jeudi 28 juillet 2011

Jésus : un procès politique, mais équitable






"Je m’en lave les mains !" Ses mots résonnent sur les murs de la forteresse Antonia à Jérusalem. Ponce Pilate préfet de Judée, est fatigué. Il vient de régler une affaire judicaire, qui a son goût l’a déjà trop accaparé. Il ne veut plus en entendre parler. Il sait qu’il n’est pas bon pour un magistrat romain de trop s’impliquer dans les affaires des Juifs.


Il y a quelques instants, il a condamné à mort un dénommé Jésus de Nazareth, un homme libre et non citoyen romain, autrement dit un pérégrin. Pilate ne s’intéresse pas à l’accusé. A ses yeux, Jésus est un vagabond, n’exerçant aucune activité professionnelle. De plus étant juif, il appartient à un peuple vaincu.
Jésus a été amené devant le tribunal par Caïphe, le grand prêtre du Temple de Jérusalem et président du Sanhédrin. En ces qualités, il est le personnage le plus sacré de la cité. Bien qu’il n’existe pas dans le judaïsme d’autorité supérieure représentant l’ensemble de la communauté et définissant les croyances. Le Sanhédrin interprète la loi juive, promulgue le calendrier et est habilité à reconnaître les prophètes. Cette assemblée possède sa propre milice, assure l’ordre dans la ville de Jérusalem et rend la justice, pour les délits mineurs dans les affaires concernant des juifs.
Ce genre d’institution est courant dans le monde romain. Dans les provinces, si l’affaire ne revête pas une grande importance, elle est jugée au niveau municipal par des magistrats (duumvirs) élus par les élites locales. Que Jésus soit traduit devant le Sanhédrin ne représente aucun intérêt pour les Romains. Il s’agit d’une assemblée de notables juifs, qui n’a pas de pouvoirs étendus et n’a pas le droit de vie ou de mort. Cette prérogative revient au procurateur, qui juge les crimes, ainsi que les délits concernant des citoyens romains.
Dans le système romain, il n’existe pas de police, ni de juge d’instruction. C’est à l’accusation de réunir les preuves et de mener l’accusé devant le juge. Le Sanhédrin s’empare de Jésus avec l’aide de Judas, le condamne pour blasphème et le traduit devant Pilate, afin d’obtenir une condamnation à mort.


L’accusation porte sur plusieurs points. Jésus se dit fils de Dieu. Il apparaît aux yeux de certains comme le Messie devant revenir sur Terre pour libérer le peuple juif. Comme de nombreux prophètes, il parcourt la Palestine pour diffuser son message. Celui-ci présente des nouveautés, qui choquent certaines personnes. En effet, son message est égalitaire. Il s’adresse à toutes les catégories sociales. Jésus se solidarise avec les pauvres : « les derniers seront les premiers ». Jésus passe outre la considération selon laquelle, les femmes qui ne jouissent pas d’une tutelle masculine sont mises au ban de la société. Il les accepte toutes à ses côtés. A ses yeux, elles sont les égales de l’homme. Par ailleurs, certains de ses gestes sont en contradiction avec la tradition juive. Il ignore les règles de pureté, puisqu’il touche les lépreux, les femmes en période d’impureté et les morts. Enfin, le message de Jésus est universel. Il n’est pas réservé au seul peuple élu, mais à tous les hommes et par conséquent aux Romains. Ainsi, il ne conteste pas l’ordre romain : « rendez à César ce qui appartient à César ». Ce discours déçoit les nationalistes juifs. Pour des raisons politiques, religieuses et sociales et au vu du nombre croissant de ces disciples, Jésus est devenu une menace pour les élites juives, qui craignent une contestation de leur position sociale.
Le scandale du Temple finit de mettre le feu aux poudres. En chassant les marchands de ce lieu saint, Jésus prive les prêtres d’une source de revenu. Cette fois, la décision est prise. Jésus doit disparaître. Mais pour qu’il soit condamné à mort, il faut des chefs d’accusation plus graves aux yeux des Romains. Jésus est amené devant Pilate, en tant que roi des Juifs. Ceci sous entend que Jésus rassemblerait autour de sa personne tous les Juifs, pour fomenter une révolte contre Rome, à l’inverse de ce que prône Jésus, mais Pilate en tant que représentant de l’empereur ne peut tolérer un tel acte.


Face à ces accusations et aux questions du juge, Jésus se tait. Il n’a pas d’avocat pour le défendre. Il n’a pas les moyens et ce n’est pas une obligation. D’ailleurs, recourir à un avocat est mal vu dans la tradition romaine. Etre incapable de se défendre seul est une marque de culpabilité.
Jésus refuse de se défendre, sachant parfaitement à quoi l’expose son silence. Il semble avoir prévu sa mise à mort. Dans la Bible, il ne cesse de prévenir ses apôtres. Sa mort servira à absoudre tous les pêchés des hommes. Il en est de même pour le grand prêtre de Jérusalem. Par ailleurs, sa mort confère plus de poids à son message créant le respect et l’admiration des spectateurs.


Ponce Pilate n’est pas convaincu de la culpabilité de Jésus. Néanmoins, en considérant le sentiment du Sanhédrin et du peuple de Jérusalem, il craint une révolte. Or son travail est de préserver l’autorité romaine et l’ordre dans la province. Devant le silence de l’accusé, il ne peut aller contre l’opinion publique. Il préfère sacrifier un vagabond plutôt que de déclencher une révolte. Il le condamne à la peine capitale. N’étant pas citoyen romain, Jésus ne peut faire appel de la décision au tribunal de l’empereur à Rome.
Dans le droit romain, les peines varient en fonction du statut social. Un sénateur est condamné à une amende, à la confiscation de ses biens, voire à l’exil. Un citoyen romain ou non payent des amendes, combattent dans l’arène ou sont condamnés à mort par décapitation pour le premier et par crucifixion pour le second. Une fois, l’accusé condamné il n’a plus aucune protection. Le peuple qui assiste à l’application du châtiment et les soldats qui s’en chargent, peuvent lui faire subir des souffrances supplémentaires.


Du strict point de vue du droit romain, il n’y a rien à redire à la façon dont Pilate a conduit le procès. Jésus trainé devant son juge par les membres du Sanhédrin a bénéficie d’un procès équitable et d’une condamnation conforme à la loi romaine.




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1 commentaire:

  1. Bonsoir,
    Condamner à la mort des criminels un homme innocent, c'est un procès équitable en droit romain ?

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