vendredi 17 décembre 2010

La préhistoire de l'US Air Force

Dans son ouvrage L’Ile mystérieuse, Jules Verne raconte la fuite de cinq citoyens de Richmond face à l’avancée des troupes de l’Union, à bord d’un ballon. Cette intrigue démontre l’emploi de l’invention des frères Montgolfier à des fins militaires lors de la Guerre de Sécession.


L’histoire de l’aéronautique étatsunienne comporte deux personnalités majeures.
Tout d’abord, l’ingénieur Thaddeus Lowe de Caroline du Sud. Ce dernier effectue des vols en ballon depuis Unionville. En 1861, il propose ses services au gouvernement confédéré, qui ne l’écoute pas.
A l’inverse, Salmon Chase, secrétaire d’Etat à Washington, comprend tout l’intérêt qu’il peut tirer des travaux de Lowe. Il s’empresse d’organiser une entrevue avec le président Lincoln. Lowe se rend au capitole le 11 juin en emportant son aéronef L’Entreprise. Le Président l’écoute d’une oreille attentive, fasciné qu’il est par les technologies nouvelles. Durant cette entrevue, Lowe dévoile sa vision sur l’usage militaire des ballons d’observation. Il fait une démonstration à bord de son ballon. L’altitude du ballon est ajustée par la tension d’un filin enroulé sur un treuil mécanique ancré à la terre ferme. Parvenu à 150 mètres, Lowe envoie un message à la Maison Blanche par le télégraphe de bord, qui est branché à un câble électrique déroulé. Convaincu, Lincoln lui confie le commandement du Balloon Corps, une organisation civile sous les auspices du Bureau Fédéral des Ingénieurs Typographes.

L’autre personnalité est également un ingénieur prénommé John LaMountain, à bord de son ballon, nommé L’Atlantic. Avant la guerre de Sécession, il a parcouru la distance Boston à Fort Wayne dans l’Illinois en 24 heures. Le lendemain, son ballon est pris dans une tempête près du lac Ontario et s’écrase près de Henderson, dans l’Etat de New York. En dépit, d’une fin tragique, le périple aérien de plus de 1.300 kilomètres, lui permet d’établir le record officiel mondial de vol ininterrompu. Ce dernier ne sera battu qu’en 1910.
En mai 1861, LaMountain contacte le ministre de la guerre James Cameron. Il lui fait part de son intention d’utiliser un ballon, afin d’observer du haut des airs les dispositions des troupes confédérées. Il demande à être le responsable des opérations aéronautiques fédérales. Comme son homologue sudiste, il ne reçoit aucune réponse.
Le 5 juin, il reçoit une lettre du général Benjamin Butler, commandant les troupes de l’Union à Fort Monroe en Virginie. Arrivé sur place, il fait une démonstration, couverte par le New York Times. Il s’empresse de revendiquer le titre de premier vol militaire en ballon.
LaMountain se met à travailler sur la possibilité d’une station d’observation mobile, mais il ne disposait pas des fonds de Lowe, soutenu par le gouvernement. La tension grimpe entre les deux hommes, via la presse. Le 19 février 1862, LaMountain est congédié de l’armée par McCellan, le commandant en chef suprême des troupes de l’Union, laissant le champ libre à Lowe.

Il reste un problème à l’emploi des ballons, celui du transport des gaz nécessaires au gonflement des ballons. Il est réglé avec l’invention du générateur de gaz de campagne. Le modèle conçu par Lowe, consiste en un chariot citerne, rempli d’eau et de copaux de fer dans lequel on ajoute au moment voulu, l’acide sulfurique transporté séparément. La réaction génère de l’hydrogène gazeux. Il faut compter 3 heures pour gonfler le ballon.
Les montgolfiers ont rapidement démontré leur efficacité, pour prévenir le mouvement des troupes ennemies. Le 24 septembre à la bataille d’Arlington. Sans voir leurs opposants, les batteries fédérales ouvrent le feu en suivant les instructions données par le ballon. Pendant deux ans, Lowe et ses ingénieurs effectuent plus de 3.000 missions. Ils transmettent aux troupes nordistes des photographies et des rapports tactiques. Ils sont souvent accompagnés par des officiers du renseignement qui dessinent des cartes.
Suite aux changements dans l’Etat Major, et aux coupes budgétaires, Lowe ne peut continuer à mener à bien ses missions. Il démissionne le 8 mai 1863 et au mois d’aout, le corps est dissout.

Les Confédérés tentent de détruire ces postes d’observation volant, mais la hausse de leurs cannons ne permettent pas de les atteindre. L’Etat-major sudiste décident l’envoi d’espions, pour infiltrer et détruire de l’intérieur le Balloon Coprs, mais sans succès.
Parallèlement, ils mettent sur pied leurs propres ballons. L’initiative en revient au capitaine John Bryan. Sans compétences approfondies en aéronautique et doté d’un ballon gonflé à l’air chaud, faute de machine productrice de gaz, il s’envole pour la première fois le 13 avril 1862. Cependant, la Confédération n’a pas les moyens de construire beaucoup de ballon.


C’est donc le Nord qui tire avantage des cieux lors de la Guerre de Sécession. Néanmoins, cette nouvelle arme, est bien peu utilisée. Les généraux des deux camps, ne prêtent que peu d’intention aux ingénieurs aéronautiques, qu’ils prennent pour des farfelus. De plus, les techniques de combat enseignées à West Point ne permettent pas encore de penser le combat par les cieux.

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