mardi 1 octobre 2013

Les égouts de Paris : l’approvisionnement et la gestion de l’eau dans la capitale.

Etudier les égouts, ce n’est pas seulement s’intéresser à un édifice, c’est aussi s’intéresser aux questions d’urbanisme, environnementales, sanitaires et sociales. L’accès à une potable conditionne toute installation humaine et constitue un enjeu primordial pour le développement d’une ville.

Lors de la conquête romaine, Lutèce s’étend sur huit hectares entre bois et marais. L’eau est puisée dans la Seine et dans les rivières avoisinantes.
Les nouveaux maîtres des lieux réorganisent l’urbanisme. Durant l’époque gallo-romaine, la cité s’étend sur 52 hectares en direction de la rive gauche et de la montagne Sainte Geneviève, pour une population avoisinant les 6.000 habitants. Les Romains sont très soucieux de leur hygiène. Ils ont besoin d’un apport régulier d’eau que les aqueducs leur procurent. L’aqueduc d’Arcueil, long d’une vingtaine de kilomètres, puise l’eau des sources de Rungis et de Wissous. Il amène 24m3 d’eau par jour, qui est ensuite dispatchée à travers les fontaines, les thermes et les villas par des canalisations en plomb. L’eau usée est rejetée dans les champs ou les ruelles. Un égout, suivant le tracé de l’actuel boulevard Saint Michel, déverse une partie des eaux usées dans la Seine.

A partir du Xe siècle, Paris devenue la capitale du royaume, se développe. De nouveaux quartiers sont construits sur la rive droite. Au milieu du XIVe siècle, avec ses 200.000 habitants vivants sur 450 hectares, Paris est l’une des villes les plus peuplée d’Europe. Les habitants vivants à proximité de la Seine puisent l’eau directement dans le fleuve, tandis que les autres s’approvisionnent aux dix-huit fontaines toujours alimentées par les aqueducs. Les religieux du prieuré Saint Lazare et les moines de Saint Martin des Champs prennent parfois en charge la construction d’aqueducs, tels ceux du Pré Saint Gervais et de Belleville pouvant amener jusqu’à 400m3 d’eau. Les fontaines sont parfois éloignées du lieu d’habitation. Un nouveau métier voit le jour, celui des colporteurs d’eau.
Les eaux usées sont déversées directement dans les rues, formant des mares putrides. L’ancien bras de la Seine sur la rive droite et les fosses des remparts servent d’égout à ciel ouvert. L’air est chargé d’odeurs pestilentielles. L’insalubrité gagne la ville causant des épidémies. Pour lutter contre ce phénomène, le roi Philippe Auguste fait paver les rues qui sont fendues au milieu par une rigole. Le prévôt des marchands Hugues Aubriot fait construire en 1370 à Montmartre le premier égout couvert. Le fleuve charrie les déchets des villes situées en amont, auxquels s’ajoutent ceux des Parisiens.

Durant l’époque moderne, la population parisienne se stabilise avant de s’accroitre à nouveau au XVIIe siècle, avoisinant les 500.000 habitants. La ville s’étend sur plus de 1100 hectares. Les moyens d’accès à l’eau potable demeurent identiques à ceux du Moyen-âge. Marie de Médicis ordonne la construction des aqueducs de Rungis et de l’Hay les Roses, qui fournissent à eux deux 1000m3 d’eau par jour. L’innovation de la période réside dans les pompes ponctionnant l’eau de la Seine. En 1607, Henri IV fait installer la pompe de la Samaritaine près du pont neuf qui fonctionnera jusqu’en 1813. En 1670, elle est secondée par une autre pompe installée sur ordre de Louis XIV près du pont Notre-Dame. A la fin du XVIIIe siècle, les frères Périer construisent les pompes de Chaillot et du Gros Caillou. Elles sont plus performantes, car elle utilise le moteur à vapeur. Elles extirpent jusqu’à 5400m3 par jour. Le nombre de fontaines demeure insuffisant. Le métier de porteur d’eau reste très lucratif. La corporation compte 20.000 employés à la fin du XVIIIe siècle.
Le problème de l’assainissement de la ville devient crucial. François Ier impose les fosses sous immeubles. Il crée la corporation des maitres fifi, qui ont pour tâche de les vider et transporter leur contenu vers les fossés d’enceinte. Sous Louis XIV, le réseau d’égout commence à apparaitre. Michel Etienne Turgot construit le grand égout de Ménilmontant. L’apparition d’égouts voutés atténue l’odeur. Cependant, les eaux usées sont toujours rejetées dans la Seine. La qualité de l’eau ne cesse de se dégrader.

Malgré l’installation de pompes à vapeur, l’approvisionnement en eau devient insuffisant en cette fin de XVIIIe siècle. Lors d’une conversation avec Chaptal, Napoléon Bonaparte, lui confie son désir de réaliser quelque chose de grand pour Paris. Chaptal lui aurait répondu : « Dans ce cas, offrez leur de l’eau ». En 1802, le premier consul ordonne la construction du canal de l’Ourcq, qui amène l’eau de l’Ourcq et de la Beauvronne jusqu’à Paris. Ce canal apporte une eau de meilleure qualité, mais la majorité des eaux usées est toujours rejetée dans la Seine où les Parisiens puisent leur eau. La dégradation de la qualité de l’eau est l’un des facteurs de l’épidémie de choléra de 1832. Parallèlement, Napoléon Bonaparte confie à deux ingénieurs l’amélioration du réseau d’égouts. Emmanuel Bruneseau effectue un relevé complet du réseau. Alphonse Duleau développe le réseau d’égouts voûté et le porte à trente kilomètres.
Au milieu du XIXe siècle, Paris compte plus de 1.8 millions d’habitants répartis sur 8000 hectares. Napoléon III charge l’ingénieur Eugène Belgrand de moderniser le réseau hydraulique de la capitale. Ce dernier conçoit des aqueducs couverts pour amener l’eau de rivières moins polluées vers des réservoirs de stockage, tel celui de Montsouris encore visible de nos jours. L’eau est ensuite distribuée aux 208 fontaines du réseau. Les eaux de médiocres qualités sont employées pour les besoins des services publics. En 1853, un décret instaure la création de la Compagnie générale des eaux. Il s’agit d’une société privée chargée de distribuer l’eau aux particuliers par abonnement. Ce décret marque la fin des porteurs d’eau. Entre 1865 et 1900, trois nouveaux aqueducs sont construits, celui de la Dhuis, de la Varenne et du Loing.

A la fin du XIXe siècle, l’eau de source ne suffit plus à satisfaire tous les besoins de la population. Au cours du XXe siècle, l’électricité remplace la vapeur pour l’alimentation des pompes. De nouvelles sources sont captées afin de répondre à une demande toujours croissante. En 1977, la ville reçoit 500.000 m3 d’eau par jour, tandis que la station d’Achères traite plus de deux millions de m3 d’eau par jour. Deux autres stations sont construites à Versailles et à Noisy le Sec.
Des techniques de filtrage sont mises au point. Les eaux de la Seine et de la Marne sont épurées avant d’être distribuées. La première station d’épuration est bâtie à Saint Maur en 1896. Le dernier égout à ciel ouvert est couvert en 1911. Le réseau d’égouts de Belgrand déplace la pollution en aval de Paris. A Clichy, les habitants du bord du fleuve déménagent pour échapper à des bulles de méthane pouvant atteindre un mètre de diamètre. La ville de Paris aménage à Achères, Carrières-Triel et à Mery-Pierrelaye dans les Yvelines de vastes terrains d’épandage où les eaux subissent une épuration naturelle avant leur rejet en rivière. Ces terrains deviennent insuffisants dès 1935. La ville de Paris décide la construction d’une gigantesque station d’épuration à Achères.

Aujourd’hui, le réseau d’égout mesure 2100 kilomètres et comprend 18.000 bouches d’égout et 6.000 réservoirs de chasse. La descente dans les galeries se réalise à partir des 26.000 regards d’accès implantés sur les trottoirs tous les cinquante mètres. La question de l’approvisionnement en eau est réglée. Le problème de l’épuration des eaux et de la pollution de la Seine demeure.

Sources
Texte : Notes prises lors de la visite des égouts de Paris faite en juillet 2013.

Image : Les égouts de Paris

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