Le Saviez-Vous? Nous utilisons toujours une carte du XVIe siècle aujourd'hui

Le saviez-vous ? La carte du monde que nous utilisons le plus souvent – celle qu'on retrouve dans les manuels scolaires plus anciens, sur Google Maps ou accrochée dans les salles de classe – repose sur une projection inventée en 1569 par un cartographe flamand du nom de Gerardus Mercator. Cette carte, bien que mathématiquement rigoureuse, présente de profondes déformations : elle altère les distances, exagère la taille des régions proches des pôles, et donne une image biaisée de la réalité géographique. Et pourtant, elle reste l'une des plus utilisées. Pourquoi ?

Gerardus Mercator, de son vrai nom Gerard de Kremer, vivait à une époque où les grandes explorations maritimes redessinaient les contours du monde connu. Il a conçu sa projection avec un objectif très précis : aider les navigateurs à tracer des routes droites sur les océans. Sa carte est une prouesse mathématique pour l’époque : elle transforme la sphère terrestre en un rectangle où les méridiens et les parallèles sont droits et se croisent à angle droit. Cela permet de tracer des routes à cap constant, appelées loxodromies, ce qui était une révolution pour la navigation. Mais ce génie a un prix. Pour conserver ces angles droits, Mercator a dû étirer les zones proches des pôles. Résultat : le Groenland apparaît aussi grand que l’Afrique, alors qu’il est en réalité 14 fois plus petit ! L’Europe semble immense, reléguant l’Amérique du Sud, pourtant bien plus vaste, au second plan. Cette distorsion a eu des conséquences symboliques et politiques : elle a renforcé l’illusion d’une Europe dominante et d’un « Nord » plus important que le « Sud ».

Aujourd’hui, la projection de Mercator n’est plus indispensable à la navigation moderne, mais elle persiste dans nos habitudes. Pourquoi ? D’abord, parce qu’elle est pratique : facile à lire, elle respecte les formes des continents (au détriment de leur taille). Ensuite, parce qu’elle est profondément ancrée dans notre culture visuelle. Même des services en ligne comme Google Maps ou Bing Maps utilisent encore une variante adaptée, appelée Web Mercator, car elle permet de zoomer de façon fluide à toutes les échelles. Pourtant, des alternatives existent, comme la projection de Gall-Peters, qui respecte mieux les proportions entre les terres, ou encore la projection de Robinson, plus équilibrée visuellement, mais elles peinent à s’imposer dans l’imaginaire collectif.

Ainsi, la carte de Mercator continue de régner sur le monde, non parce qu’elle est juste, mais parce qu’elle est utile. Elle est un parfait exemple de la manière dont une invention du XVIe siècle, conçue pour résoudre un problème précis, a façonné notre représentation du globe pendant des siècles – et continue de le faire, parfois au prix de quelques illusions géographiques.

Découvrez les autres anecdotes "Le Saviez-Vous?" en cliquant : ici

Retrouvez-nous sur Instagram en cliquant : ici

Retrouvez-nous sur Facebook en cliquant: ici


Un message à nous envoyer: lesitedelhistoire2@laposte.net


L'image d'illustration m'appartient. Si vous voulez l'utiliser, merci de bien vouloir me demander l'autorisation par mail.

Commentaires