dimanche 13 mars 2011

Abul Abbas, l'éléphant blanc de Charlemagne

Charlemagne, roi des Francs puis empereur en 800, reçut bon nombre de présents de ses diverses ambassades diplomatiques. Il a aussi accumulé beaucoup de richesses par ses nombreuses conquêtes. Installé dans son magnifique palais d’Aix la Chapelle, Charlemagne pensait avoir tout vu jusqu’au jour où une ambassade, avec à sa tête un marchand franc arabophone, Isaac, revint de la lointaine Bagdad, accompagné d’un encombrant mais grandiose cadeau.


Le 1 juillet 802, cinq ans après le départ d’une ambassade porteuse de cadeaux à Hârûn al-Rachîd, calife de Bagdad, Charlemagne apprend que cette dernière est enfin de retour. Les messagers se pressent inhabituellement pour prévenir l’Empereur. Lorsque Charlemagne les voit approcher, ils semblent apeurés.


« Majesté, le marchand juif Isaac revient de Bagdad, porteur d’un présent monstrueux ! »


Charlemagne sourit. Lui, sait quel est cet imposant et monstrueux présent. Voilà un an, Isaac débarquait du lointain orient en terre italienne et avait dû attendre sur place la fonte des neiges avant d’entreprendre le long voyage à pieds vers la capitale de l’empire carolingien. Beaucoup de choses avaient changé depuis le départ de cette ambassade en 797. En effet, entre temps, Charlemagne était devenu empereur et le calife Hârûn al-Rachîd voulu s’en faire un allié privilégié. Aussi, il n’hésita pas à couvrir Charlemagne de magnifiques présents tous les plus impressionnants que les autres. De cette manière, il put également démontrer sa richesse et le haut degré de raffinement de la toute jeune civilisation musulmane. Débarqué, Isaac écrit à Charlemagne. Imaginons ses mots:


« Parmi les fabuleux présents du calife Hârûn al-Rachîd, je vous ramène les plus belles étoffes de soie d’orient parées de mille et une couleurs ainsi qu’une clepsydre. Cet instrument saura, je vous l’assure, vous montrer tout le savoir faire fabuleux des scientifiques musulmans au service du calife. Vous serez amusé de savoir que cette horloge à eau servait autrefois à calculer le temps d’une plaidoirie chez les grecs et le temps de garde des légionnaires romains. Mais tout cela n’est rien face à l’éléphant blanc que je vous ramène. Il vient de la très lointaine Asie qu’Alexandre le Grand effleura. Ce gigantesque et mythique animal est d’un blanc pur qui marque, selon les princes indiens, une ascendance divine. Doté de pouvoirs magiques, le sultan espère qu’il apportera gloire et prospérité à l’empire. Il est prénommé Abul-Abbas, ce qui signifie en arabe « le père d’Abbas ». Abbas a été le nom de l’oncle et du petit-fils du prophète musulman Mahomet, mort il y a plus d’une cinquantaine d’années maintenant. »


L’éléphant est une créature mythique. Les guerriers carolingiens le connaissent par les récits militaires des grecs et des romains en orient et en Inde. Le peuple, lui, n’en a surement jamais entendu parlé. Sa couleur est due à une forme très rare d’albinisme. Aussi, quand l’animal rentre dans la capitale, il devient naturellement une attraction exceptionnelle. Charlemagne l’exhibe et le monte à plusieurs reprises. Plus tard, il l’envoya même combattre les troupes du roi danois Godfried.


Le pauvre animal ne résiste pourtant pas au climat froid du nord de l’Europe et meurt en 810 d’une pneumonie. La légende du gigantesque animal reste pourtant durable. La cathédrale d’Aix la Chapelle abrite un oliphant, plus généralement appelé cor, dont on dit qu’il a été fabriqué dans la corne d’Abul-Abbas. Enfin, dans un jeu d’échec, si le fou prend la forme d’un éléphant, il se nomme du même nom que le légendaire animal blanc de Charlemagne, qui ne lui survécut à peine 4 ans avant de s’éteindre en 814.

1 commentaire:

  1. Je ne connaissait pas du tout l histoire de l elephant blanc aujourd hui je suis ravie de l avour lu pour en connaitre plus car je suis passionner d elephants et regarde tous les reportages les concernant.

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