samedi 12 avril 2014

La société féodale

Sous l’empire carolingien, les comtes administrent des territoires au nom de l’empereur qui les nomme. Ils sont liés par un serment de fidélité et peuvent être révoqués ou déplacés. Avec l’arrêt de l’expansion territoriale de l’empire, le nombre de terres à distribuer aux comtes diminue, ce qui engendre des luttes entre eux. Le traité de Verdun de 843 partage l’empire en trois royaumes. Ne pouvant plus se déplacer autant, les comtes s’enracinent dans une région. Ils transforment le prestige de leur titre en patrimoine foncier. En Francie Occidentale, le roi Charles II le Chauve parvient à s’assurer la fidélité des comtes en échange de l’impossibilité de les destituer de leur territoire. Le roi reconnait l’hérédité des charges, des domaines et des bénéfices. Dorénavant, les aristocrates sont implantés sur des terres qu’ils lèguent à leurs descendants. Les seigneurs locaux assurent les fonctions de justice et de défense que le pouvoir royal n’est plus capable d’assurer comme sous les Carolingiens.

Autour de l’an Mil, le pouvoir se partage désormais entre ducs, comtes, vicomtes et personnages de haut rang, qui sont très souvent les héritiers des élites carolingiennes. Maîtres de la terre et des hommes, ils exercent leurs prérogatives à l’échelle de leur seigneurie. Le rapport à la royauté est variable selon l’éloignement et l’autorité du souverain. Le pouvoir royal est plus fort en Germanie et en Angleterre qu’en France ou en Italie. La hiérarchisation des seigneurs s’effectue en fonction du degré de puissance et du patrimoine. Du comte au simple châtelain, chaque seigneur participe à son niveau à l’exercice de la justice et de la protection militaire. L’ancrage territorial des seigneurs se matérialise par la multiplication des châteaux. Au Nord, la transmission s’effectue au profit de l’aîné, tandis qu’au Sud, le partage se fait entre tous les enfants mâles, ce qui engendre des coseigneuries. Des ecclésiastiques (abbé, évêque) sont aussi des seigneurs. Les relations entre seigneurs sont structurées par des liens vassaliques et par le biais du serment. Les guerres entre seigneurs se limitent à des actions ciblées. Les adversaires se réunissent ou font appel à un tiers pour parvenir à un compromis.

Les premiers châteaux forts apparaissent dès la fin du IXe siècle. Les premiers édifices sont des mottes castrales : une butte de terre artificielle ou un promontoire naturel surmonté d’une tour et cernée d’une palissade en bois. La tour abrite les logements du seigneur, de sa famille et de ses gardes. La basse cour abrite les domestiques et divers bâtiments (écuries, forges, moulins). Le tout étant protégé par une palissade en bois et un fossé. Le château est la marque dans le paysage de la puissance et de l’autorité du seigneur. Sa taille varie en fonction du statut social du châtelain. La motte castrale répond également à un besoin défensif contre les autres seigneurs et contre les menaces extérieures (Sarrasins, Normands, Hongrois). Au fil du temps, les fonctions du château s’étoffent. Il devient un centre administratif et une cour de justice.
A la fin du Xe siècle, les riches seigneurs optent pour la pierre. Les murs s’épaississent. Les fenêtres sont petites. La porte d’entrée du donjon, placée à plusieurs mètres au dessus du sol, n’est accessible que par une échelle ou un pont mobile. Le donjon comprend la salle d’honneur (aula), des logements, une chapelle, des celliers, des prisons. Les remparts plus massifs s’ornent de tours aux angles eu milieu des courtines et un chemin de ronde est aménagé. L’édifice est isolé par un large fossé.

Au Xe siècle, l’autorité royale s’exerce seulement sur le domaine royal, c'est-à-dire les terres appartenant au roi. Le reste du royaume forme une mosaïque de principautés régionales. Le roi est le suzerain des autres grands seigneurs. Il occupe une position honorifique. Le sacre lui confère une autorité supérieure à celle des ducs, comtes et barons, car il tient son pouvoir de Dieu. Cette cérémonie le lie avec l’Eglise et lui accorde en théorie le soutien des évêques.
A partir du XIIe siècle, les rois capétiens parviennent à accroître par divers moyens leur pouvoir et leur territoire. En s’appuyant sur les liens vassaliques, ils exigent des grands seigneurs qu’ils leur prêtent hommage et leur procurent aide et conseil. Un édit les rend justiciables à la cour du roi et met en place le principe de la commise, c'est-à-dire que les seigneurs convoqués qui ne s’y rendent pas, sont dépossédés de leur fief. La réversion du fief, autre procédé employé par les rois dont Philippe Auguste, consiste pour le roi à récupérer les terres d’un seigneur décédé sans héritier. De plus, il est interdit aux seigneurs de laisser le fief d’un vassal décédé aux fils ainés. Le fief doit être partagé entre tous les fils, ce qui appauvrit le domaine et force les détenteurs à les revendre. Le mariage constitue un moyen accroître son territoire. A partir du XIIIe siècle, le roi nomme des baillis pour le représenter dans les provinces. Le Parlement de Paris est instauré. Il s’agit d’une cour de justice royale suprême, dont les jugements sont incontestables. La monnaie nationale supplante les monnaies locales.
Au début du XIVe siècle, il reste seulement quatre grandes principautés : la Bretagne, la Flandre, la Bourgogne et la Guyenne. Le roi ne se fait plus appeler « roi des Francs », mais « roi de France ».

Le monde paysan est très hétérogène. La majorité d’entre eux sont des serfs. Ils ne possèdent pas la terre et ne peuvent pas quitter la seigneurie, dont ils font intégralement partie. Leurs droits sont limités. Ils doivent payer une taxe, le formariage, pour épouser une personne d’une autre seigneurie et sont assujettis aux corvées (entretien des terres et des bâtiments du seigneur).
Les vilains sont des paysans livres qui possèdent leur terre et sont exemptés de certains impôts. Un serf peut devenir un vilain en achetant sa liberté. Cette possibilité d’émancipation est liée à l’augmentation de la production agricole. Cet accroissement tient à un meilleur investissement des paysans dans leur travail en raison de la valorisation sociale dont ils font l’objet. En effet, au XIIe siècle, leur labeur est perçu comme une vertu et non plus comme un châtiment. Les surplus leur permettent de s’enrichir et le droit facilite l’acquisition de terres. Les officiers seigneuriaux, issus du monde paysan, profitent de leur place pour gravir l’échelle sociale.

Le réseau des villes, hérité de l’Antiquité, perdure sous les Mérovingiens et les Carolingiens. A partir du IXe siècle, l’Europe occidentale connait un essor démographique. Grâce à cet afflux de main d’œuvre, les terres agricoles produisent davantage. Ces surplus permettent de nourrir les artisans et commerçants résidant dans les villes et qui ne vivent pas du travail de la terre. De nouvelles villes voient le jour. Les seigneurs octroient des chartes de libertés à leurs villes pour y attirer de nouveaux habitants. Ils financent la construction d’infrastructures. Les bourgeois prennent en charge certaines tâches déléguées par le seigneur. A partir du XIIe siècle, les marchands créent des compagnies de commerce et deviennent des experts en valeur monétaire et en lettres de change. Ils prêtent de l’argent aux seigneurs en échange de prérogatives, de titres ou de terres. Cette dynamique est stoppée au XIVe siècle par la peste noire et le Guerre de cent ans.

Au Xe siècle, le chevalier est un guerrier à cheval au service d’un seigneur. La chevalerie est une catégorie socioprofessionnelle regroupant les fils de la riche paysannerie, qui possède les moyens financiers de posséder un cheval et l’équipement militaire de base. C’est un outil de promotion sociale. Un noble l’est de par sa naissance, alors que le chevalier le devient. Son code est fondé sur l’obéissance et la vaillance au combat. Au fur et à mesure que la cavalerie devient la pièce maîtresse du champ de bataille, le chevalier devient un guerrier d’élite. L’aristocratie s’empare de ces valeurs que sont la loyauté et le respect. Les chansons de geste et les troubadours font des chevaliers de véritables héros. L’aristocratie, friande de ces récits, tente de les imiter. Elle se retrouve dans les vertus de la chevalerie. Elle les utilise pour se différencier de la bourgeoisie qui commence à s’enrichir et à prendre de l’importance à partir du XIIIe siècle. L’Église ajoute des valeurs chrétiennes (sagesse, modestie) pour canaliser les guerriers et les exhorter à combattre pour le Christ.


Sources
Texte :
- « L’âge féodal », Les Cahiers de science et vie, n°144, avril 2014, 98p.
- BARTHELEMY Dominique, « La Féodalité de Charlemagne à la guerre de cent ans », La documentation photographique, n°8095, septembre-octobre 2013.

Image : http://www.linquisitionpourlesnuls.com/


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