vendredi 14 mars 2014

Ulfberht : l’épée légendaire des Vikings

L’épée revêt une très forte symbolique chez les Vikings. Le guerrier mort sur le champ de bataille l’épée à la main accède au Walhalla. Quand un Viking tue un guerrier, il tord l’épée de ce dernier afin de briser la force vitale de l’arme et l’enterre avec le corps du défunt pour éviter que le celui-ci revienne le hanter.
Parmi toutes les épées, l’Ulfberht est la plus prisée et la plus recherchée par les guerriers vikings. Ce modèle est fabriqué au Xe siècle. Elle se caractérise par une lame d'une longueur moyenne de 80 cm, avec en son milieu une nervure large et peu profonde. La poignée mesure 10 cm et la garde, généralement de section carrée, mesure entre 18 et 20 cm. C’est une épée longue présentant une pointe non arrondie à l’inverse des glaives romains. Elle permet de percer les cottes de mailles et de se tenir plus éloigné de l’adversaire. Elle présente une dureté et une élasticité très supérieures. Elle résiste bien mieux aux chocs et il est plus facile de les extraire du bouclier d'un ennemi.

Les forgerons fabriquent ces épées à partir de fer auquel il mélange du carbone pour ôter les impuretés du métal. Le carbone est extrait du charbon de bois ou d’ossements d’animaux sauvages, tels des ours, des loups, voire d’humains. Par ce biais, le forgeron insuffle à la lame la force de l’être vivant.
Le fer employé n’est pas présent en Europe. Il s’agit d’un métal identique à celui des sabres arabes, appelé fer de Damas. Les Vikings se rendent en Iran pour s’en procurer. Après avoir traversé la Mer Baltique, les navires remontent la Volga jusqu’au rivage de la Mer Caspienne. Les forgerons utilisent la technique du fer au creuset, qui n’est guère répandue en Europe à cette époque, contrairement à ce qui se fait au Moyen-Orient. Les Vikings copient les techniques arabes.
Les archéologues ont découvert dans certaines tombes vikings des pièces arabes et des statuettes de Bouddha. Tous ces éléments montre les liens commerciaux et culturels entre les Vikings et les civilisations du Moyen-Orient. Aux IXe et Xe siècles, les Vikings s’étendent aux confins de l’Europe centrale jusqu’aux rives de la Mer Noire, où ils établissent des comptoirs.

La première phase correspond à la réduction de l'oxyde de fer constituant le minerai. Ensuite, le forgeron place dans un creuset le mélange de fer obtenu. Le creuset est un cône constitué d'une matière pouvant résister à des températures de plus de 1.400C°. Quinze creusets sont placés les uns sur les autres dans un puits rempli de cendre. En bas du puits, le forgeron place du combustible composé en partie de feuilles vertes. Celles-ci produisent de l’hydrogène et favorise la carburation. Pendant le chauffage, le carbone diffusé dans le fer reste en phase solide formant de l'austénite. Il se forme cependant en surface du mélange une couche plus riche en carbone qui la protège de l’oxydation. Le refroidissement constitue la troisième phase. Il doit être très lent, pour permettre une répartition homogène du carbone. La nervure au centre de la lame permet d’allonger l’épée en utilisant la même quantité de métal. La solidité de la lame ne s’en trouve pas affectée, car les cristaux de fer sont davantage compactés sur cette section.

Que signifie Ulfberht ? Il ne peut pas s’agir du nom de l’artisan, car les épées ont été forgées durant un siècle. A moins que le nom soit repris par ses successeurs et qu’il soit devenu comme une marque. L’hypothèse d’un dieu, d’un héros ou d’un quelconque personnage mythologique semble proscrite, puisque le mot Ulfberht n’apparait dans aucune saga. Il peut éventuellement s’agir d’un lieu (ville ou atelier). A ce jour, le mystère demeure entier.
La présence de croix encadrant le nom est d’autant plus étrange. Cette symbolique correspond souvent à la marque de fabrique d’un évêque ou d’un abbé. Il est fort peu probable que les épées soient d’origine franque. L’Eglise a interdit le commerce avec les Vikings païens, qui attaquent régulièrement les monastères. Pour l’instant, les chercheurs n’ont aucune hypothèse plausible à avancer sur cet aspect.
L’épée Ulfberht possède une excellente réputation à tel point qu’il en existe de nombreuses contrefaçons de moins bonne qualité. Certaines sont facilement décelables car les croix sont intercalées entre les mauvaises lettres. Parfois, il manque une lettre au nom inscrit sur la lame.

Cette épée montre qu’il existait des relations entre les Vikings et les Arabes et expliquent en partie les réussites militaires des peuples de Scandinavie.

Sources
Texte :
- Les Secrets de l’épée viking, documentaire réalisé par Peter Yost, Etats-Unis, 2011, 50min.
- COHAT. Yves : Les Vikings : les rois des mers, Gallimard, Paris, 1987, 176p.
- Wikipédia

Image : http://rautaportti.fi/miekat/yhden_kaden_miekat/ulfberht_miekka

4 commentaires:

  1. La photo de votre article représente une contrefaçon, l'épée originale à la croix placé entre le H et le T à la fin du nom. Article très intéressant cependant pour les néophytes du genre

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  2. La photo de votre article représente une contrefaçon, l'épée originale à la croix placé entre le H et le T à la fin du nom. Article très intéressant cependant pour les néophytes du genre

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  3. Bonsoir.
    Tout d’abord merci pour votre site passionnant.
    Ayant lu avec intérêt cet article et n’étant pas tout à fait d’accord sur certains points, je me permets de proposer quelques corrections.
    Je pense que l'article a pour source le documentaire sur "Les Secrets de l’épée viking", qui renferme bon nombre d’erreurs et d’approximations!

    Les épées ULFBERHT ont surtout été forgées à la fin du VIIIe siècle et pendant tout le IXe. Le début du Xe siècle voyant la fin de la production. Dés sa seconde moitié on ne trouve plus que des imitations plus ou moins bien réussies.

    Ensuite contrairement à ce qu’indique l’article, le glaive romain (GLADIUS)est une arme d’estoc, dont le but est justement de percer les cottes de mailles, d’écailles, voire de lames, ou les armures de cuir, (dans un mur de bouclier il était bien plus aisé de frapper d’estoc que de taille). Le gladius était donc tout aussi pointu que les épées "vikings", (franques serait ici plus approprié).
    L’épée romaine de cavalerie au bout "arrondi" utilisée comme arme de taille est la SPATHA.

    A propos de l’acier, l’"Acier Damas" n’est pas à proprement parler une qualité d’acier, au sens "minerai" du terme. Il s’agit en fait d’une technique de fabrication dans laquelle l’acier au creuset est forgé en d’innombrables couches superposées, (bien plus nombreuses que ce qui se faisait en Occident), repliées les unes sur les autres en les décalant peu à peu, ce qui rend le métal encore plus souple et solide.
    C’est aussi cela qui permet à l’artisan, en martelant délicatement la lame, de créer les motifs qui caractérisent ce type d’acier.

    Bien que les peuples du Moyen-Orient et d’Asie furent les premiers à maitriser la technique du haut fourneau pour produire de "l’acier au creuset", (dés l’époque des "Royaumes Combattants" (-450 av.J.-C à -220 av.J.-C) pour la Chine), les Celtes en particulier le peuple Norique, produisaient de l’acier de qualité quasi-équivalente à partir du IIe siècle a.v.J.-C.
    Pline "l’ancien" lui même ne tarissait pas d’éloges pour cet acier dont les légions romaines faisaient grand usage.
    L’ "Acier Norique" est resté en Occident la référence absolue pour les armes jusqu’à l’avènement de "l’Acier Damas" et de "l’Acier au Creuset".
    Les autres peuples celtes qui ne maitrisaient pas le haut fourneau comme les noriques, préféraient utiliser une technique de "plaquage" d’acier sur une lame de fer, ce qui malgré tout donnait des résultats très corrects…

    Pour ce qui est de l’origine des lingots d’acier utilisés pour la fabrication des épées ULFBERHT, l’archéo-métallurgiste Alan Williams assisté des chercheurs du National Physical Laboratory (NPT) de Teddington ont situé le gisement de minerai aux alentours de Herat en Afghanistan, et pas en Iran comme souvent affirmé.

    Quant à la signification de nom "ULFBERHT", il s’agirait d’un toponyme Franc désignant un ou plusieurs lieux sur lesquels se seraient établis des monastères qui furent en activité avant l’ "An Mil’". Ces lieux se seraient situés dans la partie Sud à Sud-Ouest de l’actuelle Allemagne.
    L’étymologie du nom n’est de toute façon pas scandinave mais bien franque ou saxonne.
    Il faut aussi prendre en compte que la christianisation des peuples scandinaves a commencé dés 725. Donc aux IXe et Xe siècles bon nombre de "vikings" étaient déjà chrétiens, (le roi Guthrum "l‘Ancien" se fait baptiser en 878), ce qui tend à invalider l’hypothèse voulant que l’interdiction de commercer avec les "païens" rende peu probable l’origine franque de ces lames.
    De plus si ces épées étaient forgées dans un monastère, il est fort probable vu l’habitude des "vikings" de cibler ces lieux pour leurs abondantes richesses, que les épées ULFBERHT aient été rapportées comme butin et non achetées...

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