samedi 2 avril 2011

L’Islande : apocalypse de l’Europe ?

Le 20 mars 2010, le volcan islandais Eyjafjöll est entré en éruption, perturbant fortement les transports maritimes et aériens en Europe. Ce phénomène a marqué les esprits des Européens, bien plus que celle de 1973. Néanmoins, ce n’est pas la première fois que le continent subit les foudres des volcans islandais.



Le dimanche 8 juin 1783 vers les neuf heures du matin, le volcan Laki entre en éruption. Il s’agit d’une éruption fissurale de grande ampleur. Le magma remonte en plusieurs phases, suivant une faille. Ainsi, le Laki ne se stabilisera qu’à partir du 7 février 1784. La lave s’écoule des pentes du volcan jusqu’aux plaines. De nombreux bourgs et villages de la région sont évacués dès le début juillet.


La lave crée un gouffre de 300 mètres de large pour 27 kilomètres de long. Celui ci est encore visible de nos jours. Arrivée dans les plaines, elle recouvre une superficie égale à celle de la ville de Londres, ravageant les fermes et les champs sur son passage.


Outre la lave, le Laki a rejeté dans l’atmosphère plus de 120 millions de tonnes de dioxyde de souffre, ce qui équivaut au rejet des usines européennes sur une durée de trois ans. Le dioxyde se transforme en acide sulfurique, un composant mortel. D’habitude, les courants atmosphériques poussent les fumées volcaniques vers l’Arctique. Or, l’été 1783 a été très chaud et l’anticyclone s’est décalé vers le Nord-ouest. La pollution atmosphérique rejetée par le volcan migre vers l’Ouest. Le nuage se déverse sur l’Europe. Le 18 juin, il atteint Paris.



Dans toute l’Europe, les gazettes et les chroniqueurs parlent d’un brouillard chaud et étouffant. Il cache le soleil et donne une couleur orange aux paysages. Il est si épais que la navigation est impossible. Une odeur de souffre règne. L’acide sulfurique attaque les tissus mous des poumons, provoquant une asphyxie intérieure. L’évêque de Chartres dénombre quarante morts en moins de deux semaines. Les chercheurs estiment à 23.000 le nombre d’Anglais décédés entre juillet et septembre 1783. La majorité des victimes sont des ouvriers agricoles.

Les populations sont apeurées. Les Islandais pensent que les portes de l’enfer se sont ouvertes. Bon nombre d’Européens son convaincus que l’apocalypse est imminente.




Le nuage se dissipe à l’automne 1783, mais les conséquences de l’éruption du Laki demeurent. En effet, l’acide sulfurique présent dans la stratosphère renvoie les rayons du soleil au lieu de les laisser pénétrer sur la terre. Ainsi, les températures hivernales connaissent une baisse excessive. L’Angleterre est encore sous la neige le 22 avril 1784. Au printemps, la fonte des neiges entraine de grandes inondations.


L’éruption du Laki a eu des conséquences dramatiques pour l’Islande. La région du volcan a subi de nombreuses destructions. Les récoltes islandaises ont été anéanties. La famine a ravagé l’île. Plus de 80% des animaux d’élevage et un quart de la population meurent. Des disettes et des famines sévissent également dans toute l’Europe. La baisse de la population agricole durant l’été 1783, l’hiver rude et long, ainsi que les inondations ont fortement perturbé les récoltes des années 1783 à 1785. Certains historiens opèrent un lien entre l’éruption du Laki et la Révolution française, causée en partie par une crise frumentaire.




De nos jours, le Laki est toujours en activité. Le réveil du Eyjafjöll peut laisser présager le réveil de son voisin plus puissant. Les scientifiques sont incapables de déterminer, quand l’éruption pourrait avoir lieu. Devant un phénomène d’une telle ampleur, les Européens se trouveraient aussi démunis que leurs ancêtres de 1783.

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