mercredi 6 juillet 2011

Jacques Auguste : un homme capable de Thou

Jacques Auguste de Thou, ce nom interpelle seulement les amateurs et professionnels de l’histoire de France des XVIe et XVIIe siècles. Et pourtant, la famille de Thou est l’une des plus importantes de l’élite juridique de Paris. Jacques Auguste de Thou est un membre éminent du Parlement de Paris, un juriste, un poète, un historien et un bibliophile, ayant tissé des liens dans de nombreux pays d’Europe. Sa vie est associée à son monumental ouvrage intitulé Historia sui temporis et traduit en français au XVIIIe siècle sous le titre Histoire Universelle. L’ouvrage décrit les évènements politiques, militaires, culturels, juridiques et sociaux de la France et du monde de 1543 à 1610.


Jacques Auguste né le 9 octobre 1553, est le fils de Christophe de Thou, Premier président du Parlement de Paris et de Jacqueline de Tuleu, issue elle aussi de l’élite parisienne. N’étant pas l’aîné de la famille, il est destiné à une carrière ecclésiastique. Son père commence par faire son éducation, puis il se rend au collège de Bourgogne, où il apprend le latin, le grec, la littérature et l’histoire. Il poursuit ses études à l’université d’Orléans et se spécialise dans le droit. Par la suite, il obtient un canonicat de Notre Dame. Son oncle Nicolas de Thou, évêque de Chartres l’accueille chez lui.
Lors du massacre de la Saint Barthélemy, il est âgé de dix neuf ans. Cet événement marquant l’incite à s’intéresser aux troubles agitant le royaume dans cette seconde moitié du XVIe siècle. Le calme de la vie religieuse lui permet de se consacrer à l’étude et aux historiens antiques. Il commence par se constituer une bibliothèque. En voyageant en Italie, Suisse, Allemagne et Pays-Bas, il s’entretient avec de nombreuses personnalités, afin d'acquérir des ouvrages et des sources, qui lui seront utiles pour la rédaction de son Histoire.

A partir du règne d’Henri III, il entre dans la vie poltique et diplomatique de son pays. En 1576, le roi le charge de seconder le maréchal de Montmorency, pour négocier un arrangement avec les protestants. Par la suite, il intègre le Parlement de Paris en tant que conseiller clerc. En 1581, il est membre d’une commission chargée de rendre la justice en Guyenne. A Bordeaux, il se lie d’amitié avec Montaigne. A la mort de son père, il quitte l’état ecclésiastique devient maître des requêtes, une haute fonction judiciaire et administrative et se marie à une noble. Proche des Moyenneurs, il prône la réconciliation des Français quelque soit leur religion. Il participe au rapprochement entre Henri III et Henri de Navarre (futur Henri IV). Il devient l'une des cibles des ultras catholiques. Lors de la journée des Barricades en 1588, déguisé en soldat, il quitte précipitamment la capitale. Il rejoint Henri III à Tours et intègre le nouveau Parlement. La charge de Premier Président lui échappe.

Sous le règne d’Henri IV, il travaille à la rédaction de l’Edit de Nantes, mettant un terme aux guerres de religion en France. Il peut enfin se consacrer à la rédaction de son projet. Le premier des seize volumes est publié en 1604. C'est un plaidoyer pour la tolérance, où sont dénoncés les violences et les massacres. Il adopte une attitude compréhensive envers les protestants et critique les excès de la Papauté et du clergé. Circulant dans une grande partie de l’Europe, l’ouvrage est bien accueilli chez les protestants et les gallicans, mais vivement critiqué par les ligueurs et la Papauté, qui le censure en 1609.
A la mort du roi, Marie de Médicis lui refuse la charge de Premier Président du Parlement, afin de ne pas contrarier le Pape. De Thou n’accepte pas ce choix. Il se sent trahi, après avoir tant servi son pays et la monarchie. Afin de montrer son mécontentement, il démissionne du Parlement et revend sa charge. Le décès de sa seconde épouse le plonge dans une profonde tristesse. Il meurt le 7 mai 1617 à l’âge de 74 ans. Ses amis Nicolas Rigault et Pierre Pithou se chargent de mener à son terme la publication de l'ouvrage en 1620.






Jacques Auguste de Thou est un homme proche du pouvoir de part ses fonctions et ses relations, qui a participé aux évènements majeurs de son temps. Comptant parmi les intellectuels de son éppoque, il est érigé en grand historien au XVIIe siècle et en symbole de la tolérance religieuse au siècle des Lumières.

1 commentaire:

  1. Le tombeau de Jacques Auguste de Thou est exposé au Louvre.

    Une statue le représentant orne la facade de l'hôtel de ville de Paris.

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