jeudi 30 décembre 2010

Quand les marins croisent le fer



Les Confédérés sont parmi les premiers à entrer dans l’ère des navires cuirassés. Ne disposant pas d’une marine développée pour forcer le blocus nordiste, ils décident de miser sur une arme nouvelle et puissante.




En juillet 1861, ils greffent sur l’épave du Merrimack des plaques de fer de cinq centimètres d’épaisseur. La superstructure est inclinée selon un angle de 36 degrés, pour augmenter la protection en faisant ricocher les projectiles ennemis. Le nouveau navire possède dix canons, quatre de chaque côté et deux pivotants à l’avant et à l’arrière, ainsi qu’un éperon de fer à sa proue, dans le but de transpercer les coques en bois des navires.


Le Merrimack rebaptisé Virginia possède néanmoins des défauts, qui n’ont pas pu être réglés avant sa mise à l’eau faute de temps et de moyens. Les machines ne sont pas améliorées. Sa vitesse maximale n’excède pas les 5 nœuds. De plus, il n’offre pas une bonne navigabilité. Cela l’empêche de se déplacer en haute mer. Par ailleurs, son tirant d’eau est important, ce qui limite les opérations en eau peu profonde. Il est commandé par le Capitaine Franklin Buchanan.




Le Virginia sème la terreur sur le littoral. Le 8 mars 1862, il détruit en quelques heures cinq frégates nordistes à l’embouchure de la James River à Hampton Roads. Même s’il a subi quelques avaries au niveau de certains canons et de l’éperon, aucun boulet ennemi n’a pu transpercer son blindage. Cette défaite inquiète le haut commandement nordiste. Hampton Roads est l’une des principales bases navales pour le blocus. Les navires présents risquent d’être détruits à tout moment.




Le lendemain, le Virginia aperçoit un étrange navire s’approcher. Il s’agit du Monitor, premier cuirassé de l’Union. Averti des projets confédérés, le Congrès vote le 3 aout 1861, les budgets pour financer la construction de prototype de cuirassé. L’ingénieur John Ericsson propose de couvrir la coque de plaques de fer de douze centimètres d’épaisseur. L’hélice et la machinerie sont elles aussi recouvertes de plaques. L’aspect général est celle d’un radeau, ce qui offre une faible prise à l’ennemi. Il est surmonté d’une tourelle tournante encastrée dans le blindage et équipée de deux canons de 275mm. Son tirant d’eau n’est que de trois mètres cinquante et sa vitesse s’élève jusqu’à huit nœuds. Ericsson baptise le navire le Monitor, ce qui signifie « celui qui corrige les mauvais sujets ». Il est mis à l’eau le 30 janvier 1862. Il est dirigé par le Lieutenant John Worden et comporte 53 hommes d’équipage.




Le cuirassé nordiste ouvre le feu à 8h25. Le bombardement dure deux heures. Les boulets n’ont que très peu d’impact sur les blindages. La stratégie se modifie. On songe désormais à éperonner son adversaire. Le Merrimac canonne la tourelle, dans laquellle se situe le poste de commandement. Le Lieutenant Worden est blessé aux yeux lors d’une explosion. C’est de justesse que le Monitor esquive l’attaque sudiste. Vers 12h30, le Merrimac quitte l’aire de combat sans n’avoir subi aucune avarie sérieuse et sans avoir pu causer d’important dégât à son adversaire.




Les deux cuirassés synonymes de terreur de part leur invincibilité, sont pourtant sous exploités. Les Etats-majors les engagent rarement, craignant de perdre cette pièce vitale et unique. Au début du mois de mai, l’armée de Mc Clellan envahit la péninsule virginienne et s’empare de la ville de Norfolk. L’équipage du Virginia n’ayant pu mettre leur navire à l’abri décide de le saborder. Le Monitor ne vivra guère plus longtemps. Pris dans une tempête, il sombre le 31 décembre.




Le Monitor et le Virginie sont les ancêtres des 80 cuirassés construits pendant la guerre de Sécession. Ils opèrent un changement radical dans la guerre maritime. Les voiliers de bois deviennent vulnérables et inefficaces dans les opérations militaires. Les Britanniques possédant la première marine du monde s’inquiète de ces avancées. Le Times écrit quelques jours après Hampton Roads : « Alors que nous avions à notre disposition immédiate en cas de guerre 149 navires, nous en avons désormais plus que deux. » Il s’agit notamment du Warrior précédant de deux ans ses homologues américains.

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