samedi 2 juillet 2016

L'espionnage



L'espionnage est l'un des plus vieux métiers du monde, dont les plus anciennes traces se situent en Mésopotamie et en Egypte. Des hommes sont chargés de recueillir des renseignements sur des rivaux ou des alliés incertains, d'infiltrer le territoire ennemi pour jauger de ses forces, ou mener des opérations de désinformation et de corruption de notables. On les appelle "les yeux et les oreilles du roi". Ils apparaissent indirectement dans les textes. Il est écrit "que le roi a été informé de" ou "le roi ayant appris que". Il faut attendre l'empire assyrien au -VIIIe siècle pour qu'apparaisse un terme désignant les espions sous le vocable de "patrouilleurs" et "langues". Les premiers sont des militaires auxquels le roi confie des missions particulières à l'extérieur du royaume. Les seconds sont des étrangers (prisonniers, déserteurs, réfugiés) qui retournent dans leur pays d'origine pour espionner. Néanmoins, il n'existe pas de services exclusivement voués à l'espionnage.
La Chine et l'Inde produisent les deux premiers manuels théoriques d'espionnage : L'Art de la guerre de Sun Tzu et L'Arthashâstra de Kautilya. Les deux ouvrages sont des recueils de recettes générales à l'attention des princes. Ils décrivent les personnes pouvant exercer ce genre de missions : militaires, marchands, prostituées, mendiants, comédiens, domestiques. Sun Tzu se fait l'écho du taoïsme qui dit que tout évolue en permanence. Il faut donc sans cesse s'informer pour évaluer les rapports de force avant de prendre sa décision. En Inde, le bouddhisme prônant la non-violence, il faut tout mettre en œuvre pour éviter le conflit armé quitte à avoir recours à la corruption.
Les Grecs ont une tout autre vision. Pour eux, la ruse est quelque chose d'indigne. Il convient d'affronter son adversaire face à face. L'espionnage est une pratique barbare dont usent les Perses. Les Grecs mènent entre eux des guerres conformes à l'éthique, cependant, lorsqu'ils affrontent des barbares, ils n'hésitent pas à recourir à ces pratiques jugées viles. Dans le but de protéger sa cité, trahir et désinformer l'ennemi barbare est une action civique. Les Romains n'hésitent pas à recourir aux espions même s'ils s'en défendent. Auguste instaure un service de renseignement, dont les agents sont chargés de surveiller la population et d'empêcher les conjurations politiques.

Au Moyen-âge, la plupart des espions ne sont pas des professionnels. Il s'agit de marchands, de religieux, de femmes, qui transportent le courrier, surveillent les alentours et sondent la population. Ils sont davantage motivés par l'appât du gain que par des convictions politiques. Ils sont payés à la mission exécutée. Les espions transmettent de fausses indications ou facilitent la prise de villes et de châteaux par la trahison et la corruption. Les peines de ceux démasqués varient entre l'exécution et le bannissement en fonction de leur mission et des preuves.
Louis XV instaure Le Secret du Roi, premier véritable service bureaucratique qui effectue une diplomatie parallèle. Ses membres ne reçoivent leurs ordres que du roi. Le ministre des Affaires Etrangères n'est pas au courant de ce qui s'y passe. Ce double jeu permet à la France d'avoir une politique de rechange. Louis XV dirige personnellement, contrairement à la politique officielle décidée à la majorité de son conseil. Le roi aménage à Versailles son cabinet des dépêches pour lire les rapports de ses bons amis comme ils sont appelés. Ces derniers sont des nobles et des roturiers choisis pour leur savoir-faire, leur goût de l'aventure ou leurs connaissances juridiques. Prêts à courir tous les risques, ils sont fiers d'appartenir à cette communauté restreinte d'élus du roi. Payés sur la cassette personnelle du monarque, celui-ci ne les reconnait pas en cas de problème. L'action du Secret du roi demeure peu importante faute de moyens humains, militaires et financiers. Néanmoins, Louis XV est au courant de tout ce qui se passe dans les cours européennes. Louis XVI dissout cette institution.

Au milieu du XIXe siècle, le jeu des alliances européen mouvant impose la nécessité d'un service de renseignement structuré et important. Les journalistes intègrent le rang des espions. Par exemple durant la guerre franco-prussienne, l'Allemand August Baron Schluga vom Rastenfeld côtoie tous les salons parisiens et informe Bismarck des mouvements de troupes françaises. L'espionnage gagne la place publique. Les journaux, les romans installent les fantasmes du "grand jeu" selon l'expression du romancier Rudyard Kipling dans Kim. Les services secrets britanniques (MI5 et MI6) voient le jour en 1909 pour surveiller la menace allemande. Lorsqu'éclate la Première guerre mondiale, toutes les grandes puissances possèdent des organisations civiles et militaires dédiées à l'espionnage, qui bénéficie des avancées technologiques. Les communications par ondes radio se généralisent accompagnée de la cryptographie et des écoutes. Le renseignement image se développe avec la photographie aérienne, puis satellite. Après 1945, les armes nucléaires rendent impossible un conflit direct entre les Etats-Unis et l'Union soviétique, qui vont s'affronter par espions interposés. La CIA voit le jour en 1947. Même s'ils ne sont pas infaillibles, les appareils de renseignement sont aujourd'hui considérés comme l'une des grandes forces de protection des Etats, après la police et l'armée.

Voir notre article sur l'espion soviétique Richard Sorge

Sources
Texte : "L'espionnage : 4000 ans de manipulation" in Les Cahiers de Sciences et Vie, n°161, mai 2016, pp24-86.
Image : huffingtonpost.fr

mardi 21 juin 2016

Qui est Philippe IV le Bel ?




Philippe IV le Bel est roi de France de 1285 à 1314. Il est le fils de Philippe III et de Louis IX récemment canonisé. Il règne sur le pays le plus puissant d'Europe. La France compte entre seize et vingt millions d'habitants et connait une période de paix et de prospérité économique, qui vont permettre roi de France de peser sur la scène européenne. De nombreuses affaires éveillent en chacun de nous le règne de Philippe IV : les manipulations monétaires, l'expulsion des Juifs pour s'emparer de leurs biens, la suppression de l'Ordre du Temple aussi bien pour des raisons religieuses que financières, les luttes contre le Pape Boniface VIII et le célèbre épisode d'Anagni, la conquête de la Flandre et la défaite de Courtrai, la rivalité avec Edouard II d'Angleterre sur la question d'Aquitaine. Le 4 novembre 1314, Philippe IV fait une chute de cheval causée par accident cérébro-vasculaire. Il se fracture la jambe. Rapatrié à Fontainebleau, il meurt le 29 novembre à l'âge de 46 ans. Son fils Louis X le Hutin lui succède.

Philippe IV est un homme très difficile à cerner. Cependant, il est permis d'affirmer quatre points : il est beau, il parle peu, il est très pieux, il aime la chasse.
La beauté du roi est reconnue unanimement par ses contemporains. Faute de représentation réelle, il faut se contenter des témoignages écrits. Selon les chroniqueurs, le roi est grand, blond, musclé et offre un visage harmonieux.
Philippe IV est avare de mots. Il parle très peu. Ses réponses sont laconiques, quand il ne laisse pas tout simplement la parole à ses conseillers. Cette attitude déroute ses contemporains encore plus lorsqu'il s'agit de grandes assemblées. On l'a souvent cru timide, désintéressé et manipulé par ses conseillers. Il pourrait s'agir d'une posture visant à impressionner son interlocuteur et à signifier sa posture royale en se plaçant sur un autre plan que ses sujets.
Philippe IV est très pieux. Sans parler de donations aux ordres et monastères, il effectue plus de pèlerinages que ses contemporains. Tous ses contemporains sont unanimes sur sa dévotion, son obsession de la pureté, son implication dans le culte des reliques et sa passion pour la sainteté de son grand-père Louis IX. Il mène une vie austère, qui tend parfois au fanatisme. En tant que roi, il doit utiliser le temps qu'il a sur Terre pour conduire son peuple sur la voie du salut.
Philipe IV est un grand chasseur. Cette pratique accapare beaucoup de son temps. Il arrive parfois que ses conseillers le recherchent dans les forêts. En revanche, la chasse nécessite préparation, méthode et persévérance. Ces trois mots résument la manière dont Philippe IV traite ses dossiers. Il n'agit que s'il est certain du résultat, d'où une longue préparation, réflexion et concertation. Cette manière de procéder lui a souvent été reprochée et donne de lui l'image d'un homme hésitant, timide et peu concerné. Philippe IV préfère la chasse à la guerre. Une seule fois, il a conduit son armée en personne. Il juge que bien souvent le résultat d'une bataille est aléatoire.

Philippe IV est très attaché à ses proches. Il demeure fidèle à sa femme Jeanne et est profondément affecté par son décès. Il soutient son frère Charles de Valois malgré ses nombreux échecs à l'étranger. Il est autoritaire et très protecteur envers ses trois fils, ce qui explique qu'il prend comme une attaque personnelle l'infidélité de ses belles-filles.
Les conseillers du roi sont accusés des maux du royaume. Flore, Aycelin, Nogaret, Plaisians et Marigny sont des amis intimes de Philippe IV, qui ont fait leurs preuves et qui ont gravi les échelons. Philippe IV a toute en confiance en ces hommes avec lesquels ils partagent les mêmes points de vue. Il n'hésite pas à déléguer. Néanmoins, ses conseillers n'agissent jamais sans l'accord du roi.
  
Quel bilan est-il possible de dresser du règne du Bel ? Tous les grands dossiers se sont soldés par des compromis et non par des victoires nettes. La question d'Aquitaine, non réglée, déclenchera la Guerre de cent ans. La Flandre n'est pas pacifiée. Le procès de Boniface VIII est tombé à l'eau. Les Templiers ont certes été supprimés, mais leurs revenus sont transférés aux Hospitaliers. La Croisade n'aura pas lieu. Bernard Saisset, Bernard Délicieux et Guichard de Troyes ont échappé à la justice royale. Les caisses de l'Etat sont toujours vides.
Néanmoins, le règne de Philippe IV marque une avancée profonde dans l'affirmation de l'Etat royal. Le droit romain bouscule les coutumes féodales et provinciales. L'unification juridique du royaume rencontre l'animosité de la noblesse et du peuple. Cette avancée se concrétise matériellement. Le roi dessine les frontières du royaume sur lequel il entend régner. En 1299, il ratifie un traité avec l'Empereur définissant de manière plus concrète les frontières. Des bornes sont installées. Il acquiert par achats, dots, confiscations et donations des territoires complétant les interstices entre les parties du royaume. Les fonctions de directions sont exécutées dans le Palais de la Cité à Paris, qui regroupe les services administratifs, financiers et judiciaires. De ce fait, la ville attire les nobles, les étudiants, les docteurs en droit et en théologie, devenant ainsi l'une des villes les plus importantes d'Europe. L'Etat se distingue de la personne physique du roi, car Philippe IV n'est pas souvent dans sa capitale. Son administration fait preuve d'une incroyable efficacité. Ses ordres sont exécutés sans sa présence et simultanément dans tout le royaume, comme le prouve l'arrestation des Templiers. Philippe IV s'est efforcé de limiter les interventions extérieures dans le royaume et tout particulièrement celle de l'Eglise. Il a connu six papes de son vivant, dont un Français résidant en Avignon. A une époque où la Papauté accumule les difficultés de succession et les erreurs morales, le roi de France choisi par Dieu entend être le maître de l'Eglise de France.

Philippe IV ne laisse pas l'image d'un conquérant, d'un mécène ou d'un bâtisseur. Son apport se situe dans la mise en place d'une administration et la centralisation du pouvoir. Des éléments moins visibles que son physique avantageux qui lui a valu son surnom de Philippe le Bel.

Voir notre article sur l'attentat d'Agnani

Sources
Texte : Georges MINOIS, Phillippe IV, Perrin, Paris, 2014, 736p.

mardi 31 mai 2016

Toutankhamon



 Toutankhaton accède au trône en -1327 à l'âge de sept ans. Pharaon de la XVIIIe dynastie, il est le fils   d'Akhenaton et de Néfertiti. Son nom signifie "l'image vivante d'Aton" A la mort de son père, sa sœur Merytaton exerce le pouvoir avec son époux, avant de disparaitre à leur tour. Trop jeune pour gouverner, le pays est entre les mains des hauts dignitaires dont Ay chef de l'administration. Le premier objectif est de faire table rase de la révolution religieuse d'Akhenaton pour se réconcilier avec le peuple et surtout avec le riche clergé d'Amon. Symbole de ce changement Toutankhaton devient Toutankhamon. Les dieux sont à nouveau honorés et les temples restaurés. la ville d' Akhenaton est abandonnée. Thèbes redevient la capitale. Le second objectif est la stabilisation politique à l'étranger. De nombreux vassaux sont tombés sous la coupe des Hittites ou se sont révoltés. La situation s'améliore grâce à des campagnes militaires aux quelles Toutankhamon n'a jamais pris part. Le général Horemheb réorganise l'armée, tandis qu'Ay gère les finances et l'administration du royaume.

 Toutankhamon meurt en -1318, à l'âge de 19 ans du paludisme. Son mariage avec son autre sœur Ânkhésenamon n'engendre pas de descendance. Il était également atteint de la maladie de Köhler. Il s'agit d'une affection détruisant les cellules osseuses. Suite à une fracture de la jambe gauche mal soignée, la gangrène gagna la jambe précipitant la mort.
Son règne a duré une dizaine d'années. Il repose dans la tombe KV62 de la Vallée des rois (KV pour King's Valley). Il s'agit de la tombe originale, ce qui est une chose rare compte-tenu des pillards et des déplacements volontaires de sarcophage. Avec sa petite taille, ses peintures mal réalisées; la KV62 ne ressemble pas à la tombe d'un roi. Toutankhamon n'a pas choisi sa dernière demeure. Il est probable que son décès précoce ait précipité les choses. Il a fallu se rabattre sur une autre tombe et l'aménager en toute hâte. Plusieurs éléments trahissent cet état. Les cartouches ont été modifiés pour écrire le nom de Toutankhamon. Des scanners ont permis la réapparition du nom originel de certains cartouches, à savoir Ankhkheperure. Il pourrait s'agir du nom de règne de Néfertiti ou de celui de Merytaton. Par ailleurs, les statuettes n'arborent pas les traits de Toutankhamon. Les formes du visage, de la poitrine, ainsi que les oreilles percées font davantage penser à une femme. Des statuettes prévues à l'origine pour des princesses ont été réemployées.

Ay lui succède durant quatre années, avant d'être remplacé par Horemheb. Ses successeurs s'empressent d'effacer les traces de son règne. Il n'apparait pas sur la liste officielle des pharaons dans le temple d'Abydos. N'ayant pas une ascendance royale, Horemheb cherche à asseoir sa légitimité en s'attirant les faveurs du clergé d'Amon. Pour ce faire, il prend ses distances avec le règne d'Akhenaton et de son fils. Il inscrit son cartouche dans celui de Toutankhamon et se pose en continuateur du règne du grand-père d'Amenhotep III.

Le jeune pharaon disparait ainsi de l'histoire durant 3300 ans. Le 4 novembre 1922, l'archéologue britannique Howard Carter fouille la vallée des rois. Il découvre une nécropole royale sous les ruines des bâtiments des ouvriers près de la tombe de Ramsès VI. Des escaliers s'enfoncent dans le sol jusqu'à une porte murée et scellée du sceau officiel de Toutankhamon. Dix années seront nécessaires à Carter pour prélever, nettoyer, décrire et ficher tout le mobilier funéraire de cette tombe intacte. N'en déplaise à ses successeurs et au risque d'étonner ses contemporains, le trésor intact de sa tombe et la légende de sa malédiction ont fait de Toutankhamon le pharaon le plus célèbre du monde.

Voir notre article sur la malédiction de Toutnakhamon

 Sources
Texte : « L’énigme Toutankhamon », Les Cahiers de Sciences et Vie, n°160, avril 2016, pp26-87
Image : http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2016/03/17/XVM7eb67c44-ec36-11e5-9b8d-784eec729756.jpg 





mercredi 25 mai 2016

La révolte des bonnets rouges



D'avril à septembre 1675, des émeutes secouent la Bretagne et plus particulièrement l'ouest de la province. Les émeutiers, la plupart paysans, portent des bonnets rouges ou bleus (en pays bigouden). Cette révolte est également connue sous le nom de Torreben (casse-tête en breton).

En avril 1675, la France est en guerre contre les Provinces-Unies (actuels Pays-Bas). La Bretagne est un théâtre d’opération militaire, car cette guerre est en grande partie navale. Pour la financer, la couronne mobilise des ressources financières. En avril 1674, tous les actes juridiques et notariaux doivent être rédigés sur papier timbré aux fleurs de lys, tarifié suivant le format et la nature de l’acte. Une telle mesure élève le prix de la juridiction au détriment des usagers et risque de diminuer le nombre d’affaires des officiers. En septembre 1674, un édit instaure une taxe de 20 sous sur chaque livre de tabac. Cette mesure mécontente les Bretons habitués à fumer la pipe et à chiquer. Dans le même temps, est instaurée une taxe d’un sol sur tous les objets en étain. Cette mesure touche plus particulièrement les classes populaires dont la vaisselle est en étain. Ces créations de taxes pèsent encore plus lourd, car la Bretagne connait une récession économique, qui se fait sentir sur le commerce et l’industrie. Cette situation se traduit par une baisse des prix et donc des revenus. Les seigneurs sont contraints d’exiger davantage de leurs droits en argent ou en nature.

Le 18 avril 1675, les bureaux de la distribution du tabac, de la marque d’étain, du papier timbré et du domaine de Rennes sont pillés. Le mouvement se répand dans les jours qui suivent à Saint-Malo et à Nantes. A Briec, dans le Finistère, 2000 paysans mettent le feu à une aile du château de La Boissière. Les bonnets rouges sèment la terreur dans toute la province. Sébastien Le Balp, un notaire de Carhaix, dirige des groupes d’émeutiers dans la région de Carhaix et de Pontivy. Le 23 juin, des paysans pillent le manoir de Cosquer, près de Pont-l’Abbé, et blessent mortellement le sieur Euzenou de Karsalaun. Le château de Douarnenez est attaqué et des gardes tués. Les paysans se soulèvent face aux mesures prises par les seigneurs pour compenser la baisse des prix, la diminution du commerce et la raréfaction de l’argent. Au mois de juin, un code paysan du pays d’Armorique est rédigé, afin d’établir un nouveau règlement dans les campagnes bretonnes concernant les charges, les droits, l’organisation religieuse et judiciaire. Les paysans revendiquent un allègement de leurs charges, notamment les corvées, les dîmes, les champarts. En revanche, ni le système de propriété, ni la légitimité de la noblesse, ni le pouvoir royal ne sont remis en question. Le manoir du duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne est pris à partie. Le duc réussit à apaiser les esprits. Dans une lettre adressée à Colbert, le duc de Chaulnes accuse le Parlement d’avoir laissé les émeutiers agir. Il est vrai que les membres du Parlement sont directement touchés par la taxe sur les actes juridiques.

Aucune revendication paysanne n’est suivie d’effet et le gouverneur est chargé de pacifier sa province. A ce titre, il reçoit d'importants contingents militaires. Pour le gouvernement, il est important que la Bretagne soit pacifiée rapidement, car il craint que les insurgés s’emparent d’un port et permettent un débarquement hollandais. La province fulmine, car normalement elle est exemptée de l’obligation de loger les soldats. Le duc de Chaulnes se met en route avec ses troupes et investit villes et villages. Il ordonne la destruction des clochers des églises qui ont servi de tocsin pour la révolte. Les émeutiers sont pendus ou envoyés aux galères. Le 3 septembre, Sébastien Le Balp est tué lors de l’attaque du château du marquis de Montgaillard à Thymeur. Sa mort est un coup rude pour les révoltés qui perdent leur leader. Le 12 octobre, 6.000 soldats pénètrent dans Rennes. Le Parlement est transféré à Vannes. La milice bourgeoise est démantelée et la ville doit payer une taxe pour l’entretien de la troupe. Les Etats de Bretagne réunis à Dinan en novembre, votent sans difficulté un don de trois millions de livres à la Couronne. Le 5 février 1676, le roi accorde une amnistie générale à la Province et les troupes s'en vont en mars.

La répression laisse de profondes séquelles. Les campagnes vouent une haine aux villes, incarnation de l'Etat. Pendant la révolution française, les régions soutenant la république coïncident avec celles de la révolte du papier timbré.

Sources
Texte : CORNETTE Joël, Histoire illustrée de la Bretagne et des Bretons, Seuil, Paris, 2015, pp191-201
Image : http://npa29.p.n.f.unblog.fr/files/2013/11/bonnets-rouges-f.jpg

mardi 17 mai 2016

Le Tour de France



Le 1er juillet 1903, soixante coureurs cyclistes s’élancent de Montgeron au sud de Paris pour effectuer le premier Tour de France.
Cette idée a germé dans l’esprit d’Henri Desgranges, dirigeant du magazine L’Auto et co-directeur du Parc des Princes. Devant la lenteur des inscriptions des coureurs, Desgranges réduit les frais d’inscription de vingt à dix francs, augmente les primes finales et instaure une prime journalière. 23 coureurs parviendront à rejoindre l’arrivée au Parc des Princes, dont Maurice Garin, vainqueur de Paris-Bordeaux, de Paris-Brest-Paris et Bordeaux-Paris. Le succès du Tour se ressent sur les ventes du journal L’Auto, qui passent de 30.000 exemplaires en 1902 à 100.000 exemplaires l’année du Tour. Cette forte hausse cause la perte de son concurrent direct Le Vélo.
Au-delà de l’aspect commercial, Desgranges souhaite montrer la France aux Français en rendant la patrie visible et vivante. Le Tour est un outil pédagogique visant à montrer aux Français le territoire dans lequel ils vivent et l’histoire commune qu’ils partagent. Dans l’esprit de Desgranges, le Tour correspond à une régénération morale et physique de la nation. Il conforte l’unité d’une nation à peine remise de l’affaire Dreyfus et toujours meurtrie par la défaite de 1870 d’où résulte la perte de l’Alsace et de la Lorraine. Ainsi entre 1905 et 1914, la plupart des villes étapes sont proches de la frontière, dessinant les contours du pays pour l’inscrire dans l’espace. Desgranges obtient même l’autorisation des autorités allemandes de passer par Metz. L’Auto exalte le sport, éducateur de la jeunesse. Le moment venu, celle-ci aura la force et la discipline nécessaire pour venger la patrie. En août 1914, Desgranges exhorte les Français à s’engager tout comme lui. Trois vainqueurs du Tour périssent au front : Lucien Petit-Breton (1907 et 1908), François Faber (1909) et Octave Lapize (1910).

Le Tour reprend en 1919 après avoir surmonté un grand nombre d’obstacles : manque de pneus, manque de carburant, manque de logement dans les villes, routes détruites ou en mauvaise état. Desgranges est ravi de voir les coureurs passer par Strasbourg, Belfort et Haguenau. Pour la première fois, le maillot jaune récompense le vainqueur. Le jaune est la couleur des pages du magazine L’Auto. En 1930, le Tour se fait l’écho des tensions politiques européennes teintées d’un nationalisme exacerbé. En effet, les équipes nationales remplacent les équipes des marques. 25 nations s’élancent de l’Arc de Triomphe. Les coureurs sont désormais précédés de la caravane publicitaire, qui apporte une manne financière importante. Vainqueur en 1930 et 1932, André Leducq, surnommé Gavroche, est considéré comme un héros national. En Italie, Mussolini célèbre la victoire de Gino Bartali en 1938. La Seconde Guerre mondiale et la mort de Desgranges en août 1940 marquent un coup d’arrêt pour le Tour. L’Auto disparaît à la Libération.

Le Tour redémarre en 1947, co-organisé par Jacques Goddet directeur du journal L’Equipe et le journal Le Parisien libéré, propriété du groupe Amaury.
Malgré les bouleversements économiques et sociaux que connaît le pays, le Tour reste ancré dans la France rurale et des terroirs. Se déroulant l’été durant les congés, il rassure les citadins qui retournent durant un temps dans leur région natale. Ce dualisme, France rurale contre France qui se modernise, se retrouve dans le duel opposant Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Le premier, perçu comme arrogant, distant et sans cesse pressé, symbolise la France industrielle. Le second, homme de la terre, Limousin humble et populaire, incarne les vertus de la ruralité. Avec l’arrivée de la télévision en 1952, le Tour devient un divertissement à l’heure des loisirs et du tourisme de masse. La caravane publicitaire devient le symbole de la société de consommation des années 1950 et 1960. Le retour des équipes de marques en 1962 renforce cet aspect.
Le Tour se fait l’écho des politiques de son époque. Il porte les contradictions des politiques d’aménagement du territoire, qui sont à la fois centralisées et soucieuses de prendre en compte la diversité de la province. En effet jusqu’en 1953, excepté en 1926, le départ et l’arrivée du Tour se déroulent en région parisienne. Parallèlement avant même le Traité de Rome et jusqu’au Traité de Maastricht, le Tour accompagne la construction européenne. Dès le milieu des années 1950, il dépasse les frontières en traversant l’Italie, l’Allemagne et le Benelux. En 1992, le départ s’effectue en Espagne et le Tour visite sept autres pays.

Les grands champions étrangers (Fausto Coppi, Gino Bartali, Eddy Merckx, Joaquim Agostinho, Luis Ocana) contribuent à conforter la notoriété du Tour en Europe. Ces derniers sont les porte-paroles des émigrés italiens, espagnols et portugais installés en France. A partir des années 1980, le Tour s’élargit aux autres continents. En 1986, Greg LeMond est le premier coureur non européen à remporter le Tour. Aujourd’hui, la Grande Boucle compte aussi des Russes, des Australiens, des Colombiens, des Japonais et des Erythréens.
Bien que concurrencé par d’autres tours (le Giro, la Vuelta), le Tour de France demeure la référence à l’échelle mondiale. De plus, il est une fierté nationale à l’heure où la France n’a plus une place prédominante sur la scène internationale. Même les affaires de dopage (Festina, Lance Armstrong) n’ont pas mis l’épreuve en péril.

Sources
Texte : Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard « Les forçats du Tour de France », L’Histoire, n°277, juin 2003, pp66-69.
Image : sport.gentside.com

jeudi 14 avril 2016

Main mise sur Florence et l'Europe : la famille des Médicis


La légende raconte que les Médicis ont pour ancêtre le chevalier Averard, venu en Italie avec Charlemagne, qui aurait vaincu le géant lombard Muguello à une trentaine de kilomètres au nord de Florence. Les cinq boules ornant l’écusson des Médicis seraient l’empreinte laissée par le géant sur le bouclier d’Averard. Au XVe siècle, Cosme l’Ancien raconte que ses ancêtres sont des médecins, d’où le nom de Medici, les boules des armoiries de la famille seraient des pilules. Les Médicis s’installent à Florence au XIIIe siècle. Ils pratiquent la transformation et le négoce de la laine. Leur prospérité leur permet de se lancer dans les finances, de s’enrichir et de participer à la vie politique de la cité.

En juillet 1378, les ouvriers du drap (Ciompi) se révoltent à cause de leurs conditions de vie précaires. Les ouvriers choisissent plusieurs patriciens pour les défendre dont Salvestro Médicis. Celui-ci est lié au parti populaire. A Florence, comme dans toute l’Italie, les élites se divisent en deux partis politiques en fonction de l’ancienneté de la famille. Les plus récentes prônent un élargissement du régime, afin de pouvoir accéder aux magistratures avec plus de facilités. Or la richesse des Médicis date seulement d’un siècle. La révolte des Ciompi est sévèrement réprimée et Salvestro est banni de Florence. En attendant que les choses se tassent, les Médicis se retirent des affaires politiques pour se concentrer uniquement sur leurs affaires économiques. Ainsi, Giovanni de Médicis ouvre des filiales bancaires à Rome, Venise et Naples. Il réinvestit ses bénéfices dans les propriétés foncières et les manufactures de textile. Au XIVe siècle, les Médicis et leurs agents forment un réseau couvrant les principales places commerciales d’Europe (Rome, Venise, Bruges, Londres, Avignon, Genève…). Les Médicis bâtissent leur fortune sur le commerce international : laine anglaise, draps italiens, tapisseries flamandes, soies et épices venues d’Orient. Ainsi, Giovanni peut léguer à son fils Cosme, dit l’Ancien, une immense fortune.

En 1434, Cosme l’Ancien participe au financement de la cathédrale de Florence et du couvent San Marco. Il joue la carte du citoyen modeste, en n’occupant que rarement les plus hautes charges de l’Etat. Il met en avant ses fidèles qu’il contrôle dans l’ombre. Il tente d’éliminer ses rivaux politiques par le bannissement et la confiscation des biens sous divers prétextes. Enfin, il tente de contrôler les accoupleurs chargés d’établir la liste des Florentins éligibles aux magistratures et les balii contrôlant l’accès aux charges publiques. Le parti Médicis se compose de la famille, des amis, des associés et des clients de la banque. Les habitants des quartiers San Lorenzo et Leone d’Oro, autour du palais des Médicis, les soutiennent également. Cosme finance les artistes. La compétition sociale entre les familles via les artistes embellit grandement la cité et la gloire du mécène.
En 1464, les Médicis obtiennent le monopole sur l’exportation d’alun extrait à Tolfa dans les Etats pontificaux. Ce minéral, très prisé, sert de fixateur de teinture sur les étoffes. Ils sont les banquiers des rois et des grands princes. Les directeurs des filiales Médicis sont des Florentins proches des Médicis et formés par eux. Cette communauté d’intérêt débouche sur un soutien politique dans la cité.

Depuis la mort de son père Pierre en 1469, Laurent le Magnifique s’est vu confier les destinés de la République et exerce une autorité de plus en plus forte. Contrairement à son grand-père, il ne se dissimule pas et montre que les Médicis sont indispensables pour la sécurité et la stabilité politique de Florence. En 1480, il fonde le Conseil des Soixante dix, dont les membres sont nommés à vie par les Médicis. Laurent poursuit son mécénat et laisse circuler les artistes pour que le nom de Florence traverse toute l’Europe.
Les Pazzi, une riche famille aristocratique se révoltent contre le monopole des Médicis sur les directions de la cité. Le 26 avril 1478, Francesco Pazzi et Bernado Bandini entrent dans la cathédrale et attaquent les Médicis assistant à l’office. Laurent le Magnifique est blessé, tandis que son frère Jules est tué. La foule abat les assassins immédiatement. Au même moment, des conjurés à la solde de la famille Pazzi attaquent le palais Médicis. Seulement, les Médicis jouissent du soutien de la population. L’action des Pazzi est enrayée. A la fin du XVe siècle, nombre de filiales font faillite dues à une conjoncture économique défavorable et à la mauvaise gestion de Laurent de Médicis. Cependant, les Médicis peuvent s’appuyer sur les compagnies de leurs partisans, comme les Rucellai qui dirigent la principale banque de Rome.

Le 3 septembre 1494, l’armée de Charles VIII déferle sur l’Italie. Pierre de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, n’a pas les moyens de résister et se soumet au roi de France. Les Florentins sont furieux et se révoltent. Le 9, Pierre quitte la cité. Le vide politique laissé bénéficie au moine Savonarole, qui instaure une république théocratique jusqu’en 1498. Les Médicis reprennent de l’influence sur Florence, grâce à l’action et à l’influence des papes Léon X et Clément VII, tous deux Médicis. Au début du XVIIe siècle, les Médicis compteront un troisième pape dans leur famille en la personne de Léon XI. En 1530, Charles Quint confie le gouvernement de Florence à Alexandre Médicis. Le 3 janvier 1537, son cousin Laurent l’assassine. Charles Quint nomme Cosme Ier pour succéder à Alexandre. Il règne durant quarante ans. Au XVIe siècle, Florence étend son territoire au détriment de Sienne, pour regrouper l’actuelle Toscane. Recevant le titre de grand duc de Toscane en 1570, les Médicis exercent une tutelle sur les élites locales des autres cités toscanes. Des résistances se mettent en place contre les Médicis tant à Florence qu’à l’étranger. Le principal parti d’opposition est les fuorusciti, dont la majorité des membres sont en France. Ils reçoivent parfois le soutien de la reine Catherine de Médicis, épouse d’Henri II puis régente du royaume, qui fait passer les intérêts de l’Etat avant ceux de la dynastie.
Les Médicis utilisent leurs réseaux pour ouvrir les marchés européens aux produits de Toscane. Les Ducs assurent la promotion d’hommes issus de la petite noblesse toscane ou de l’étranger. Ceux-ci sont fidèles aux Médicis et servent de diplomates sur la scène européenne.
Dans les années 1590, Ferdinand de Médicis s’enrichit considérablement en spéculant sur le grain polonais au moment où une disette frappe l’Europe méditerranéenne. En échange de financement à Henri IV, sa nièce Marie épouse le roi de France.

Au siècle suivant, la Toscane est l’Etat d’Italie le plus stable politiquement et économiquement et Florence s’endort dans le conservatisme de sa grandeur et de ses gloires passées. Le déclin économique et politique de la Toscane s’amorce. Les Médicis du XVIIe siècle n’ont plus la grandeur de leurs ancêtres. François Ier s’intéresse davantage aux sciences et à l’art qu’à la politique et à l’économie. Cosme II est malade. Ferdinand II est âgé de dix ans lorsqu’il devient duc et à sa majorité, il doit lutter contre les conseillers mis en place par sa mère. Son fils Cosme III, très dévot, se préoccupe essentiellement des questions religieuses et de mœurs. En 1737, le dernier grand duc de Toscane, Jean Gaston meurt sans héritier mâle. Le duché passe aux mains de François de Habsbourg, ancien duc de Lorraine. En effet, suite à des tractations politiques entre la France et l’Autriche, Stanislas Leszczynski reçoit le duché de Lorraine et de Bar et en compensation François III reçoit le grand duché de Toscane. La famille s’éteint avec la mort d’Anne-Marie-Louise en 1743. Elle lègue les collections familiales à l'État toscan à condition que jamais rien ne quitte Florence et qu’elles soient mises à la disposition du public.

Voir l'article sur Stanislas Leszczynski

Source
Texte : « Florence au temps des Médicis » L’Histoire, n°274 mars 2003, pp33-61
Image : Montage : vue de la ville de Florence (visiterflorence.com) avec le blason des Médicis et la couronne ducale de Toscane (wikipédia.fr)

jeudi 31 mars 2016

La mort de Staline




Le 5 mars 1953, Satline meurt d’une hémorragie cérébrale. Trois témoins racontent la fin du dirigeant de l’URSS : sa fille Svetlana Allilouïeva, Nikita Khrouchtchev, et Alexandre Rybine le garde du corps. Les témoignages diffèrent sur la chronologie des évènements. Seules certitudes : le dictateur a fait un malaise et le personnel a mis du temps à intervenir, car personne ne peut entrer dans les appartements privés sans y être convié. Ses proches collaborateurs montrent peu d’empressement à lui porter secours. Il est plausible que certains d’entre eux se réjouissent de la mort d’un homme tyrannique, paranoïaque et imprévisible qui les soupçonne de plus en plus. Ils en ont assez de vivre dans la peur et aspirent à exercer le pouvoir tranquillement.

L’annonce de la mort de Staline semble causer un grand désarroi dans le peuple. Depuis 1945, ce dernier jouit du prestige de la victoire de Stalingrad et de la prise de Berlin. Malgré les difficultés de la reconstruction, la misère des campagnes et la surveillance de la police politique, le dirigeant de l’URSS peut se targuer d’une cote de popularité favorable auprès du peuple. Les Russes, conformes à leur ancienne tradition impérialiste, écrivent au dirigeant suprême pour lui demander de l’aide ou la réparation d’une injustice.
Des rumeurs prétendent que des médecins juifs l’ont empoisonné. Deux mois auparavant, le complot des blouses blanches éclate, dans lequel, des médecins juifs sont accusés d’empoisonner les dirigeants soviétiques. Avec la mort de Staline, l’intégrité du pays parait menacée. Le peuple redoute une nouvelle guerre civile, risquant de déboucher sur la dislocation de l’URSS et la supériorité des Etats-Unis.

Dès le 5 mars, les membres du Comité central du parti et les membres du gouvernement se réunissent. Malenkov reçoit la présidence du Conseil des ministres et la direction du secrétariat du Comité central. Beria reçoit le ministère de l’Intérieur, Molotov les Affaires étrangères, tandis que Khrouchtchev doit se contenter de la seconde place au secrétariat du Comité central. Cette répartition est très vite contestée. Malenkov laisse à Khrouchtchev le secrétariat du Comité central. Beria mène de grandes réformes en très peu de temps. De son côté, Khrouchtchev persuade le Praesidium (l’autorité suprême de l’URSS) que Beria veut démembrer l’Union Soviétique et instaurer le capitalisme. Beria est arrêté le 26 juin. Le 10 juillet, le Comité central instruit un dossier pour espionnage au profit d’une puissance étrangère et complot contre l’Etat. Jugé, il est condamné à la peine de mort et exécuté, laissant le champ libre à Khrouchtchev.
Dès 1953, les dirigeants impulsent la déstalinisation de l’URSS. Le nom de Staline est de moins en moins cité par la presse. A l’occasion de la célébration de la victoire de mai 1945, il est interdit d’afficher le portrait des dirigeants pendant les manifestations publiques. Un grand nombre de prisonniers politiques sont relâchés. Les médecins de l’affaire des blouses blanches sont relaxés. Le 29 juin 1953, le comité central du Parti Communiste d’Union Soviétique (PCUS), répudie solennellement le culte de la personnalité.
En février 1956, le XXe Congrès du PCUS s’ouvre sur le discours du Mikoïan. Cet ancien fidèle de Staline critique la politique de l’ancien dirigeant. Ensuite, arrive le rapport Khrouchtchev qui dénonce la tyrannie criminelle, la répression massive, les arrestations, les déportations, les exécutions et les procès truqués. Les statues à l'effigie de Staline sont démontées. La ville de Stalingrad est rebaptisée Volgograd. En 1961, le corps de l’ancien dirigeant est retiré du mausolée sur la place rouge pour être enterré près du Kremlin.


En France, l’opinion publique est partagée, à l’image de la presse. Le Monde parle du fascisme rouge et du fossoyeur des libertés humaines. De son côté, l’Humanité ne tarit pas d’éloges sur l’artisan de la victoire, du socialisme et de la paix. Les Français sont impressionnés par la puissance soviétique et l’efficacité de son économie planifiée. Cette dernière est tronquée par une méconnaissance du pays et des statistiques officielles faussées. Néanmoins, l’opinion publique n’apprécie pas l’intervention soviétique en Indochine contre les forces françaises et en Corée. De plus, la France fait partie de l’OTAN sous l’égide des Etats-Unis.
Le Président Vincent Auriol envoie un simple message de sympathie au Praesidium eu égard au rôle de l’armée rouge dans la victoire sur l’Allemagne. Le président de l’Assemblée nationale, Edouard Herriot, prononce un éloge funèbre avant que les députés respectent une minute de silence. Le Sénat ne fait rien, malgré la demande des sénateurs communistes.

Staline est l’homme politique qui a le plus pesé sur le XXe siècle. Il a participé au pouvoir de 1917 à 1953. Il a imposé au monde communiste un régime qui lui a survécu plus de quarante ans. Il a hissé l’Union Soviétique au rang de superpuissance mondiale et de modèle idéologique et politique. Son système politique se fonde sur l’abolition de la propriété privé, sur une économie administrée, sur la terreur, la propagande, les déportations et les exécutions.
Avec la mort de Staline, l’URSS passe d’un régime totalitaire autour de la figure d’un guide à un régime autocratique centré sur le parti et les institutions qui durent au-delà des personnalités.


Sources
Texte : « Staline : les derniers jours du tyran », Historia, n°273, février 2003, pp31-50.
Image : lecourrierderussie.com

vendredi 18 mars 2016

L'Atlantide entre récit politique et légende



La création du mythe
Au -IVe siècle dans le Critias et dans le Timée, Platon décrit l’Atlantide, une fédération de cité-Etats, située sur une gigantesque île dans l’Océan Atlantique au-delà des colonnes d’Hercule (Détroit de Gibraltar). L’île est sous la protection de Poséidon, dont le fils Atlas est couronné roi. Le sous-sol contient tous les métaux. La nature environnante offre une nourriture abondante. Les cultures sont irriguées par un système de canaux concentriques formant plusieurs îlots. L’île du centre abrite l’Acropole et le temple de Poséidon recouvert d’or, d’argent et d’ivoire.
Pour créer son mythe, Platon a puisé dans de nombreux récits. Pour donner plus de crédibilité à son récit, il utilise des passages des œuvres historiques d’Hérodote et de Thucydide. La guerre entre Athènes et l’Atlantide fait penser aux Guerres médiques. La description de la ville ressemble à celle de Babylone avec ses immenses murailles et portes. Platon a également exploité les évènements naturels qui se sont déroulés. La disparition de l’Atlantide fait songer à l’explosion du volcan ayant englouti une partie de l’île de Santorin vers -1450. Néanmoins, c’est sans doute plus le tremblement de terre à Hélice en -373, contemporain de Platon, qui l’a inspiré. La cité, située sur le golfe de Corinthe, disparait sous les eaux en une nuit. Enfin, il puise dans la mythologie, comme les luttes entre Poséidon et Athéna et la théorie des âges d’Hésiode.

Le miroir d’Athènes
Platon met en garde ses concitoyens sur leur avenir, à savoir la chute inéluctable d’une cité démocratique et belliciste. Dans son récit, Athènes est en guerre contre l’Atlantide, cette superpuissance maritime pervertie par la richesse, le commerce et le goût du pouvoir. La fin tragique de l’Atlantide peut se reproduire si les Athéniens continuent d’offusquer les dieux en poursuivant leur politique impérialiste. Au –IVe siècle, Athènes possède la flotte la plus puissante du monde égéen. Elle fédère autour d’elle les cités grecques dans la ligue athénienne.
Platon est un aristocrate qui condamne la démocratie. Ce système repose sur un mensonge en prétendant que n’importe quel citoyen peut s’occuper des affaires publiques. La démocratie engendre démagogie, impiété et désunion. Seuls les aristocrates peuvent gouverner, car ils possèdent en eux le savoir. Or ce savoir n’est pas inné, il s’acquiert par une solide éducation prodiguée par les philosophes.
Platon est hostile au parti démocratique favorable à la politique d’enrichissement et de contrôle de la mer. Le philosophe rejette ce qui vient de la mer. Pour lui, les ports sont des lieux où se croisent des gens de toutes origines et de mœurs mercantiles. C’est un lieu de corruption morale. Au départ, Athènes est une cité sans port, tournée vers l’agriculture et donc régie par des lois morales et rigoureuses.

L’Atlantide à travers les âges
Malgré les efforts de Platon pour faire paraitre son récit comme historique, peu de ses contemporains le prennent comme authentique. Les Romains le mentionnent sans s’attarder sur le sujet. Avec la chute de l’empire, l’Atlantide sombre réellement, mais dans l’oubli cette fois. Les intellectuels du Moyen Age n’en parlent pas.
En 1485, l’Italien Marcile Fircin traduit le Critias en latin et le fait publier. Avec la découverte de l’Amérique, les Européens pensent pouvoir retrouver ce continent perdu. Certains pensent que les Amérindiens sont les descendants des Atlantes, qui ont fui la disparition de l’île. Le conquistador Francisco Lopez remarque que le mot eau se dit « atl » en aztèque, les trois premières lettres d’Atlantide.
Au XVIIe siècle, il apparait évident que l’Amérique est trop vaste pour être l’Atlantide. Au  siècle suivant, les philosophes des Lumières ont d’autres préoccupations plus sérieuses. En 1779, Guiseppe Bartoli, professeur de grec, étudient les textes originaux de Platon. Sa conclusion est simple : l’Atlantide n’est rien d’autre qu’Athènes. Le mythe est balayé vers les milieux ésotériques et dans la fiction.
Au tournant des XIX et XXe siècles, les nouvelles connaissances en géologie et en paléontologie prouvent que la Terre est plus ancienne qu’on le pensait. Les continents ont bougé. Des terres ont disparu. Des civilisations ont peut-être disparu. Le géologue français Pierre Termier explore les Açores et conclut que l’Atlantide aurait pu être engloutie par une éruption volcanique. Après la Seconde Guerre mondiale, l’archéologue grec Spyridon Marinatos fouille les vestiges d’Akrotiri à Santorin. La cité de culture minoenne a été détruite par l’éruption d’un volcan. Seulement, les vestiges retrouvés ne correspondent pas aux descriptions de Platon, sans parler de la localisation. A la fin des années 1980, Zdenek Kikal dresse le bilan des recherches et conclut à l’absence de toutes traces de l’Atlantide.

Sources
Texte : « Le rêve de Platon, l’Atlantide : une quête sans fin », Les Cahiers de Sciences et vie, n°159, février 2016, pp26 à 75.

lundi 7 mars 2016

Le règne d'Henri VIII d'Angleterre



En 1508, Henri VIII, âgé de 17 ans, monte sur le trône d’Angleterre. C’est un jeune homme plein d’énergie, intelligent, grand amateur de sport et passionné par la musique et les sciences.

Les nobles constituent l’essentiel de la cour. Propriétaires terriens, ils sont les plus aptes à conseiller le souverain de par leur naissance. Ayant encore une vision féodale de la monarchie, ils considèrent le roi comme le premier parmi ses pairs. De son côté, le souverain se considère sans égal. Aussi, autant par égo que par volonté politique, il interdit que les membres de la cour l’appellent « Sire » et impose le mot « Majesté ».
Henri VIII insiste sur le fait qu’il est le roi, car la branche des Tudor n’est pas la seule à pouvoir revendiquer la couronne. En effet, les Tudor ont accédé au trône à l’issue de la guerre civile des deux roses. Henri VIII vit dans la peur constante d’un complot. Dès qu’il soupçonne une tentative visant à le renverser, il agit en conséquence sans attendre les preuves. Ainsi en 1521, il fait exécuter le duc de Buckingham. Cette méfiance vis-à-vis de l’aristocratie permet à la bourgeoisie de s’installer à la cour et d’être présente dans l’entourage du souverain.
Henri VIII n’aime pas administrer. C’est une tâche bien trop ennuyeuse pour un jeune homme. Il délègue tout au cardinal Thomas Wolsey et part à la chasse. Le cardinal est secondé par Thomas Cromwell, issu de la bourgeoisie. Le roi récompense très gracieusement ses bons serviteurs. Avec l’argent accumulé, le cardinal fait bâtir en 1521 le château d’Hampton Court, le plus luxueux d’Angleterre. La présence de Wolsey et de Cromwell à la cour ne plait pas à la noblesse, qui se voit enlever ses prérogatives.

En 1529, Henri VIII tombe amoureux d’Anne Boleyn. La jeune femme est belle, intelligente et ne manque pas d’ambition. Elle ose se refuser au roi. S’il la veut, il n’a qu’à la faire reine. Anne Boleyn avance les bons arguments pour faire mouche. L’épouse d’Henri VIII, Catherine d’Aragon, ne lui a pas donné d’héritier et elle ne sera bientôt plus en âge de procréer. Anne promet au roi de lui donner le fils qu’il attend pour consolider son pouvoir. Seulement, si Anne doit devenir reine, Henri doit l’épouser et pour ce faire, il doit divorcer. Or seul le Pape peut proclamer un divorce. Le roi envoie Wolsey à Rome pour négocier. Clément VII n’accède pas à la requête du roi d’Angleterre. Anne est furieuse. Elle persuade le roi que Wosley a fait échouer le projet. Aidée par la noblesse, elle le décrédibilise aux yeux du roi. Le cardinal tente de recouvrer les bonnes grâces d’Henri VIII en lui donnant son château. Rien n’y fait. Il est arrêté pour trahison et meurt en prison des suites d’une maladie.
Henri VIII utilise les mouvements de réformes religieuses pour contester l’autorité du Pape. La Réforme lui permettrait de devenir le chef de l’Eglise et de s’accorder le divorce. Néanmoins, il ne peut agir sans risquer de déclencher une guerre civile dans un pays catholique. Il s’appuie sur Cromwell, qui pense que la Réforme permettra d’abolir les barrières sociales et de favoriser l’ascension de la bourgeoisie. Ce dernier rappelle à la chambre des communes que le roi a toujours eu la prérogative en matière spirituelle sur le royaume, mais que cette coutume a sombré dans l’oubli. Par d’habiles manœuvres politiques, il rallie la chambre à sa cause. Maintenant, Henri VIII a le soutien de son peuple et peut agir. Il rompt avec Rome et fonde l’église anglicane dont il est le chef. Le voilà schismatique et il n’hésite pas à faire taire dans le sang tout mouvement de contestation. Le roi s’approprie les biens des monastères pour renflouer les caisses de l’Etat en revendant les domaines à des bourgeois. La noblesse fulmine de voir les bourgeois acquérir les mêmes caractéristiques qu’elle.  
Après trois années de mariage, Anne Boleyn tombe en disgrâce. Elle n’a donné au roi qu’une fille, la future Elizabeth Ière. Henri VIII se demande s’il n’a pas fait une grave erreur en rompant avec Rome. Les troubles du royaume, ses maladies et l’absence d’héritier mâle ne sont-ils pas les preuves de la colère divine ? Cromwell profite de la faiblesse d’Anne Boleyn pour se débarrasser de la femme qui a contribué à la chute de son ami Wolsey. Il fait arrêter des courtisans accusés d’être les amants de la reine. Cette affaire de mœurs salit la réputation de la reine. Elle est arrêtée puis exécutée pour trahison le 14 mai 1536. Henri VIII ne veut plus entendre parler de cette hérétique qui a conduit le royaume à sa perte.


Quelques semaines plus tard, Henri VIII épouse Jane Seymour une ancienne dame d’honneur d’Anne Boleyn. Le roi grossit de plus en plus. Il mange toujours autant, mais n’a plus guère d’activités physiques, notamment à cause d’un problème aux jambes. En 1537, Jane Seymour meurt en accouchant d’un fils, le futur Edouard VI.
Cromwell suggère au roi d’épouser Anne de Clèves, une princesse allemande protestante. Le mariage est célébré sans que les époux ne se soient vus. Lorsque le roi rencontre sa nouvelle femme pour la première fois, le courant ne passe absolument pas. Il la trouve laide et inintéressante. Il est furieux contre son conseiller et annule ce mariage non consommé. Le duc de Norfolk sent que le moment est bien choisi pour se débarrasser de Cromwell. Il pousse dans les bras du roi sa nièce Catherine Howard. Le 10 juin 1540, Cromwell est arrêté pour trahison et exécuté le 28 juillet. Le même jour, Henri VIII épouse Catherine et le duc de Norfolk succède à Cromwell. L’aristocratie retrouve enfin la place qui lui incombe. En 1541, le roi découvre que sa femme entretient une liaison extra conjugale. Les deux amants sont exécutés. Malgré cette affaire, le duc de Norfolk conserve sa place. Le roi, en pleine guerre contre la France, a besoin d’un militaire expérimenté pour le conseiller. La guerre ne tourne pas à l’avantage de l’Angleterre et ruine le royaume. Cet échec militaire irrite le roi. Il se sent humilié. Une nouvelle fois, Dieu le punit. Henri VIII renoue avec le catholicisme. Seulement la situation a changé. La cour est divisée. Des nobles se sont convertis à la Réforme et la nouvelle reine Catherine Parre est protestante. Le peuple s’est également converti pour satisfaire son roi. La répression du Pèlerinage de Grâces est encore présente dans les mémoires. La Bible a été traduite en anglais. La conversion d’Henri VIII au catholicisme entraîne une nouvelle guerre civile.
En 1546, il tombe gravement malade. Il a beaucoup de fièvre et fait des crises de paranoïa. Il meurt le 28 janvier 1547. Son fils Edouard VI lui succède et Edouard Seymour, le frère de l’ancienne reine, assure la régence durant la minorité. 

Bien que répondant à des motivations personnelles, à savoir la légitimation de son titre, les actions d’Henri VIII ont bouleversé la société anglaise. Pour avoir un héritier, il a fondé l’Eglise anglicane, dont les souverains britanniques sont depuis ce jour les chefs. Pour tenir à l’écart la noblesse, il a favorisé la bourgeoisie et le rôle du Parlement. La bourgeoisie a pu, grâce à son travail et son mérite, gravir les échelons. De plus, certains bourgeois sont devenus propriétaire terriens. Ces deux aspects contribuent à l’émergence de la robe.
Sources
- Texte : Peter Chinn, Henri VIII : complots à la cour, Royaume-Uni, 2015, 56min.

samedi 13 février 2016

La prise de la Nouvelle Orléans : les portes du Mississippi sont ouvertes


Avec ses 170.000 habitants, La Nouvelle-Orléans est la plus grande ville et la plaque tournante du Sud. La moitié du coton exporté par les Etats-Unis part de Louisiane. Toutes marchandises confondues, le volume des exportations est trois fois supérieur à celui de Mobile second port de la Confédération. Le site, à l’embouchure du Mississippi véritable artère de communication, explique cette situation. Ainsi, la ville regroupe également des chantiers navals.

La Nouvelle-Orléans se situe à 160 kilomètres de la haute mer. A son embouchure, le Mississippi forme un immense delta marécageux. Seuls les trois bras principaux permettent la navigation des navires. L’embouchure est protégée par deux forteresses (St Philip et Jackson) contenant 177 canons.
Depuis la mise en place du blocus, les navires de l’Union quadrillent le secteur. Les 11 et 12 octobre 1861, les Fédérés ne parviennent pas à se rendre maitre de la région des passes. Pour cause, les navires durent lutter contre le cuirassé Manassas. La défaite d’Head of Passes convainc l’Etat-major de la nécessité d’une grande opération amphibie pour prendre la ville. Lincoln passe outre les critiques de McClellan et avec Welles réorganise la flotte du Golfe occidental. Le général David Farragut commande l’escadre nordiste. Agé de 60 ans et doté d’un sacré caractère, il navigue depuis l’âge de 9 ans. Bien que né au Tennessee et marié à une Virginienne, il reste fidèle à l’Union.
Au début de l’année 1862, la situation semble favorable pour passer à l’action. En effet, la pression exercée par les Nordistes au Tennessee oblige le haut commandement sudiste à dégarnir la Louisiane. Les troupes sudistes remontent le fleuve pour combattre à Shiloh et à Memphis. Il ne reste plus que 3.000 miliciens, quelques batteries fluviales et une flottille d’une douzaine de petites embarcations pour défendre la ville. Les objectifs confiés à Farragut sont clairs : réduire au silence les forts St Philip et Jackson, prendre la Nouvelle-Orléans et remonter le Mississippi jusqu’à rejoindre la flottille d’Andrew Foote. Pour ce faire, Farragut dispose d’une escadrille de huit sloops, 14 canonnières et 19 goélettes. Il est secondé par le général Benjamin Butler et ses 18.000 fantassins.

Le 10 mars 1862, la flotte de Farragut se met en route dans le delta du Mississippi. La navigation est difficile et les navires risquent souvent d’heurter des bancs de sable. Afin d’augmenter le tirant d’eau, Farragut ordonne de décharger et de recharger les navires. Cette opération retarde leur avancée. Pendant ce temps, les Sudistes barrent le fleuve à hauteur des forteresses à l’aide de vieux navires reliés entre eux par des chaînes.
Le 18 avril, la flotte nordiste bombarde les deux forts avec un boulet tiré toutes les trente secondes. Après plusieurs jours, le résultat n’est pas convaincant. Avec un bombardement aussi intense, les Nordistes vont se retrouver à court de munitions et tout sera à refaire. Farragut décide de tenter sa chance. Le 24 avril 1862 à deux heures du matin, deux canonnières s’infiltrent et coupent la chaîne bloquant l’accès de l’embouchure. Les navires remontent le fleuve à pleine vitesse sous le tir des forteresses ennemies, sans prendre le temps de riposter. Ils parviennent à passer non sans avoir subi d’importants dégâts : 33 marins tués et 147 blessés en 1h30. Les Nordistes doivent maintenant affronter les navires sudistes, dont le Manassas. Le combat dure jusqu’au lever du jour. Les hommes de Farragut réussissent à encercler le Manassas, dont l’équipage se saborde pour éviter de tomber aux mains de l’ennemi. La flotte sudiste est mise en déroute. Sur les 17 navires de Farragut, quatre ne parviennent pas à passer les forts et font demi-tour et un seul navire est détruit.

Le 25 avril Farragut arrive aux abords de La Nouvelle-Orléans. Les Sudistes ont brûlé tout le matériel pouvant servir. Les Nordistes anéantissent rapidement les batteries fluviales de la ville. Farragut demande au maire les clés de la ville. Devant son refus, les Nordistes envahissent la ville et plantent le drapeau de l’Union sur la mairie. Pendant ce temps, les troupes de Butler entrent en jeu à l’embouchure du fleuve. Les garnisons des deux forts, isolés de leurs bases arrière, se rendent. Le chemin est libre. Le 1er mai, les troupes de Butler occupent la ville, tandis que la flotte de Farragut poursuit sa route le long du Mississippi. Le général fait régner la loi martiale avec une extrême sévérité à tel point que Lincoln est contraint de changer son affectation en décembre. De son côté le 8 mai, Farragut s’empare de la capitale Bâton Rouge sans rencontrer de résistance. Il continue de remonter le fleuve et passe la frontière de l’Etat. Le 18 mai 1862, il tombe sur un problème de taille : Vicksburg.

Sources
Texte : Eginhard, « La prise de La Nouvelle-Orléans », www.histoire-pour-tous.fr, 20 avril 2012.
Image : wikipédia