dimanche 29 mai 2011

Le projet Manhattan : "Je suis Shiva le destructeur"



C’est en termes que le physicien américain Robert Oppenheimer décrit les résultats du premier essai de la bombe atomique, dans le désert du Nouveau Mexique, le 15 juillet 1945. Son adjoint Kenneth Bainbridge ajoute : « Maintenant, nous sommes tous des fils de pute ».

L’opération Trinity, est le résultat d’un vaste programme de recherche nommé projet Manhattan. Celui-ci est lancé en juillet 1942 par le président américain Franklin Roosevelt, suite aux avertissements de plusieurs scientifiques européens réfugiés aux Etats-Unis, dont Albert Einstein et Enrico Fermi. Ces derniers sont convaincus que les Allemands travaillent sur un projet d’armement se basant sur les découvertes effectuées durant la fin du XIXe et du début du XXe siècle, sur les particules d’uranium. La conquête de la Norvège en 1940 et la capture des usines d’eau lourde nécessaire au refroidissement des réacteurs lors de la fission, argumentent cette hypothèse. En réalité, Hitler n’accorde que très peu d’importance à ces travaux. Il préfère concentrer les efforts allemands sur les missiles, une arme plus facile à construire et donc utilisable plus rapidement.
Le projet Manhattan, du nom de l’endroit où se situe le quartier général du corps d’ingénieur travaillant sur le projet, est placé sous la direction du général Leslie Groves. Il vise à coordonner les recherches des quatre universités de la côte Est, en vue de créer une arme exploitant l’énergie libérée par la fission nucléaire. Outre des recherches scientifiques, le projet Manhattan met en place les infrastructures pour traiter l’uranium, ainsi que le plutonium et fabriquer les matériaux adéquats.

Apprenant le succès de l’opération Trinity, le nouveau président Harry Truman en informe Churchill, puis Staline. Il se contente de signaler qu’il possède une nouvelle arme, sans la définir réellement. Le dirigeant soviétique n’y prête aucune attention. Truman envoie le 26 juillet un ultimatum à l’Empereur Hirohito, ordonnant sa reddition sans condition. Devant le silence japonais, le président américain en déduit que sa demande est rejetée. Le 28 juillet, il prend la décision d’utiliser la bombe. Il s’agit de mettre un terme à la guerre rapidement et en perdant le moins d’hommes possible.




En 1945, la guerre est terminée en Europe, mais se poursuit dans le Pacifique. En effet, bien que les Etats-Unis regagnent du terrain depuis deux ans, les Japonais continuent de se battre avec acharnement. La question ne réside pas dans l’issue de la guerre, mais dans le coût humain. Au mois d’avril, la prise de l’île d’Okinawa à l’extrême sud de l’archipel nippon a couté la vie de 13.000 soldats et de 200.000 japonais, militaires et civils compris. Un rapport remis au président Truman estime que la conquête de l’île de Honshu coûterait la vie de 500.000 GIs.
Par ailleurs, conformément aux accords de Postdam, une fois l’Allemagne vaincue, les Soviétiques déclarent la guerre au Japon. Truman veut éviter une extension de la zone d’influence soviétique dans le Pacifique et montrer la puissance militaire des Etats-Unis.

L’Etat Major se réunit pour définir les cibles. Cinq villes sont retenues : Kyoto (centre industriel important), Hiroshima (base maritime et industries navales et d’armement), Yokohama (grand port commercial), Kokura (centre militaire principal) et Niigata (usines sidérurgiques). Kyoto est très vite rejetée, car il s’agit d’un centre culturel et historique du Japon trop important pour être détruit. Elle est remplacée par Nagasaki (ports militaires). Le choix de la cible allait dépendre en grande partie des conditions météorologiques.

Le 6 août à 2h45, le colonel Paul Tibbets décolle aux commandes du bombardier Enola Gay. A son bord, il emporte Little Boy, une bombe à uranium. A 8h14, la bombe est larguée sur Hiroshima. La ville est ravagée par le souffle de l’explosion, atteignant les 800km/h. 80.000 personnes meurent sur le coup, brûlés par une température montant jusqu’à 4.000 degrés au point d’impact. Tout est réduit en cendre dans un rayon de quatre kilomètres autour de l’épicentre. Les destructions et les brûlures s’étendent sur huit kilomètres. 60.000 personnes mourront des années plus tard, des suites des radiations, conséquences inconnues en 1945.

Sans reddition du Japon, une seconde bombe est larguée sur Nagasaki. Fatman, bombe au plutonium, plus puissante que la précédente, tombe sur la ville le 9 aout 1945 à 11h02. Les conséquences sont identiques. Cependant, les collines entourant Nagasaki empêchent le souffle de l’explosion et les incendies de se propager sur une grande distance. On dénombre 40.000 personnes mortes sur le coup, puis 40.000 autres quelques années plus tard.


Le 15 aout, l’empereur accepte la reddition du Japon sans condition. L’acte est signé à bord du Missouri le 2 septembre 1945, mettant un terme au conflit le plus meurtrier de toute l’histoire de l’humanité jusqu’à ce jour.

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