jeudi 6 décembre 2012

Europe: histoire d'une légende, histoire d'une déesse.

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A un moment où l’Union Européenne vit une période de grave crise politique et de conscience, il est toujours bon de faire un rapide – mais crucial – retour en arrière. J’apprécie lorsque je débute une leçon pour mes élèves de leur demander les origines d’un lieu, d’une étymologie ou d’un événement. Souvent les réponses fusent et sont lancées au hasard, tentant vainement d’approcher la vérité. La contemporaine, et encore plus l’histoire de L’UE, ne m’ont jamais passionné, bien que je reconnaisse leur importance. Aussi, qu’elle fut ma surprise lorsque, demandant bien naïvement à ma classe, qu’elles étaient les origines de cette instance dirigeante, de recevoir comme réponse : « M’sieu, ça vient d’un taureau ! ». La classe rigole à l’unisson, mais j’interviens pour lui dire qu’il n’a pas vraiment tort, mais qu’il confond Union Européenne et Europe, nom de notre pseudo-continent. Je regarde ma montre. Tant pis, je vais perdre quelques minutes dans mon cours, mais l’Antiquité et ses mythes m’appellent irrésistiblement.

Il y a le mythe explicatif et la réalité linguistique et étymologique. Débutons par le mythe. La belle Europe, est une jeune fille de sang royale. Fille du roi phénicien de Tyr Agénor et de Téléphassa, elle est probablement jeune lorsque le grand Zeus, roi des dieux la remarque. Lorgnant loin de son palais de l’Olympe, ce grand amateur de belles jeunes filles terriennes, tombe sous le charme de la princesse phénicienne et se met en tête de la charmer. Mais comment ? Sa femme, la belle mais néanmoins jalouse – et on veut bien la comprendre – Héra vielle sur les agissements de son époux. Il élabore un plan. Voilà Europe jouant sur une plage en compagnie d’amies et de servantes. Zeus se grime en taureau et part en chasse. Il apparaît sur la plage, blanc, majestueux, au milieu de toutes ces filles qui prennent peur. Pas Europe ! Plutôt craintive au début, elle se laisse attirer par cet animal paisible et robuste qui se couche à ses pieds. Europe se laisse aller à quelques caresses. Sa hardiesse la pousse à tenter de chevaucher le taureau. Zeus comprend que c’est le moment ! Il se relève, et se jette à la mer, sa pauvre captive sur l’échine, criant, pleurant et suppliant son ravisseur de faire demi-tour ? Elle s’accroche à ses cornes et voit, avec effroi, la côte s’éloigner. Zeus sait où aller. La terre qui verra ses amours avec Europe est une île qui, selon les propres mots du barde aveugle Homère, «  ravit les yeux » : la Crète. Le dieu est né et a passé son enfance cachée sur cette île. Accostant, il reprend sa forme initiale et Europe ne peut que succomber au charme de celui qui l’a enlevée. De leur union va naître le grand Minos roi célèbre de Cnossos, Sarpédon et Rhadamante. Chacun fera édifier une cité sur l’île et deviendront à leur mort les trois juges des enfers. Zeus doit abandonner la douce Europe et celle-ci épouse le roi Astérion. Ce dernier, pour célébrer son union avec celle qui fut choisie par Zeus, adopte ses enfants et lui montrant le nord, lui raconte qu’il existe une grande terre au delà des mers, là où se trouve le palais des dieux, et qu’il donne le nom « d’Europe » à cette terre !


Le mythe est beau et est empli de mysticisme. Les Grecs sont redoutables pour cela. Par leurs mythes, ils racontent et expliquent de manière imagée l’origine des choses. Tyr et la Crète n’ont pas été choisies par hasard. Nous pensons aujourd’hui que le terme « Europe » vient du phénicien, langue sémitique dont l’arabe est aujourd’hui une descendante.  Dans cette langue « aruba » (nous savons que la lettre a et le phonème eu sont interchangeables ainsi que les lettres p et b, ce qui donne « Eurupa ») veut dire belle femme et c’est la caractéristique d’Europe. Le père d’Europe, Agénor, fils de Poséidon et de Lybie, est originaire d’Egypte avant de devenir roi de Tyr en Phénicie. Nous avons ici une Europe dont l’origine à l’Egypte et la Phénicie (que l’on rattache au monde sémitique de la Mésopotamie), terres sacrées, anciennes d’où sont nées les principales caractéristiques de la civilisation. Enfin la Crète. Cette île a vu naître une des plus brillantes civilisations antiques : les Minoens. Dans la légende, Zeus est née sur cette île. Des recherches poussées semblent attester que ce dernier ait été une divinité minoenne avant de devenir grecque. Le monde minoen a cessé d’exister après de nombreuses catastrophes dont l’envahissement de l’île par les Mycéniens, les premiers « vrais » Grecs ! Les Mycéniens ont ramené dans leurs butins des dieux, des pratiques, des techniques… l’essence même de la civilisation minoenne ! Enfin l’archéologie a démontré l’énorme influence orientale sur l’architecture et les très nombreux contacts commerciaux et diplomatiques entre le monde égyptien, sémitique et minoen.  Le trait d’union entre le vieux monde sémitique et la future Europe (continent) c’est fait en Crète.

Et pourquoi le taureau ? Là encore c’est dans le monde minoen qu’il faut regarder. Le taureau est un symbole du masculin, du viril. Or en Crète, la taureau est non seulement adoré, vénéré mais il existe un jeu, qui a sans doute fait la renommé de la Crète pendant l’antiquité : la tauromachie. Le jeu consistait à voltiger… au dessus du taureau et de réaliser ainsi une prouesse quasi gymnastique ! A noter, que le taureau dans lequel Zeus avait pris forme s’envola dans le ciel une fois son rôle terminé et forma la constellation qui porte son nom.

L’histoire d’Europe est donc une allégorie d’un long processus d’échanges, de contacts et de déplacement de populations. L’orient d’alors était le berceau des valeurs civilisatrices et des sciences. La Crète, puis la Grèce ont transféré ces valeurs et les ont développé à leur tour… Et nous perdons tout cela au fur et à mesure.

1 commentaire:

  1. bonjour je trouve que le fait qu'un prof fasse sa est remarquable merci

    un collégien de 3éme qui fait son oral de brevet blanc

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