samedi 4 décembre 2010

Combat naval à Cherbourg

La Guerre de Sécession n’a pas touché que les Etats-Unis. Elle s’est étendue aussi au Canada, au Mexique, ainsi qu’à l’Europe. Il ne s’agit pas seulement d’économie ou de diplomatie, mais aussi de véritables combats. Ainsi, les côtes françaises et plus particulièrement celles de Cherbourg demeurent l’un des théâtres militaires de la Guerre de Sécession. Le 19 juin 1864, deux sloops de guerre, c'est-à-dire des navires plus petits que des frégates et armés de dix huit canons, s’y affrontent.


Une semaine auparavant le navire confédéré l’Alabama accoste dans le port, afin de réparer d’importantes avaries et se ravitailler en charbon et en eau. Il s’agit d’un navire corsaire dirigé par le capitaine Raphael Semmes, dont la mission est de couler les navires de commerce des Etats du Nord et s’attaquant également aux embarcations militaires. Il aurait envoyé par le fond plus d’une soixantaine de navires en deux ans, dans l’Atlantique et l’Océan Indien. Semmes et son navire sont activement recherchés par la marine de l’Union.
Le 17 juin, le navire unioniste le Kearsage dirigé par le commandant John Winslow, venu l’intercepter, prend position à l’entrée du port. Les deux capitaines se connaissent bien, puisqu’ils ont servi sur le même navire, durant la Guerre du Mexique. N’ayant pas fini de réparer ses avaries, l’Alabama se retrouve coincé à Cherbourg. Semmes ne souhaitant pas abandonner son navire, comme il avait déjà dû le faire avec le Sumter à Gibraltar, décide de forcer le blocus. Cependant, Semmes ignore que Winslow a renforcé sa coque avec des plaques de métal.

Le 19 juin, à 9h45, l’Alabama quitte le port français devant la foule massée sur les quais pour assister au combat. Il est escorté par le croiseur français La Couronne. Celui ci doit le guider jusqu’à la limite des eaux territoriales. A 11h10 sur une mer calme et par beau temps, l’Alabama et le Kearsage ouvrent le feu. La première bordée nordiste fait des dégâts, endommageant la machinerie et le gouvernail de l’Alabama. Néanmoins, ce dernier riposte, mais ses artilleurs et sa poudre ne sont pas d’aussi bonne qualité que celle de son adversaire. Pendant une heure, les deux navires tournent l’un autour de l’autre cherchant à percer le point faible de l’adversaire. Le commandant Winslow ne souhaite pas que l’Alabama s’échappe une nouvelle fois. Il ordonne de mettre le cap sur son ennemi. Séparés de quelques centaines de mètres, les deux navires ouvrent le feu à bout portant. Démantelé, percé de toute part, ayant perdu plus d’une vingtaine d’hommes, l’Alabama commence à couler. Son capitaine hisse le drapeau blanc. Une partie de l’équipage ainsi que Semmes et ses officiers sont récupérés par un navire britannique, tandis que le peintre Edouard Manet immortalise ce duel.
Ainsi le commandant John Winslow peut enfin écrire dans son journal de bord :

«Aujourd’hui, 19 juin de l’année 1864, ai coulé l’Alabama au large des côtes françaises. »


Semmes rentre aux Etats-Unis, reçoit le grade de vice amiral et continue de combattre sous l’uniforme confédéré. Après la guerre, il est jugé coupable d’acte de piraterie et emprisonné un an.
L’épave de l’Alabama est retrouvée en 1984 et demeure la propriété des Etats-Unis d’Amérique. Un comité scientifique est créé avec la France pour l’exploration archéologique. La cloche du navire, des canons, de la vaisselle, des meubles et divers objets sont remontés à la surface.

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