mardi 26 novembre 2013

Histoire du cheval

La domestication
Il y a 52 millions d’années, le cheval apparait en Amérique du Nord. Il y a 2.5 millions d’années, les chevaux traversent le détroit de Béring et se répandent peu à peu en Asie et en Europe. Parallèlement, ils disparaissent du continent américain pour être réintroduits au XVIe siècle par les conquistadors.
En -40.000, les Hommes découvrent le cheval. Cet animal herbivore, vivant en petits troupeaux, leur fournit jusqu’à 150kg de viandes, des matières premières (crin, peau, graisse, tendons). Il présente l’avantage d’immigrer très peu et donc d’être accessible toute l’année.
Le cheval est l’animal le plus représenté dans les peintures rupestres. Il se trouve souvent en tête des files d’animaux ou au centre des compositions. Des objets de la vie quotidienne (bijoux, bâton) épousent sa forme. Les hypothèses sur les valeurs et les symboliques attribuées au cheval ne sont pas tranchées : s’agit-il d’un symbole de pouvoir, d’une divinité ou d’un ancêtre mythique ?
Vers -4.500, les hommes présents dans les plaines du Kazakhstan sont les premiers à domestiquer le cheval. Les bovins et les ovins sont mal adaptés au climat de cette région. La domestication du cheval répond-t-elle à ce besoin ou au désir de possession de l’homme probablement fasciné par ce gibier fougueux, rapide et puissant ?
Les Grecs sont les premiers à rédiger des préceptes de dressage. En -391, Xénophon décrit dans son Traité de l’équitation les principes d’emploi du cheval, l’art de le choisir, de le dresser, de le monter et son entretien. Au Moyen-âge, le dressage passe essentiellement par la contrainte. En 1550 et 1556, Federico Grisone et Cesare Fraschi rédigent chacun un traité d’art équestre. Le premier insiste sur les postures du cheval, dont notamment le « ramener » et préconise des sanctions violentes contre les chevaux récalcitrants. Le second préconise d’employer la musique pour la cadence et la régularité. En 1593, Salomon de la Broue rompt avec la tradition italienne et met l’accent sur la douceur. L’éducation à la française devient une référence au XVIIe siècle. En 1773, François Robichon de la Guerinière, écuyer de Louis XV, compile toutes les méthodes énoncées au siècle précédent par les dresseurs français. Son traité demeure, encore de nos jours, une référence. Les évolutions militaires dans la cavalerie à la fin du XVIIIe siècle mettent à mal le dressage subtil qui prend du temps. Il faut une formation plus rapide basée sur la charge au grand galop. Jacques Amable d’Auvergne, capitaine de la garde, est chargé de moderniser le dressage. En 1864, le général L’Hotte donne naissance à la doctrine de Saumur (du nom de l’école militaire) en combinant les méthodes traditionnelles et celles de la fin du XVIIIe siècle. Au début du XXe siècle, les dresseurs se tournent vers une équitation sportive avec des championnats, des concours, des courses d’endurance et des sauts d’obstacles et artistique avec des spectacles, de la danse et des acrobaties.


Une utilisation militaire
Dans l’armée, les chevaux sont d’abord utilisés pour tracter des chars, véritable plate-forme mobile pour archers. Les Egyptiens, les Hittites et les Hyksos sont des spécialistes en charrerie. La cavalerie est plus tardive. Les Grecs et les Romains emploient des cavaliers pour contrer leurs ennemis montant à cheval (Scythes, Carthaginois). La cavalerie sert uniquement à attaquer les flans de l’infanterie.
Au Ve siècle, les Huns déferlent sur l’Europe. Ces guerriers possèdent des étriers qui leur assurent une plus grande stabilité et leur permettent d’effectuer d’importantes rotations du buste. Leur champ de tir s’agrandit. Les Arabes, puis les Européens au VIIe siècle, adoptent cet objet. La cavalerie devient le pivot des armées européennes. Grâce aux étriers, les chevaliers peuvent garder leur joute au bras et désarçonner leurs ennemis. Auparavant, ils la lançaient avant de se replier. Au XIe siècle, l’apparition de l’arbalète alourdit les protections des chevaliers qui revêtent désormais des cotes de maille et des armures plus imposantes. Les chevaux, première cible des tireurs, portent aussi des cotes de maille. Les charges se font de face et brisent les rangs des fantassins. A partir XIVe siècle, les armées équipent des piquiers pour les contrer. Au siècle suivant, les chevaliers revêtent des armures intégrales.
Au XVIe siècle, le développement de l’arme à feu relègue à un second rôle la chevalerie derrière l’infanterie et l’artillerie. Désormais, les sièges des places fortes constituent l’action des guerres. Au XVIIe siècle, les armées opèrent un retour à une cavalerie légère, qui mène des opérations d’information, d’harcèlement et de poursuite. En 1750, Frédéric II de Prusse remet l’accent sur la cavalerie. Il prône une guerre de mouvement, plus offensive. La guerre coûte cher. En misant sur la vitesse, Frédéric II espère réduire sa durée et donc son coût. Les cavaliers s’équipent de sabres et de lances. Le tir à l’arquebuse à cheval se révèle manquer de précision. La réforme prussienne se diffuse à travers toute l’Europe. La cavalerie redevient un élément décisif des combats de la première moitié du XIXe siècle. « Sans cavalerie, les batailles sont sans résultats » dira Napoléon Ier.
Face à la puissance des fusils et à l’apparition des mitrailleuses, la question de l’efficacité de la cavalerie se repose lors des guerres de Crimée et de Sécession. Durant la Première guerre mondiale, les chevaux montrent leurs limites d’autant plus que les soldats sont cantonnés dans les tranchées. Ils sont employés pour le transport du ravitaillement. Au combat, les tanks les ont remplacés.

Une force de travail
Au Xe siècle, l’invention du collier d’épaule décuple la puissance de traction du cheval. Cependant, un cheval coûte cher. Les paysans ont rarement les moyens d’en acquérir. Ils emploient des vaches pour les labours. Par ailleurs, un cheval se nourrit d’avoine. Il faut réserver des terrains pour son alimentation. Les paysans préfèrent garder ces sols pour des cultures permettant de nourrir les Hommes. Seuls les grands fermiers emploient des chevaux pour les labours à partir du XIVe siècle. Cette situation demeure identique jusqu’au XVIIIe siècle, lorsque la situation économique des paysans s’améliore.
Le cheval est un instrument de la Révolution Industrielle. Face à la demande croissante de charbon, il tire les wagonnets dans les mines. Il travaille dans les mêmes conditions difficiles que les ouvriers. Certains chevaux restent 10 à 20 ans sous terre sans remonter à la surface.

Un moyen de transport
En 1476, Louis XI crée la Poste royale. Les coursiers utilisent des chevaux légers et rapides pour acheminer les missives. Un réseau de transport se met en place progressivement avec des relais. Sur les routes, le cheval côtoie les piétons et les bovins. Sous Louis XIV, les routes sont aménagées pour faciliter le passage des chevaux (revêtement, pente).
Au XIXe siècle, le trafic hippomobile est dense. Le cheval fait partie du paysage urbain. 85.000 chevaux circulent en permanence dans la capitale. En 1855, Hausmann favorise la création à Paris d’une compagnie de transport public. Les chevaux nécessitent autour d’eux de nombreux corps de métier, qu’ils soient liés directement à l’animal (cochers, palefreniers, vétérinaire, maréchaux-ferrants) ou indirectement (selliers, carrossiers, fabricants de roue les charrons).
A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, le cheval est remplacé par le train, puis par l’automobile pour les longs trajets. Les carrossiers transfèrent leurs compétences de la fabrication de carrosses à la fabrication de voiture. Ils reprennent les mêmes modèles d’où l’appellation de coupé, berline, cabriolet.

Un outil politique
L’acquisition et l’entretien d’un cheval coutent cher. De ce fait, un cavalier est assimilé à un membre de l’élite. Le cheval est un signe de pouvoir. La maitrise du cavalier désigne son talent politique, sa capacité à diriger, son habileté, sa volonté et sa douceur, en somme toutes les qualités requises pour un chef d’Etat.
Dans la Rome impériale, l’ordre équestre est le second de la société. Les empereurs érigent des statues équestres. Au Moyen-âge, les chevaliers constituent l’élite. La chevalerie est une culture basée sur la bravoure, le défi et l’exploit individuel. A l’époque moderne, les élites continuent de monter à cheval, afin de se distinguer des bourgeois. Les jeunes nobles fréquentent les académies équestres. Henri IV remet au got du jour la statue équestre comme l’atteste la copie trônant sur le Pont neuf à Paris. Louis XIV dote toutes les grandes villes d’une statue équestre à son image. Cette tradition de la représentation politique perdure jusqu’en 1870. Les élites républicaines répugnent à recourir à ce symbole royal. Seuls les officiers militaires l’emploient encore de temps à autres. La bourgeoisie imite la noblesse et suit des cours dans les académies. L’équitation devient un sport avec la naissance des grands prix équestres.


Aujourd’hui, le cheval demeure un moyen de transport chez certains peuples d’Asie centrale. Ses principales fonctions résident dans le sport (courses hippiques, polo) et les loisirs (club d’équitation). Le cheval est également un artiste, vedette de cirque, de spectacle équestre et même de cinéma pour les reconstitutions historiques.


Sources
Texte : "Le cheval : l'atout maitre de l'homme", Les Cahiers sciences et vie, n°141, novembre 2013, 105p.

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