jeudi 24 novembre 2011

Cavour : artisan ardent de l'unité italienne

Cette année, l’Italie fête les 150 ans de son unité. Au milieu du XIXe siècle, une mosaïque d’Etats autonomes constitue la péninsule : le royaume des deux Siciles au Sud, les Etats Pontificaux au Centre. Au Nord, le duché de Parme, de Modène et de Toscane, le royaume de Piémont Sardaigne, la Vénétie et la Lombardie sont tous sous la domination de Vienne. Les tentatives de révoltes de 1848 ont fait naître en Italie un sentiment nationaliste. Sentiment qui contraste avec la situation politique et la situation des autres pays européens. L’Autriche réprime violemment ces mouvements nationalistes. Le royaume de Piémont Sardaigne gouverné par Victor Emmanuel II de Savoie parvient à garder une relative autonomie. Son premier ministre, le comte de Cavour, tire les leçons de cette révolte. C’est un aristocrate libéral qui s’oppose aux nationalistes.


Cavour est convaincu que seule une aide étrangère pourra permettre de chasser les Autrichiens et laisser les Italiens créer librement leur unité nationale. Ses idées politiques le mènerait à requérir l’aide de la Grande Bretagne, mais son côté pragmatique le conduit vers la France. Pour ce faire, il envoie à Paris sa belle cousine, la comtesse de Catisglione, âgée de 19 ans, afin de séduire Napoléon III. La comtesse sait se faire remarquer rapidement aux Tuileries. Le carrosse impérial est souvent garé à l’entrée de l’hôtel de la comtesse. Cavour exulte.
Néanmoins, tout est remis en cause le 14 janvier 1858. Une bombe explose sur les marches de l’opéra de Paris, à l’instant même, où le couple impérial arrive. L’attentat tue douze personnes et en blesse 156. L’investigateur du complot est le comte Orsini, un nationaliste piémontais. Durant le procès, Orsini conjure l’empereur d’aider son peuple qui souffre, lui promettant la reconnaissance éternelle de toute l’Italie. Les nationalistes sont condamnés à mort. L’opinion publique française plaint ces Italiens obligés de commettre de tels actes pour se faire entendre et soumis au joug des Autrichiens. Napoléon III demande à Cavour de le rejoindre à Plombières. Le 8 juillet 1858, l’empereur lui confie son intention de venir aider les Piémontais. Cavour rentre à Turin satisfait, mais déchante vite. Napoléon III hésite. La Prusse est favorable à l’Autriche et la Grande Bretagne souhaite à tout prix maintenir l’équilibre des forces sur le continent. Cavour et la comtesse de Catisglione ne cessent de harceler Napoléon III. Le premier ministre multiplie les provocations. L’empereur François Joseph d’Autriche le somme d’arrêter ses manigances. Cavour refuse. L’Autriche envahit le Piémont.

La guerre est déclarée et les Français s’engagent à porter secours aux Piémontais. Napoléon III arrive à Turin à la tête de ses troupes. Les habitants le reçoivent comme un empereur romain et le proclame « libérateur de toute l’Italie ». Napoléon III organise l’intendance et se met en marche. Il contourne l’armée autrichienne. Le 4 juin 1859 à Magenta, le général Mac Mahon inflige une cuisante défaite aux Autrichiens. Ayant subis de lourdes pertes, ces derniers se replient sur la Vénétie. François Joseph prend la tête des opérations. Les combats reprennent. La bataille de Solferino du 24 juin 1859 est une véritable boucherie et voit une nouvelle fois les Français l’emporter. Napoléon III est écoeuré par la violence des combats. Par ailleurs, cette guerre qui affaiblit l’Autriche, renforce la Prusse. Napoléon III préfère concentrer ses troupes sur les abords du Rhin, plutôt que de les employer en Italie du Nord. Il signe la paix de Villafranca. L’Autriche garde ses territoires italiens, excepté la Lombardie qui passe sous protectorat français.

Cavour est furieux. Avec l’aide du général Giuseppe Garibaldi, qui devient son bras armé, il réactive des révoltes contre l’Autriche. Peu à peu, le mouvement gagne les principautés du Nord et les pouvoirs en place s’effondrent. Les nouvelles assemblées proclament leur attachement au royaume de Piémont Sardaigne. L’Autriche est trop affaiblie militairement pour envoyer des hommes réprimer ces révoltes. En échange de la cession de la Savoie et du comté de Nice, Napoléon III favorise l’annexion de la Vénétie au nouveau royaume d’Italie. Garibaldi se lance à l’annexion du royaume des Deux Siciles. Il s’appuie sur les mouvements insurrectionnels siciliens et sur la bourgeoisie craignant de perdre ses biens. Après trois mois, Garibaldi pénètre à Naples le 7 septembre 1860 et met en fuite le roi François II. Le referendum se prononce en faveur du rattachement au royaume d’Italie.

Au mois de janvier 1861, des élections se déroulent, afin de constituer une assemblée constituante. Le 23 mars, le parlement, réuni à Turin, proclame Victor Emmanuel II roi d’Italie. Cavour meurt le 6 juin 1861 en voyant une partie de son rêve réalisé.
L’Italie n’est pas encore unifiée géographiquement. Les Etats Pontificaux la coupe en son milieu et l’Italie ne peut se concevoir sans Rome. Garibaldi se lance à la conquête de Rome en 1867. Cette fois, Napoléon III ne tolère pas une attaque contre le souverain pontife, chef de la Chrétienté. La guerre de 1870 entre la France et la Prusse, laisse le champ libre à Garibaldi pour s’emparer des Etats Pontificaux. La capitale est déplacée de Florence à Rome.

« L’Italie est faite, mais il reste encore à faire les Italiens ». L’unité géographique est créée, mais le peuple n’est pas encore uni comme en témoigne la multiplicité des langues. De nos jours, le régionalisme est encore très fort, démontrant dans une certaine mesure que l’unité italienne n’est peut être pas encore totalement aboutie.

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