samedi 7 septembre 2013

Meaux : cité épiscopale (Seine et Marne)

La ville de Meaux est située au Nord de la Seine et Marne dans un méandre de la Marne et dans la région fertile de la Brie. Le site est propice à l’installation humaine. La ville est attestée dès l’époque gallo-romaine. La cité, appelée Meldus en latin, se dote de remparts au IIIe siècle, dont une partie est toujours visible de nos jours. Les habitants de Meaux, les Meldois, tire leur nom de l’ancienne appellation de leur ville. Siège de l’évêché, le palais épiscopal constitué de la cathédrale et des divers bâtiments conventuels, en constitue le cœur.


La construction de la cathédrale débute au XIIe siècle sur l’emplacement de l’église mérovingienne. Elle ne s’achève officiellement qu’au XVIe siècle faute de financement, à cause de la guerre de Cent ans et de l’occupation anglaise. Dans les faits, elle ne fut jamais réellement achevée, comme en témoigne la deuxième tour remplacée par un simple clocher recouvert d’ardoises, d’où son nom de « tour noire ». De petite taille, la cathédrale mesure à peine 85 mètres de long pour une hauteur de 45 mètres. En comparaison, Notre Dame de Paris mesure 130 mètres de long pour une hauteur de 69 mètres. Les architectes ont employé la pierre de Varreddes issue d’une carrière à proximité du chantier. Cette pierre reflète la lumière de part sa blancheur. A contrario, elle se salit rapidement.
L’architecture de la cathédrale reflète la longueur du chantier. Trois styles architecturaux s’accolent les uns aux autres. Les croisés de la nef sont de styles roman, reconnaissable par leurs arcs voûtés. Les arcs brisés et les grands vitraux du chœur sont synonymes de style gothique. Enfin, les sculptures en dentelle de pierre de l’entrée sont typiques du gothique flamboyant du XVe siècle.
La cathédrale ne possède plus aucun vitrail d’origine. Ils ont tous été soufflés par l’explosion d’une poudrière durant la guerre de 1870. Il ne reste plus qu’un vitrail original représentant la vie de Saint Etienne.

La cathédrale est le siège de l’évêque, qui possède sa résidence dans un bâtiment à proximité, de l’autre côté d’une vaste cour. Le palais possède une architecture hybride composé d’éléments gothique et classique. Il abrite aujourd’hui un musée.
Dans l’angle de la cour, les chanoines possédaient leur propre résidence. Lors de son séjour à Meaux, Victor Hugo décrit leur bâtiment. Sa construction date du XIIIe siècle. Le sous-sol renferme une cave servant à la conservation des vins et des archives. Le rez-de-chaussée et le premier étage contiennent les pièces à vivre des chanoines. Les combles sont employés comme grenier pour le stockage des grains. Ils sont ainsi protégés de la gourmandise des rats. La présence du grenier à grain démontre la perception d’un impôt en nature par les chanoines. En 1930, une passerelle couverte relie la maison des chanoines à la cathédrale.
Un jardin se situe derrière le palais épiscopal. Sa forme actuelle date du XVIIe siècle. Il est dessiné à la française par André Le Nôtre. Des plantes médicinales et potagères y sont toujours plantées, afin de rappeler son emploi au Moyen Age. Sous le règne de Louis XIII, l’évêque rachète la partie des remparts bordant le parc. Ils sont aménagés en jardin privatif, ce qui suppose que les jardins étaient libre d’accès.

La cité épiscopale renvoie à plusieurs personnages historiques. La cathédrale porte le nom de Saint Etienne, dont la vie est retracée sur le vitrail restant. Dans la Bible, Etienne est un juif converti au christianisme, choisi pour assister les apôtres. Condamné pour blasphème par le Sanhédrin, le tribunal juif, il est traîné hors des murs de Jérusalem et lapidé à mort. Il est considéré comme l’un des premiers martyrs.
L’évêché a été administré par deux évêques de grande renommée. Le premier d’entre eux est Guillaume Briçonnet nommé par François Ier. Il cherche à lutter contre la dépravation des mœurs et le relâchement de la discipline ecclésiastique. Il encourage les prédications pour raviver la foi. Il réunit plusieurs théologiens autour de lui. Ils forment le cénacle de Meaux, véritable foyer de réflexion sur la réforme de l’Eglise. Il s'agit de retourner aux sources du christianisme, vers l'enseignement originel du Christ en répandant le Nouveau Testament en français. Guillaume Briçonnet sera inquiété pour protestantisme, mais sera innocenté.
Le second évêque d’importance est Jacques Bénigne Bossuet, surnommé l’Aigle de Meaux. Ses sermons et ses oraisons ont fait sa renommée. Il reçoit l’évêché en 1681. Résidant à la fois à Versailles et à Meaux, il visite son évêché avec le but d’améliorer son fonctionnement et la prédication réalisée par ses curés. Il défend, à travers ses écrits, un catholicisme gallican contre les protestants et la trop forte intervention de la Papauté dans les affaires du royaume de France. Il meurt à Paris, mais souhaite être enterré à Meaux. Son corps repose dans la crypte sous la cathédrale.

Une petite porte de la nef donnant sur la cour porte le nom de Montgardon, un grand bandit de la région au Moyen Age. Ce dernier, poursuivi par les hommes du guet, cherche à se réfugier dans la cathédrale. L’église constitue un lieu d’asile placé sous la juridiction de l’évêque et non du seigneur. Dans sa précipitation, Montgardon se cogne la tête contre le linteau et s’assomme. Seul l’un de ses pieds touche les pavés de la cathédrale. Les hommes du guet l’arrêtent et le seigneur le condamne à la mort par pendaison. L’évêque et les chanoines contredisent le jugement rendu, car Montgardon ayant réussi un poser un pied dans la cathédrale, aurait dû être jugé par leur tribunal. Le seigneur et l’évêque se retrouvent en procès. Ce fait rappelle les problèmes de juridiction et les luttes de pouvoir entre les laïcs et les clercs.

sources : 
Textes : visite guidée de la cité épiscopale de Meaux, mars 2013
Image : photo de Benjamin Sacchelli

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