jeudi 29 mars 2012

L'affaire Calas : Toulouse à la une des gazettes du royaume

Dans la nuit du 13 octobre 1761, les habitants de la rue des filatiers à Toulouse sont ameutés par des cris provenant de la boutique des Calas. Une foule s’y presse et trouve Pierre Calas terrorisé par la scène qu’il vient de découvrir. Son frère, Marc Antoine gît sur le sol de la boutique, une cravate de taffetas noir serrée autour du cou. Un garçon chirurgien présent constate que l’homme a été étranglé. Il s’agit d’un meurtre. Les autorités sont immédiatement prévenues.


Vers 23h30, le capitoul (membre du conseil municipal revêtant des prérogatives politiques et judicaires) David de Beaudrigue arrive sur les lieux. Il fait rassembler les Calas, une famille de marchands protestants, composée du père Jean, sa femme, Pierre le fils, Jeannette la servante et Lavesse, un ami de Pierre originaire de Bordeaux, pour les interroger. La famille Calas a soupé vers 19 heures. Une heure plus tard, Marc Antoine sort du salon. A l’office, il tremble tellement que Jeannette lui demande s’il a froid. Celui-ci rétorque qu’il sue. Vers 21h45, Pierre raccompagne son ami à l’hôtel. En descendant, il constate que la porte de la boutique est entre-ouverte avec la clé dessus. Il découvre le cadavre de son frère. Aucun témoin extérieur ne peut confirmer ou infirmer le témoignage de la famille. Beaudrigue ordonne leur arrestation.



Plusieurs éléments de la scène du crime intriguent le capitoul. Tout d’abord, la boutique est dévastée comme lors d’un cambriolage. Cependant, la porte est cadenassée et il n’y a aucune trace d’effraction. De même, les habits de la victime sont trop propres et trop bien pliés, ce qui prouve que la victime a été habillée après sa mort. Tout confirme une mise en scène.


Les soupçons se portent sur le père, Jean Calas. L’un des ses fils prénommé Louis a quitté la maison après s’être converti au catholicisme. Selon la rumeur, Marc Antoine souhaitait se convertir à son tour. Il ne pouvait passer sa licence de droit, vu que le diplôme est réservé aux catholiques. Après deux journées d’interrogatoire, Pierre Calas explique à Beaudrigue que son fils s’est suicidé par pendaison. Ils ont maquillé le suicide en meurtre, afin d’éviter que le déshonneur ne retombe sur la famille. En effet, le suicide est considéré comme un crime et une offense envers Dieu. Celui attentant à ses jours refuse la vie que le Seigneur lui a offerte. Le suicidé est traîné et humilié à travers la ville, avant d’être jeté dans la fosse sans sacrement. Le suicidé est condamné à errer dans les limbes. Selon le père, Marc Antoine s’est pendu à une bille de bois entre les battants de deux portes de placard.




La police procède à plusieurs reconstitutions. Elles infirment toutes les explications du suspect. L’absence de bougies sous entend que Marc Antoine s’est pendu dans l’obscurité. Excepté la bille en bois, il n’y aucun autre endroit pour se pendre. Seulement, celle-ci ne se situe pas à hauteur d’homme et la pièce ne recelait aucune chaise, ni tabouret. Beaudrigue est convaincu que Pierre Calas lui ment et à ses yeux perd toute crédibilité. Transféré au Parlement pour y être jugé, il est reconnu coupable du meurtre de son fils et condamné à mort le 9 mars 1762, avec les témoignages des habitants du quartier confirmant la future conversion de Marc Antoine au catholicisme.



Cette affaire aurait pu demeurer une simple affaire judiciaire, si un proche de la famille Calas, Dominique Audibert, marchand marseillais, n’avait pas relater les évènements à Voltaire.


Le philosophe s’étonne du jugement rendu. Pour lui, il est impossible que le père ait pu tuer seul son fils. Menant sa propre enquête, il en arrive à la conclusion que Jean Calas est innocent et qu’il a été condamné pour sa religion. Désormais, Voltaire emploie le cas Calas pour continuer sa lutte contre l’intolérance religieuse. Pour ce faire, il emploie tous les moyens possibles en vue de mobiliser l’opinion publique. Il rédige un grand nombre de libelles et mémoires. Il encourage d’autres auteurs et illustrateurs à l’imiter. Il inonde de courrier les personnages les plus influents du royaume, comme la Marquise de Pompadour ou le ministre de la Justice Choiseul. Il suscite l’émotion en organisant la venue de Mme Calas à la cour du roi et dans les salons parisiens.


L’opération est un véritable succès. Le 4 juin 1764, Louis XV casse le jugement du Parlement de Toulouse. Le 9 mai 1765, tous les biens confisqués sont restitués à la veuve Calas et toute la famille est innocentée.



Selon les dernières recherches en date ont démontré que Marc Antoine Calas s’est effectivement pendu, mais à la poignée de la porte. La famille a maquillé le suicide en meurtre. L’avocat des Calas veut bien défendre la thèse du suicide, mais il pense que la police ne prendra au sérieux la pendaison à la poignée. L’avocat met en place le scénario de la bille de bois, peu crédible et qui discrédite Jean Calas aux yeux du capitoul.

L’affaire Calas demeure le symbole de la lutte contre l’intolérance religieuse, thématique fortement présente parmi les philosophes de Lumières, tout en étant une formidable opération de communication réalisée par Voltaire, qui utilise les médias et les groupes de pression, afin de peser sur l’opinion publique.



Source image :
deo-erexit-voltaire.org

2 commentaires:

  1. Il y a beaucoup d'informations bien détaillées, et je comprend mieux l'affaire Calas en lisant le texte de ce site

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