samedi 14 janvier 2017

La guerre dans le centre ou l'échec de la contre-attaque confédérée



Le Tennessee est une région cruciale pour les deux camps. C'est une région frontalière de l'Alabama, du Mississippi et de la Géorgie. De l'autre côté, l'Etat ouvre sur l'Ohio, l'Indiana et l'Illinois. l'est de l'Etat, très montagneux, constitue une poche unioniste au sein de la Confédération.

En juillet 1862, le général Henry Halleck établit son quartier général à Corinth dans le Mississippi, qu'il fortifie. Il assure la police et l'administration du territoire occupé et répare le réseau ferré. Il divise son armée en deux. Au Sud, Ulysse Grant poursuit sa descente le long du fleuve, tandis qu'à l'Est Carlos Buell progresse vers Chattanooga en Alabama. Halleck doit regagner Washington, car il a été nommé général en chef des armées en remplacement de George McClellan suite à l'échec du plan Urbana. Grant devient le général de l'armée de l'Ouest. Côté sudiste, Braxton Bragg prend en charge le commandement de l'armée du Mississippi suite au limogeage de Pierre-Gustave Beauregard.
Buell possède un comportement similaire à celui de McClellan. Il recherche davantage à disperser l'ennemi pour l'affaiblir qu'à mener de grandes batailles. Son avancée est très lente. La cavalerie de Nathan Forrest a le temps de couper les voies de communication et de ravitaillement en détruisant les ponts et les rails. Par conséquent, Buell perd encore plus de temps pour réparer les dégâts. Lincoln et Halleck sont furieux du manque d'énergie du général. En juillet 1862, Buell n'est plus qu'à trente kilomètres de Chattanooga. Il subit les raids de la cavalerie de John Morgan. Avec 2.500 hommes, Forrest et Morgan ont réussi à ralentir puis à immobiliser une armée de 40.000 hommes. Il faut dire que la population soutient les cavaliers sudistes. Disparaissant dans les collines, menant des actions de guérillas, ces derniers peuvent frapper où et quand ils le veulent. Les Fédérés ne peuvent pas protéger tous les ponts et tous les tunnels disséminés sur un territoire aussi vaste. Ils ne possèdent pas non plus de cavalerie capable de rivaliser.

Dès sa prise de poste, Bragg entend bien profiter du désordre provoqué par la cavalerie pour contre-attaquer. A la tête de 40.000 hommes, il se dirige vers Chattanooga. Selon lui, Buell ne pourrait pas rester indifférent à cette menace et se lancerait à sa poursuite. De cette manière, il soumettrait son flanc à une attaque. De le cas où Grant viendrait lui prêter main-forte, les généraux Van Dorn et Price pourraient remonter eux aussi le Mississippi, prendre les Fédérés en tenaille et récupérer les territoires perdus. Bragg met au point un plan pour attaquer Grant à Corinth. Il donne l'assaut à Iuka, une ville fortifiée servant de dépôt d'armes et de munitions. Grant dépêche William Rosecrans pour défendre la place. Le 19 septembre 1862, les Confédérés échouent à prendre la ville.
Parallèlement, Bragg ordonne l'invasion du Kentucky dans le but de couper l'Union en deux, puis de pousser au Nord pour occuper Cincinnati et Chicago deux centres industriels importants. Le 14 août 1862, Kirby Smith se met en route avec 21.000 hommes. Il contourne les cols du Cumberland trop bien défendus. Le 30 août, il déferle sur Richmond dans le Kentucky à 120km au sud de Cincinnati, et remporte une écrasante victoire. Il s'empare ensuite des villes de Lexington et de Frankfort. Malgré ses succès militaires, les habitants du Kentucky ne rejoignent pas la cause du Sud. Bragg et Smith ont pu jouir de l'effet de surprise, mais ils ne disposent pas assez de ressources pour tenir le pays tout en se protégeant de la contre attaque nordiste à venir. En septembre, Bragg écrit à sa femme : " je suis cruellement déçu par la passivité de mes amis du Kentucky. Jusqu'à présent, je n'ai reçu aucune addition à mon armée. L'enthousiasme déborde, mais il se limite à un torrent de mots. Les gens d'ici sont trop cossus pour se battre".
Début octobre, Buell passe enfin à l'action dans le Kentucky. Les Fédérés possèdent l'avantage du nombre. La bataille de Perryville (7 et 8 octobre 1862) se révèle décevante pour les deux belligérants. Buell manque une occasion d'anéantir les Rebelles, tandis que Bragg échoue à remporter la victoire et à se rallier la population. Le général sudiste ordonne le repli de ses troupes sur Chattanooga à cause du manque de munitions et de l'état de ses hommes. Ses soldats sont malades, blessés ou fatigués. Buell n'en profite pas pour le poursuivre. Il préfère établir sa base à Nashville. Furieux, Lincoln le démet de ses fonctions et le remplace par Rosecrans.

Après la campagne, le Tennessee occidental est débarrassé de l'armée régulière sudiste et le nord du Mississipi est conquis. Le Tennessee oriental, bien que toujours intégré au sein de la Confédération, compte de nombreux sympathisants unionistes. La Confédération échoue dans sa tentative de retourner la situation. Cet échec limite les options stratégiques de Richmond, qui ne peut plus que défendre et tenter de créer des percées pour prendre Washington, ce à quoi va s'employer Robert Lee sur le front virginien.

Sources :
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Eginhard, « La bataille de Perryville », www.histoire-pour-tous.fr, avril 2013
- Eginhard « La diversion de Iuka », www.histoire-pour-tous.fr, mars 2013
- Eginhard « L’invasion sudiste du Kentucky », www.histoire-pour-tous.fr, février 2013

Image : http://www.sonofthesouth.net/leefoundation/civil-war/1862/november/perryville-battle.jpg

vendredi 6 janvier 2017

La prostitution



L'archonte athénien Solon est le premier à réglementer la prostitution, dont le but est l'assouvissement du désir pour préserver la pureté du sang qui est à la base de la citoyenneté. La loi interdit aux citoyens de copuler avec des femmes et des enfants libres. Les ardeurs sexuelles sont assouvies dans des maisons spéciales, dont les directeurs payent un impôt spécial appelé le pornikon. Les prostituées sont des esclaves souvent achetées sur les marchés de Délos et de Rhodes. Les tarifs sont bas et les lieux discrets. En la matière, Rome est l'héritière du système grec. Les Romains reconnaissent le rôle de salubrité publique des prostituées. A Rome, il n'existe pas de maisons closes administrées par l'Etat, ni d'impôt spécial, ni de lieux spécifiquement dédiés dans la cité. Les lupanars (lupa signifie prostituée en latin) se situent généralement dans les quartiers pauvres. Cependant, les prostituées racolent dans toute la ville. Elles sont reconnaissables à leurs perruques blondes et à leurs tenues, bijoux, maquillages excentriques. Leur physique se dégrade rapidement à cause de la malnutrition, des maladies et des mauvais traitements. Elles appartiennent à un maître, qui les achète, les forme et collecte l'argent.
Les prostituées se différencient des courtisanes, qui habitent chez un riche maître. Elles se distinguent par leur beauté et leur savoir-faire dans un domaine artistique (danse, chant, poésie, musique). Elles possèdent leur propre demeure, leurs vêtements, leurs bijoux et leurs esclaves. A Rome, elles prennent souvent des pseudonymes grecs pour faire plus chic.

La religion chrétienne condamne l'adultère et le concubinage qui mettent en danger la sacralité du mariage. Les femmes ne doivent pas être sensuelles, mais des épouses. Les relations sexuelles n'ont pas pour finalité la jouissance et le plaisir, mais la reproduction. Les clercs sont conscients que l'homme possède des pulsions sexuelles qu'il contrôle difficilement. En ce sens, la prostitution joue un rôle de préservation du couple. Le mal reste limité si l'homme paie ce service et que l'acte reste dans un cadre réglementaire. Des prostituées sont présentes dans les campagnes militaires pour empêcher les relations sexuelles entre soldats.
Les municipalités autorisent l'ouverture de bordels. Les lieux de débauche sont limités à des bâtiments ou à des quartiers précis. Elles imposent un cahier des charges détaillant la nature des services, les horaires et les tarifs. Les prostituées sont enregistrées et le gérant du bordel est responsable devant les autorités. Les prostituées passent des visites médicales. En cas de maladies vénériennes, elles sont expulsées.

Au XVIIe siècle, la société change avec la réforme catholique qui répond au protestantisme. L'Eglise lutte contre la débauche. L'amour vénal devient un pêché mortel. Par ailleurs, les autorités luttent contre la vérole qui ravage la population. En 1667, Louis XIV instaure la lieutenance de police de Paris. Les prostituées sont arrêtées et emmenées à la Salpetrière, où elles sont soumises à un travail et au catéchisme. Un grand nombre deviennent religieuses pour échapper à ces conditions de détention. Certaines sont déportées en Amérique. La prostitution devient clandestine et se limite aux tavernes. Toute la société affiche sa piété en public, tandis que les courtisanes continuent de fréquenter les hôtels particuliers.

Au XIXe siècle, les autorités reviennent à l'idée d'une prostitution comme mal nécessaire. La prostitution est contenue dans des quartiers spécifiques, qui regroupent les maisons de tolérance dirigées par une tenancière garantissant la discipline. Ces dernières s'assurent que les pratiques ne sont pas trop vicieuses ou perverses. Nombre de prostituées viennent de familles pauvres de province. Elles sont nourries, vêtues et doivent se rendre au dispensaire. Elles doivent s'inscrire à la préfecture de police. La prostitution clandestine existe toujours. Les serveuses dans les bars et les cabarets font souvent plus que servir, danser ou chanter. Certaines ouvrières se prostituent pour arrondir les fins de mois.
Avec l'émergence de la bourgeoisie industrielle, les hommes veulent plus de raffinement et de séduction. L'offre évolue. Les maisons de rendez-vous sont des établissements avec un décor bourgeois où les filles sont bien habillées, discutent et boivent un verre avec le client. La barrière entre prostitution, galanterie et flirt se brouille. A Paris, ces établissements étalent un luxe inouï : marbre, dorures, velours, décors somptueux, dont nous avons en tête les images des tableaux de Toulouse-Lautrec, Manet et Degas.
Le 11 décembre 1945, Marthe Richard, ancienne prostituée et conseillère municipale de Paris, dépose un projet de fermeture des maisons closes, rappelant que les tenancières servaient d'indics à la Gestapo. Au niveau national, elle souhaite lutter contre la sordidité de cette profession. Elle obtient gain de cause et l'année suivante tous les établissements parisiens ferment. La loi de 1946 ferme les maisons closes, pénalise le proxénétisme et instaure le délit de racolage actif. Dans les faits, la prostitution reste tolérée à condition qu'elle ne n'occasionne pas une nuisance de l'ordre public. En 2003, la loi pénalise également les clients.

Sources
Texte :
- "Prostitution : l'histoire du plus vieux métier du monde", Historia thématique, n°102, juillet-août 2006, 74p.
- "Les prostituées : des lupanars de Rome à l'âge d'or des maisons closes", Les Cahiers de Sciences et Vie, octobre 2016, n°826, pp20-53.

lundi 19 décembre 2016

Le pavillon des Indes - Courbevoie (Hauts de Seine)



Les promeneurs passant par le parc de Bécon à Courbevoie peuvent admirer une étrange bâtisse hybride faite de bois et de pierre et surmonté de bulbes dorés. Son aspect est tout aussi surprenant que son histoire qui mêle la France, le Royaume-Uni, un prince roumain et de nombreux artistes.

En 1878, la France accueille l'Exposition universelle, un vaste salon réunissant toutes les nations industrielles qui présentent leurs produits et leurs innovations technologiques, mais aussi les projets d'urbanisme et artistiques. Lors de cet évènement, le Royaume-Uni, première puissance mondiale dotée du plus grand empire colonial, possède une place prépondérante.
A cette occasion, le prince de Galles (futur Edouard VII) commande à l'architecte Caspar Clarke un pavillon pour présenter ses collections d'objets indiens, complétée par celles de négociants. Clarke conçoit un palais de bois décoré dans le style des palais indiens du Rajasthan. L'édifice, long d'une trentaine de mètres, se compose de deux pavillons symétriques reliés par une galerie couverte.
Prévu pour être démonté à la fin de l'exposition, il est finalement démantelé et revendu à plusieurs acquéreurs. Une partie est remontée dans la station balnéaire de Paramé près de Saint-Malo. Ce bâtiment n'existe plus de nos jours. Le climat breton et une tempête ont eu raison de ce pavillon de bois au début du XXe siècle. Le prince George Stirbey originaire de Roumanie, achète une autre partie et l'installe dans le parc de Bécon dont il est propriétaire. En 1881, il l'adosse à un bâtiment de pierre servant d'atelier pour l'une des filles de son épouse, George-Achille Fould, artiste peintre passionnée par les sujets féminins. L'atelier comporte de larges baies vitrées et des meurtrières pour sortir les toiles. Le bâtiment actuel ne ressemble plus vraiment à celui que pouvaient admirer les visiteurs de 1878. Le rez-de-chaussée et le premier étage ont été inversés au remontage. Il ne s'agit pas d'une erreur. La partie la plus trapue est installée en dessous pour des raisons de stabilité de la structure. L'autre partie, comprenant de larges vitres, devient le premier étage. De plus, le pavillon acheté par le prince Stirbey ne contient plus les bulbes dorés. Stirbey, d'origine roumaine, les remplace par des dômes de style orthodoxe. Il est probable que George-Achille Fould vivait et travaillait dans le bâtiment en pierre, qu'elle exposait ses œuvres au rez-de-chaussée de la partie en bois et recevait ses invités à l'étage.

En 1951, la ville de Courbevoie acquiert le bâtiment laissé à l'abandon. Il est inscrit aux monuments historiques en 1987. La restauration, menée par Frédéric Didier, ne vise pas à redonner au pavillon son aspect originel et respecte les transformations de la réimplantation dans le parc de Bécon. Le pavillon rouvre ses portes en 2013. La partie en brique abrite un logement et un atelier pour un artiste de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts. La partie en bois offre une exposition sur le pavillon, l'Exposition universelle de 1878, la famille Fould et le château de Bécon. Le premier étage offre une belle salle en marqueterie et un riche mobilier. Le pavillon des Indes n'est pas la seule curiosité que vous pourrez découvrir dans le parc de Bécon.


Sources
Texte : visite guidée du pavillon des Indes effectuée le 3 décembre 2016

Image : Photo de Benjamin Sacchelli

lundi 12 décembre 2016

Histoire synthétique de Chypre


Une île convoitée par toutes les puissances de Méditerranée
Les premières traces de peuplement de l'île remontent vers -5300. Les archéologues ont retrouvé dans des villages un outillage en pierre varié, des coupes, des jarres et des idoles en forme de disque. Les morts sont enterrés sous les maisons. La présence de lames en obsidienne prouve l'existence d'échanges commerciaux maritimes, car ce matériau n'existe pas sur l'île. Les premières poteries datent de -4500. Les plus belles sont décorées d'ondulations. Des mines de cuivre sont exploitées dès -2300 pour la fabrication du bronze.
L'île est le cœur des échanges de la Méditerranée orientale. Les Crétois, qui installent des comptoirs commerciaux à Chypre, apportent la culture grecque. Les villes, l'artisanat et le commerce se développent. En -707, l'île devient possession assyrienne jusqu'en -650, avant de tomber dans le giron de l'Egypte. En -570, les Chypriotes demandent aux Perses de les délivrer. Ces derniers en profitent pour assurer leur mainmise sur l'ile. Par la suite, les Chypriotes soutiennent Alexandre le Grand pour les débarrasser de ce nouvel envahisseur. A la mort du conquérant, l'ile revient à Ptolémée et se retrouve de nouveau rattachée à l'Egypte. En -58, les Romains conquièrent l'ile. Son climat favorable en fait un lieu de villégiature très prisé de l'aristocratie. De somptueuses villas fleurissent un peu partout.
Au Ier siècle, Saint Barnabé, natif de l'ile, évangélise Chypre avec l'aide de Saint-Paul. L'Eglise chypriote est très prolifique. Elle est placée sous la direction de l'archevêque de Salamine, qui se retrouve souvent en concurrence avec le patriarche d'Antioche.

De Byzance à l'indépendance
A la chute de Rome, Chypre est rattachée à l'empire byzantin qui la protège des raids arabes. Lors du schisme, l'ile se convertit à la religion orthodoxe. De nombreux monastères sont bâtis.
En 1191 lors de la 3e croisade, une violente tempête force Richard Cœur de Lion à faire escale à Chypre. Au bout d'un mois, il fait prisonnier le gouverneur et donne l'ile aux Templiers. Par son administration, les chevaliers francs se mettent à dos la population.
En compensation de la perte du royaume de Jérusalem, Richard Cœur de Lion donne Chypre au Français Gui de Lusignan qui se fait couronner. Le nouveau roi défend l'indépendance de Chypre, surtout lors de la croisade de l'empereur germanique Frédéric. A la fin du XIIIe siècle, les croisés et les Francs fuyant le Proche-Orient s'y réfugient. Au siècle suivant, Pierre Ier tente de ressusciter l'esprit des croisades en attaquant Alexandrie. Par cette action, il s'attire la colère de Gênes qui possédait des comptoirs dans la ville. En représailles, les Génois envahissent Famagouste, le principal port de l'ile et pillent Nicosie la capitale. En 1426, les Mamelouks d'Egypte se vengent à leur tour en ravageant l'ile. Ils capturent et emmènent au Caire le roi Janus Ier. Suite à cette défaite militaire, la population, restée grecque et orthodoxe, se désolidarise de ses dirigeants catholiques et de culture franque. Pour pallier ce désamour, Jean II épouse Hélène Paléologue, une princesse byzantine. La nouvelle reine milite pour la religion orthodoxe et la langue grecque. Jacques II, le bâtard de Jean II, renverse sa demi-sœur Charlotte avec l'aide militaire des Mamelouks. Il épouse Catherine Cornaro, issue d'une riche famille vénitienne. Ce mariage scelle l'alliance entre Chypre et Venise conte l'ennemi commun génois. Avec le soutien financier de la Sérénissime, il chasse les Génois de Famagouste, avant de se débarrasser des Mamelouks. A la mort de son mari, Catherine est contrainte d'abdiquer et de transférer la souveraineté à Venise.

Forteresses vénitiennes et province ottomane
Chypre devient le joyau de l'empire vénitien et le dernier bastion chrétien face à l'irrésistible avancée ottomane. L'île se couvre de forteresses et les villes se dotent de remparts. Toutes ces précautions n'empêchent pas Selim II de se rendre maitre de l'île en 1571. Le massacre de la garnison de Famagouste, qui s'était rendue, provoque une vive émotion en Europe.
Chypre devient une province ottomane. 20.000 Turcs gèrent les 160.000 Chypriotes. Les Turcs déplacent les populations pour s'adjuger les meilleures terres se situant au Nord. C'est la naissance de la bipartition de l'île, qui perdure encore de nos jours. Les Ottomans conservent l'église chypriote. L'archevêque de Nicosie devient le seul représentant officiel du peuple chypriote. Il a la possibilité de s'adresser au sultan. A début du XIXe siècle, Chypre profite de la guerre d'indépendance grecque pour se révolter à son tour. La situation est différente et cette tentative est très vite et violemment réprimée.

Protectorat britannique
L'ouverture du canal de Suez et le déclin de la puissance ottomane conduisent les Britanniques à reconsidérer le rôle stratégique de Chypre. En échange d'un pacte de défense, Istanbul cède Chypre à Londres, qui devient un protectorat britannique. Lors de la Première guerre mondiale, l'Empire ottoman rejoint le camp de la Triple Alliance. En représailles, les Britanniques annexent l'île. En 1931, les Chypriotes se soulèvent. Londres instaure un régime d'exception et exile les évêques et les aristocrates. Le gouverneur concentre tous les pouvoirs. Lors de la Deuxième guerre mondiale, les Chypriotes combattent tout de même aux côtés des Alliés.
En 1950, Monseigneur Makarios III devient le chef des revendications d'indépendance. Le général Grivas prend la tête de l'organisation armée EOKA. Une guerre civile éclate. La Grèce soutient le mouvement, tandis que la Turquie s'y oppose. Le 11 février 1959, les accords de Zurich donnent naissance à la République de Chypre qui est officiellement proclamée le 16 janvier 1960. Le Royaume-Uni conserve deux bases militaires.

Une île divisée
La nouvelle constitution prévoit des instances à égalité de membres entre les communautés grecque et turque. Les tensions sont vives. Avec Athènes et Ankara comme soutien, aucun parti n'est prêt à faire de concessions. En 1974, le pays est au bord d'une nouvelle guerre civile. L'extrême-droite chypriote soutenue par des militaires grecs parvient à s'emparer du pouvoir. La Turquie envoie une force armée qui reconquiert rapidement la moitié nord de l'île où réside la communauté turque. L'ONU dépêche des unités pour maintenir la paix. Une ligne passant par Nicosie coupe l'île en deux. Il s'agit d'une véritable frontière avec des points de contrôle et séparant deux Etats. La république de Chypre occupe la partie sud de l'île. Il s'agit d'un Etat reconnu par la communauté internationale et membre de l'Union européenne depuis 2004. La république turque de Chypre du Nord est un Etat fédéré à la Turquie qui est le seul Etat à le reconnaitre sur la scène internationale.



En ce qui concerne la guerre d'indépendance grecque, voir l'article Histoire abrégée de la Grèce partie 3.

Sources
TexteHASSAN Delphine : Chypre, PUF, Paris, 2015, 389p.
Image : http://herald-dick-magazine.blogspot.fr/2013/11/fete-nationale-de-chypre-du-nord-le-15.html




mardi 6 décembre 2016

JeuneSSe


"L'avenir appartient à celui qui contrôle la jeunesse". S'appropriant ce slogan, les nazis tournent très tôt leurs attentions sur la jeunesse. Les adultes sont trop imprégnés des fausses valeurs du vieux monde. Il convient de débarrasser les enfants de l'héritage humaniste et judéo-chrétien pour revenir à l'identité germanique originelle. Ils formeront les futurs adultes du nouvel ordre nazi. Dans Mein Kampf, Hitler expose ses principes pédagogiques : éducation à la dure, vie en communauté, réduction des matières intellectuelles au strict minimum en faveur du sport. Il vante les mérites de la boxe comme moyen éducatif.

En 1926 lors du congrès du NSDAP, les jeunesses hitlériennes sont créées sur le modèle des SA. Tous les jeunes de 4 à 18 ans peuvent s'inscrire. Le parti finance toutes les activités. Son chef, Baldur von Schirach s'inspire des principes du scoutisme initié au Royaume-Uni : vie en communauté, confrontation avec la nature, discipline et sport. Von Schirach ajoute l'apprentissage des techniques de survie, la pratique intensive de la randonnée et des rudiments idéologiques. Le port de l'uniforme, ainsi que l'existence de grades et d'une hiérarchie préparent l'enfant à la vie militaire.
En 1936, trois ans après l'élection d'Hitler, l'adhésion aux jeunesses hitlériennes devient obligatoire. La loi stipule que : " la jeunesse allemande tout entière doit, en dehors de l'école et du foyer parental, être éduquée physiquement, intellectuellement et moralement au sein des jeunesses hitlériennes, afin de servir le peuple et la communauté." L'école prodigue des cours de langue, de biologie et d'histoire. Les jeunesses hitlériennes dispensent l'enseignement idéologique, qui se compose de la biographie du Führer, de l'histoire du NSDAP, d'une initiation aux problèmes contemporains et de l'histoire de l'Allemagne et de la race allemande.
Les jeunesses hitlériennes sont un vivier dans lequel puisent les SS et les Napolas (Institut d'Education Nationale Politique). Il s'agit d'une grande école formant les futurs cadres de l'Etat, dotée d'un internat à la pédagogie très dure et où les pratiques de bizutages sont autorisées. Les familles considèrent les Napolas comme un vecteur d'ascension sociale. La sexualité est encouragée même hors mariage. Il faut se libérer des anciennes lois morales et procréer. Les enfants nés hors mariage ne posent pas de problème. Il existe des structures pour l'accouchement. De plus, si l'enfant est de bonne race, l'Etat prend en charge son éducation.

En 1944 et 1945, des unités issues des jeunesses hitlériennes jouent un rôle important dans les derniers combats. Des enfants et des adolescents mènent des actions de guérilla derrière les lignes ennemies. Lors du siège de Berlin, ils défendent les rues de la capitale jusqu'au dernier moment.

Sources
Texte : CHAPOUTOT Johann, "Têtes blondes et croix gammée", Historia, n°827, novembre 2015, pp44-49.

Image : http://edwige.roland.pagesperso-orange.fr/

jeudi 1 décembre 2016

Soigner ses blessés : médecine et service médical



En 1861, ni le Nord, ni le Sud ne sont préparés aux conséquences sanitaires d'une guerre moderne. Dès les premiers affrontements importants, les Etats-majors sont dépassés par l'afflux de blessés.

Les premières initiatives sont le fruit d'associations caritatives. Elles organisent des campagnes de sensibilisation pour lever des fonds en vue d'acheter du matériel. Au départ, ces initiatives sont mal perçues par les instances dirigeantes de l'armée, car elles sont menées par des civils et des femmes.
Dans le Nord, plusieurs organisations non gouvernementales se mettent en place. L’une d’entre elle est l'Association Féminine Centrale de Secours est créée (WCAR) fondé le 29 avril 1861. Il s'agit d'un collectif d'hommes et de femmes, présidé par Elizabeth Blackwell, qui milite pour l'amélioration des conditions d'hygiène dans les camps militaires. Cette association établit un programme de formation pour les infirmières. La WCAR s'adresse directement à Lincoln, qui cède et met en place le décret de création de la Commission Sanitaire des Etats-Unis. Henry Bellows, pasteur et féru de médecine, est élu comme président. La Sanitaire organise des ventes de charité et des fêtes pour réunir des fonds. Elle envoie dans les camps des bandages, des médicaments, des vêtements et des vivres. Elle apprend aux soldats à cuisiner, à s'approvisionner en eau et à construire des latrines. La Sanitaire acquiert une grande popularité auprès des soldats et une grande influence au Congrès. Le 18 avril 1862, Lincoln nomme le chirurgien William Hammond, recommandé par la Sanitaire, directeur du service de santé de l'armée.
Les mêmes organisations existent dans le Sud, mais des proportions moindres. A partir de 1862, le comité de Richmond regroupe des personnes inaptes au service. Financé par des riches citoyens, il se charge du transport des blessés et de l'approvisionnement en nourriture des hôpitaux.

Les premiers soins sont donnés dans des infirmeries mobiles installées à proximité du champ de bataille. De nombreux bâtiments publics et privés sont réquisitionnés pour servir d'hôpitaux (granges, entrepôts, hôtels, écoles, églises, usines, etc...). Les chirurgiens et les infirmiers prodiguent les premiers soins, stabilisent les patients et réalisent les interventions d'urgence, avant de les évacuer à l'arrière vers d'autres hôpitaux. Le docteur Jonathan Letterman, directeur des services médicaux de l'armée du Potomac, introduit les hôpitaux préfabriqués selon un modèle qui sera encore employé durant la Première guerre mondiale. Ceux-ci regroupent les salles d'opérations et des postes de soins ventilés et chauffés. A la fin de l'année 1861, les Confédérés établissent un département médical sur ce modèle. L'hôpital de Chimborazo à Richmond regroupe 250 pavillons pouvant accueillir chacun une cinquantaine de patients.

A la veille de la guerre de Sécession, l'armée des Etats-Unis comprend dans ses effectifs permanents, 30 chirurgiens et 83 adjoints, sous les ordres d'un chirurgien général (Surgeon general). Parmi eux, 3 chirurgiens et 21 adjoints passent dans le camp sudiste. Ces effectifs, insuffisants, sont étoffés à mesure que les deux camps lèvent de nouveaux contingents, par l'embauche de nombreux contractuels. Leurs compétences sont parfois limitées, voire contestables. Leurs confrères et les soldats ne les voient pas toujours d'un très bon œil. Les soldats considèrent les médecins comme des charlatans voire des bouchers.
A partir de l'été 1862, les deux camps créent un corps spécial de brancardiers, composés des membres de la fanfare et des soldats les moins aguerris sur le champ de bataille. Ils reçoivent une formation et un entrainement pour évacuer les blessés rapidement et durant les combats. Ils portent un uniforme particulier. Cette institution sera reprise par les armées françaises et prussiennes lors de la guerre de 1870.
Un grand nombre de femmes passent outre le préjugé, selon lequel les hôpitaux et la guerre ne sont pas des endroits pour elles, et se portent bénévoles comme infirmière militaire. La guerre de Sécession va transformer le rôle de l'infirmière, qui passe d'un emploi subalterne à une profession reconnue. Les Américains s'inspirent de l'organisation de Florence Nightingale pendant la Guerre de Crimée. A la fin de la guerre, plus de 3.000 femmes sont employées comme infirmières militaires.

La médecine demeure obscurantiste. Les médecins ne connaissent pas encore la théorie de l'infection. Ils ne nettoient pas, ni ne stérilisent leurs instruments et leur salle de travail. Ils n'ont aucune idée de l'existence des bactéries. Contrairement à une idée répandue, les opérations sont effectuées sous anesthésie. Les médecins utilisent du chloroforme. L'alcool, bien qu'utilisé comme stimulant, ne rencontre pas l'unanimité parmi les médecins.
Le gouvernement fournit le matériel médical. Chaque médecin Il le transporte dans un sac à dos en bois au départ en osier par la suite. Il s'agit d'une boite à tiroirs pouvant peser jusqu'à 9 kg. En 1863, une valisette en cuir dotée d'une bandoulière le remplace. Divers modèles de fourgons médicaux sont également conçus pour transporter les produits pharmaceutiques et le matériel médical. Les chirurgiens sont confrontés à de très nombreux cas inédits. . Ils remettent en question certaines pratiques anciennes. Par exemple, la saignée est abandonnée. Les traitements à l'opium, les diètes sont valorisés. Les méthodes de suture et de trépanation s'améliorent. Les bases de la chirurgie reconstructrice sont posées.
Les infections constituent les complications les plus fréquentes. De nombreux blessés succombent de septicémie. Les médecins redoutent davantage la gangrène. Ils sont conscients que le manque d'hygiène en est la cause. Une fois la gangrène déclarée, le seul traitement reste l'amputation.
De manière générale, les maladies tuent plus que les balles et touchent aussi bien les soldats que les officiers. C'est un facteur avec lequel il faut compter et qui peut expliquer des situations, car elles peuvent bloquer des régiments entiers. La diarrhée et la dysenterie sont les maladies les plus courantes du soldat. . Le paludisme, appelé malaria, touche également plus d'un million de soldats des deux camps. Les deux armées sont aussi confrontées périodiquement à des épidémies, comme la rougeole, les oreillons, la scarlatine, la jaunisse. Les conditions de vie causent elles aussi des maladies, pneumonies, rhumatismes, insolations, dépressions, sans parler des méfaits de l'alcool.

Avant la guerre, aucune disposition pour l'extraction des blessés n'existe. Tout type de transport et de moyen est bon pour l'évacuation des victimes. Au Nord, les ingénieurs inventent plusieurs types de voitures, telles la Wheeling et la Rucker. Le train s'avère également un moyen efficace pour éloigner les blessés des zones de combat. Dans un premier temps, l'armée utilise des wagons de marchandises. Leurs larges portes permettent de monter et descendre les blessés sur leur brancard sans avoir à les manipuler. En 1863, William Hammond, directeur du service de santé de l'armée, met en place des trains hôpitaux. Il conserve les larges portes des wagons et aménage à l'intérieur des couchettes, des sièges pour les infirmiers, de réserves d'eau, de réchauds, de toilettes et de vestiaires. Une signalétique précise permet de les identifier. D'une manière générale, les Confédérés les respectent. Par ailleurs, les opérations sur le front Ouest, souvent fluviales, montrent la nécessité d'avoir un dispositif d'évacuation par bateau.

Pour les quatre années de conflit, le nombre des blessés est estimé à 535.000. Les Etats-Unis refondent complètement le service de santé de l'armée et à la fin de la guerre tous les problèmes ne sont pas réglés. A quelques exceptions près et avec des moyens moindres, les Confédérés adoptent une organisation identique à celle de l'Union. La guerre de Sécession engendre la création d'un corps d'infirmiers professionnels où les femmes tiennent une part importante. Les associations caritatives apparaissent dans le paysage public et politique. Elles aboutissent à la fondation de la Croix Rouge américaine.
La guerre de Sécession contribue à des avancées dans le domaine médical. Les médecins sont confrontés à des situations qui les amènent à s'intéresser davantage aux conditions d'hygiène et à l'impact psychologique des combats (dépression, angoisse, folie). Ils expérimentent la réduction des fractures, tentent les premières greffes de peau et les premières reconstructions faciales. En 1883, paraissent les six volumes de l'Histoire médicale et chirurgicale de la guerre civile. Ils font le point sur les données recueillies durant les quatre années du conflit et tirent des enseignements sur les pratiques sanitaires, médicales, chirurgicales et l'organisation logistique.

Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013

Image : L'intérieur d'une chambrée au Carver hospital, Washington, D. C. (Brady National Photographic Art Gallery).

vendredi 18 novembre 2016

Marie-Antoinette de Habsbourg, Reine de France, et ses enfants


En 1785, Marie-Antoinette incarne la débauche et la frivolité qui règnent à Versailles. Elle a l'image d'une femme superficielle, indifférentes aux souffrances de ses sujets. La reine souhaite donner une autre image d'elle. Elle commande à Louise Elisabeth Vigiée Lebrun, sa peintre attitrée, un nouveau portrait d’elle. Vigiée Lebrun s'entretient de la commande avec son ami Louis David. Il lui conseille de reprendre la construction du tableau "La Sainte famille" de Raphaël, où la Vierge deviendra la reine, l'enfant Jésus le dauphin et Saint Jean la Princesse.

Louise Elisabeth Vigiée Lebrun, née en 1755, dessine dans l'atelier de son père dès le plus jeune âge. Elle reçoit les enseignements de Doyen et de Joseph Vernet. A 15 ans, elle réalise le portrait de sa mère. Cette toile lui vaut la renommée de Paris. Les aristocrates viennent lui rendre visite dans son atelier situé près du Palais Royal. On parle d'elle à la reine. En 1778, Marie-Antoinette la teste en lui commandant un portrait. Elle tombe sous le charme de traits de l'artiste. Les deux femmes du même âge s'entendent bien.

Le portrait représente Marie-Antoinette en mère attentive de ses enfants. La reine tient sur ses genoux Louis XVII. Sa fille aînée, Marie-Thérèse s'appuie avec tendresse, sa tête contre le bras de sa mère. Elle la regarde avec amour. A gauche, le dauphin montre un berceau vide. Il représente la disparition de Sophie Hélène Béatrice, décédée quelques semaines avant l'achèvement du tableau. Marie-Antoinette porte une robe identique à celle de Marie Leszczynska dans le portrait de Jean-Marc Nattier. Il s'agit d'un vêtement simple qui contraste avec les tenues extravagantes et insolites qu'apprécie la reine. Les vêtements des enfants traduisent les nouvelles modes vestimentaires du second XVIIIe siècle. Ils sont plus amples et moins stricts. Le regard sur les enfants change. Le cou de Marie-Antoinette est nu pour éviter toute référence à l'affaire collier qui a éclaboussé la reine. Le meuble au fond à droite est un serre-bijoux. Il est dans l'ombre en retrait par rapport aux enfants qui, eux, sont en pleine lumière. Ce dispositif est une référence au mythe romain de Cornelia mère des Gracques, bien connu des aristocrates. Une amie de Cornelia lui montre tous ses bijoux les uns à la suite des autres. Cornelia lui présente ses enfants et rétorque : "Voici mes bijoux."

Le portrait ne contribue en rien à modifier l’image de la souveraine. Après l'exécution du couple royal en 1793, Vigiée Lebrun craint pour sa vie. Elle quitte la France déguisée en ouvrière et parcourt les cours européennes. Elle revient en 1802. Elle meurt le 30 mars 1842 à 87 ans. Sous la Restauration, les monarchistes utilisent son tableau comme propagande.


Sources :
Texte : COUTURIER Elisabeth, "Splendeur souveraine", L'Histoire, n°826, octobre 2015, pp18-19.

Image : Louise Elisabeth Vigiée Lebrun, Marie-Antoinette de Habsbourg Reine de France, et ses enfants, 1787, 275x215 cm, Château de Versailles.

mercredi 9 novembre 2016

Isaac Newton


Dans ses mémoires, le physicien William Stukeley rapporte qu'en avril 1726 qu'"après souper, le temps clément nous (Newton et lui) incita à prendre le thé au jardin, à l'ombre de quelques pommiers. Entre autres sujets de conversation, il me dit qu'il se trouvait dans une situation analogue lorsque lui était venue l'idée de la gravitation. Celle-ci avait été suggérée par la chute d'une pomme un jour que, d'une humeur contemplative, il était assis dans son jardin". Une nouvelle fois, une pomme a changé l'histoire de l'humanité. Les travaux de Newton ont profondément bouleversé les sciences physiques.

Isaac Newton nait le 4 janvier 1643, près de Grantham dans le Lincolnshire. L'Angleterre n'ayant pas encore adopté le calendrier grégorien, sa naissance est enregistrée à la date du 25 décembre 1642. Ses parents sont de riches paysans qui possèdent de nombreuses fermes rentables dans l'est de l'Angleterre. Isaac reçoit l'éducation nécessaire pour administrer un domaine agricole. En 1660, Isaac Newton entre à l'université de Cambridge où il étudie l'arithmétique, la géométrie, la trigonométrie, l'alchimie et la théologie. Il se passionne pour les mathématiques. Il entre dans un cours de lecture avec ses amis, durant lequel il découvre Descartes, Hobbes et de nombreux traités de géométrie et d'algèbre. Il rédige un compte-rendu sur les fondements du calcul infinitésimal et prouve que la lumière blanche est composée d'un spectre de plusieurs couleurs. Il ne publiera ses recherches qu'en 1675 dans son ouvrage Opticks. Il met au point un télescope à miroir sphérique. En 1669 à l'âge seulement de 26 ans, Newton succède à son professeur Isaac Barrow à la chaire de mathématiques. En avril 1696, il démissionne et quitte Cambridge pour devenir officier de l'Etat en charge de la monnaie, de la lutte contre la contrefaçon et de la réforme du système d'argent pour le royaume. Il intègre la Royal Society de Londres, dont il devient le président en 1703. Il est également élu au Parlement en 1689. Isaac Newton tombe malade en 1724 et meurt le 31 mars 1727, à l'âge de 84 ans. Son corps est inhumé dans l'abbaye de Westminster.

Newton est un travailleur acharné. Entre 1665 et 1687, il étudie l'alchimie, l'optique, la mécanique, la théologie et la philosophie. Newton ne conçoit pas la physique hors du divin. La puissance de Dieu est visible jusque dans les actions des parties alchimiques les plus minuscules. Les sciences physiques sont des lois de Dieu. Ses recherches sont une manière d'apporter la preuve de l'existence de Dieu. Selon lui, il ne fait que redécouvrir ce que les Anciens (les Grecs) savaient et qui a été perdu, puis falsifié par les clercs du Moyen-âge. Il a tendance à se replier sur lui-même et à vivre seul. C'est un bourreau de travail, quitte à en oublier parfois de dormir ou de manger. Newton répugne à communiquer ses travaux et les publie souvent plusieurs années après les avoir achevés. Ses relations avec les autres savants sont parfois houleuses. Par exemple, il s'oppose souvent avec Robert Hooke sur le sujet de la lumière. Ce dernier accuse Newton d'avoir volé ses idées. Newton répond qu'il n'avait pas connaissance des recherches de Hooke.
Bien que travaillant seul, Newton n'est pas isolé. Il appartient à cette génération de scientifiques et de lettrés qui ont pu s'épanouir dans un pays connaissant une croissance démographique, économique, ainsi que de l'essor de l'imprimerie et de la quasi suppression de la censure. De plus, il fait partie d'un vaste réseau de savants européens (Anglais, Français, Italiens, Hollandais). Il est ami avec l'astronome et marin Edmond Halley et le chimiste irlandais Bayle. De plus, il est en lien avec les compagnies maritimes venant de se créer, ce qui lui permet de consulter les rapports fournis par des correspondants en Amérique et en Afrique. Halley le pousse à publier ses travaux sur les orbites elliptiques des planètes, en finançant même la publication de son ouvrage.

En 1687, Newton publie ses Principes, sa grande œuvre qui lui a coûté cinq années de sa vie, Principes mathématiques de la philosophie naturelle. Newton a trouvé le moyen de représenter les mouvements des objets terrestres et célestes. Il décrit des techniques pour mesurer et analyser le mouvement des corps. De plus, il juxtapose ses théories avec les observations effectuées par les marins et autres voyageurs. Ce livre est une révolution car Newton y expose le principe d'inertie et la théorie de l’attraction universelle. Les historiens ont montré qu'avant 1681, presque aucune idée des Principes n'existait, à commencer par la gravitation, cette force universelle qui attire toutes les particules de matières n'importe où dans l'univers.

Les travaux de Newton apparaissent comme révolutionnaires. Edmond Halley et Jean Desaguliers vulgarisent ses travaux. Toutefois sur le moment, si le livre est bien accueilli en Grande-Bretagne, sur le continent la réaction est mitigée, car les travaux de Descartes prédominent. Il faut attendre la seconde moitié du XVIIIe siècle pour que les travaux de Newton trouvent un écho favorable. En 1756, Emilie du Chatelet effectue une traduction en français. La traduction française n'est pas littérale. Certains passages sont supprimés, notamment ceux faisant référence à Dieu, d'autres sont clarifiés ou ajoutés pour aider le lecteur. Le français est la langue des cours européennes. Les traductions facilitent la diffusion à l’échelle européenne. Les travaux de Newton sont traduits en arabe en 1789 et en japonais en 1930. En France, le philosophe Fontenelle emploie le mot "révolution" pour parler des travaux de Newton, l'homme ayant transformé les mathématiques et la géométrie. Voltaire impose l'image du savant qui perdure encore de nos jours : le Newton de la pomme, le savant génial, isolé, révolutionnaire et sécularisé.


Sources
Texte : SCHAFFER Simon, « Newton était—il un génie ? », L’Histoire, n°418, décembre 2015, pp32 à 42.
Image : wikiwand.com



vendredi 28 octobre 2016

Norton Ier, Empereur des Etats-Unis

 
C’est un principe que les institutions américaines ne pourraient acceptées. Après s’être battues pour obtenir une indépendance chèrement acquise aux prix de milliers de morts face au redoutable empire anglais, les Etats-uniens ne voudraient jamais d’un système monarchique ou dictatorial.

Et pourtant !

Vous ne le savez peut-être pas, mais les Etats-Unis ont eu un empereur ! Ce ne fut pas une idée fugace ou une invention à but humoristique, Joshua Abraham Norton fut Empereur des Etats-Unis et protecteur du Mexique de 1859 à 1880.

Mais quelle est cette histoire farfelue ? Il ne me viendrait pas à l’idée de vous raconter des salades ! Elle est bien sérieuse. A ceci près que l’empereur Norton Ier, s’est posé lui-même la couronne sur la tête. Plus fort que Napoléon, qui avait besoin du plébiscite des Français, Norton a décidé, par sa seule et unique volonté, de s’autoproclamer Empereur des Etats-Unis.

Mais comment ont réagi les Américains ? Ils ont dû s’offusquer, le dénoncer, lui couper la tête… Que nenni ! Il fut aimé ! Vous ne comprenez plus : comment un état construit sur la philosophie des Lumières, porteuse de valeurs républicaines et égalitaires, a-t-il pu accepter une telle hérésie politique ? D’autant qu’il a tout de même régner 21 ans !

Il faut commencer par ses débuts. Joshua était un brave homme, commerçant et homme d’affaire de son état. Ce fils d’expatrié anglais, avait quitté l’Afrique du Sud pour la jeune et riche Amérique où il espérait, comme tant d’autres qui ont entreprit ce périlleux voyage, faire fortune. Il pose ses valises à San Francisco. D’abord chanceux, il se fait un petit pécule avant de tout perdre après avoir tout misé sur un malheureux bateau de riz ! Le voilà ruiné et seul puisque la justice entérine sa faillite.

C’est l’épisode de trop !

Il vit une injustice et l’état est trop corrompu pour prendre en considération son cas personnel. Il se saisit alors sa plus belle plume, la trempe dans l’encre et écrit plusieurs dizaines de feuillets aux journaux où lui, Joshua Abraham Norton s’autoproclame « Empereur de ces Etats-Unis » (littéralement en anglais  Emperor of These United States) et réclame obéissance à ses nouveaux sujets et autorité sur les gouvernements en place. Ses feuillets resteront lettres mortes et Norton Ier va commencer son long règne dans une relative indifférence.

Relative ? Oui, car si l’Empereur réalise de nombreux décrets qui n’auront aucune incidence, il devient néanmoins une célébrité dans la ville qui va devenir son domaine. Ainsi, Louis XIV avait le domaine royal de Versailles, Norton Ier a eu San Francisco. Tous les jours, à l’instar de notre Grand Louis, l’Empereur avait un emploi du temps chargé et une véritable étiquette. Il inspectait les rues de la ville en vélo ou à pied et tout le monde lui montrait du respect à son passage. Norton pouvait même s’offrir le luxe de battre monnaie puisqu’il payait ses restaurants et autres condiments avec des billets au porteur que tout le monde acceptait de bonne grâce. Jamais un théâtre ne commençait son spectacle sans que l’Empereur ne soit présent à son balcon.

Comment expliquer un tel succès ? Probablement que la personne attachante qu’était devenu Joshua, alias Norton Ier, lui avait attiré une grande sympathie. Tout le monde savait que son cas relevait de la psychiatrie mais il ne faisait pas de mal. Au contraire : il s’enquérait de la vie de ses sujets et les décrets impériaux qu’il écrivait étaient souvent poussés par la volonté de se battre contre l’autoritarisme et les abus de la politique politicienne.

Un jour, un jeune policier l’arrête ! Surement nouveau et pas mis au courant, il tentait de le faire soigner de force. Consternation de la population, des médias et de la police elle-même. Il est aussitôt relâché. Maltraité un roi aurait valu la mort à se policier. Norton se montre magnanime et lui offre un Pardon Impérial. Par la suite, les officiers de police salueront sa majesté impériale à son passage comme pour montrer leur gratitude devant tant de bonté !

On doit aussi à Norton Ier des réalisations et des exploits. Il est à l’origine du pont reliant Oakland et San Francisco (malheureusement construit après sa mort) qu’il réclamait dans de nombreux décrets. Enfin, il fait cesser une révolte populaire en barrant la route des deux cortèges qui allaient en venir aux mains et aux armes ! Enfin, il eu une importante liaison épistolaire avec la reine Victoria, her-self !

Norton tombe dans la rue le 8 janvier 1880. Les secours arrivent… il est trop tard ! « Le roi est mort » titre les journaux en français dans le texte le lendemain. Son corbillard, financé par la population sera suivi par 30 000 personnes. Le lendemain de son inhumation, une éclipse solaire totale obscurcie la ville. Il repose aujourd’hui à l’extérieure de la ville de San Francisco qui fut pendant 21 ans son empire.

dimanche 23 octobre 2016

La bataille des sept jours



La bataille des sept jours correspond à une série d'affrontements, qui se déroulent du 25 juin au 1er juillet 1862, en Virginie dans la péninsule entre Richmond et la James River, soit à une vingtaine de kilomètres de la capitale confédérée. Durant cette semaine, 20.000 confédérés et 10.000 fédérés sont soit tués soit blessés.

Conformément au plan Urbana, McClellan débarque son armée à fort Monroe dans la péninsule virginienne le 17 mars. Son objectif global est de remonter la péninsule pour atteindre Richmond. Il dispose d’une tête de pont sécurisée pouvant être approvisionnée par la mer. Depuis la bataille d'Hampton Roads, la marine nordiste permet d'assurer des liaisons.
Depuis le début de la guerre, la Confédération est installée dans une posture défensive. Le plan d’action sudiste consiste à bloquer l’avancée nordiste afin de protéger Richmond. Le terrain favorise cette stratégie. En effet, la péninsule de Virginie est délimitée à l’Est et à l’Ouest par deux fleuves, la James River et la York River, séparées d'une vingtaine de kilomètres avec au milieu la Chickahominy. Une armée couvrant toute la largeur peut barrer l’accès en utilisant les deux fleuves pour sécuriser ses flancs. Les batteries sudistes installées à Norfolk empêchent les fédéraux de remonter la James River. Le fleuve York était lui aussi interdit à la navigation pour le Nord à partir de Yorktown et Gloucester. McClellan est contraint d’attaquer de front la ligne de défense de John Magruder. Durant les mois d'avril et de mai, les troupes nordistes s'emparent des trois villes s'ouvrant les voies fluviales.
Jefferson Davis presse Johnston d'intervenir. Le 31 mai, les confédérés attaquent l'armée nordiste dans les environs du village de Seven Pines. Les différents assauts sont mal coordonnés, si bien que les Nordistes parviennent à récupérer le terrain qu'ils ont perdu lors du premier accrochage. Durant la bataille, Johnston est blessé par un éclat d'obus et une balle dans l'épaule.
Après la bataille de Seven Pines, McClellan se sent menacé. Il ordonne le transfert de sa base de l'autre côté de la James River. L'ennui, c'est qu'il n'y a pas de voies ferrées là-bas et que les canons ne se déplacent que sur rail. McClellan sabote lui-même son plan de siège de Richmond en se privant de son artillerie. Côté confédéré, Robert Lee remplace Johnston comme général en chef. Lee n'a pas une bonne réputation, car c'est lui qui a été défait en Virginie Occidentale par McClellan. Sa première action est de renforcer les défenses de Richmond, ce qui lui vaut de vives critiques. Cependant, Lee n'escompte pas tenir un siège. Il s'aménage une solide base arrière afin de pouvoir lancer des contre-attaques. Pendant ce temps, McClellan explique à Washington les raisons pour lesquelles il n'est pas encore prêt à lancer une grande offensive :" Mon artillerie n'est pas au complet. Je suis sans cesse obligé de me battre contre un ennemi infiniment supérieur et de réorganiser mes troupes après chaque affrontement. De plus, les routes boueuses contrarient mes déplacements." Sur ce dernier point, on ne peut lui donner tort. Les mois d'avril et de mai ont été très pluvieux. Lincoln ne peut fournir les contingents exorbitants que demande McClellan. Le général refuse d'attaquer, car il croit toujours être en infériorité.

Le 26 juin, dans les environs de Mechanicsville, les Nordistes, sous les ordres du général Fitz-John Porter, ont construit des palissades de bois pour protéger leur artillerie et posté des tireurs isolés dans les bois. Malgré ce dispositif, les Sudistes combattent avec obstination pour défendre leur capitale. Les Nordistes parviennent à repousser l'assaut. Les pertes sont énormes : 1500 Sudistes blessés ou tués contre 360 Nordistes. Cet affrontement est connu sous le nom de bataille de Beaver Dam Creek. Lorsque McClellan apprend que Jackson, de retour de la vallée de la Shenandoah, vient d'arriver à Richmond, il ordonne à Porter de se retirer sur Gaine's Mill. Néanmoins, les hommes de Jackson sont trop harassés par leurs marches forcées et ne peuvent se mettre en action dans l'immédiat. Le lendemain à Gaine's Mill, Porter consolide ses défenses. Il détruit la voie de chemin de fer pour fabriquer des remparts de bois et de fer. Dans l'après-midi, il repousse l'assaut du général James Longstreet, Ambrose Hill et Daniel Hill. Néanmoins sur l'aile gauche, les attaques confédérées sèment la panique parmi les chevaux de l'artillerie. L'armée de l'Union déplore la perte de 22 canons. Le soir, Porter reçoit l'ordre de se replier sur l'autre rive de la Chickahominy où McClellan a décidé de concentrer son armée. Un nouvel accrochage se déroule durant la journée du 29 juin à Savage où l'Union a installé un hôpital militaire. A cause d'une mauvaise coordination entre Jackson et Magruder, seule la moitié des confédérés s'engagent dans la bataille. De plus, Jackson perd du temps à traverser la rivière en cherchant un pont alors qu'il était possible de passer à pied par un gué. Les Nordistes les repoussent avant de se retirer durant la nuit.
Le 30 juin, Lee lance une attaque sur le village de Glendale pour encercler l'armée fédérale. A nouveau, la coordination est mauvaise. Seuls Longstreet et Hill attaquent, tandis que Jackson demeure en retrait. Les Sudistes parviennent à gagner du terrain, mais au prix de lourdes pertes. En effet après la bataille, l'armée confédérée compte deux fois plus de morts et de blessés.
Les Nordistes se réfugient sur Malvern Hill, une colline haute de 50 mètres surplombant la James River à cinq kilomètres au sud de Glendale. Le Nord établit plusieurs batteries d'artillerie. Protégé par la rivière et des falaises abruptes, il n'est possible de l'attaquer que par un seul endroit découvert. Lee, toujours en quête d'une victoire probante, compte sur l'apport de matériel volé aux Nordistes et sur le défaitisme de McClellan. Le 1er juillet, il ordonne l'attaque, mais les ordres arrivent dans tous les sens et l'assaut se déroule sans aucune cohérence. 5.500 sudistes sont fauchés par les canons et les mitrailleuses lourdes sur les pentes de Malvern Hill. "Ce ne fut pas la guerre, mais un assassinat" commenta Daniel Hill.

Constatant le repli des troupes ennemies et vu les énormes pertes subies, Lee se résigne à ne pas poursuivre l'armée fédérale. Tirant les enseignements de cette bataille, Lee mute un certains nombres d'officiers sur le front Ouest et les remplace par des hommes en qui il a confiance. De son côté, McClellan réembarque ses troupes en direction de Washington. A la fin du mois d'août, les derniers Nordistes ont quitté la péninsule.
L'Union a laissé échapper une très grande occasion de mettre fin à la guerre. McClellan disposait d'une artillerie supérieure en puissance et des effectifs largement supérieurs. Seul le terrain pouvait parfois jouer contre lui. Lorsque le Nord remporte des batailles, il ne profite pas de l'avantage gagné. De son côté, Lee ne réussit pas à exterminer l'armée de McClellan à cause des obstacles naturels, de ses cartes approximatives, des problèmes de communication entre ses généraux, sans oublier la supériorité numérique et de puissance de l'armée fédérale.
Une fois la campagne de la péninsule terminée, la situation sur le front de Virginie demeure identique à celle du début, cinq mois plus tôt. Les Nordistes reviennent aux abords de Washington, tandis que les Confédérés s'amassent à la frontière pour contrer une nouvelle tentative d'invasion.

Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- DOOMS Logan , La campagne de la péninsule, publié le 1er juin 2013 sur http://laguerredesecession.wordpress.com/
- Eginhard, « Les sept jours », www.histoire-pour-tous.fr, 28 juin 2012.

Image : http://civil-war-uniforms.over-blog.com/2014/04/la-campagne-de-la-peninsule-mars-juillet-1862-1.html