mardi 1 mai 2012

Histoire abrégée du Cap Vert

La découverte
Le Cap-Vert est un archipel de dix îles situées au large des côtes du Sénégal. Les îles connaissent un peuplement primitif et sporadique composé tour à tour de naufragés, de commerçants récoltant du sel et de guerriers exilés du Sénégal. Cependant, aucune population ne s’est imposée de manière durable.
Depuis la chute de Constantinople, la route de la soie est peu sûre pour les convois européens. Dans ce contexte, les Portugais cherchent une route maritime pour contourner l’Afrique en vue de rejoindre l’Inde et la Chine. Entre 1450 et 1462, les navigateurs portugais, Alvise Cadamosto, Diogo Dias et Antonio Noli découvrent les îles du Cap-Vert. Ce dernier est nommé gouverneur. Il s’installe sur l’île de Santiago avec sa famille, des compatriotes, constituant ainsi un premier noyau de peuplement.

Une implantation difficile
L’implantation portugaise au Cap-Vert pose des problèmes. Les îles connaissent un climat tropical. Le régime pluviométrique est contrasté. Aux périodes de sécheresse succèdent des périodes de fortes précipitations, qui forment des torrents de boue. De plus, le régime des pluies est irrégulier. A cela s’ajoute un fort vent sec provenant du nord-est. Par conséquent, les cultures européennes ne s’adaptent pas au climat capverdien. Les colons doivent importer d’autres produits originaires d’Amérique tels que le maïs et le manioc.
Très vite, les Portugais importent de la main d’œuvre servile en provenance du Golfe de Guinée, afin de cultiver les domaines agricoles. Les Africains apparaissent plus aptes à travailler sous un tel climat, car plus habitués et plus résistants. D’ailleurs, il est hors de question pour un Portugais de cultiver lui-même sa terre. Au XVIe siècle, le Portugal dispose d’un nombre suffisant de terres disponibles pour l’ensemble de ses paysans. Ceux s’installant au Cap-Vert cherchent à s’enrichir par l’exploitation de grands domaines agricoles.
Le Cap-Vert connaît un brassage ethnique et culturel. Les Européens apportent le mode vestimentaire, l’architecture, l’urbanisme et l’administration fondée sur le droit européen. Les Africains apportent les métiers à tisser, le mode de préparation de teinture des pagnes, la porterie et certaines techniques agricoles. N’ayant pas assez de femmes, les Blancs se tournent vers les Africaines, ce qui engendre des individus métis.

La plaque tournante du commerce atlantique
Le Cap-Vert constitue une escale incontournable pour les navires poursuivant vers le Sud ou se rendant en Amérique du Sud. Ils s’approvisionnent en vivre et en eau potable. Les avancées technologiques dans le domaine des transports ne remettent pas en cause cette situation. Au XIXe siècle, les navires s’approvisionnent en charbon. De nos jours, le port de Mindelo (Porto Grande) et l’aéroport de Sal confirment cette position. Le commerce est encadré par des compagnies maritimes, soutenues par la couronne portugaise, qui se retrouvent les unes après les autres en position de monopole. Afin de générer des bénéfices, le Cap-Vert est conçu comme une agriculture d’exportation. Ainsi, les cultivateurs produisent du coton, de l’orseille (sorte de lichens utilisé pour les teintures), de la canne à sucre et de la pourghère (plante utilisé pour la conception de savon), des peaux, de l’ambre, du sel et du corail jusqu’à sa relative disparition dû à sa surexploitation par les Italiens au XIXe siècle. Les produits du commerce sont essentiellement tournés vers le Portugal et les Etats-Unis.
Les esclaves demeurent le produit le plus lucratif. Ils proviennent du Golfe de Guinée et étaient destinés aux colonies portugaises et espagnoles d’Amérique du Sud. Les Portugais pratiquent des razzias le long des côtes. Le gros des contingents d’esclaves est fourni par les chefs locaux. Il s’agissait alors de prisonniers, de criminels et d’orphelins. Au Cap-Vert, les enfants nés d’esclaves constituent une autre source d’approvisionnement.
Il existe deux types d’esclaves : le bocal et le ladinos. Le second parle le portugais, est baptisé et possède parfois de l’instruction. Ainsi, le prix d’un ladinos peut varier du double au triple par rapport à un bocal, jugé non civilisé. Les ladinos occupent parfois des fonctions domestiques, administratives et de gestion. Leur travail peut éventuellement les mener à l’affranchissement. Le Cap-Vert sert de centre de transformation des esclaves bocal en ladinos avant leur revente, afin de générer des bénéfices.

De l’esclavage à la servitude
Sous la pression du Royaume-Uni, le Portugal décide, par décret du 25 février 1869, d’abolir l’esclavage. Ce décret n’entre en vigueur qu’en 1875. L’abolition de l’esclavage est très mal perçue par les propriétaires, qui risque de perdre une main d’œuvre bon marché et abondante et vitale pour l’exploitation de leurs grands domaines.
Pour compenser cet état de fait, le gouverneur peut réquisitionner et mettre au travail tous les vagabonds de l’île. L’indigène ne peut accéder à la citoyenneté portugaise qu’à certaines conditions, ne pouvant être remplies à cause du fort taux d’analphabétisme. De plus, l’octroi de la citoyenneté est laissé au libre arbitre du gouverneur.
Le Cap-Vert reste une colonie. Les élites locales se battent pour l’acquisition d’un statut juridique semblable à celui des Açores et de Madère, considérées comme « île adjacente » et bénéficiant d’un statut juridique proche de la métropole. En 1832, le Cap-Vert obtient le statut de province. Une assemblée, composée des élites locale est créée, afin de régler les situations spécifiques au Cap-Vert.

Une économie incapable de s’adapter
Dans le système capitaliste les profits servent à améliorer les moyens de productions. Dans le système esclavagiste pour des raisons économiques autant que de prestige social, les revenus ne visent qu’à accroître les surfaces cultivables et le nombre d’esclaves. Or, ce mode d’investissement entraîne la stagnation des techniques, l’épuisement des sols et la diminution des capitaux disponibles. Ainsi jusqu’au milieu du XIXe siècle, il n’y a pas de progrès techniques dans l’agriculture. Le déboisement et la pratique du pâturage intensive favorisent l’écoulement des eaux et donc l’érosion.
La situation économique du Portugal, au XIXe siècle, ne lui permet pas d’assurer la mise en valeur de l’ensemble de ses colonies. La Couronne doit recourir à des financements étrangers, notamment britanniques, contre d’importants privilèges commerciaux, qui sont autant de revenus en moins pour le Portugal. Le Cap-Vert ne fournit pas de matière première pour les industries portugaises. Son rôle reste cantonné aux services extérieurs. Les escales nécessitent la construction d’infrastructure de stockage et d’accueil. Le port de Mindelo, faute de moyens et d’une taxation importante, est concurrencé par Dakar.
Tout l’argent disponible sert au développement des infrastructures de commerce et non à l’industrialisation. Seuls les salines et les usines de transformations des produits halieutiques constituent les secteurs industriels dominants.

Un Etat indépendant
Le premier mouvement indépendantiste au Cap-Vert date des années 1820, suite à l’indépendance du Brésil. Les avancées des statuts juridiques de l’archipel et des métis ont amenuisé les revendications. Il faut attendre les années 1950 pour voir réapparaître un mouvement d’indépendance. Le PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) soutenu par l’URSS et dirigé par Amilcar Cabral, en sera l’instrument. Cabral œuvre pour la « réafricanisation des esprits ». Les métis, considérés comme supérieurs aux noirs par les colons, servent d’intermédiaires et sont parfaitement inclus dans le système colonial. En 1963, prenant appui sur les paysans, le PAIGC déclenche une lutte armée en Guinée Bissau, qui tourne en une véritable guerre. Au Cap-Vert, cette lutte reste politique et s’appuie sur la petite bourgeoisie. L’ONU reconnaît l’indépendance de la Guinée Bissau et condamne la violente répression opérée par le régime de Salazar. Le Portugal préfère accéder à l’indépendance du Cap-Vert devant la pression internationale. Le 5 juillet 1975 le Cap-Vert constitue un Etat indépendant.
Le nouveau gouvernement constitué par les membres du PAICV (ancien PAIGC) met en place une réforme agraire (nationalisation et redistribution des terres). Il limite les importations, afin de diminuer le déficit commercial. Placé sous l’établissement public, le commerce des denrées de première nécessité. Néanmoins, les transferts privés et l’aide extérieur permettent au Cap-Vert de se développer. De nos jours, le pays doit faire face à plusieurs enjeux : tout d’abord, continuer à renforcer l’unité du pays en travaillant sur l’identité culturelle capverdienne, ensuite, réduire les inégalités socio-économiques et développer le pays en ayant de moins en moins recours à l’étranger.


image :
maison d'agriculture dans la vallée de Paul sur l'île de Santo Antao, Cap Vert
photo de Benjamin Sacchelli

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