaire à la maturation du héros. Les monstres le combattent. La quêté échoue systématiquement si le héros agit par orgueil. A l’inverse, elle réussit s’il lutte pour que le bien triomphe et que le chaos soit repoussé.
En 2006, Adrienne Mayor de l’université de Stanford explique que certains monstres de mythes, tels que les dragons et les griffons, sont inspirés par des fossiles ou des squelettes de dinosaures. Le désert de Gobi contient de nombreux fossiles de protocératops dont les ossements affleurent à même le sol. Les Hommes de l’époque ignorent l’ancienneté des squelettes qu’ils découvrent. Les Grecs et les Romains les étudient et parfois les vénèrent dans leurs sanctuaires comme les reliques d’un passé mythique. Les serpents de mer peuvent évoquer certaines créatures marines qui existent réellement. Par exemple, le régalée est un poisson pouvant mesurer jusqu’à huit mètres de long. Il est longiligne et argenté avec une nageoire dorsale rouge. Il vit dans toutes les mers du globe.

La Bible suit un schéma identique à celui des mythes. Les incohérences, de contradictions et d’anachronismes révélés par l’histoire et l’archéologie amènent les spécialistes à considérer que chaque livre de la Bible est une mosaïque d’œuvres composées à des époques différentes avec des objectifs politiques et religieux différents. Les différents livres de la Bible hébraïque sont rédigés dans les royaumes de Juda et d’Israël entre le –IXe et le –IIe siècle. Des similitudes avec des textes phéniciens se retrouvent avec l’évocation du Baal, El ou Yahvé. La domination assyrienne du –VIIIe siècle et ses traités de vassalité se retrouvent dans le Deutéronome, où Yahvé en souverain impose un traité à ses fidèles. La naissance de Moïse ressemble à celle du roi Sargon. La déportation à Babylone des Juifs en -587 leur permet d’entrer en contact avec les mythes mésopotamiens, de se les approprier et de les transformer à leur convenance.

Le déluge est le mythe est le plus répandu sur Terre. Il fait passer l’Homme d’un temps fabuleux au temps historique. Il définit la condition humaine et son rapport au divin. Le personnage de Noé est présent dans les trois religions monothéistes. Il s’inspire du mythe sumérien Uta Naphistim (Atrahasis le Supersage), rédigé vers -1640 et reprit dans l’Epopée de Gilgamesh. Les deux récits possèdent le même schéma : une divinité courroucée par l’attitude de l’homme décide de les anéantir en provoquant un déluge. Elle choisit un élu accompagné de sa famille pour donner une seconde chance à l’humanité. Dans la mythologie grecque, Zeus provoque un déluge. Deucalion est averti par son père le titan Prométhée et construit une arche.
Les mythes du déluge s’inspirent de catastrophes naturelles réelles (inondations, tsunami). L’Homme explique un phénomène qu’il ne comprend pas et cherche à se rassurer en disant qu’il s’agit d’évènements extraordinaires. Les changements climatiques ont modifié la carte des mers, lacs et fleuves. De nos jours, le mythe du Déluge demeure très vivace avec la fonte des glaces et la montée des eaux.

Les mythes sont employés à des fins politiques. Les mythes fondateurs construisent l’identité d’une société. Ainsi Auguste demande au poète Virgile de raconter les aventures d’Enée de la chute de Troyes jusqu’à son arrivée dans le Latium. Enée, ascendant de Romulus et Remus les fondateurs de Rome, a un fils nommé Julius, ayant donné son nom à la famille des Julii dont est issu Auguste. Ce fil généalogique prouve la légitimité du nouvel empereur qui s’insère dans la continuité de l’histoire de Rome. Les peuples germaniques, succédant aux Romains, s’inscrivent à leur tour dans l’histoire en s’inventant des ancêtres troyens pour les mêmes raisons politiques qu’Auguste plusieurs siècles auparavant. Henri Ier de France dit descendre de Priam de Troie, tandis que son rival Henri Plantagenêt, dit descendre du roi Arthur, dont le royaume s’étendait sur les îles britanniques, l’Armorique et l’Aquitaine. Au XIXe siècle, la IIIe République s’approprie les Gaulois pour se légitimer face aux monarchistes. L’Allemagne des années 1920 et 1930 se passionne pour les Vikings, les descendants des aryens.

De nos jours, les mythes n’ont pas disparu. Ils sont toujours présents sur nos écrans et dans nos livres. Certains sont revisités et d’autres sont créés. Les mythes modernes ont tous le même schéma narratif. Un homme providentiel est appelé pour une aventure durant laquelle il accomplit une série de péripéties avec l’aide d’un mentor et de ses compagnons. Il atteint son objectif, acquiert un savoir et revient chez lui pour changer le sort de ses compagnons. Ce schéma est celui suivi par les séries Star Wars, Harry Potter et Le Seigneur des anneaux. Les personnages sont toujours les mêmes : un héros, un mentor, des alliés, un personnage maléfique avide de pouvoir. Les thématiques sont similaires à celles des mythes antiques : l’enfant abandonné (Sargon II, Moïse, Superman) ou les frères se livrant une lutte fratricide (Romulus et Remus, Anakin et Luke Skywalker).
Les mythes ont un impact et une diffusion plus importants grâce à la télévision, au cinéma, aux livres et aux jeux vidéos. Par conséquent, les receveurs sont plus exigeants et demandent une plus grande sophistication de l’univers dans lequel évoluent les personnages. Ainsi, le film Avatar de James Cameron met en scène tous les aspects d’une société extra-terrestre : un système économique basé sur le troc, une langue créée de toutes pièces comprenant 1.400 mots, une faune et une flore riches. Par ailleurs, les spectateurs s’emparent des histoires pour écrire leurs propres versions ou les poursuivre et les diffuser sur internet.
Les mythes actuels traduisent toujours un besoin de merveilleux. La science-fiction est supplantée par le genre fantasy. L’Homme est devenu méfiant vis-à-vis de la science. Il a besoin de s’échapper d’un monde de haute technologie et de retrouver un univers plus archaïque et proche de la nature.

Sources
Texte : « L’origine des mythes », Les Cahiers de sciences et vie, n°147, août 2014, 96p/
Image : tpe.madmagz.com

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