jeudi 8 décembre 2011

Alexandrie la Grande: Légende d'une fondation

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La tradition veut que le jeune roi macédonien, Alexandre, ayant défait par deux fois les armées du Grand Roi Darius III, entre en Égypte en libérateur. Il n'y restera guère qu'un an et pourtant ce voyage dans le pays millénaire des pharaons est une étape nécessaire dans le « devoir de conquête » d'Alexandre. Depuis l'enfance, il entend de la bouche de sa mère Olympias qu'il est le fils prodigue du dieu Amon-Zeus (les deux divinités sont considérées comme une entité semblable par les deux cultures) et doit faire reconnaître sa filiation divine par l'incontestable oracle du dieu Amon, caché dans le désert égyptien au sein de l'oasis de Siwa. Il se fait également proclamer pharaon et s'inscrit dans la lignée des pharaons en faisant reconstruire les temples abandonnés par les Perses et en rendant le culte aux divers dieux du panthéon. Mais, surtout, Alexandre a une idée derrière la tête. Une idée de génie : créer un immense comptoir commercial donnant sur la Méditerranée, une ville riche qui serait la plaque tournante du savoir, des cultures, du commerce et une grande capitale de l'empire qu'il est en train de dessiner. Elle s’appellera Alexandrie. Alexandrie la Grande.

Le lieu de fondation de la cité n'est pas choisi au hasard. Quoi qu'en disent les diverses légendes, Alexandre porte son choix sur une bande de terre connue, certes marécageuse, mais qui a l’avantage de donner sur la mer et d'être approvisionnée en eau douce. De par son importance, son positionnement en fera un passage nécessaire entre le Nil et la Méditerranée, une sorte de comptoir grec en terre d’Égypte. Là, une très petite communauté de bergers et de petits agriculteurs occupe probablement déjà ce site qui pourrait – mais l'archéologie ne l'a pas encore prouvé – avoir abrité une ancienne cité ou un bastion militaire. Enfin, cette terre possède l'immense avantage d'être citée dans l’Odyssée d'Homère : au bout d'un bras de terre pourfendant la mer, émerge des flots l'île de Pharos, sur laquelle Ménélas, roi de Sparte et mari d'Hélène, vint s'échouer à son retour de Troie et dut affronter la divinité Protée. Cette île de Pharos abritera le célèbre édifice qui portera son nom : le phare d'Alexandrie. Une telle source d'inspiration ne peut déplaire à Alexandre qui garde à ses côtés en toute circonstance – sauf peut-être au combat - une version de l’Iliade que pourrait lui avoir  offert Aristote pendant sa formation à Mieza. Homère serait alors la muse inspiratrice de la fondation de la cité. A titre d'anecdote : à son entrée en Asie, Alexandre se recueille sur la tombe d'Achille à Troie et récupère les armes supposées du fils du roi Pélée, preuve de son attachement à la mythique histoire de l'âge d'or décrite par le poète aveugle.

Alexandrie ne naît pas que du désir d'un seul homme. Elle est voulue et approuvée par les dieux ! En effet, les légendes sont nombreuses quant à l'intervention des divinités dans la fondation et la construction de la cité. Sérapis, future divinité poliade de la ville et de l’Égypte, née du syncrétisme entre la religion grecque et égyptienne, inspire Alexandre par un songe lui annonçant la réussite future de sa cité qui sera pour lui comme un tombeau sur lequel de nombreuses générations viendront le vénérer. Oublions cette fable, élaborée par la dynastie ptolémaïque après la mort du conquérant, qui cherchait avant tout à légitimer le rapatriement du corps d'Alexandre à Alexandrie. Les diverses sources racontent qu'Amon-Zeus intervient à de nombreuses reprises dans l'épopée de son « fils ». Les oiseaux (corbeaux, aigles...), emblèmes du souverain de l'Olympe, apparaissent plusieurs fois en Égypte. La première fois concerne la fondation d'Alexandrie. Ne disposant ni de chaux ni de terre blanche pour tracer au sol les limites des rues et des bâtiments, Alexandre fait verser en remplacement de la farine blanche destinée initialement à la ration des soldats. La volonté du dieu de l'Olympe apparaît sous la forme d'une nuée d'oiseaux qui picorent l'ensemble de la farine. Horreur ! Est-ce un funeste présage ? Non, répond Aristande, le devin attitré du roi : au contraire, les oiseaux se nourrissant bien est un signe que la cité sera opulente, riche et apportera la prospérité à ses habitants. Amon ou bien même Zeus fait également apparaître sur les chantiers des serpents qui, sortant de terre, n'attaquent aucunement les ouvriers et gardent les pierres !

La vie d'Alexandre le Grand est une épopée si fabuleuse qu'elle en devient le plus souvent plus légendaire que véridique. Et pourtant, il y a une part en nous qui voudrait croire à la geste symbolique de ce fabuleux personnage de l'Histoire. Alors, bien évidemment, la fondation de la merveilleuse cité d'Alexandrie – une des plus vieilles cités du monde antique encore debout et en activité – épouse le même chemin que son créateur, à savoir un choix voulu par les dieux, l'apparition de phénomènes extraordinaires et un avenir décrit en tout point comme radieux. Laissons à Sérapis le mot de la fin :

« Voici le privilège de cette ville : elle sera traversée de belles eaux, n’aura pas d’égale pour la masse de ses populations, et se distinguera par la douceur de son climat. C’est moi qui en serai le protecteur, afin qu’aucun malheur, soit famine, soit séisme, ne la frappe de manière fatale, mais en sorte qu’on la traverse en filant comme un songe. Beaucoup de rois y viendront, non pour y faire la guerre, mais pour empressés de s’y prosterner. Quant à toi, une fois que tu auras rejoint les dieux, tu recevras l’hommage des prosternations devant ton cadavre et tu ne cesseras jamais de recevoir les offrandes d’une multitude de rois. Tu habiteras aussi à la fois mort et vivant : car tu auras pour tombeau cette ville que tu édifies »                                    
                                                                                               Roman d’Alexandre, Pseudo-Callisthène




Autant de légendes sur la cité d'Alexandrie que vous pouvez retrouver dans l'excellent ouvrage de Paul-André Claudel : ''Alexandrie, Histoire d'un mythe'' aux éditions ellipses.

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