dimanche 26 mars 2017

L'athlète dans la Grèce antique


Sur l'île de Thasos au nord de la mer Egée, Isidoros traverse les rues de sa cité pour se rendre au gymnase. Durant le trajet le conduisant à son lieu de travail, lui qui a embrassé la carrière d’athlète sportif, rêve en écoutant les épinicies chantées par les poètes ou en lisant les inscriptions relatant les succès des athlètes dans leur cité d’origine ou sur le lieu de leurs exploits. Il s’émerveille devant la statue du héros local renommé dans toute la Grèce. Il s’agit du célèbre Théagène vainqueur olympique au pugilat en -480 et -476 et vainqueur olympique au pancrace également -476. En 22 ans de carrière, il a remporté 1300 victoires. Théagène constitue vraiment une fierté pour l’île de Thasos. Cependant, son palmarès n’égale pas celui de Milon de Crotone, septuple vainqueur olympique de lutte entre -536 et -512. Il est loué dans toute la Grèce pour sa force exceptionnelle. Posséder sa statue dans l’espace public n’est qu’un des nombreux privilèges accordés aux athlètes victorieux. En échange du prestige qui rejaillit sur la cité, celle-ci les nourrit, les couvre d’honneurs ou leur verse des primes en argent. Gloire, renommée, argent motivent le jeune Isidoros. A quelques mètres derrière la statue de Théagène, deux hommes perturbent son regard. Ceux-ci observent le jeune homme d’un œil méprisant et en chuchotant à voix basse. Nul doute que ces philosophes le critiquent. Ils ne comprennent pas que de telles brutes sans cervelle jouissent autant de faveurs, alors que les athlètes n’apportent rien ni à leur cité, ni à leurs congénères. Pourtant, cette vision est partiellement fausse. L'entrainement qu'il subit sculpte sa musculature et développe toutes les qualités pour être un bon hoplite. Les philosophes seront bien contents d'avoir cette grosse brute pour les défendre en cas de conflit, pense-t-il.

En arrivant au gymnase, Isidoros salue d'autres athlètes. Rien qu'en regardant leur physique, il est capable de déterminer si ceux-ci pratique un sport "léger" (course) ou "lourd" (combat). Seuls des hommes libres fréquentent ce lieu, car le sport est interdit aux femmes et aux esclaves. A l'époque archaïque, les espaces liés au sport se développent.
Des gymnases et des stades se construisent. Dans les vestiaires, il se déshabille. Toutes les disciplines sportives se pratiquent nu. Le sport se veut comme un moyen d'atteindre le physique masculin idéal. La société grecque valorise la force et l'énergie. Ces thématiques transparaissent dans les représentations artistiques des athlètes. L'entrainement d'Isidoros se compose d'une multitude d'exercices physiques divers, qui visent à produire un corps musclé capable de terrasser l'adversaire dans une confrontation de lutte. Parallèlement, il suit un régime alimentaire riche en viande et limite les relations sexuelles. En effet, garder la semence à l'intérieur du corps augmente la férocité de l'athlète.

Grâce à cet entrainement rigoureux, Isidoros espère être prêt pour les prochains jeux d'Olympie, qui inaugurent la période des jeux panhélleniques. Il a déjà remporté des jeux locaux, mais cette fois, il se lance dans les grandes compétitions regroupant des athlètes venus de toutes les cités grecques. Le cycle des jeux dure quatre années et voit se succéder par année : les jeux Olympiques à Olympie, les jeux isthmiques à Corinthe, les jeux néméens près d'Argos et les jeux pythiques à Delphes. A partir du -VIe siècle, des compétitions sportives régulières fondées sur un calendrier récurrent, encadrées par des magistrats et codifiées se mettent en place. Le sport est devenu un facteur d'unité au même titre que la religion, la langue ou la culture dans un monde grec divisé politiquement. Avec l'apparition du sport à l'époque archaïque, une nouvelle figure, dont Isidoros est un représentant, entre dans la cité et la vie publique : l'athlète.

Sources
Texte : Jean-Michel ROUBINEAU : "La naissance de l'athlète", L'Histoire, n°424, juin 2016, pp64-69.
Image : hérodote.net (réprésentation de deux lutteurs de pancrace)

A consulter sur le Site de l'histoire : les Jeux d'Olympie.

Isidoros est un personnage fictif.


vendredi 17 mars 2017

Thomas Evans : le dentiste de Napoléon III au service de la cause nordiste



Au mois de juin 1864, la défaite de l'Union à Cold Harbor fait craindre la prise de Washington par les troupes de Lee. Si cela arrivait la France se déclarerait favorable à la Confédération. Connaissant les hésitations de Napoléon III, son dentiste Thomas Evans lui dit : "Si vous contribuez au démembrement de notre grande union, les Etats du Nord ne l'oublieront pas et maudiront votre nom à tout jamais. Je vais partir par le premier bateau pour me rendre compte par moi même de la situation et vous rapporter l'exacte vérité. Je supplie Votre Majesté de ne pas agir d'ici là." Peu pressé de prendre une décision sur le sujet, l’empereur accepte. Voici que le dentiste sert de relai entre le président américain et l'empereur des Français.
et détaille toute la progression du Nord à l'empereur.
Le 23 août 1864, Thomas Evans débarque à New York. Il se rend chez William Seward, secrétaire d'Etat à la Guerre. Ce dernier l'introduit auprès du président Lincoln. Evans collectionne les récits des témoins, les coupures de presse, les cartes, les rapports. Il passe cinq jours sur le front et s'entretient longuement avec le général Ulysse Grant. Evans est convaincu de la victoire du Nord et communique sa conviction à l'empereur qui finalement reste neutre.

Thomas Evans nait le 23 décembre 1823 à Philadelphie. A 14 ans, il est apprenti chez un orfèvre fondeur qui fabrique aussi des instruments dentaires. En 1841, il est apprenti chez le Dr. John de Haven et obtient un certificat de chirurgie. Il se fait connaitre pour sa maitrise de l'or dans les obturations dentaires. En 1847, il reçoit un prix pour ses travaux. Le Dr John Clark le convainc de venir s'installer avec lui à Paris.
Evans ouvre un cabinet rue de la Paix avec Christopher Brewster qui compte le tout Paris dans sa clientèle. En 1850, il ouvre son propre cabinet. Evans est l'un des premiers dentistes à utiliser l'anesthésie générale et le caoutchouc pour les prothèses dentaires. La pratique de l’anesthésie convient bien à Napoléon III qui est très douillet lorsqu’il s’agit de soins dentaires. Ses nombreux contacts avec l'aristocratie (il compte comme patient Balzac, Mérimée, Delacroix), lui font gagner les faveurs du couple impérial. Evans est un mondain et un homme d'affaires avisé. Il s'enrichit par des opérations immobilières lors des travaux d'Haussmann. Il fait construire un hôtel particulier dans le 16e arrondissement.
A la fin de sa vie, il devient membre du comité international de la Croix Rouge. Il forme Arthur Hugenschmidt, fils illégitime de Napoléon III auquel il lègue son cabinet. Il finance la constitution d'une école de chirurgie dentaire au sein de l'université de Philadelphie. Avant de s’éteindre à Paris le 14 novembre 1897.

Sources :
Texte :
- Olivier TOSSER : "Thomas Evans : le bon docteur du couple impérial", Historia, n°326, octobre 2015, p56-60.
- Henri LAMENDIN : Thomas W. Evans (1823 – 1897) le dentiste de Napoléon III, L’Harmattan, Paris, 2012 166p.

Image : wikipédia

samedi 11 mars 2017

Les mystères d'Osiris



Dans le nord de l’Egypte du Moyen-Empire (-2600 / -1765), Ankhtyfy se rafraîchit à une fontaine. L’un des prêtres du grand temple d’Héracleion a eu un matinée occupée. Il a rendu les rites quotidiens en l’honneur d’Osiris en veillant à la bonne santé de la divinité. Au travers d’une statue dissimulée dans le sanctuaire du temple à l’abri du regard des fidèles, il lui a offert de la nourriture, purifié en le lavant, changé ses vêtements et renouvelé les protections magiques. Comme les autres dieux, Osiris est un être vivant ayant des besoins identiques à ceux des humains. Le temple n'est pas qu'un lieu de prière. C'est la maison du dieu, le réceptacle de sa force. Comme ses collègues, Ankhtyfy assure au nom de pharaon la pratique journalière du culte. Pour ce faire, ses prédécesseurs lui ont transmis oralement les connaissances nécessaires.
A l’instar de ses congénères, Ankhtyfy connaît parfaitement l’histoire d’Osiris. Fils de Geb (terre) et de Nout (le ciel), époux d'Isis et père d'Horus, Osiris incarne les puissances végétales de la nature. Il a enseigné aux Hommes l'agriculture et les arts. Son frère Seth l'a assassiné, découpé, puis dispersé ses morceaux. Isis les a retrouvés. Elle a momifié le corps de son époux, avant de le ramener à la vie. Il devient ainsi le dieu des morts. En revanche, Ankhtyfy a été initié aux savoirs cachés, ceux qui touchent à l’essence même de la divinité et qui permettent à Osiris d’accomplir son œuvre.

L’après-midi, Ankhtyfy s’attèle à la fabrication d’une des statues qui va servir à la procession annuelle en l’honneur d’Osiris. Des cérémonies se déroulent tous les ans au quatrième mois de l’inondation (soit de la mi-octobre à la mi-novembre dans notre calendrier) pendant une vingtaine de jours. Mélangeant festivités publiques et rituels cachés, elles célèbrent les fonctions originelles d'Osiris, le dieu de la terre et des forces végétales, qui assure le cycle de la vie. Elles commémorent également la mort et la renaissance d'Osiris, par une reconstitution de l'intégrité physique du dieu. Cette année, Ankhtyfy gère la fabrication de l’Osiris minéral. Les jours précédents, il l’a façonné avec du limon, de la résine, des onguents et des pierres précieuses, puis fragmentée en quatorze parties réparties dans des vases, comme le fut Osiris après les méfaits de Seth. Aujourd’hui, il fait fondre les récipients ensemble. Ensuite, il modèle la pâte constituée pour lui donner une forme d’œuf. Enfin, il le place sur les genoux d’une statue de Nout, où il va se solidifier pendant sept jours, par référence aux sept mois de gestation de la mère d'Osiris. Son collègue façonne la statue de l’Osiris végétal à partir de grain et de limon.
Après avoir achevé son travail, Ankhtyfy se rend près des canaux du temple, transformé en fourmilière. Un grand nombre de prêtres et d’artisans s’affairent autour des 33 barques, qui serviront à transporter les deux statues d’Osiris et les divinités ayant accepté de l’accompagner. En effet, les célébrations s'achèvent par une procession nautique autour du temple et de la cité. 365 lampes, symbolisant les jours de l’année, éclaireront le cortège divin.
Le jour J, Ankhtyfy se positionnera le long du parcours. Il récitera des louanges en l’honneur d’Osiris, tandis que les pèlerins déposeront leurs offrandes. Les deux statues remplaceront celles de l’année précédentes. Ces dernières seront transportées en barque jusqu’au temple de Canope distant de 3.5 kilomètres. Elles seront détruites, puis ensevelies ou jetées dans l’eau.

Le soir, Ankhtyfy se couche en pensant avec fierté qu’il contribue à l’abondance du pays, à la stabilité du pouvoir dynastique et au maintien de l’ordre cosmique. Il est l’un des rouages des mystères (du grec « muein » signifiant « se fermer ») d’Osiris composés d’enseignements secrets, de rituels sacrés et de cette grande cérémonie annuelle renouvelant la légende d’Osiris. Ceux-ci traversent les âges et se perpétuent jusqu’à l'époque romaine, jusqu’à cette année 391, où sur ordre de l’évêque Théophile, le temple de Canope est démoli, afin que les pierres servent à la construction du monastère de la Metanoia.

Sources
Texte : "Les mystères d'Osiris révélés", Historia, sept 2015, n°825, pp 20-53.
Image : http://konsciouskloud.com/wp-content/uploads/2015/06/Osiris-2.jpg

Ankhtyfy est un personnage fictif.


dimanche 5 mars 2017

Al Capone : l'ennemi public n°1


Alphonse Capone nait le 17 janvier 1899 dans le quartier de Brooklyn à New York. Ses parents ont quitté Naples pour les Etats-Unis six ans plus tôt. Quatrième d'une famille de neuf enfants, Alphonse reçoit une éducation très sommaire. A 14 ans, il est renvoyé de son école pour avoir frappé une enseignante. Trainant dans les rues, il rencontre Johnny Torrio, le chef d'un gang de Brooklyn pour lequel il fait de petits boulots. Ensuite, il trouve un travail de videur dans un bar. Un jour il drague une femme d’une manière insistante en prononçant des paroles déplacées. Le frère de cette dernière vient la défendre. Capone ressort de la bagarre avec une balafre à la joue gauche, ce qui lui vaut le surnom de Scarface. En 1918, il épouse Mae Coughlin. Il en profite pour se ranger et trouver un emploi de comptable.

En 1921, Johnny Torrio reprend contact avec lui et l'invite à le rejoindre à Chicago. L'ancien chef de gang a profité de la prohibition pour faire fructifier ses affaires grâce à la vente illégale d'alcool. Capone se voit confier la gestion d'un restaurant le Four Deuces, qui sert de quartier général à Torrio. Devenu son bras droit, Capone intègre à l’équipe son frère Frank et un juif polonais du nom de Jack Guzik, qui demeurera son plus fidèle conseiller. Capone s'enrichit. Il se fait passer pour un marchand de meubles et achète une maison dans les beaux quartiers de la ville. Le nouveau maire de Chicago, William Dever, décide de lutter contre la corruption dans l'administration et la police. La bande déménage à Cicero dans la banlieue pour se faire oublier. Le 1er avril 1924, des policiers abattent Frank Capone. Les représailles du gang, qui terrorise la population, aboutissent à la démission du maire. La même année, Torrio et Capone sont en guerre contre le gang irlandais de North Side. Torrio échappe de peu à la mort. Il se réfugie en Italie confiant les rênes à Capone.

Devenu le maître, Capone s'empresse de conclure la paix avec les Irlandais et de corrompre la police en versant plusieurs millions de dollars par an. Il règne sur des maisons closes, des centres de paris, des distilleries, des bars, des commerces. Les activités légales servent à blanchir l'argent. Il élit domicile dans le luxueux hôtel Lexington qu'il transforme en forteresse. Son empire suscite des jalousies. Le 27 avril 1924, il est accusé d'avoir fait assassiner l'institut du procureur William McSwiggin. Il se met au vert plusieurs mois le temps que l'affaire se tasse. A son retour, il redore son blason. Il annonce publiquement qu'il se retire des affaires et finance les soupes populaires, ainsi que plusieurs œuvres de charité. Le souci de diversification pousse Al Capone vers le racket et la protection des commerçants et à agrandir son territoire notamment en éliminant le gang de North Side. Le 14 février 1929, le gang attend une livraison d’alcool. Les sbires de Capone surgissent et en les éliminant tous. Cette nuit demeure connue sous le nom de massacre de la Saint-Valentin.


A la fin de l’année 1929, des industriels soucieux de faire respecter l’ordre s’associent. Baptisés The Secret Six, ils financent le FBI et un groupe d’agents incorruptibles menés par Elliot Ness, ainsi qu’une brigade du fisc. Al Capone est attaqué sur plusieurs aspects : sur le terrain la police ferme ses installations et incarcère ses hommes par le biais de ses installations, tandis que le fisc enquête sur les revenus importants d’un homme censé être sans activité. Le 5 juin 1931, Al Capone est inculpé pour fraudes fiscales et d’infraction à la prohibition. Il est condamné à onze ans de prison. Incarcéré à Atlanta, il est transféré à Alcatraz en 1934. Il reçoit un coup de couteau dans la blanchisserie. Puis la syphilis contractée dans sa jeunesse arrive à son stade terminal. Le 16 novembre 1936, il est libéré pour raisons médicales. Il retourne vivre à Miami où il meurt le 25 janvier 1947.


"On obtient plus à demander poliment une arme à la main qu'à demander juste poliment."
Al Capone

lundi 27 février 2017

Le quartier de la Défense




Dans les années 1950, il est décidé que la France doit se doter d'un quartier d'affaires. Après avoir écarté la possibilité de l'implanter dans la ville intramuros, le site de la Défense est choisi. Les projets d'aménagements doivent respecter la perspective entre Paris et Saint-Germain-en-Laye.

A l'Epoque moderne, le futur quartier de la Défense se trouve sur la route reliant Paris à Rouen, un important axe de passage. Elle est surnommée la voie royale, car elle relie Paris à Saint-Germain-en-Laye. Le Notre ouvre le jardin des Tuileries et conçoit une bordée d'arbres jusqu'à la butte Chaillot. Au XVIIIe siècle, le marquis de Marigny aménage, la place de la Concorde et les Champs Elysées, puis construit un pont pour traverser la Seine à Neuilly. La voie est aménagée jusqu'à la butte Chantecoq au sommet de laquelle est construit un rond-point en forme d'étoile. Au XIXe siècle, la voie s'urbanise progressivement et les gouvernements successifs n'ont de cesse de l'embellir.
En 1878, le Conseil général de la Seine vote l'érection d'une statue au rond-point situé au sud de Courbevoie. Ce monument commémore la défense héroïque des Parisiens durant le siège de 1870 par les armées prussiennes. Inauguré en 1883, il donne son nom au quartier. La statue est déplacée à de multiples reprises au fur et à mesure des aménagements.

En 1958, l'EPAD (Etablissement Public d'Aménagement de la Défense) est créé afin de mener le projet. Les urbanistes Jean de Mailly, Robert Camelot et Bernard Zehrfuss imaginent un plan avec des constructions de part et d'autre de l'avenue de la Défense. Le premier plan impose une cohérence dans la construction des buildings. Leur hauteur ne doit pas dépasser 100 mètres et leur assise au sol une longueur 42 sur 24 mètres. Cependant à partir des années 1970, les constructeurs s'émancipent de ces contraintes. En 1970, la gare de RER de la Défense est construite, avant que la ligne du métro ne soit prolongée.
Emmanuel Pourceau, président du syndicat français des constructeurs français de machines-outils, souhaite implanter un bâtiment capable d'accueillir des manifestations internationales. Il s'entoure des trois architectes de la Défense. Ces derniers bâtissent une voute reposant sur trois pieds. Le CNIT (Centre National des Industries et Techniques) est inauguré le 12 septembre 1958 et accueille plusieurs salons. En 1966, la construction de la dalle piétonnière enterre le bâtiment d'un tiers. En 1988 et 2009, il est remanié pour héberger un hôtel et des magasins. 
La Défense est également conçue comme un lieu d'habitation. En 1966, Jean de Mailly construit l'ensemble Bellini composé d'une barre principale et de trois barres perpendiculaires (deux ont disparu depuis 2005). Cet ensemble contient au rez-de-chaussée des bureaux et aux étages 593 logements. En 1974, la tour Défense 2000 devient l'immeuble d'habitation le plus élevé de France. Le centre commercial des Quatre Temps est inauguré en 1981.

Sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, un concours est organisé, afin de trouver un monument capable de délimiter le quartier de la Défense, sans dénaturer la perspective. Il faut attendre 1983, pour qu'un projet soit accepté. L'architecte danois Johann Otto Van Spreckelsen propose de bâtir une grande arche. Les travaux débutent en 1985, mais Van Spreckelsen, en désaccord sur certains points, démissionne. Paul Andreu lui succède. La Grande Arche est inaugurée 17 juillet 1989, après avoir accueilli le sommet du G7.


Sources
Texte : « Tours et détours : Histoire de la Défense 1883 – 1989 », Exposition aux Archives Départementales des Hauts de Seine, Nanterre, du 12 sept 2016 au 30 juin 2017.
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http://s1.lprs1.fr/images/2016/11/21/6356841_c5b8a17e-aa83-11e6-abbf-410ec724c1c4-1_1000x625.jpg

Jusqu'au 30 juin 2017, les Archives Départementales des Hauts de Seine situées à Nanterre, retrace l'histoire de la construction du quartier de la Défense au travers de nombreux documents d'archives (cartes, photographies, films, maquettes, journaux, documents administratifs, décrets, projets architecturaux).  

lundi 6 février 2017

Petite histoire féline



En 2004, les plus vieilles dépouilles de chats domestiques ont été retrouvées dans des tombes humaines chypriotes. Elles datent de -7500. Au Néolithique, les Hommes se mettent à cultiver la terre. Ils deviennent capables de produire de la nourriture et de la stocker. Ces réserves suscitent la convoitise des rongeurs. Attirés par ces animaux, des petits félins commencent à rôder autour des habitations. Les chats se rapprochent de l'Homme pour trouver de la nourriture. Les Hommes tolèrent les chats, car ils protègent leurs stocks.

Les généticiens ont prouvé que tous les chats descendent du même ancêtre : le chant ganté, l'une des quatre espèces de chats peuplant le Moyen-Orient. Deux vagues de chats ont successivement déferlé sur l'Europe et l'Afrique. L'une, durant le Néolithique en provenance du Moyen-Orient, a conquis l'est de la Méditerranée avant de gagner l'Europe. L'autre, quelques milliers d'années plus tard, s'est répandue sur le continent africain via l'Egypte. A la fin du XVe siècle, le chat débarque en Amérique avec les conquistadores, puis gagne l'Océanie au fur et à mesure des expéditions maritimes des XVIIe et XVIIIe siècles.

Les chats actuels portent les stigmates de la domestication. Celles-ci sont moindres que chez le chien domestiqué beaucoup plus tôt. Leur taille a diminué. La variété des robes s'est étoffée par les croisements. L'intérêt des sélectionneurs pour le chat est tardif. La sélection des races à pedigree est un phénomène datant du XIXe siècle. La quasi totalité des races existantes est créée entre la fin du XIXe siècle et aujourd'hui.

Sources
Texte : "Le chat, modérément domestique", Les Cahiers de Sciences et Vie, n°166, janvier 2017, pp17-19.

Image : falln-stock.deviantart.com

dimanche 29 janvier 2017

Un air de déjà vu sur le front : la seconde bataille de Bull Run



A l'été 1862, Robert Lee souhaite profiter des changements dans le haut commandement nordiste pour attaquer. En effet suite à l'échec de la campagne de la Péninsule, George McClellan est remplacé par Henry Halleck au poste de général en chef des armées de l'Union. Une partie des ses hommes est affectée à l'armée de Virginie commandée par John Pope. Lee cherche une ouverture pour isoler et attaquer Pope. Ce dernier tient ses positions en attendant le retour de l'armée du Potomac de la Péninsule. L'armée fédérale doit s'emparer du nœud ferroviaire de Gordonsville, tout en protégeant Washington et la vallée de la Shenandoah. Par conséquent, les troupes de l'Union sont éparpillées.

Le 27 juillet, il envoie l'armée de Thomas Jackson et d'Ambrose Hill. Le 9 août 1862, les Sudistes remportent la bataille de Cedar Mountain contre la cavalerie de Nathaniel Banks. Pendant ce temps, Lee et James Longstreet rejoignent Gordonsville le 15 août. Lee souhaite contourner l'armée ennemie pour l'attaquer par derrière. Les Confédérés devront remonter le Rappahanock en direction du Nord en empruntant l'étroite vallée séparant la chaîne du Blue Ridge et les monts du Bull Run. Une sérié d'escarmouches servent à détourner l'attention des Nordistes durant les manœuvres. Se déplaçant avec la même rapidité que dans la vallée de la Shenandoah, Jackson brouille les informations sur sa position et se retrouve sur les arrières de Pope. Ce dernier souhaite écraser Jackson tant qu'il est isolé. Le 28 août, il échoue à le déloger d'une colline nommée Stony Ridge. La position confédérée est assez solide pour leur permettre de résister jusqu'à l'arrivée des renforts. Pope se retrouve contraint de combattre sur les rives du Bull Run, un an après le premier affrontement.

Ne connaissant pas encore la position exacte et la force réelle des Confédérés, Pope se montre prudent. Les premiers combats débutent le 29 août à 7 heures. Les officiers engagent leurs régiments les uns après les autres sans réelle coordination. Ils attaquent différents points de la ligne sudiste. Les Rebelles ne présentent pas une défense statique et contre-attaquent dès qu'ils le peuvent. Ainsi, les combats prennent l'apparence d'incessants allers-retours. A 15 heures, les Nordistes lancent un nouvel assaut. Ils réussissent à franchir le talus de la voie ferrée et à mettre en fuite les Sudistes. Derrière la brigade Pender les stoppe puis les repousse jusqu'à leur point de départ. A 17 heures, les Fédéraux lancent une nouvelle attaque d'envergure. Les Sudistes font ce qu'ils peuvent, mais ils sont confrontés à la supériorité numérique adverse et au manque de munitions. Les troupes de Jackson sont dépêchées pour leur porter secours. Après une lutte acharnée, les Nordistes sont à nouveau refoulés. Les combats cessent vers 21 heures. Aucun des deux camps n'est parvenu à prendre l'avantage. Durant la nuit, les troupes de Longstreet rejoignent le théâtre des opérations. L'armée confédérée semble prête à broyer son adversaire telle une mâchoire. Néanmoins sur les avis de son état-major, Lee tarde à actionner la machine. Côté nordiste, McCellan tarde à se porter au secours de Pope. McClellan, qui bien que n'étant plus le général en chef des troupes de l'Union, demeure le commandant de l'armée du Potomac. Les deux hommes ne s'apprécient pas autant par divergences militaires, politiques, l'un est démocrate et l'autre républicain, que par égo surdimensionnés.
Les combats reprennent le 30 août. Vers 7 heures, le manque d'engagement des Confédérés et les fausses informations livrées par Lee confortent Pope dans l'idée que l'ennemi se prépare à battre en retraite. Pope charge Porter et Irwin McDowell de leur donner le coup de grâce. L'avant-garde comprend rapidement que la réalité est tout autre. Les Sudistes ne reculent pas. Ils sont présents et prêts à se battre. Mis en difficulté, McDowell demande des renforts. Les combats s'éternisent et se brutalisent. Les soldats se retrouvent à court de munitions. La légende raconte que certains confédérés ramassent de pierres du talus de la voie ferrée pour les jeter sur leurs adversaires qui leur renvoient. Longstreet lance l'assaut. Les Sudistes réussissent à prendre l'avantage. S'ils poursuivent sur leur lancée, ils parviendront à encercler les Nordistes. Pope se résigne à la retraite tant qu'il lui reste une voie de sortie. Un par un les régiments franchissent le pont de pierre enjambant le Bull Run. Une fois l'armée évacuée le pont est détruit. Dans la soirée, les Fédéraux se regroupent à Centreville.


La seconde bataille de Bull Run est bien plus violente et meurtrière que la première, 3.000 hommes y ont trouvé la mort, et s'achève une nouvelle fois par une victoire de la Confédération. Néanmoins, celle-ci est incomplète. La disposition de ses forces aurait dû lui assurer une victoire totale par encerclement, mais l'armée nordiste s'est échappée. Cette situation n'empêche pas le prestige de Lee de s’accroître. Le général a réussi à déplacer la ligne des combats des portes de Richmond à celles de Washington. La peur de l'invasion gagne une nouvelle fois les habitants de la capitale fédérale, même si la ville est trop bien défendue pour être prise dans l'immédiat. Les soldats sont épuisés par les combats et le ravitaillement suit avec difficulté. Du côté de l'Union, McCellan se réjouit de la défaite de Pope, car elle éclipse la sienne. Il peut même se targuer de revenir en sauveur. Jouissant d'une bonne réputation parmi les soldats, sa seule présence suffit à regonfler le moral des troupes. De plus, il jouit de soutiens au sein de l'Administration. Il est maintenu à son commandement et récupère la défense de la capitale. Pope est assigné au contrôle des tribus indiennes dans le Minnesota, tandis que McDowell est muté en Californie.

Sources
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Eginhard, « Retour sur le Bull Run », www.histoire-pour-tous.fr, octobre 2012
- DOOMS Logan , La campagne de Virginie du Nord, publié le 3 janvier 2014 sur http://laguerredesecession.wordpress.com/
Image : http://cdn.history.com/

lundi 23 janvier 2017

Ioane Ier : le roi français de l’île de Pâques (1869 - 1876)


Jean-Baptiste Dutrou-Bornier est le fils d'un notaire de Montmorillon dans la Vienne. A l'âge de 14 ans, il refuse de suivre la même voie que son père et quitte la maison familiale. Aventurier dans l'âme, il rejoint Le Havre et débute une carrière dans la marine. Il devient pilotin, c'est-à-dire chargé de guider les navires dans l'embouchure de la Seine. En 1860, il obtient son diplôme de capitaine. Il épouse Valentine Foulon, une professeur de musique, avec laquelle il a un fils.

En 1865, le propriétaire d'un trois mâts lui propose une association pour transporter une cargaison jusqu'à Tahiti. L'île de Pâques est une étape obligatoire pour se réapprovisionner avant d'entamer les 4000 km restant jusqu'à Tahiti. Dutrou-Bornier tombe amoureux de l'île. Il assure quelques temps des liaisons commerciales dans le Pacifique sud.
En 1867, il revend son navire et achète un lopin de terre sur l'île pour s'y installer. Il adopte les coutumes et les croyances pascuanes et noue de bonnes relations avec les missionnaires présents sur l'île. Il épouse Ahurenga Pua Moo Atare, qui se prétend être la descendante des anciens rois. La royauté indigène avait été anéantie en 1862 lors de la catastrophe démographique provoquée par les esclavagistes péruviens. L'île ne compte plus que 200 habitants. Cette prétention suffit à Dutrou-Bornier pour se sentir à son tour roi.
Le 3 septembre 1868, les missionnaires créent un conseil permanent. Seul laïc européen et capitaine, Dutrou-Bornier en assure la présidence. Il s'accapare progressivement toutes les terres. En 1869, il possède 80% de l'île. Tous ces terrains sont achetés pour une bouchée de pain à des locaux qui n'ont guère de notion de propriété et de valeur foncière. Les autres sont obtenus par la force. De plus, il s'associe avec John Barder, qu'il a rencontré à Tahiti, pour monter un élevage intensif de moutons. En 1884, l'île comptera plus de 10.000 bêtes et exportera 30 tonnes de laine. Dutrou-Bornier se proclame roi et prend le nom de Ioanne Ier. Les Pascuans le surnomment Pitopito (les boutons) à cause de son uniforme. Les relations avec les missionnaires se dégradent rapidement. En 1871, Ioanne Ier s'arroge les services de guerriers qui lancent des raids contre les possessions des missionnaires. Poussés à bout, ces derniers quittent l'île, laissant le champ libre au roi autoproclamé.
Ioanne Ier accueille tous les commandants de navires qui viennent se réapprovisionner. Ces derniers le remercient en se pliant au cérémonial de cour. Ioanne Ier formule plusieurs demandes officielles pour que l'île de Pâques devienne un protectorat français. Paris ne répond pas. Entre la chute du Second empire, la Commune et l'instauration de la IIIe République, la métropole a plein d'autres sujets à gérer qu'une petite île du Pacifique.

Le 1er août 1872, Ioane Ier meurt dans des circonstances mystérieuses. Officiellement, il a été victime d'une chute de cheval, mais d'autres hypothèses penchent pour un assassinat ou un massacre par la population. Au Havre, Valentine Foulon entend bien récupérer les biens de son défunt mari. Sauf qu'entretemps, John Brander a récupéré sa part, soit 14.000 moutons et plusieurs milliers d'hectares. De plus en 1888, le Chili annexe l'île. Après la mort de Valentine Foulon en 1903, l'Etat français hérite du dossier. Les Pascuans demandent le rattachement à la France comme pour Tahiti. Le gouvernement préfère enterrer le dossier pour ne pas froisser le Chili. Officiellement, l'affaire n'a jamais été tranchée. La France pourrait faire valoir des droits sur l'île de Pâques. Si elle obtenait gain de cause, elle augmenterait considérablement son domaine maritime.

Sources
Texte :
- Bruno FULIGNI, Royaumes d'aventure : ils ont fondé leur propre Etat, Paris, Les Arènes, 2016.
- C. et M. ORLIAC, Des dieux regardent les étoiles. Les derniers secrets de l'île de Pâques, Paris, Gallimard, 1988

Image : wikipédia

samedi 14 janvier 2017

La guerre dans le centre ou l'échec de la contre-attaque confédérée



Le Tennessee est une région cruciale pour les deux camps. C'est une région frontalière de l'Alabama, du Mississippi et de la Géorgie. De l'autre côté, l'Etat ouvre sur l'Ohio, l'Indiana et l'Illinois. l'est de l'Etat, très montagneux, constitue une poche unioniste au sein de la Confédération.

En juillet 1862, le général Henry Halleck établit son quartier général à Corinth dans le Mississippi, qu'il fortifie. Il assure la police et l'administration du territoire occupé et répare le réseau ferré. Il divise son armée en deux. Au Sud, Ulysse Grant poursuit sa descente le long du fleuve, tandis qu'à l'Est Carlos Buell progresse vers Chattanooga en Alabama. Halleck doit regagner Washington, car il a été nommé général en chef des armées en remplacement de George McClellan suite à l'échec du plan Urbana. Grant devient le général de l'armée de l'Ouest. Côté sudiste, Braxton Bragg prend en charge le commandement de l'armée du Mississippi suite au limogeage de Pierre-Gustave Beauregard.
Buell possède un comportement similaire à celui de McClellan. Il recherche davantage à disperser l'ennemi pour l'affaiblir qu'à mener de grandes batailles. Son avancée est très lente. La cavalerie de Nathan Forrest a le temps de couper les voies de communication et de ravitaillement en détruisant les ponts et les rails. Par conséquent, Buell perd encore plus de temps pour réparer les dégâts. Lincoln et Halleck sont furieux du manque d'énergie du général. En juillet 1862, Buell n'est plus qu'à trente kilomètres de Chattanooga. Il subit les raids de la cavalerie de John Morgan. Avec 2.500 hommes, Forrest et Morgan ont réussi à ralentir puis à immobiliser une armée de 40.000 hommes. Il faut dire que la population soutient les cavaliers sudistes. Disparaissant dans les collines, menant des actions de guérillas, ces derniers peuvent frapper où et quand ils le veulent. Les Fédérés ne peuvent pas protéger tous les ponts et tous les tunnels disséminés sur un territoire aussi vaste. Ils ne possèdent pas non plus de cavalerie capable de rivaliser.

Dès sa prise de poste, Bragg entend bien profiter du désordre provoqué par la cavalerie pour contre-attaquer. A la tête de 40.000 hommes, il se dirige vers Chattanooga. Selon lui, Buell ne pourrait pas rester indifférent à cette menace et se lancerait à sa poursuite. De cette manière, il soumettrait son flanc à une attaque. De le cas où Grant viendrait lui prêter main-forte, les généraux Van Dorn et Price pourraient remonter eux aussi le Mississippi, prendre les Fédérés en tenaille et récupérer les territoires perdus. Bragg met au point un plan pour attaquer Grant à Corinth. Il donne l'assaut à Iuka, une ville fortifiée servant de dépôt d'armes et de munitions. Grant dépêche William Rosecrans pour défendre la place. Le 19 septembre 1862, les Confédérés échouent à prendre la ville.
Parallèlement, Bragg ordonne l'invasion du Kentucky dans le but de couper l'Union en deux, puis de pousser au Nord pour occuper Cincinnati et Chicago deux centres industriels importants. Le 14 août 1862, Kirby Smith se met en route avec 21.000 hommes. Il contourne les cols du Cumberland trop bien défendus. Le 30 août, il déferle sur Richmond dans le Kentucky à 120km au sud de Cincinnati, et remporte une écrasante victoire. Il s'empare ensuite des villes de Lexington et de Frankfort. Malgré ses succès militaires, les habitants du Kentucky ne rejoignent pas la cause du Sud. Bragg et Smith ont pu jouir de l'effet de surprise, mais ils ne disposent pas assez de ressources pour tenir le pays tout en se protégeant de la contre attaque nordiste à venir. En septembre, Bragg écrit à sa femme : " je suis cruellement déçu par la passivité de mes amis du Kentucky. Jusqu'à présent, je n'ai reçu aucune addition à mon armée. L'enthousiasme déborde, mais il se limite à un torrent de mots. Les gens d'ici sont trop cossus pour se battre".
Début octobre, Buell passe enfin à l'action dans le Kentucky. Les Fédérés possèdent l'avantage du nombre. La bataille de Perryville (7 et 8 octobre 1862) se révèle décevante pour les deux belligérants. Buell manque une occasion d'anéantir les Rebelles, tandis que Bragg échoue à remporter la victoire et à se rallier la population. Le général sudiste ordonne le repli de ses troupes sur Chattanooga à cause du manque de munitions et de l'état de ses hommes. Ses soldats sont malades, blessés ou fatigués. Buell n'en profite pas pour le poursuivre. Il préfère établir sa base à Nashville. Furieux, Lincoln le démet de ses fonctions et le remplace par Rosecrans.

Après la campagne, le Tennessee occidental est débarrassé de l'armée régulière sudiste et le nord du Mississipi est conquis. Le Tennessee oriental, bien que toujours intégré au sein de la Confédération, compte de nombreux sympathisants unionistes. La Confédération échoue dans sa tentative de retourner la situation. Cet échec limite les options stratégiques de Richmond, qui ne peut plus que défendre et tenter de créer des percées pour prendre Washington, ce à quoi va s'employer Robert Lee sur le front virginien.

Sources :
Texte :
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Robert Laffont, Paris, 1991, 952p.
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Eginhard, « La bataille de Perryville », www.histoire-pour-tous.fr, avril 2013
- Eginhard « La diversion de Iuka », www.histoire-pour-tous.fr, mars 2013
- Eginhard « L’invasion sudiste du Kentucky », www.histoire-pour-tous.fr, février 2013

Image : http://www.sonofthesouth.net/leefoundation/civil-war/1862/november/perryville-battle.jpg

vendredi 6 janvier 2017

La prostitution



L'archonte athénien Solon est le premier à réglementer la prostitution, dont le but est l'assouvissement du désir pour préserver la pureté du sang qui est à la base de la citoyenneté. La loi interdit aux citoyens de copuler avec des femmes et des enfants libres. Les ardeurs sexuelles sont assouvies dans des maisons spéciales, dont les directeurs payent un impôt spécial appelé le pornikon. Les prostituées sont des esclaves souvent achetées sur les marchés de Délos et de Rhodes. Les tarifs sont bas et les lieux discrets. En la matière, Rome est l'héritière du système grec. Les Romains reconnaissent le rôle de salubrité publique des prostituées. A Rome, il n'existe pas de maisons closes administrées par l'Etat, ni d'impôt spécial, ni de lieux spécifiquement dédiés dans la cité. Les lupanars (lupa signifie prostituée en latin) se situent généralement dans les quartiers pauvres. Cependant, les prostituées racolent dans toute la ville. Elles sont reconnaissables à leurs perruques blondes et à leurs tenues, bijoux, maquillages excentriques. Leur physique se dégrade rapidement à cause de la malnutrition, des maladies et des mauvais traitements. Elles appartiennent à un maître, qui les achète, les forme et collecte l'argent.
Les prostituées se différencient des courtisanes, qui habitent chez un riche maître. Elles se distinguent par leur beauté et leur savoir-faire dans un domaine artistique (danse, chant, poésie, musique). Elles possèdent leur propre demeure, leurs vêtements, leurs bijoux et leurs esclaves. A Rome, elles prennent souvent des pseudonymes grecs pour faire plus chic.

La religion chrétienne condamne l'adultère et le concubinage qui mettent en danger la sacralité du mariage. Les femmes ne doivent pas être sensuelles, mais des épouses. Les relations sexuelles n'ont pas pour finalité la jouissance et le plaisir, mais la reproduction. Les clercs sont conscients que l'homme possède des pulsions sexuelles qu'il contrôle difficilement. En ce sens, la prostitution joue un rôle de préservation du couple. Le mal reste limité si l'homme paie ce service et que l'acte reste dans un cadre réglementaire. Des prostituées sont présentes dans les campagnes militaires pour empêcher les relations sexuelles entre soldats.
Les municipalités autorisent l'ouverture de bordels. Les lieux de débauche sont limités à des bâtiments ou à des quartiers précis. Elles imposent un cahier des charges détaillant la nature des services, les horaires et les tarifs. Les prostituées sont enregistrées et le gérant du bordel est responsable devant les autorités. Les prostituées passent des visites médicales. En cas de maladies vénériennes, elles sont expulsées.

Au XVIIe siècle, la société change avec la réforme catholique qui répond au protestantisme. L'Eglise lutte contre la débauche. L'amour vénal devient un pêché mortel. Par ailleurs, les autorités luttent contre la vérole qui ravage la population. En 1667, Louis XIV instaure la lieutenance de police de Paris. Les prostituées sont arrêtées et emmenées à la Salpetrière, où elles sont soumises à un travail et au catéchisme. Un grand nombre deviennent religieuses pour échapper à ces conditions de détention. Certaines sont déportées en Amérique. La prostitution devient clandestine et se limite aux tavernes. Toute la société affiche sa piété en public, tandis que les courtisanes continuent de fréquenter les hôtels particuliers.

Au XIXe siècle, les autorités reviennent à l'idée d'une prostitution comme mal nécessaire. La prostitution est contenue dans des quartiers spécifiques, qui regroupent les maisons de tolérance dirigées par une tenancière garantissant la discipline. Ces dernières s'assurent que les pratiques ne sont pas trop vicieuses ou perverses. Nombre de prostituées viennent de familles pauvres de province. Elles sont nourries, vêtues et doivent se rendre au dispensaire. Elles doivent s'inscrire à la préfecture de police. La prostitution clandestine existe toujours. Les serveuses dans les bars et les cabarets font souvent plus que servir, danser ou chanter. Certaines ouvrières se prostituent pour arrondir les fins de mois.
Avec l'émergence de la bourgeoisie industrielle, les hommes veulent plus de raffinement et de séduction. L'offre évolue. Les maisons de rendez-vous sont des établissements avec un décor bourgeois où les filles sont bien habillées, discutent et boivent un verre avec le client. La barrière entre prostitution, galanterie et flirt se brouille. A Paris, ces établissements étalent un luxe inouï : marbre, dorures, velours, décors somptueux, dont nous avons en tête les images des tableaux de Toulouse-Lautrec, Manet et Degas.
Le 11 décembre 1945, Marthe Richard, ancienne prostituée et conseillère municipale de Paris, dépose un projet de fermeture des maisons closes, rappelant que les tenancières servaient d'indics à la Gestapo. Au niveau national, elle souhaite lutter contre la sordidité de cette profession. Elle obtient gain de cause et l'année suivante tous les établissements parisiens ferment. La loi de 1946 ferme les maisons closes, pénalise le proxénétisme et instaure le délit de racolage actif. Dans les faits, la prostitution reste tolérée à condition qu'elle ne n'occasionne pas une nuisance de l'ordre public. En 2003, la loi pénalise également les clients.

Sources
Texte :
- "Prostitution : l'histoire du plus vieux métier du monde", Historia thématique, n°102, juillet-août 2006, 74p.
- "Les prostituées : des lupanars de Rome à l'âge d'or des maisons closes", Les Cahiers de Sciences et Vie, octobre 2016, n°826, pp20-53.