dimanche 25 février 2018

La bataille de la Wilderness



Le 9 mars 1864, Ulysse Grant est nommé général en chef de l’armée. Lincoln le considère comme un leader offensif et déterminé. Il est l’homme dont il a besoin pour mener la guerre. Pourtant, Grant ne fait pas l’unanimité à Washington au vu de son passé et de son penchant pour l’alcool, d’autant plus qu’il doit affronter Robert Lee, le général le plus doué du conflit. Henri Halleck le seconde pour toutes les questions d’intendance et de logistique et est chargé de représenter Grant dans les milieux politiques. Libéré de ces tâches qui ne l’intéressent guère, Grant peut se concentrer sur son objectif. Son but est de submerger les forces confédérées. Etant inférieures en nombre, elles ne peuvent résister de manière égale sur plusieurs fronts simultanément, sans lui laisser le temps de reconstituer ses forces. En effet, le Nord peut remplacer plus facilement ses soldats. Pour ce faire, l’ensemble des armées fédérales doit opérer de manière coordonnée. Il faut user l’adversaire physiquement et psychologiquement. En ce sens, il poursuit le plan anaconda, mais renforce l’étreinte pesant sur la Confédération. Grant entend mener une guerre totale. Pour le remplacer sur le front Ouest, Grant passe le flambeau à Thomas Sherman. Il lui ordonne de s’enfoncer dans la Confédération en causant un maximum de dégâts. A l’Est, il laisse le commandement à George Meade. Néanmoins, la présence de Grant sur le champ de bataille au côté de Meade sème la confusion dans la chaîne de commandement. Ensemble, les deux hommes tenteront d’anéantir Robert Lee. Il faut le forcer à combattre à terrain découvert.

Fin avril, Grant enclenche des mouvements de contournement pour que les Sudistes, croyant leur capitale menacée, sortent de leurs fortifications. Il faut faire vite car les Nordistes doivent traverser de nombreux cours d’eau et la Wilderness. Lee ne se laisse pas prendre au piège et attend que les tuniques bleues s’engagent dans l’épaisse forêt. Le 5 mai, Grant se retrouve contraint à combattre à proximité de Chancellorsville, un an jour pour jour, de la défaite de Joseph Hooker dans ces lieux.
Dans la matinée, Lee attaque de flanc. Son attaque est quelque peu prématurée, car Longstreet revient tout juste du front Ouest. Ses hommes sont fatigués par le voyage. Les Nordistes repoussent l’assaut. Longstreet mène la contre-attaque. Sa manœuvre rencontre le succès. Lee réorganise ses défenses et réussit à conserver l’avantage en s’appuyant sur des troupes qui connaissent très bien le terrain. Les Confédérés profitent des chemins creux recouverts de vignes et de fourrés pour se déplacer sans être repérés. Ils encerclent certaines unités ennemies. La densité des bois rend les manœuvres difficiles et empêche l’utilisation de l’artillerie. Lee espère profiter du manque de visibilité pour vaincre un ennemi supérieur en nombre. Il laisse Grant s’engager dans la forêt. Dans la confusion et la fumée des tirs, certains soldats se retrouvent blessés ou tués par leurs propres camarades. Les tirs enflamment l’herbe, déclenchant des incendies et piégeant les blessés qui périssent dans les flammes. Les officiers des deux camps sont incapables de diriger leur unité faute d’avoir une visibilité suffisante. Les soldats se perdent.
Le lendemain à l’aube, Grant relance l’attaque. Lee est contraint de reculer face aux coups de boutoirs. Longstreet couvre la retraite de son supérieur. Néanmoins dans la bataille, le général confédéré est grièvement blessé à l’épaule et à la gorge par un tir ami. Il est rapatrié à l’arrière et sera inopérationnel pendant plusieurs mois. La blessure de Longstreet sème la confusion parmi les Rebelles. Les combats s’amenuisent. Dans la soirée, John Gordon mène un ultime assaut à l’arrière des positions nordistes. Le souvenir de la défaite de Joseph Hooker à Chancellorsville resurgit. La panique gagne les tuniques bleues. Grant doit remobiliser ses troupes. Il répète son refus de battre en arrière et d’aller de l’avant. Il décide de quitter la Wilderness et de foncer sur le petit village de Spotsylvania, à sept kilomètres au nord de Richmond, où Lee a établi ses quartiers. Le moral des Fédéraux remonte lorsqu’ils constatent qu’ils se dirigent vers le Sud et non vers le Nord. Pour la première fois, ils ne battent pas en retraite après une bataille.
La bataille de la Wildernes a coûté cher en hommes, 17.000 Nordistes et 10.000 Sudistes sont mis hors de combats en deux jours. Lee a réussi à contraindre son adversaire à combattre à l’endroit qu’il désirait et à lui infliger de lourdes pertes. Néanmoins, la détermination de son adversaire demeure intacte et les Sudistes n’ont pas les moyens de contrôler toutes les routes pour empêcher la progression ennemie vers le Sud.

Du 7 mai au 11 mai, la cavalerie de Philip Sheridan dégage la route en livrant plusieurs combats contre les cavaliers de John Stuart. A Yellow Tavern, ce dernier périt, privant Lee de cavalerie pour la suite de la bataille.
Le 10 mai, les Fédéraux font face à Spotsylvania. Les Sudistes ont fortifié le village et creusé des tranchées. Le premier assaut est un échec. Grant ordonne à Winfield Hancock de contourner par la gauche. Obligés de traverser deux rivières, les Nordistes perdent du temps. Les Sudistes déjouent la manœuvre, mais dégarnissent le centre. Grant en profite pour lancer l’assaut, mais ne réussit pas à percer. Le lendemain, Grant déplace ses convois ravitaillement Lee interprète mal les mouvements de son adversaire. Croyant à une nouvelle tentative de contournement, il déploie ses canons dans la mauvaise position, ce qui facilite l’approche d’Hancock. Sous la pluie, les deux camps se livrent d’impitoyables combats, se battant dans les tranchées à coups de baïonnette. Grant comprend que Spotsylvania est trop solidement défendu. En attaquant de front, il s’est heurté à un mur. Il a essayé de contourner par les deux flancs sans succès. Ses tentatives lui ont coûté 18.000 hommes, soit un total de 32.000 en une dizaine de jours. De leur côté, les Sudistes en ont perdu 12.000 soit un total de 22.000 depuis le début de la campagne.

Grant revient à son idée première : forcer Lee à sortir de ses fortifications pour combattre en terrain découvert. A nouveau, il contourne les positions confédérées pour se diriger vers Richmond. Il prend le risque de laisser la route vers Washington libre, mais compte sur le fait que Jefferson Davis ne laissera pas Richmond en danger et demandera à Lee de venir prêter main forte à Braxton Bragg pour défendre la capitale. De toute façon, il est hors de question pour Grant de battre en retraite. Il est bien décidé à mettre un terme à la guerre même si cela doit lui prendre tout l’été.


Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- DOOM Logan, « La campagne de l’Overland», 24 août 2016,
 https://laguerredesecession.wordpress.com/2016/08/24/la-campagne-de-loverland/
- « La bataille de la Wilderness (5-6 mai 1864) », mai 2011, d’après l’ouvrage de RHEA Gordon, The Battles for Spotsylvania Court House and the Road to Yellow Tavern, Louisiana State University Press, 1997.

Image : La bataille de la Wilderness par Kurz et Allison, wikipédia.fr


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