samedi 11 janvier 2014

La cité d’Aigues-Mortes

La ville d’Aigues-Mortes, en Camargue, est créée de toutes pièces par Saint Louis souhaitant disposer d’un port en Méditerranée, notamment pour partir en croisade.

Au XIIIe siècle, le Languedoc fait partie du Comté de Toulouse, sous autorité du roi de France. Il est encastré entre, à l’ouest, le duché d’Aquitaine rattaché au royaume d’Angleterre et, à l’est, le duché de Provence rattaché à l’Empire germanique. Le comte de Toulouse est un seigneur puissant, qui s’affranchit régulièrement de l’autorité du roi. La croisade contre les Albigeois met à mal les possibilités d’indépendance du comte de Toulouse. Victorieux, Philippe Auguste place à la tête des petites seigneuries locales des hommes qui lui sont fidèles. En 1249, à la mort du comte Raymond VII, le comté revient à Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis. En 1258, le traité de Corbeil règle les questions territoriales concernant le Languedoc occidental entre la France et l’Aragon. La région est définitivement rattachée à la couronne de France en 1271.

Saint Louis décide d’ériger la ville entre un étang et le port des Eaux-Mortes appartenant à l’abbaye de Psalmodie. L’acte de fondation de la ville date de 1240. Les travaux s’étalent sur une cinquantaine d’années et sur une superficie de 1.800 hectares. En 1269, le roi oblige les Templiers à lui céder les forêts situées à l’ouest de la ville. Philippe III opère une opération immobilière identique avec les Hospitaliers. Puis Philippe IV récupère les salines de Peccais. En 1246, le roi octroie d’importantes libertés aux habitants, afin de favoriser le peuplement de la ville et de s’octroyer le soutien de la population dans une région éloignée de la capitale. De nombreux Italiens peuplent la ville. Certains consuls sont lombards. La tour de Constance est achevée en 1248. Véritable donjon de par sa hauteur et son architecture, elle sert autant pour la surveillance que de point de repère pour les marins en mer. La ville adopte un plan orthogonal dans lequel les rues convergent vers la place centrale. Ici se situent l’église Notre Dame des Sablons et la maison consulaire bâties en 1260. Les franciscains bâtissent un couvent dans la ville. En 1286, la France est en guerre contre l’Aragon. L’amiral Roger de Loria assiège la ville et s’empare des navires mouillant au port. Cet évènement accélère la construction des remparts.
Le site est peu propice pour développer un port. Il ne cesse de s’ensabler, car le Petit Rhône déverse des alluvions. Les navires continuent de mouiller au port des Eaux-Mortes. Le transfert entre les deux villes se fait en barque. Deux canaux sont creusés, l’un vers le Rhône et l’autre vers l’étang de Mauguio. Le port est ainsi relié à Arles et à Montpellier. Une route terrestre relie la ville à Nîmes. Aigues-Mortes se retrouve inséré dans les voies de communication entre la Provence et le Languedoc.
Il aura fallu cinquante ans pour doter Aigues-Mortes de puissantes fortifications mesurant 1634 mètres, d’installations portuaires adéquates et d’un territoire assez large.

Philippe III oblige les marins à passer par Aigues-Mortes pour entrer ou sortir du royaume, au lieu d’emprunter les chenaux qui dépendent de Montpellier. Cette décision impulse l’activité économique de la ville, malgré de vives protestations des commerçants. Les Vénitiens et les Génois amènent les produits orientaux, tandis que les marchands des foires de Champagne amènent laine et  textiles d’Angleterre et de Flandres. En 1481, Marseille est rattaché à la France. En 1484, l’obligation de transiter par Aigues-Mortes est abolie. La ville subit la concurrence de Marseille et est victime de l’ensablement des canaux et du port. L’activité portuaire décline rapidement. Par ailleurs, les marais environnants engendrent des maladies et ne facilitent pas l’agriculture. Néanmoins, la ville conserve un certain prestige. En 1538, François Ier y reçoit Charles Quint.

Au milieu du XVIe siècle, de nombreux protestants résident à Aigues-Mortes. La ville est prise par les réformés en 1575. Ils détruisent l’église et le couvent des cordeliers. La ville redevient catholique après le siège des armées royales en 1622. Les édifices religieux sont reconstruits. En 1685, Louis XIV révoque l’Edit de Nantes. La tour de Constance est aménagée comme prison pour les protestants refusant d’abjurer. Au début du XVIIIe siècle, elle accueille des prisonnières originaires des Cévennes.

Aux XVIII et XIXe siècles, Aigues-Mortes subit plusieurs aménagements. Les marais sont asséchés. Dès 1725, un chenal relie Aigues-Mortes au Grau du Roi, puis le canal de Beaucaire est ouvert en 1811. En1867, le Vidourle est détourné vers la côte. En 1875, un vignoble est créé dans les sables à l’abri du phylloxéra. Les revenus viticoles donnent un nouveau développement à la ville, qui pour la première fois, déborde de ses remparts. De plus, le chemin de fer reliant la ville à Nîmes amène les touristes souhaitant profiter des bains de mer. Aigues-Mortes tire également des ressources de l’exploitation du sel. A la fin du XIXe siècle, les compagnies salines emploient des Français et des Italiens. Le 16 aout 1893, une bagarre éclate entre des membres des deux communautés. La situation dégénère et des Italiens sont massacrés.

Aujourd'hui, la ville vit de l'élevage de chevaux et de taureaux, de la production de sel et du tourisme. Avec son patrimoine médiéval exceptionnel, le visiteur comprend les sensations de vivre dans une ville fortifiée.


Sources
Texte : FLORENCON Patrick, La Cité d’Aigues-Mortes, Editions du Patrimoine, Centre des Monuments Nationaux, Paris, 1999, 56p.

Image : Saint Louis embarquant à Aigues-Mortes,  http://www.avignon-et-provence.com/aigues-mortes/histoire_aigues_mortes.htm

2 commentaires:

  1. Puisqu 'Aigues-Mortes était une ville, il devait bien y avoir un hôpital ou hospice dès la fin du XIIIe siècle ??? Personne n'en parle. Et s'il existait, où se trouvait-il ?

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    1. D'après le site de l'office de tourisme d'Aigues-Mortes.

      Un premier hospice est bâti sous le règne de Saint Louis, mais il n'en existe plus aucune trace dès le siècle suivant. Un second hospice est bâti en 1346.

      J'ignore où il se trouvait. Certains sites internet dit que le bâtiment existe toujours et d'autres non.

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