jeudi 6 septembre 2012

La naissance de Dieu

A partir du IVe millénaire av JC, les panthéons polythéistes s’érigent en parallèle de l’urbanisation et de la centralisation du pouvoir. Ces religions ne proposent ni dogmes, ni croyances obligatoires. Seuls les rituels importent et de ces derniers découlent l’harmonie du monde et l’ordre au sein des cités et des Etats.
En Mésopotamie, il existe plus de mille divinités. Elles sont chapeautées par l’une d’entre elles. La divinité supérieure du panthéon change en fonction de la situation géopolitique de la région. Ainsi, lorsque Babylone devient la capitale politique, économique et religieuse de la Mésopotamie unifiée, Marduk, dieu protecteur de la cité, devient le roi des dieux à la place d’Enlil, le dieu de la cité de Nippur, sans que celui-ci soit nié.
Contrairement à la Mésopotamie et à l’Egypte, les Grecs et les Romains ne laissent pas les affaires religieuses à un seul homme. Chaque cité possède son dieu titulaire servant à identifier le citoyen. Celui-ci doit obligatoirement rendre honneur au dieu de la cité au risque de troubler l’ordre cosmique et donc l’ordre social. Rien ne l’empêche en parallèle, s’il le souhaite, d’honorer d’autres divinités.


Le judaïsme est considéré comme la première religion monothéiste. Néanmoins, l’histoire montre qu’il y a des tentatives de monothéisme avant l’apparition de Yahvé.
Au –XIVe siècle, le pharaon Amenhotep IV impose le culte d’un dieu unique, celui d’Aton, dieu de la vie et de la lumière. Rebaptisé Akhenaton, le pharaon rejette la tradition polythéiste. Il change, par une révolution religieuse, l’ensemble du système cultuel de l’Egypte. Les images des autres divinités sont effacées, les temples sont fermés et les cultes sont interdits. Le culte d’Aton n’est pas une révélation. Le pharaon ne se considère pas comme un prophète. Seul Aton juge les hommes après leur mort. Le règne d’Akhenaton a traumatisé les Egyptiens. Cette révolution était une hérésie qui a bouleversé l’ordre cosmique et qui, sur le long terme, risquait d’engendrer la fin du monde. Après la mort du pharaon, les cultes anciens sont rétablis et le nom du roi hérétique est effacé.
Au second millénaire av JC en Iran, Zarathoustra reçoit la parole du dieu Ahura Mazda, le créateur des quatre éléments. Ce dernier lutte contre un être maléfique appelé la Tromperie. Le zoroastrisme est issu des religions indiennes en les épurant. Les zoroastriens doivent lutter contre l’esprit maléfique. Si dans leurs vies, ils n’ont pas succombé au mal, ils gagnent le paradis. Le zoroastrisme présente trois similitudes avec les religions du livre : monothéisme, lutte du bien contre le mal et jugement dernier. Cette religion s’est développée en Perse à la même époque que l’exil des Hébreux à Babylone. Aujourd’hui, le zoroastrisme compte environ 150.000 fidèles dans le monde principalement en Iran et en Inde.
Au Ve siècle av JC, les philosophes grecs cherchent un principe explicatif à l’ordre cosmique, ailleurs que dans les mythes jugés incohérents et immoraux. Ainsi, Platon imagine une divinité ayant fabriqué le monde et dans lequel les autres dieux se sont installés. Aristote prolonge l’idée du grand architecte en émettant l’idée que cette divinité suprême n’intervient ni dans la vie des hommes, ni sur le cours des évènements. Les réflexions des présocratiques et des stoïciens sont reprises par les penseurs romains, puis par les premiers chrétiens.


Il a fallu des siècles pour que les Hébreux n’aient qu’un seul dieu. Yahvé signifie « être » ou « souffler », un nom à mettre en relation avec le dieu Baal (le vent) très prisé en Phénicie. Dans ses commandements, Yahvé reconnaît l’existence des autres dieux, mais il exige d’être le seul à recevoir un culte du peuple d’Israël. On parle de monolâtrie plutôt que de monothéisme. Les premiers livres de la Bible relatent la lutte de Yahvé contre les autres dieux. Cette lutte symbolise les batailles historiques des Hébreux dans la région. Le culte de Yahvé reprend des procédés de cultes païens, tels les autels et les offrandes. Il est parfois marié comme les autre dieux.
L’exil à Babylone est le déclencheur du monothéisme. Yahvé n’est pas moins fort que Marduk. Ce dernier utilise les Babyloniens pour punir son peuple n’ayant pas respecté ses commandements. Yahvé agit sur tous les peuples, renforçant de la sorte son caractère universel. Ainsi, Yahvé finit par perdre son nom devenu inutile puisqu’il n’a plus à être différencié des autres divinités.
La Bible hébraïque empruntent de nombreux textes issus d’autres cultures, tel le récit du déluge à l’épopée de Gilgamesh, la naissance de Moïse ressemblant fortement à celle du roi perse Sargon ou l’épisode du veau d’or faisant référence au culte du dieu égyptien Apis. En puisant de multiples références, les rédacteurs judéens ont voulu donner au peuple hébreu, confronté aux autres puissances, les instruments d’une légitimité théorique de sa politique et les moyens de sa survie spirituelle.
Yahvé est un dieu interventionniste, qui marche au côté de son peuple. C’est un juge récompensant la foi et châtiant la transgression de la Loi en infligeant des épreuves. Jésus insiste davantage sur le rôle paternel de Dieu et sur l’amour qu’il éprouve pour tous les hommes. Il n’y a plus de terre promise, mais un royaume céleste où les hommes se rendront après leur mort. Le christianisme, se posant en religion universelle, entend se propager à tous, comme le montre le prosélytisme de Jésus et de ses apôtres. A la fin du Ier siècle, la doctrine de l’incarnation de Dieu en Jésus est en contradiction avec la doctrine de la transcendance juive et entérine le divorce entre les deux religions pourtant liées au départ. A la fin du XIe siècle dans la ville de la Mecque, Mahomet professe une nouvelle religion au nom du Dieu unique. Plus qu’une révolution, l’Islam se veut une réforme de la religion pour rétablir la pureté originelle en prônant un monothéisme plus radical. L’Islam montre l’image d’un Dieu impénétrable. Il permet d’organiser la vie en communauté et de fédérer les tribus arabes.


Aujourd’hui un peu plus de quatre milliards d’êtres humains se revendiquent d’une des trois religions du Livre qui constituent les religions dominantes sur Terre. Néanmoins, le polythéisme n’est pas mort. Depuis les années 1980, un nombre croissant d’individus se réclame de religion celte, nordique ou du chamanisme. Leurs adeptes refusent les valeurs et les dogmes des grandes religions et rejettent la supériorité prétendue de celles-ci.


Image : Dieu, détail de la fresque de la Chapelle Sixtine de Rome réalisée par Michel Ange
Source image : jacobhistgeo.over-blog.com





2 commentaires:

  1. Vraiment très belle documentation sur les récits bibliques et les découverte "archéo-théologiques" sur les sémites et autres asiates. La synthèse est intéressante et croise tous à fait les points de vues actuels sur les origines de ces mythes. Le lien avec les débuts des déistes est très important aussi et assez rare. J'aurais une autres thèse à faire partager sur l'épisode du veau d'or (cf Vidéos/cours de Thomas Römer sur le site du collège de france). En fait comme vous le suggérez le veau d'or est contemporain d'une époque ou le polythéisme n'est pas encore un problème pour ces peuples sémites et se réfère plutôt comme à leurs origines proposées aux dieux cananéens pouvant être représentés par des taureaux ou veaux (la corne symbolisant la puissance). Le passage sur le veau d'or insiste en fait sur le fait qu'il ne faut pas représenter le dieu YHVH ce qui est une des révolutions théologique pour cette époque.

    RépondreSupprimer