mardi 21 juin 2016

Qui est Philippe IV le Bel ?




Philippe IV le Bel est roi de France de 1285 à 1314. Il est le fils de Philippe III et de Louis IX récemment canonisé. Il règne sur le pays le plus puissant d'Europe. La France compte entre seize et vingt millions d'habitants et connait une période de paix et de prospérité économique, qui vont permettre roi de France de peser sur la scène européenne. De nombreuses affaires éveillent en chacun de nous le règne de Philippe IV : les manipulations monétaires, l'expulsion des Juifs pour s'emparer de leurs biens, la suppression de l'Ordre du Temple aussi bien pour des raisons religieuses que financières, les luttes contre le Pape Boniface VIII et le célèbre épisode d'Anagni, la conquête de la Flandre et la défaite de Courtrai, la rivalité avec Edouard II d'Angleterre sur la question d'Aquitaine. Le 4 novembre 1314, Philippe IV fait une chute de cheval causée par accident cérébro-vasculaire. Il se fracture la jambe. Rapatrié à Fontainebleau, il meurt le 29 novembre à l'âge de 46 ans. Son fils Louis X le Hutin lui succède.

Philippe IV est un homme très difficile à cerner. Cependant, il est permis d'affirmer quatre points : il est beau, il parle peu, il est très pieux, il aime la chasse.
La beauté du roi est reconnue unanimement par ses contemporains. Faute de représentation réelle, il faut se contenter des témoignages écrits. Selon les chroniqueurs, le roi est grand, blond, musclé et offre un visage harmonieux.
Philippe IV est avare de mots. Il parle très peu. Ses réponses sont laconiques, quand il ne laisse pas tout simplement la parole à ses conseillers. Cette attitude déroute ses contemporains encore plus lorsqu'il s'agit de grandes assemblées. On l'a souvent cru timide, désintéressé et manipulé par ses conseillers. Il pourrait s'agir d'une posture visant à impressionner son interlocuteur et à signifier sa posture royale en se plaçant sur un autre plan que ses sujets.
Philippe IV est très pieux. Sans parler de donations aux ordres et monastères, il effectue plus de pèlerinages que ses contemporains. Tous ses contemporains sont unanimes sur sa dévotion, son obsession de la pureté, son implication dans le culte des reliques et sa passion pour la sainteté de son grand-père Louis IX. Il mène une vie austère, qui tend parfois au fanatisme. En tant que roi, il doit utiliser le temps qu'il a sur Terre pour conduire son peuple sur la voie du salut.
Philipe IV est un grand chasseur. Cette pratique accapare beaucoup de son temps. Il arrive parfois que ses conseillers le recherchent dans les forêts. En revanche, la chasse nécessite préparation, méthode et persévérance. Ces trois mots résument la manière dont Philippe IV traite ses dossiers. Il n'agit que s'il est certain du résultat, d'où une longue préparation, réflexion et concertation. Cette manière de procéder lui a souvent été reprochée et donne de lui l'image d'un homme hésitant, timide et peu concerné. Philippe IV préfère la chasse à la guerre. Une seule fois, il a conduit son armée en personne. Il juge que bien souvent le résultat d'une bataille est aléatoire.

Philippe IV est très attaché à ses proches. Il demeure fidèle à sa femme Jeanne et est profondément affecté par son décès. Il soutient son frère Charles de Valois malgré ses nombreux échecs à l'étranger. Il est autoritaire et très protecteur envers ses trois fils, ce qui explique qu'il prend comme une attaque personnelle l'infidélité de ses belles-filles.
Les conseillers du roi sont accusés des maux du royaume. Flore, Aycelin, Nogaret, Plaisians et Marigny sont des amis intimes de Philippe IV, qui ont fait leurs preuves et qui ont gravi les échelons. Philippe IV a toute en confiance en ces hommes avec lesquels ils partagent les mêmes points de vue. Il n'hésite pas à déléguer. Néanmoins, ses conseillers n'agissent jamais sans l'accord du roi.
  
Quel bilan est-il possible de dresser du règne du Bel ? Tous les grands dossiers se sont soldés par des compromis et non par des victoires nettes. La question d'Aquitaine, non réglée, déclenchera la Guerre de cent ans. La Flandre n'est pas pacifiée. Le procès de Boniface VIII est tombé à l'eau. Les Templiers ont certes été supprimés, mais leurs revenus sont transférés aux Hospitaliers. La Croisade n'aura pas lieu. Bernard Saisset, Bernard Délicieux et Guichard de Troyes ont échappé à la justice royale. Les caisses de l'Etat sont toujours vides.
Néanmoins, le règne de Philippe IV marque une avancée profonde dans l'affirmation de l'Etat royal. Le droit romain bouscule les coutumes féodales et provinciales. L'unification juridique du royaume rencontre l'animosité de la noblesse et du peuple. Cette avancée se concrétise matériellement. Le roi dessine les frontières du royaume sur lequel il entend régner. En 1299, il ratifie un traité avec l'Empereur définissant de manière plus concrète les frontières. Des bornes sont installées. Il acquiert par achats, dots, confiscations et donations des territoires complétant les interstices entre les parties du royaume. Les fonctions de directions sont exécutées dans le Palais de la Cité à Paris, qui regroupe les services administratifs, financiers et judiciaires. De ce fait, la ville attire les nobles, les étudiants, les docteurs en droit et en théologie, devenant ainsi l'une des villes les plus importantes d'Europe. L'Etat se distingue de la personne physique du roi, car Philippe IV n'est pas souvent dans sa capitale. Son administration fait preuve d'une incroyable efficacité. Ses ordres sont exécutés sans sa présence et simultanément dans tout le royaume, comme le prouve l'arrestation des Templiers. Philippe IV s'est efforcé de limiter les interventions extérieures dans le royaume et tout particulièrement celle de l'Eglise. Il a connu six papes de son vivant, dont un Français résidant en Avignon. A une époque où la Papauté accumule les difficultés de succession et les erreurs morales, le roi de France choisi par Dieu entend être le maître de l'Eglise de France.

Philippe IV ne laisse pas l'image d'un conquérant, d'un mécène ou d'un bâtisseur. Son apport se situe dans la mise en place d'une administration et la centralisation du pouvoir. Des éléments moins visibles que son physique avantageux qui lui a valu son surnom de Philippe le Bel.

Voir notre article sur l'attentat d'Agnani

Sources
Texte : Georges MINOIS, Phillippe IV, Perrin, Paris, 2014, 736p.

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