samedi 30 août 2014

Histoire abrégée du Portugal (2/2)

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Une indépendance politique mais pas économique
Les Français soutiennent les nobles dans leur révoltes contre l'Espagne. Le 1er décembre 1640, les Portugais envahissent le palais du gouverneur et proclament roi le duc de Bragance sous le nom de Jean IV. L'Espagne est prise dans la Guerre de Trente ans et subit des révoltes en Catalogne. Sa contre attaque en 1644 se solde par un échec. Plusieurs guerres se déroulent. Les Portugais reçoivent l'appui de la France et de l'Angleterre. Le 23 juin 1661, l'Angleterre et le Portugal signent un traité. En échange d'une autorisation pour les Anglais de commercer librement dans les possessions portugaises, ces derniers s'engagent à défendre militairement le Portugal et ses colonies. Ce traité est la première pierre de la dépendance portugaise via à vis de l'Angleterre. En 1668, le traité de Lisbonne reconnait l'indépendance du Portugal et le tracé des frontières. Ces conflits ont ruiné l'empire colonial. Les Portugais conservent le Brésil et quelques comptoirs en Asie du sud-est.
Le pays s'efforce de restaurer son prestige. Le roi tente de créer des manufactures, mais la découverte d'or au Brésil ruine le projet. Le Portugal privilégie à nouveau les importations de produits manufacturés anglais. Le pays accroit son retard industriel et sa dépendance vis à vis de l'Angleterre. Le 27 décembre 1703, les Anglais obtiennent l'autorisation de fonder au Portugal des maisons de négoce et la baisse des taxes d'exportation sur le vin de Porto. L'aristocratie freine toute modernisation du pays. Elle vit dans le luxe et le gaspillage. Ce mode de vie se ressent sur l'architecture et la statuaire. Le pays s'appuie exclusivement sur le Brésil à l'heure où l'Asie lui échappe au profit des Anglais, Français, Hollandais. Le Brésil est une source de métaux précieux et un moyen pour le peuple de trouver un travail que la métropole ne peut lui offrir. La diminution des réserves d'or affaiblit le pays et la monarchie.

Le ministère de Pombal
Le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 permet au marquis de Pombal, premier ministre de Joseph Ier de prendre le pouvoir. La famille royale a fui la capitale. Ce désastre permet d'attaquer la puissance des Jésuites. Jouant sur l'effet de punition divine et accusés de complot envers l'État, ils sont expulsés du pays et de ses colonies en 1759.
Pombal reconstruit Lisbonne dans l'esprit des Lumières dans un style néoclassique prônant la simplicité et la fonctionnalité. Il encourage le développement des manufactures. Sa politique économique permet de rétablir la balance commerciale. Il réforme l'enseignement scolaire en excluant les jésuites et les universités. Il met en place les fonctionnaires d'État. Le Portugal se modernise. La justice seigneuriale est abolie. L'administration est uniformisée sur tout le territoire. Les idées des Lumières pénètrent au Portugal avec la création de l'Académie des sciences et le développement de la presse. Parallèlement, Pombal instaure les théories de la monarchie absolue, de la centralisation et censure et lutte contre toutes les oppositions au régime. En 1777, il est écarté du pouvoir après la mort du roi.


Époque Contemporaine
Les guerres napoléoniennes
En 1793, sous la pression anglaise, le Portugal rejoint la coalition anti-française. Arrivé au pouvoir, Napoléon Bonaparte encourage les Espagnols à annexer le Portugal. Après la défaite de Trafalgar, le Portugal est sommé d'interdire l'accès de ses ports aux navires anglais. Deux choix s'offrent à Jean VI : accepter en s'attirant les foudres des Anglais ou refuser et se voir envahir par la France. Le roi essaye de gagner du temps, mais le 20 novembre 1807, l'armée française pénètre dans le pays. La famille royale s'enfuit au Brésil avant que Lisbonne ne soit prise. La résistance s'organise, ce qui facilite le débarquement anglais dans la péninsule. Le général Beresford chasse les Français.
Le Portugal est ruiné et dévasté. Jean VI hésite à rester à Rio de Janeiro. Durant cet exil (1808-1822), le Brésil se modernise et se dote d'une structure politique et administrative. En 1810, le pays n'est plus considéré comme une colonie et donne toujours des richesses au Portugal.

La révolution libérale de 1820
Vivant dans la nostalgie de leur glorieux passé, la bourgeoisie espère d'importants changements. Elle est réceptive aux théories libérales.  En revanche dans les milieux populaires, le libéralisme est associé aux ingérences étrangères.
Le 24 août 1820, la Junte provisoire du gouvernement suprême du royaume assure l'intérim et convoque une assemblée pour rédiger une constitution. Les nobles veulent un retour de la monarchie, tandis que les bourgeois souhaitent une monarchie libérale. Tandis que Jean VI regagne le Portugal, l'Assemblée approuve une constitution très progressiste. Les pouvoirs sont séparés. Le roi a une simple fonction symbolique. Le législatif revient à un parlement élu au suffrage direct. Les privilèges sont supprimés et la liberté de la presse garantie. Le nouveau régime trop progressiste et anticlérical ne rencontre pas le soutien populaire.
Le 7 septembre 1822, le Prince Pierre, resté au Brésil, refuse de rentrer au Portugal. Son refus marque l'indépendance du Brésil. En 1824, Jean VI mate une révolte absolutiste avec l'aide des Anglais. Profitant de ce mouvement, il juge le régime trop libéral et le réforme. Il est soutenu par le peuple.

Le retour de l'absolutisme
Michel Ier gouverne de façon très autoritaire. De nombreuses révoltes éclatent opposants les libéraux et les absolutistes. En 1834, Marie monte sur le trône et met en place un gouvernement conservateur. La situation économique se dégrade. De nombreux paysans quittent leur terre. Des citadins les rachètent à bas prix sans pour autant les exploiter. En septembre 1836, l'armée et les classes moyennes se révoltent.
En 1842, Costa Cabral arrivé au pouvoir dirige le gouvernement d'une main de fer et met en place de nombreuses réformes. L'opposition profite d'une loi interdisant les enterrements dans les églises pour monter un soulèvement populaire. Le peuple supporte déjà mal la pression fiscale et le service militaire. La monarchie menacée demande l'intervention des Anglais. La rébellion est matée.

La régénération et le rotativisme
Le 1er mai 1851, Costa Cabral est renversé et remplacé par Saldanha qui voit le retour des idées libérales. Le gouvernement développe l'agriculture, l'industrie et le commerce. Les politiques de grands travaux (voies ferrées, télégraphe) permettent de désenclaver certaines régions. La classe moyenne grandit. Le tourisme se développe. Cependant si la consommation augmente, elle se fait au profit de produits étrangers. Les industries nationales ne trouvent des débouchés que localement.
Les étudiants de l'université de Coimbra remettent en cause l'ordre bourgeois, les institutions politiques et le poids de l'Église. Ils cherchent à ouvrir le pays à de nouveaux courants de pensées (socialisme, communisme...) lors des conférences du Casino. Cherchant à rénover leur pays, ils débattent des problèmes du pays et des solutions à y apporter.
L'échiquier politique se compose de deux partis le Parti régénérateur et le Parti historique qui alternent tour à tour l'exercice du pouvoir, d'où le terme employé par les historiens de rotativisme. De nouveaux partis voient le jour : le Parti républicain en 1876 et le Parti socialiste en 1873.

La domination britannique
Avec la perte du Brésil, le Portugal se tourne à nouveau vers l'Afrique. Le Portugal espère reconstituer un nouvel empire, mais se heurte aux autres puissances colonisatrices. En 1890, les Britanniques exigent que les Portugais retirent leurs troupes entre le Mozambique et l'Angola. Le gouvernement est obligé de céder. Un sentiment antibritannique nait. Les produits venant de l'empire britannique sont boycottés. Le roi est critiqué car il a humilié ses sujets. Le pays marque son attachement à son empire colonial.

La République
Les républicains jouent sur le mécontentement populaire pour progresser. Le 3 octobre 1910, le républicain Miguel Bombarda est assassiné. Une révolte éclate. Les insurgés, soutenus par la population, prennent d'assaut le palais. La république est proclamée.
Un nouveau drapeau et un nouvel hymne sont créés. L'État est réorganisé en optant pour la décentralisation et l'autonomie des colonies. Le pays se dote d'une nouvelle monnaie l'escudo. La formation des enseignants est améliorée. La scolarité rendue obligatoire jusqu'à 10 ans. Les universités de Lisbonne et de Porto sont créées. L'assistance publique et la protection de l'enfance se développent. Le droit de grève est reconnu. Le jour de repos hebdomadaire est instauré.
Cependant, la laïcisation est mal acceptée par la population profondément catholique. L'enseignement religieux est interdit, les congrégations expulsées, les biens de l'Église nationalisés, le mariage civil et le divorce instaurés.

La première guerre mondiale
Le Portugal entre en guerre du côté de l'Entente pour protéger son empire colonial et se démarquer de l'Espagne alliée de l'Allemagne. Pourtant les monarchistes et les cléricaux éprouvent plus de sympathie pour ces pays plutôt que pour une Grande-Bretagne libérale et laïque lorgnant sur ses colonies. A la demande de la Grande-Bretagne, le Portugal s'empare des navires allemands mouillant dans ses eaux déclarant de fait la guerre à l'Allemagne en mars 1916. La victoire de l'Entente permet aux Portugal de conserver ses colonies.
L'effort de guerre aggrave la crise économique. Le désordre régnant à cause de la crise et de l'épidémie de grippe espagnole, favorise les mouvements autoritaires. Le 5 décembre 1917, Sidonio Pais arrive au pouvoir par un coup d'État. Il dissout l'assemblée, renforce les pouvoirs du président et la presse est censurée. Il instaure un régime fort et catholique. Pais est assassiné en 1918.
Des juntes militaires se disputent le pouvoir et luttent contre le retour de la République et prônent le retour de la monarchie. Le 19 octobre 1921, lors de la nuit sanglante, plusieurs personnalités républicaines sont assassinées. L'armée et les officiers jouissent du prestige de la guerre. Le 28 mai 1926, le général Gomes da Costa s'empare du pouvoir et instaure un régime fort sur le modèle fasciste italien. Il reçoit l'appui de la population, considérant que seul un régime fort peut mettre un terme aux crises économiques et politiques du pays.

L'ordre nouveau de Salazar
Antonio de Oliveira Salazar, nommé ministre des finances du nouveau gouvernement, met en place un plan économique. Ayant le contrôle sur toutes les décisions budgétaires, il accroit son pouvoir. Le Portugal apporte son soutien à Franco et renoue ses liens avec le Vatican. Durant la seconde guerre mondiale, bien que favorable à l'Axe, le Portugal reste neutre. La fin de la guerre n'amène pas de mouvements démocratiques de masse. Les États-Unis apportent leur soutien au régime dans la lutte contre l'expansion communiste. Le Portugal intègre l'OTAN en 1949 et l'ONU en 1955.
Le massacre de colons portugais en Angola en 1961 marque le début des guerres d'indépendance. Les pressions internationales poussent Salazar vers une décolonisation pacifique. Ce dernier suit l'opinion publique toujours fortement attachée à l'empire. Il fait taire les critiques en autorisant les investissements étrangers et en développant l'éducation dans les colonies.

La révolution des Œillets
Impliqués en Afrique, les militaires se rendent compte qu'il est absurde de vouloir garder à tout prix l'empire colonial. Le 25 avril 1974, le général Antonio de Spinola renverse le pouvoir. Les divergences politiques sur les suites à donner sont à l'origine d'une période de deux ans appelée le processus révolutionnaire en cours marqué par des attentats. Les partis d'extrême gauche prennent de plus en plus d'importance, tandis qu'un triumvirat de militaires prend en charge les affaires courantes.
La constitution de 1976 fait du Portugal une démocratie sociale. Une révision en 1982 limite le rôle des militaires et le pouvoir du Président. Le pays est touché par une série d'attentats organisés par l'extrême gauche.

L'Union européenne
En 1986, le Portugal entre dans la Communauté européenne. Cette adhésion impose au pays de profonds ajustements pour rattraper son retard économique. Le Portugal bénéficie des fonds européens pour se moderniser. Le gouvernement d'Anibal Cavaco Silva mène une politique de libéralisation et privatise les entreprises. L'entrée dans l'euro impose la poursuite de la rigueur économique.
L'exposition universelle de Lisbonne en 1998 est un moment de communion nationale. Les Portugais retrouvent leur fierté, malgré la rétrocession de Macao à la Chine en 1999. En 2004, le pays organise la coupe d'Europe de football.
Les élections de 2009 confirment les socialistes au pouvoir. La crise de 2011 impose au premier ministre José Socrates un nouveau plan d'austérité. Son plan est rejeté et il doit démissionner. Le Portugal demande l'aide de l'UE en échange d'un plan d'austérité drastique (privatisations, baisse des salaires de la fonction publique, plafonnement des aides sociales, augmentations des taxes).

Source
Texte :
OLIVEIRA, Marins Joaquim Pedro de, Histoire du Portugal, La Différence, 2994, 460p.
BLOCH-PUJO  Nathalie, Portugal avec Madère et Açores, Hachette, Paris, 2011, 480p


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