mercredi 13 juillet 2011

Le machisme grammatical

Quelle époque ! Alors qu'on nous rabâche à longueur de journée qu'il faut toujours faire plus pour l'égalité entre les hommes et les femmes, il existe un domaine où cette égalité, tant recherchée, n'est pas prête de voir le jour : la grammaire. Et oui, car si les hommes et les femmes sont égaux dans notre société, ils ne sont pas … égales !

Que de souvenirs ! Pour la plupart douloureux, j'en conviens ! Se remémorer les prêches incessants de ces vieux instituteurs grincheux qui répétaient inlassablement les règles de grammaire – fondements de notre patrimoine linguistique – que nous devions consciencieusement écrire dans nos cahiers, les intégrer à notre écriture et surtout se les remémorer lors des rédactions et autres devoirs. Certes, les enfants que nous étions, qui préféraient aller et courir n'importe où – pourvu que cela ne fût pas dans une salle de cours – ne se posaient pas la question de savoir si telle ou telle règle était injuste ou inégalitaire. En grandissant, nous avons intégré ces notions grammaticales dans notre quotidien, toujours sans nous poser de questions. Pourtant, aujourd'hui, des mouvements féministes appellent à la « Révolution Grammaticale ». En ligne de mire cette règle : "un adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le ou les noms. L'adjectif se met au masculin pluriel si l'un de ces noms est au masculin..."

Les hommes et les femmes ne sont pas égales !

En effet, depuis le XVIIe siècle en France, le masculin l'emporte toujours sur le féminin. D'où vient cette règle ? Qui sont ceux qui ont imposé ce « machisme grammatical » ?

Depuis le traité de Villers-Cotterêt du bon roi François Ier en 1539, la langue française est une langue administrative qui s'impose peu à peu comme langue de culture. Ils seront nombreux, lettrés, philosophes, penseurs et religieux à améliorer le français, lui imposer des bases, des structures, tout pour en faire une langue digne de ce nom. Il est vrai qu'il fallait remplacer une langue mythique et sacrée : le latin. Le XVIIe siècle n'a pas été que le « siècle de Louis XIV » qui aida et pensionna bon nombre de ces artistes des Lettres. Avant lui sous Louis XIII, vécut le terrible et rusé Richelieu qui fut surtout un adorateur de la culture et du français. Nous devons à ce cardinal l'institution qui régit notre langue et se porte garante de sa stabilité : l'Académie Française. C'est vers les académiciens que les collectifs féministes se tournent aujourd'hui. « Il faut réviser la grammaire ! Il doit finir le temps où le masculin prend le dessus sur le féminin ! ». Alors, l'homme et la femme doivent-ils être... égales ?

D'où vient cette hérésie ? Richelieu en est indirectement le responsable puisqu'il pensionna à l'Académie Française, fraîchement créée en 1635, un des créateurs de cette « loi » grammaticale : Claude Favre de Vaugelas. On lui doit cette parole mémorable qui doit faire frémir toutes les féministes :"le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble.". Pour de tels dires, Vaugelas doit être mis à l'index et excommunié de la liste des fondateurs de la réglementation grammaticale française ! Au moins ! Mais nos croisées de la culture ne sont pas au bout de leur peine car il en existe un autre. Il s'agit d'un homme d’Église, autant amoureux de Dieu que des Lettres : le père Bouhours. Rien n'est moins étonnant que de voir figurer un homme qui a voué sa vie à Dieu parmi les hérétiques de l'égalité des sexes : la déchéance de l'homme du paradis terrestre n'est-elle pas liée au fait qu’Ève, plus faible, ait été tentée par le serpent malicieux ? Toujours est-il que le père Bouhours se rangea derrière Vaugelas et promut le masculin comme supérieur au féminin dans la langue. Le père Bouhours n'est pourtant pas un de ces vieux monastiques ardents défenseurs des lois bibliques et fermés à toutes querelles linguistiques. Au contraire, il était apprécié pour ses qualités de relecteur et de grammairien. On parla de lui longtemps à l'Académie - sans jamais le voir arrivé – et des auteurs comme Racine ou Boileau en avaient fait leur correcteur attitré. Spécialiste, adorateur du français, Bouhours affirmait même que le français était une langue de culture qui se parlait, alors que l'allemand se râlait, l'italien se soupirait et l’anglais, pire, se sifflait !!!

La langue française se construit jour après jour. Les mots changent, les expressions se multiplient, d'autres disparaissent. Elle est en perpétuelle évolution. Cependant, la grammaire, elle, est plus difficile à modifier. Nous ne relevons que trop souvent les fautes que nous faisons – j'en conviens moi-même – au quotidien. Aussi, la changer, ne serait pas une (r)évolution, mais une dégradation. Imaginons le « foutoir grammatical » car le changement de cette règle entraînerait obligatoirement d'autres changements inéluctables pour faire perdurer une certaine logique dans le français.

Où alors supprimons-là ! Après tout le Bac n'en tient déjà plus compte.


En haut: le père Bouhours
Ci-contre: Claude Favre de Vaugelas

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